Tribune
Le 06 Jan 2016

Lire en 2035 et tenter de devenir soi-même ?

Pourquoi tenter d’élever l’homme à la littérature alors que la littérature peut s’abaisser à l’homme ? Hubert Letiers devise.
-lecture-de-demain-De-la-science-fiction-a-la-réalité-il-n-y-a-qu-un-pasEst-ce-que je vous greffe une petite puce supplémentaire dans le cerveau pour lire les classiques ?

Nous sommes en 2035. Une totale refonte de notre civilisation s’est opérée autour des technologies conscientes. Bionique et Génétique ont pulvérisé le plafond de nos aptitudes, tant physiologiques que cognitives. Le vade-mecum 5.0 de l’empire monBestSeller.com, aujourd’hui piloté par un « homme augmenté »,  a réactualisé les règles et contours d’une nouvelle donne éditoriale. Celle magistralement programmée vingt ans auparavant par deux indestructibles, Google et Amazon : « tout ce que vous lirez pourra être retenu contre vous !... »

Patrimone littéraire en danger

Narcissiques et perclus d’excellence formatée, les ex-talibans de l’édition réduisirent en charpie tout le patrimoine qu’ils avaient constitué en imposant leur vision jacobine de la culture. Devenus hypocondriaques et maîtres dans l’art du déni plausible, jamais ils n’avaient vraiment renouvelé le logiciel de leur stratégie, ni même analysé le monde littéraire au travers du prisme des nouvelles technologies. « Obsolescence prédictible, cooptations surannées et nostalgie du papier », telle fut leur épitaphe.

La technologie : vecteur de diffusion de la culture

Aujourd’hui bardée de lentilles de contact et d’implants auditifs capables de communiquer avec des vêtements produits par une imprimante 3D, la jeunesse évolue dans un monde qui superpose en temps réel de l’information numérique au monde physique qui l’entoure. Boostés par des exosquelettes, relayés par des droïdes, et perfusés d’intelligence artificielle, nos enfants peuvent transférer vers leurs cerveaux des films, des livres, des chroniques, voire des thèses multidisciplinaires, et ensuite les graver dans leur propre ADN pour les relire plus tard, en quelques secondes. Pas plus, car la dispersion est devenue une règle de vie. Tout comme on mange en se livrant à des quizz « trendy » et en écoutant le Top 10, tous autres synapses en veille active, prêts à décrypter le moindre stimulus digital.

La culture va au lecteur, pas l’inverse

Devenus à nos corps défendant des cyber-bêta-lecteurs, la concentration n’est plus notre vertu cardinale, elle nous accable, nous emmerde, nous angoisse. Souvent aussi urgente que vide, l’hyper-information est devenue la came de notre psyché, l’opium de notre difficulté à penser par nous-même. « Aux éditeurs de s’adapter à notre capacité de concentration… c’est vrai, merde !... N’ont-ils pas été créés dans le but réfléchir à ce qu’il faut faire pour que nous ressentions le plaisir de lire ?... »

Alors, l’avenir, c’était mieux avant ?... En attendant, mBS c’est bien maintenant, non ?... Bonne année à toutes et tous !

Hubert Letiers –  ( daté et authentifié autour du 19 décembre 2015)

Merci, hubert, pour le partage de votre réflexion sur un sujet si fictif. C'est toujours plaisant et enrichissant de vous lire. Vous bluffez systématiquement la petite écrivaillonne en herbe que je suis ! Lire un vieux bouquin en 2035 sera probablement un plaisir incomparable et inégalable, comme se promener en jeep Willys, la tète à l'air et sans ceinture de sécurité, dans nos campagnes de nos jours. Restera-t-il un coin de nature pour parfaire ce plaisir ? Les interrogations s'étendent à beaucoup d'autres futurs possibles. Petite, je m'imaginais sur la lune en l'an 2000. Alors, j'espère connaître encore en 2035 la plénitude procurée par un bon vieux bouquin que l'on peut promener, serré sur son coeur, comme un ami très cher (au sens affectif !). Avec ma complicité. Michèle. PS : J'allais oublier, très bonne année 2016, pour commencer !

Publié le 06 Janvier 2016

Toujours un plaisir de lire Hubert Letiers...en 2016 ou en 2035 encore...

Mais moi, je vois une autre jeunesse dans 20 ans. Formée d'adolescents qui voyageront sans doute dans les étoiles... mais en lisant en cachette des livres papier achetés au marché noir pour des fortunes. Car aucun e-billet ne permettra jamais de s'évader aussi vite et aussi loin que la littérature. Jamais. Alors j'ai envie de dire...tant qu'il y aura des livres...

Publié le 06 Janvier 2016

J'ai deux auteurs en vue pour proposer un face-à-face justement, mais je suis vilain car je procrastine et attends d'être vraiment disponible pour les contacter et leur proposer cet exercice intéressant et amusant. Le fait est que j'ai du mal à trouver le temps de tout faire et que du coup je fais des choix et avance progressivement, par étapes, pour ne pas m'y perdre, et surtout ne pas faire les choses à moitié ou trop vite à mon goût. Pour une tribune, je ne me sens peut-être pas encore assez légitime pour en faire, donc j'attends d'avoir une illumination, ou d'avoir suffisamment pris confiance en moi pour me lancer. Et puis, il faut dire que le site est déjà très richement doté. Il va falloir choisir avec soin le sujet, proposer quelque chose de nouveau, ou en tout cas de non réchauffé, pour ne pas répéter du déjà dit. Là aussi il va falloir que je me trouve une fenêtre de réflexion pour proposer une intervention pertinente. En attendant, c'est un plaisir de lire ce que proposent les autres et d'intervenir en commentaires (bon, je reconnais que si j'attends toujours que d'autres fassent des tribunes sur les sujets qui m'intéressent, je n'en ferai jamais, donc j'y viendrai, quand je serai prêt :-) ). Ca me fait penser que je n'ai pas liké Camille Britton, euh... la page mBS avec ma page auteur, créée fin décembre. Zou, j'y cours, j'y vole !

Publié le 06 Janvier 2016

Evidemment Yannick vous pouvez partager sur votre page facebook ! C'est même conseillé pour faire connaître toutes les ressources de la communauté mBS. Alors, merci de ce partage envisagé. Vous pouvez copier l'adresse url pour faire un post sur votre page, ou bien guetter notre page facebook sur laquelle cette tribune sera relayée comme toujours (aujourd'hui à 17h30). Et vous, vous n'auriez pas un sujet pour une tribune ? Ou un auteur que vous aimez sur le site pour un Face à Face ? De bons moyens d'augmenter votre audience, sans attendre 2035 ;-) Merci pour votre fidélité et vos commentaires qui animent la communauté mBS et bonne année à vous !

Publié le 06 Janvier 2016

Bien dit,Hubert. 2035, c'est maintenant. Il faut se laver les yeux tous les matins, pour voir. Verra-t-on, en 2035, un pauvre scribouillard envoyer son manuscrit par la poste ( qui n'existera plus ), à une maison, dite d'Edition?Soyons sérieux.. Il y aura des musées du livre papier , où le visiteur ébahi regardera cette littérature d'antan en hochant la tête. Il tâtera sa bibliothèque de poche, revenant d'un voyage à travers les étoiles, en se demandant comment ils vivaient en l'an 2015. Littérature sainte, priez pour moi. Mais la littérature, c'est moi, et c'est vous tous, de monbestseller et de quelques autres. Qui était Goncourt ? Même Bernard Pivot ne saura plus répondre. Je vais relire Platon, dit-il , en regardant sa montre. Le récitant lui versera à l'oreille le nouveau chapitre de La Guerre des Etoiles. Car le visiteur aura mis ses lunettes pour voir et pour entendre.Il prendra un e-billet pour s'envoler vers une autre comète où la littérature est prise dans la glace. Oh, bien sûr, ce n'est pas pour demain, mais à vitesse de lumière, tous les Platon du monde se donneront la main.

 

 

 

Publié le 06 Janvier 2016

Pourquoi tenter d’élever l’homme à la littérature alors que la littérature peut s’abaisser à l’homme ? Hahaha, j'adore cet humour :-) Très bel article. Je l'ai relu 3 fois avec le même plaisir. Puis-je me permettre de le partager sur ma page auteur facebook tout récemment créée ? Bonne année également ! mBS c'est assurément bien maintenant, et 2035 c'est déjà un peu maintenant aussi ;-)

Publié le 06 Janvier 2016