Séries
Le 03 aoû 2016

TANAGA d'Alice Quinn - Saison 2 - Chap 13 : Étreintes

Un nouvel épisode de TANAGA, la série d'héroïc fantasy d'Alice Quinn à retrouver et à lire en ligne gratuitement tous les mercredis et samedis sur le site. Saison 2 : TORFED - Chapitre 13 : ÉTREINTES.
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Chapitre 13
Étreintes

Théo et ses compagnons, Nalyd et Zerda, furent propulsés brusquement tout au bord d'une abrupte muraille que ceinturait un étroit escalier sans rampe.
Ils avaient le choix entre le descendre vers des douves sombres et inquiétantes, dans lesquelles un liquide épais bouillonnait, ou le gravir vers des cimes vertigineuses, battues par des vents violents, accablées d'une lumière éblouissante.
D'un commun accord, sans hésiter, ils choisirent de monter.
La lente, difficile et douloureuse ascension commença. Au début, Théo courait presque, mais, très vite, il lui apparut qu'elle avait intérêt à ménager ses forces et elle ralentit son allure, pour finalement ressentir de façon aiguë des douleurs dans les jambes et les poumons.
Le souffle lui manquait, mais elle persévérait, persuadée qu'au bout de cet escalier escarpé se tenait le retour vers son monde. Chaque fois qu'elle s'arrêtait pour calmer sa respiration et reposer un peu ses cuisses et ses mollets, elle en profitait pour se débarrasser d'un morceau de son armure trop lourde qui lui blessait la peau.
À la fin, il ne lui resta que son épée. Mais elle ne voulait pas s'en séparer et elle la garda jusqu'au bout, ne sentant plus ses doigts engourdis serrés sur le manche.
Soudain, il leur sembla arriver quelque part. Comme s'il s'agissait du dernier étage d'un immense donjon. Mais quand ils accédèrent à la plate-forme, ils virent qu'elle n'avait pas de limite architecturale. C'était plutôt comme un paysage. Non pas « comme » : c'était un paysage. Le haut d'une colline. De l'herbe verte, un petit bois, des ruines éparpillées çà et là.
Éberluée, Théo reconnut les ruines situées juste à côté du manoir qui abritait le centre linguistique où elle séjournait. Au moment où elle s'en faisait la réflexion, elle sentit sa main plus légère, moins crispée et s'aperçut qu'elle ne tenait plus Luz.
– Mon épée. Mon épée ? Où est-elle ? Je l'ai perdue ? s'écria-t-elle, affolée.
– Mais non. Elle est à ton cou, lui répondit calmement Nalyd.
Elle porta vivement ses doigts à la base de son cou pour en effet constater que son pendentif fétiche était revenu à sa place.
Cela signifiait-il qu'ils étaient de retour dans le Monde Nouveau ?
Puis elle chercha des doigts sa gibecière, avec la pierre gravée. Elle ne l’avait plus.
Pourtant elle pensa immédiatement avec soulagement : en tout cas, je n'ai pas perdu la mémoire. Puisque je me souviens bien d'avoir mis les adresses sur des pierres. Ouf ! C'est toujours ça ! Mais où est mon sac ?
Elle découvrit alors à ses pieds des lambeaux de tissus rongés par le temps, mêlés aux débris divers, à la terre et à l'humus. Elle gratta vaguement autour et trouva avec ravissement la pierre gravée de ses mains, à la pointe de sa fibule, dans la Galerie du Plenum du Tanaga, intacte, luisante, messagère fidèle.
J'espère que les autres vont avoir les leurs !
Mais comment diable se retrouvaient-ils brusquement dans le Monde Nouveau ? Elle ne se souvenait pas d'avoir vu ce grand mur par ici à sa dernière promenade dans le coin.
Ne parvenant pas à comprendre cet enchantement, elle se retourna pour contempler la longue muraille de pierres sèches qu'ils venaient d'escalader et découvrit avec stupéfaction qu'il n'y avait rien derrière. Ni dessous, d'ailleurs.
Tout avait disparu. Remparts austères, douves bouillonnantes, escalier abrupt.
À la place s'étendait, cerclé d'une petite barrière et sur le même plan, sans déclivité, le manoir de Brighstone.
Exactement tel qu'il était quand elle l'avait quitté. Et juste devant, le petit étang pollué, asséché.
– Mais... Nalyd. Regarde. Le centre. Le passage. C'était là. Il y avait un passage, mais sans formule, sans code, sans rien.
– Oui, répondit Nalyd.
– Tu le connaissais ?
– Oui. C'est celui que j'emprunte régulièrement. Il y en a beaucoup d'autres de par le Monde Nouveau, qui nous permettent, nous, les Persistants, de veiller au bon déroulement des choses. Ou plutôt de constater où elles en sont, car nous n'avons guère de pouvoir, malgré notre science, pour influer sur les événements. Nous avons juste pu alerter tout le monde que les Écorcheurs étaient passés et qu'il était temps de réveiller la confrérie des Pèlerins.
– Oh !
Songeuse, Théo découvrait que presque partout où elle avait cru agir en utilisant son libre arbitre, elle n'avait fait que se plier à son destin.
Bizarrement, cette constatation ne la mit pas en colère.
– Je ne peux pas aller au centre. Le directeur m'y attend. Tu m'as dit toi-même qu'il me recherche pour me punir. Il veut prendre le pouvoir et posséder Le Livre de la Prophétie dont il pense qu'il le rendra tout-puissant.
– Je crois qu'il serait tout de même bon de nous y rendre pour voir ce qu'il en est.
– D'accord.
Une fois la décision prise, Théo avait hâte d'y aller. Elle se sentait épuisée, presque nauséeuse de fatigue. Elle aspirait à un mini-séjour à l'infirmerie, après une bonne douche, même s'il ne s'agissait que d'un mince filet d'une eau pleine de rouille.
Elle accéléra le pas, précédée de Zerda. De temps en temps, elle se retournait, pour constater que Nalyd semblait soucieux. Il ne se pressait pas, lui, au contraire. Et quand ils arrivèrent dans l'enceinte même du manoir, au moment d'en franchir la porte, il chuchota :
– Attends. Soyons prudents. Je sens quelque chose qui ne me plaît pas ici.
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– N'entends-tu pas ?
– Non. Je n'entends rien.
– Justement. C'est ce qui est anormal. D'habitude, à cette heure-ci, on devrait entendre le bruit des activités un peu partout, cuisines, salles communes, bureaux. Quelques bruits aussi de conversations. Il n'y a que ce chant. Tu le perçois ? Mais il n'y a jamais de musique ici, d'habitude.
– T'as raison. C'est étrange. C'est vrai, j'entends comme une faible musique.
Nalyd dépassa Théo et poussa la porte devant elle. Il n'eut besoin d'actionner aucune poignée, elle s'ouvrit toute grande devant lui. Il n'y avait personne dans le couloir, comme il n'y avait eu personne dans la cour.
Ils pénétrèrent avec précaution dans le manoir.
– J'ai compris, murmura Théo. Tout est figé, c'est tout. Ça a fait ça la dernière fois que j'avais franchi un passage. Tout s'était figé en attendant mon retour. Puis il y a eu une bourrasque dans la bibliothèque et tout est revenu à la vie.
Mais Nalyd ne parut pas rassuré pour autant. Il fronça le nez, ce qui aurait fait craquer toutes les filles du centre si elles avaient pu le voir.
– Non. La dernière fois, c'était Lully qui avait jeté un sortilège pour protéger tes mouvements.
– Ah bon ?
Ils continuaient d'avancer quand tout à coup ils entendirent la musique un peu plus distinctement. Le son venait du réfectoire.
Ils ouvrirent la porte avec précaution et regardèrent.
Ils étaient tous là. Élèves, professeurs et directeur, ainsi que le personnel administratif et les sbires gardes du corps qui avaient poursuivi Théo.
Ils étaient tous ensemble, mais ils ne semblaient absolument pas dangereux pour deux sous. Ils avaient tous le visage tourné vers un écran télé allumé, accroché en hauteur dans un coin du réfectoire.
Leurs yeux étaient vides. Leurs bouches béantes. Leurs corps sans ressort. Ils regardaient une émission de télévision avec un présentateur agité qui exhibait de jeunes chanteurs sautillants. Le bruit de la porte qui se refermait ne les fit pas réagir. Pas plus que Théo lorsqu’elle se posta devant eux. S'adressant au directeur, elle lui demanda ce qui se passait. Pas de réponse.
Pensant qu'il ne l'avait ni vue ni entendue, elle baissa le son du poste de télévision. Mais elle n'eut pas plus de succès.
– They're came. They've got them. Ils sont venus. Ils les ont eus, prononça d'une voix atone Nalyd.
– Qui ça ? demanda bêtement Théo juste avant de comprendre. Non... Tu veux dire les É...
– Yes.
– C'est pas possible.
Pourtant, immédiatement, une image envahit son esprit. Et elle eut la vision de ce qui venait de se dérouler dans cette pièce, ici même, dans la cantine du centre, à l'heure du déjeuner. Tout y était. Le moindre détail ignoble.
Une cohorte silencieuse d’Écorcheurs se faufilant dans la salle du réfectoire, au moment où tout le monde s'y tenait. Des Reptiliens. Des Volants. Des Pakhus. Des Rampants. Molter, Yaraki, Kurun et Othan en personne, émettant des ordres discrets. Nul bruit ni fureur. Nul chaos. Nul éclat.
Juste un frôlement passant inaperçu. Un souffle nauséabond.
Le temps que chacun prenne conscience du brusque refroidissement de la pièce et chaque guerrier malfaisant se penchait pour envelopper d'une étreinte fétide, son humain. Et le baiser infect, fatal, qui avait aspiré volontés et pensées, énergies vitales, essences animées, ne relâchant son étreinte que lorsque l'objet ainsi enlacé était enfin réduit à l'état d'épave légumineuse ayant perdu toute trace d'humanité.
Tout le monde y était passé.
Elle reconnut parmi les visages vidés de toute substance ceux des jeunes Français qui avaient fait avec elle la traversée sur le ferry. Quelques autres aussi, avec lesquels elle avait quelquefois dîné ou plaisanté. Il y avait également des membres du personnel, des secrétaires, des profs.
Mais le plus impressionnant était bien sûr Szaray. Toute sa morgue, son arrogance s'étaient envolées. Il ne restait plus qu'une expression légèrement abrutie sur ses traits. Il dodelinait de la tête devant l'écran de télévision, la lippe baveuse, le regard absent. Théo détestait Szaray. Elle éprouva pourtant pour lui, à ce moment, une grande pitié.
– Ils sont venus jusqu'ici ? Ils ont réussi à me retrouver ? demanda-t-elle à Nalyd.
– Yes and not, because you were not here. Oui et non, puisque tu n'étais pas là.
– Filons en vitesse. Avant qu'ils ne reviennent. Ils doivent être enragés de ne pas m'avoir trouvée. C'est sûrement la raison pour laquelle ils s'en sont pris à un si grand nombre d'individus et à leur substance. Car jusqu'à présent ils se contentaient la plupart du temps de tuer en simulant des accidents, non ?
– Yes.
– Oui. Mais, nous ne pouvons pas partir comme ça. Il faut prévenir les autorités.
– You think so ? Tu crois ?
– Je ne sais pas. Et puis arrête de parler anglais. Je m'étais habituée à te comprendre facilement.
– Je vais essayer, répondit sérieusement et laborieusement Nalyd.
Mais Théo ne l'écoutait plus. Elle continuait à réfléchir à voix haute.
– Si on va prévenir la police maintenant, on va en avoir pour des plombes, voire des jours, le temps de l'enquête et tout ça. Non. On va rentrer chez moi, à Paris. Là, je téléphonerai à la police anglaise pour prévenir de ce qui se passe ici. Le temps qu'ils fassent les comptes et qu'ils réalisent que nous ne sommes pas du nombre, ils nous rechercheront, mais on aura mis au point un récit cohérent. Car si on leur parle des Écorcheurs, ils ne nous croiront jamais. Je ne peux même pas en parler à mon père, qui est poète, alors tu penses, à des flics ?
– OK. Very good. Bon plan, approuva Nalyd. Je te suis. On fait quoi tout de suite ?
– Tu n'as pas un sortilège pour nous transporter d'un coup chez moi ? Pour nous téléporter ?
Nalyd éclata de rire.
– Oui. L'avion.
– Tu sais faire marcher un avion ?
– Moi, non, mais ma baguette, oui.
– Non. Je rêve. Alors c'est vrai l'histoire des baguettes ? Je ne t'ai jamais vu avec une baguette.
– Tu m'as vu avec des bâtons.
– Des bâtons. Tu veux dire que c'est pareil ? Tu ne t'en es jamais servi !
– Jamais besoin.
– Finalement, je crois que je vais appeler les flics tout de suite et on va filer.
Avant de monter dans le minibus, elle téléphona pour prévenir la police anglaise d'aller voir ce qui se passait à Brighstone Manor.
– Il y a un aérodrome sur l'île de Wight ? demanda Théo, juste avant de suivre Nalyd qui pressait le pas vers le minibus du centre.
– Oui. À Bembridge. Be carefull, fais attention, lui dit-il en examinant les alentours.
– Ouais. Ils sont peut-être encore là. Il faut faire gaffe.
Ils foncèrent sur les routes jusqu'à Bembridge.
En sortant du minibus, Nalyd empoigna Zerda avec douceur, le mit dans les bras de Théo, se plaça juste devant elle et ferma les yeux en remuant les bras.
– Mais, pouffa Théo. Qu'est-ce que tu fais ?
– Chut. Je me concentre, murmura Nalyd.
Il marmonna une phrase sibylline, puis il ouvrit les yeux et se dirigea à grands pas vers la piste.
Théo se mit à lui courir derrière en chuchotant :
– Où tu vas ? On n'a pas le droit d'aller sur les pistes. On va se faire arrêter.
– Tu peux le poser par terre, lui répondit calmement Nalyd en désignant Zerda. Don't worry. Pas d'inquiétude. Nous sommes transparents.
– Tu veux dire invisibles ?
Théo regarda alors autour d'elle pour constater qu'en effet les personnes qui vaquaient à leurs activités autour et dans l'aérodrome ne semblaient pas remarquer leur présence.
– Pas vraiment invisibles. Ni transparents d'ailleurs. Je ne sais pas très bien, mais ça marche. C'est plutôt comme si on n'existait pas pour eux. C'est eux le problème. Pas nous. Tu comprends ?
– Non. Pas du tout.
À ce moment-là, Nalyd avisa un petit avion jaune, très élégant, garé un peu plus loin, qui vrombissait déjà.
Il monta sans hésiter dans l'habitacle suivi de Théo et Zerda, juste avant que quelqu’un ne ferme la portière. Le pilote ?
L’inconnu s'assit aux commandes. Le couple qui avait loué l'avion était sagement attaché dans deux sièges arrière très confortables.
Théo, Zerda et Nalyd se tassèrent contre la carlingue, car il ne restait plus beaucoup de place. La formule magique qui les rendait invisibles fonctionnait toujours, puisque personne ne leur fit de remarque.
– Mais... Et s'ils ne vont pas à Paris ? murmura Théo.
Nalyd mit un doigt sur sa bouche pour lui signifier de se taire. Elle prit son mal en patience et observa par la fenêtre.
Elle songeait aux petits êtres qui travaillaient dans les cuisines du centre. Peut-être étaient-ils des descendants des Korrs ? Qu'était-il advenu d'eux ? Avaient-ils également été victimes des Écorcheurs ? Avaient-ils pu se cacher ? Elle espérait que oui et se rassurait en se disant qu'ils avaient l'air d'avoir plus d'un tour dans leur sac.
Ils décollèrent dans les minutes qui suivirent. Au bout d'un moment, alors qu'ils étaient au beau milieu du ciel, juste au-dessus des nuages, elle vit Nalyd se lever et avancer vers le poste de pilotage.
Il se pencha vers le pilote, lui chuchota quelques mots à l'oreille et revint calmement s'asseoir.
Une heure plus tard, ils atterrirent au Bourget.

C’était Étreintes, le chapitre 13 de TANAGA - Saison 2 – Torfed
© Alice Quinn - tous droits réservés – 2016

Rendez-vous samedi pour le chapitre 14 de la Saison 2 de TANAGA !

J’ai voulu retrouver avec ce roman d’héroïc fantasy la joie de l’écriture de feuilletons, qui m’a toujours fascinée. J’espère que vous partagerez cette passion avec moi.
Dans un premier temps, 2 tomes seront donc ainsi déclinés chapitre par chapitre, gratuitement, en ligne, le temps qu’il faudra, à raison de 2 chapitres par semaine, les mercredis et les samedis, à 10 heures.
Si des fautes, des incohérences ou des coquilles se sont glissées à mon insu dans le texte, je vous serais reconnaissante de m’en informer.
Vous pourrez trouver la saison 1, Les écorcheurs, sur Amazon.fr le 27 juillet 2016.
Pour la saison 2, Torfed, ce sera le 27 Aout 2016.
Vos remarques et retours me permettront de corriger ces détails avant la sortie.
Merci de votre aide et participation.

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Illustration couverture par Alex Tuis
Graphisme couverture réalisée par Kouvertures.com

Merci pour ce chapitre. J'ai grincé des dents aux passages en anglais, bourrés de fautes... J'ai été un peu surpris que Nalyd et Théo puissent détourner un avion aussi facilement. Les voies aériennes sont ultra-surveillées et un avion qui ne suit pas son itinéraire a peu de chances (aucune même) d'arriver à destination comme une lettre à la poste. J'attends de lire la suite, mais s'il n'y a pas de comité d'accueil et tout un appareillage gouvernemental de sécurité et de secours, je pense que ça posera un vrai problème de crédibilité. Je vous donnerai mon ressenti à ce sujet au prochain chapitre :-)

Publié le 05 Décembre 2016