Chronique
Le 19 nov 2015

Idées reçues sur l’auto édition

Si l’autoédition se crédibilise, notamment avec les best sellers détectés et promus par des éditeurs positionnés sur le créneau, une mauvaise réputation les précède. Pourquoi un auteur autoédité à succés passe de l’auto-édition "suspecte", à l’édition traditionnelle, où du jour au lendemain il est "consacré". Et surtout qui sont les vrais détracteurs de l'auto-édition aujourd'hui ? Chronique de l'auteur Nathalie Bagadey.
autoédition-idées-reçues-editeur-auteur-lecteurs-media-Autoédition : les préjugés ne sont pas là où on le croit.

Idée reçue n° 1 : la mauvaise réputation

Beaucoup (trop) de personnes hésitent à se lancer dans l’autoédition encore aujourd’hui, à cause de la « mauvaise réputation » dont celle-ci est censée souffrir. Eh bien, j’ai fait des découvertes surprenantes à ce sujet au cours de mon expérience personnelle.
Mon nom est Nathalie Bagadey et je suis publiée depuis 2012. J’ai commencé par être éditée par de petites maisons d’édition (« Les Roses Bleues », aujourd’hui fermée, et « Les Manuscrits d’Oroboros ») et cela a été une expérience enrichissante… sur le plan humain. Pas du tout sur le plan financier, comme ceux qui ont déjà été édités par de petites maisons le comprendront aisément.

                                "Connaître le bonheur d'être lu"

En 2014, suite à un concours de circonstances trop long à détailler ici, je me suis lancée dans l’aventure de l’autoédition. J’en suis à mon deuxième roman publié, ainsi qu’un guide pratique en voie de publication et je suis tellement contente de l’expérience que je cherche aujourd’hui à encourager le plus de monde possible à tenter celle-ci.
Ce n’est pas un parcours facile que celui de l’autoédition : je ne suis pas en train de dire que vous allez devenir riches en vivant de vos écrits du jour au lendemain (c’est loin d’être mon cas !). Mais vous connaîtrez le bonheur d’être lu et pour moi, cela compense tous les aspects difficiles de l’aventure.
Seulement voilà : j’ai dû faire face à cette méfiance pour la « sous-édition » que représente, pour certains, l’autoédition.
La surprise, c’est que les interlocuteurs en question ne sont pas nécessairement ceux auxquels je pensais…

Les lecteurs sont fermés à l’auto-édition ?

Faux. Les lecteurs, dans leur grande majorité, ne vont pas vous mépriser parce que vous n’avez pas été édité par un éditeur classique. Les trois quarts de ceux que j’ai rencontrés cherchaient simplement une « bonne histoire » et étaient avant tout attirés par la couverture. Quelques-uns seulement m’ont demandé chez qui j’étais éditée. Et la grande majorité de ceux à qui j’ai fièrement dit « par moi ! » a été impressionnée ou solidaire de ma démarche. Pour certains cela a en effet été l’argument ultime : « dans ce monde où seuls les grands requins survivent, je vais soutenir ce petit poisson souriant » (oui, j’aime les métaphores et je souris beaucoup lorsque je rencontre les lecteurs).
Bref, j’ai très, très rarement rencontré des lecteurs rebutés par le fait que je sois autoéditée. Parfois, cela a même été l’occasion de grandes discussions sur l’autoédition et j’ai aimé voir apparaître des étoiles dans les yeux de mon interlocuteur qui est reparti en se disant : « et si moi aussi, j’essayais ? »

                              "Les réseaux sociaux font la réputation"

Les rares occasions où j’ai eu un retour négatif de la part de lecteurs c’était surtout après qu’ils aient connu une mauvaise expérience de lecture : des textes truffés de fautes, ou sans style ou à l’histoire sans queue ni tête. Mais heureusement il y en a relativement peu et la réputation, la bonne comme la mauvaise, se fait vite grâce aux commentaires sur les réseaux sociaux et les sites de vente en ligne. J’aimerais revenir sur les commentaires un autre jour, mais ce n’est pas le sujet de la chronique d’aujourd’hui. Donc bref, dans ma propre expérience, les lecteurs ont le plus souvent été intéressés et solidaires de cette démarche.

Les éditeurs ne sont pas les ennemis de l’autoédition.

Haha ! Vous vous dites que ça y est, j’ai identifié l’interlocuteur le plus à même de vous tourner le dos si vous avez choisi l’autoédition ! Forcément, vous êtes son rival, vous le privez de revenus, vous prétendez être mieux que lui, etc.  
Pas du tout.
Déjà, cela dépend de votre personnalité bien sûr. Si vous courez les salons en criant sur tous les toits que vous vous éditez « parce que ces *** d’éditeurs ne font pas le boulot correctement », vous vous exposez à du mépris (dont le mien).

La vérité c’est que parmi tous ces gens formidables que j’ai rencontrés dans mon aventure de l’autoédition, il y a eu beaucoup d’éditeurs. Surtout des petits. Ils se battent dans un monde plutôt difficile pour faire connaître des livres. Avec des moyens parfois guère supérieurs à ceux des auteurs indépendants… et avec beaucoup plus de frais qu’eux. En ce qui me concerne, je n’ai pas choisi l’autoédition afin de snober mes anciens éditeurs ni d’effaroucher de potentiels nouveaux.

                              "Ne pas faire de l'autoédition une religion"

Dans l’article du Monde paru le 13 octobre dernier, qui cite l’étude de Charlie Bregman, il est écrit que « 40 % des autoédités utilisent cette stratégie pour trouver un éditeur ». Ce n’est pas mon cas, pas tout à fait. Je pense que j’aurais du mal à « céder les droits » des titres que j’ai déjà autoédités. Ce sont mes bébés, je suis fière de les avoir portés à bout de bras tous ces mois durant… D’un autre côté, si cela peut permettre qu’ils soient plus largement diffusés, j’étudierais tout de même attentivement la proposition. Mais il est probable que je n’y donnerais pas suite. Par contre, pour certains manuscrits et notamment une quadrilogie de fantasy dont j’ai terminé le premier tome, là, je crois que mes compétences d’auteur autoédité ne feraient pas assez justice à ce que j’espère pour mon texte (sur le plan du formatage, de la distribution, de la couverture, de l’exposition médiatique, etc.) Donc, oui, je n’exclus pas être un jour éditée dans une grande maison d’édition, mais ce ne sera pas pour tourner le dos à l’autoédition. J’espère pouvoir rester un « auteur hybride », qui fonctionnera sur les deux modes.

Les (bons) éditeurs classiques peuvent même devenir un soutien, ils aiment les livres avant tout.

Hum, hum. Assez parlé de ma future carrière de star de l’édition, revenons-en à la perception des éditeurs autour de moi. J’ai eu la chance d’être soutenue dans mon projet par mes anciens éditeurs. Marilyn Stellini, des éditions "Les Roses Bleues", la première à m’avoir fait confiance, est venue sur mon stand aux Imaginales et m’a demandé de lui dédicacer son exemplaire de mon premier roman autoédité. Geoffrey Philippart et Christopher de Feima, des éditions « Les Manuscrits d’Oroboros », chez qui j’avais également publié ont annoncé la parution de mon premier roman autoédité sur leur site internet et m’ont encouragée dans cette voie.

                                          "Des éditeurs solidaires..."

Depuis, j’ai rencontré dans les salons beaucoup d’éditeurs et je n’ai senti aucune rancœur, aucune agressivité de leur part. J'ai même sympathisé avec certains, à force de les retrouver dans les divers événements littéraires...
La vérité, c’est qu’il y a de la place pour tous et même, me confiait récemment l’un d’entre eux, suggèrent-ils cette voie à ceux qui sont pressés d’être édités, car eux ne peuvent assurer un délai de parution rapide : leurs calendriers de parution sont en effet saturés. Si vous soumettez aujourd’hui un manuscrit aux "Éditions du Chat Noir", par exemple, vous ne pouvez espérer être publié avant 2020… Heureusement donc, qu’il y a d’autres débouchés !
Enfin, nous avons tous entendu les histoires de ces auteurs anonymes qui, à la faveur du plébiscite du public pour leurs œuvres, se sont ensuite vus approchés par de grandes enseignes. L’autoédition est souvent le moyen de déceler des talents et donc, vous ne vous mettrez pas à dos les éditeurs, qui préféreront miser sur quelqu’un qui a déjà su faire ses preuves que sur un parfait inconnu.
Alors, qui nous reste-t-il, qui pourrait regarder l’autoédition de haut ?

Autoédition, les médias ne sont ni nos amis, ni nos ennemis : une pointe de condescendance, mais de la curiosité souvent.

Hum, oui, je pense que pour l’instant l’étiquette d’ « auteur raté » est encore souvent en arrière-plan des commentaires des journalistes sur l’autoédition. Le ton de l’article de Florence Aubenas, mentionné plus haut, n’est pas franchement admiratif, mais plutôt légèrement railleur. Et les articles qui paraissent dans les médias nationaux sur le sujet sont souvent provocateurs ou condescendants : questions hypothétiques sur un avenir où les ebooks ou le méchant géant Amazon auront conquis le monde, jeux de mots sur le monde de l’autoédition, portraits en mode « l’incroyable success-story de + un prénom », etc. Regardez les titres des articles des grands journaux nationaux sur l’autoédition et vous y trouverez souvent un ton un peu complaisant ou agacé.
Mais ce n’est pas mon expérience (il y a eu peu de médias nationaux qui m’ont interviewée jusque là… Aucun, à vrai dire…). Non, moi j’ai rencontré des journalistes formidables, très intéressés par mon histoire et qui me suivent et relaient l’info lorsque je leur annonce une sortie.

                          "C'est aux auteurs de contacter les médias"

Comment m’ont-ils contactée ? En réalité, JE les ai contactés. Cela ne coûte rien, vraiment, de prendre son téléphone ou d’envoyer un e-mail, de se présenter et de signaler qu’on existe. Et vous seriez surpris du nombre de personnes intéressées par votre histoire, que ce soit celle que vous avez couchée sur le papier ou votre aventure dans l’autoédition. Pour ma part, en un an je ne compte plus les articles parus dans mon quotidien local, le Dauphiné libéré, mais aussi les interviews radio (Radio France Bleue, RCF Poitou et NRJ Vallée du Rhône). Pas encore la télé, mais je crois que c’est moi qui ne suis pas prête : je n’ai contacté personne à ce sujet.
Bref, je pense que petit à petit le regard change sur l’autoédition. Forcément, qu’il change : il y a de très, très bons livres autoédités, il serait bête de les bouder. Et les journalistes ne sont pas bêtes.
Alors qui nous reste-t-il qui s’inquiète vraiment de la réputation de l’autoédition ? Qui en a peur, tourne autour et n’arrive pas à se décider ?

Les auteurs sont les premiers détracteurs de l’autoédition

J’ai été vraiment étonnée du nombre d’auteurs que je connais personnellement, que je respecte et même que j’aime, qui ont eu dans leurs yeux, lorsque je leur ai dit que j’allais m’autoéditer, cette lueur de commisération que j’appréhendais de retrouver dans le regard de mes lecteurs, du monde du livre ou des médias. Je ne m’attendais pas à la trouver chez eux, je pensais qu’ils me soutiendraient davantage. 

Je pensais qu’ils comprendraient que l’autoédition permet de combattre la frustration du manuscrit refusé, du manuscrit pas encore passé en comité de lecture des mois plus tard, des 8 à 12 % de droits d’auteur sur le prix du livre, des choix éditoriaux qui ne correspondent pas à la vision de l’auteur. Je pensais qu’ils adhèreraient à l’idée qu’il est toujours préférable que son texte soit lu plutôt qu’il reste dans un tiroir. Je pensais qu’ils seraient emportés par cet esprit d’aventure qui consiste à lancer son œuvre sur le marché du livre « tout seul » (ou presque).
Or il a fallu un an pour que le regard d’une partie d’entre eux change. Il a surtout fallu que je sorte un deuxième roman pour qu’enfin, certains se disent « tout de même, si elle recommence, c’est que ça en vaut la peine… »

                        "L'autoédition, la seule manière d'éditer rapidement"

C’est pour cela qu’aujourd’hui je suis dans une démarche de « promotion de l’autoédition » notamment auprès des auteurs. Car être autoédité ne signifie pas s’aliéner le monde du livre, mais partager des histoires plus rapidement que l’édition classique ne peut le faire. Je sais que ce qui manque à l’autoédition c’est la légitimité d’un professionnel qui regarde votre œuvre et décide de miser son argent et son nom dessus. Mais obtenir la reconnaissance des lecteurs et de ses pairs est une autre forme de légitimité, qui, personnellement, me comble chaque jour.

En effet, il existe déjà un bon groupe d’auteurs indépendants, solidaires et enthousiastes, qui vont animer régulièrement cette chronique sur monBestSeller.com. J’apprends pour ma part à les connaître chaque jour davantage, car je n’ai rejoint que récemment leurs rangs. Certains ont eu des succès impressionnants, dont je suis loin, et ont commencé depuis bien plus longtemps que moi. Mais j’ai pour moi mon enthousiasme et mon côté pédagogue (je suis professeur dans mon autre vie) et espère que ces derniers susciteront l’adhésion de ces auteurs qui hésitent encore.

Aussi je vous propose, que vous soyez auteur autoédité convaincu ou hésitant, de vous inscrire pour une session de questions-réponses autour de l’édition, qui a commencé mercredi 11 novembre 2015. J’espère pouvoir répondre à plusieurs de vos interrogations sur le sujet et vous espère nombreux au rendez-vous !

Le lien pour s’inscrire est ici : http://eepurl.com/bFledL

Nathalie Bagadey

Retour très intéressant, Lucas, merci. En effet, beaucoup de gens souhaitent avoir leur livre dédicacé car ils aiment avoir cette proximité là avec l'auteur et je pense que c'est notre atout principal, cette proximité, sans intermédiaires. ;)

Et moi aussi j'ai eu beaucoup de retours de personnes disant "comme j'aimerais pouvoir faire ce que vous faites !"

Publié le 28 Novembre 2015