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Le 30 juin 2015

Protection des ebooks. Solutions de demain : solution d'auteurs ?

« Se décrire m'apparait toujours comme se vendre. Et, pour peu que vous m'achetiez, je deviens instantanément un vendu », déclare le malicieux Eric Lequien. Cet auteur, et créateur de logiciel de protection, réagit aux principales conclusions du sondage monBestSeller. Agile sur le net, il pense aux pistes de demain. Attention, les non techniciens doivent se concentrer (un peu).
Protection des livres numériques : les solutions de demainProtection des livres numériques : quelles solutions demain ?

 

Et pourquoi les auteurs ne trouveraient-ils pas eux-mêmes les solutions de protection de leurs ebooks ?

 

1. Les auteurs veulent se protéger du piratage.

Oui, parce que le mot "piratage" fait nécessairement peur. Imaginez-vous quelqu'un qui dirait : "Oui, je suis complètement pour le piratage et en tant qu'auteur, l'idée d'être piraté me transporte d'allégresse" ? J'ai l'intime conviction qu'aucune autre réponse ne peut sortir d'une question contenant ce mot. Il contient à lui seul l'idée de l'attaque et ne peut induire qu'une réaction sur la défensive.
Maintenant, et dans la mesure où monBestSeller.com fonctionne en tout gratuit, si vous demandiez à vos auteurs ce qu'ils penseraient de démultiplier l'effort de propagation en utilisant les réseaux de partage parallèles, la réponse serait peut-être différente... Bien sûr, cette idée ne fonctionne pas pour le payant (sourire).

2. Les DRM* sont une solution rejetée par les auteurs et par les lecteurs.

Ce résultat me semble local (français ou francophone, je ne sais pas), car je suis en contact avec plusieurs studios de création d'ebooks US cumulant plusieurs milliers d'auteurs en clients, et l'écrasante majorité est plutôt pour les DRM. Mais la différence est peut-être dans le profil des auteurs autoédités d'ici et de là-bas. Il me semble qu'ici beaucoup d'auteurs fabriquent leurs propres ebooks eux-mêmes ou sauraient le faire s'ils le souhaitaient, alors que ce n'est peut-être pas le cas des clients de "mes" studios.

3. Le watermarking** est une piste, mais n’est pas une solution.

Je suis à la fois auteur littéraire et auteur logiciel, mon regard est nécessairement plus technique que la moyenne. Le watermarking** classique me semble très bien en terme de dissuasion de premier niveau (psychologique dirons-nous). Il ne va évidemment pas arrêter quelqu'un qui "bidouille" un peu, mais les DRM* non plus ! Je dirais même qu'il est techniquement plus rapide d'enlever des DRM*, dans la mesure où le second nécessite d'aller précisément voir la nature du marquage, tandis que le premier se supprime en tout automatique qu'il y ait un ou mille ebooks à traiter. De fait, nous pouvons à mon sens appliquer le mot "solution" aux deux (DRM* et watermarking**).

Quel doit être le champ de réflexion prioritaire pour la protection des auteurs ?

Tel que je le vois, aucune solution technique ne peut empêcher le piratage de manière absolue et définitive. Contrairement à un programme, un ebook est un fichier ne contenant que des données. Il est possible d'y inscrire ce que l'on veut sous maintes formes, mais si les informations que nous y mettons doivent servir à un contrôle particulier, celui-ci ne peut exister que dans le programme de lecture (qu'il s'agisse d'un logiciel de bureau, d'une appli de Smartphone ou d'un firmware de liseuse). L'ebook est par essence passif et ne prend vie qu'à travers un "moteur" logiciel qui l'interprète et, éventuellement, considère une protection selon un standard. Si vous souhaitez modifier la manière dont est protégé un fichier de données (un ebook), il faut modifier le standard ; c'est-à-dire, le format du fichier et l'algorithme des logiciels s'appuyant sur ce standard.
Aussi, dans la mesure où un standard est par définition public, il est accessible aussi aux crackers, c'est sans fin... Je pense qu'en terme de bridage logiciel, on ne peut pas faire plus que les DRM** : c'est déjà trop contraignant en terme de confort et en faire plus ne serait pas plus pérenne pour autant (simplement parce que toute -- je dis TOUTE -- logique est cassable tôt ou tard).

La semaine prochaine, Eric Lequien  explique « Dedee », un logiciel de protection par la traçabilité.

Un principe de dédicace d’e-books qui permet de vérifier dans « Dedee » lui-même si une dédicace est authentique ou non.

Eric Lequien Esposti est entre autres l’auteur de Conte à rebours (Kindle) et de L'Indélicatesse du Cosmos (2011) et est cofondateur de la maison d'édition Les têtes brûlées.     

* DRM (digital right management) : ce système dominant la protection des ouvrages numériques est un verrou qui interdit le partage des fichiers numériques et leur impression. L'accès à la lecture du document ainsi protégé n'est alors autorisée que pour l'équipement ou l'identification logicielle certifiée par le fournisseur.

** Watermarking : tatouage numérique qui consiste en l'ajout, à l'intérieur du fichier acheté, des coordonnées de l'utilisateur mais qui n’empêche en rien sa diffusion abusive.

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