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Le 13 aoû 2016

TANAGA d'Alice Quinn - Saison 2 - Chap 16 : Cor de Lune

Avant dernier épisode de TANAGA, la série d'héroïc fantasy d'Alice Quinn à retrouver et à lire en ligne gratuitement tous les mercredis et samedis sur le site. Saison 2 : TORFED - Chapitre 16 : COR DE LUNE.
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Chapitre 16
Cor de Lune

Deux jours qu'ils étaient enchaînés dans la Cage de Verre, au beau milieu d'une immense salle vide, d'au moins six cents mètres carrés, ressemblant vaguement à un lieu de culte, avec ses hauts plafonds de plus de dix mètres de haut, son autel à une extrémité, -mais peut-être était-ce un trône ?- et ses gravures taillées à même la pierre blanche tout le long des murs, semblant conter une longue épopée mais impossibles à déchiffrer pour les Pèlerins car ils en étaient trop éloignés.
Théo avait essayé de délier les chaînes avec la rune de l'Attachement confiée par Nalyd et elle y était parvenue du premier coup, à son grand étonnement.
– Ça marche ! s'était-elle écriée.
– Attention, chuchota Glaive d'Or. Miyader doit nous espionner. Nous devons faire comme si nous étions toujours liés.
Et c'est ce qu'ils firent.
– J'ai peur de perdre par épuisement le peu que je sais, chuchota Théo. J'ai tellement soif !
– C'est ce qu'il veut. Il espère nous cueillir facilement lorsque nous serons à bout de forces. J'ignore ce qu'il attend de nous, mais il pense qu'il l'aura plus rapidement en nous affamant et en nous assoiffant.
Ciel qui Gronde en cracha de mépris par terre et ce geste valait mille mots. Ils approuvèrent tous en silence.
– Faites attention à vos noms, énonça Œil de Faucon.
– Comment ça ?
– Vous avez tous un nom civil, puis un pseudo dans le Jeu, mais votre nom originel, votre nom de Pèlerins, vous rendra vulnérables si vous le divulguez.
– Tu veux parler des noms que nous avions dans le Tanaga ? Ceux que Fennec des Sables nous a communiqués sur les mails ? questionna Glaive d'Or.
– Oui. Je veux parler de cela. Ne me demandez pas comment je le sais. Peut-être est-ce en rapport avec mes origines. Mais je peux vous assurer que si vous lui donnez vos... nos vrais noms, il en sera fini de nous... Nous n'aurons plus aucune chance...
– C'est exactement ce que m'a dit Kahen, le dragon, murmura Théo.
Ainsi, de temps en temps, les Pèlerins faisaient-ils connaissance les uns avec les autres et échangeaient-ils des informations.
Théo découvrait l'ampleur de leur science et elle se disait que leurs vraies personnes devaient être plus riches encore.
– Peut-être ce temps, que Miyader utilise contre nous, va-t-il se retourner contre lui, murmura Théo. Nous devrions nous exercer et peaufiner un plan.
– Je dois m'exercer à entrer dans vos pensées afin d'en prendre les commandes, décida Dream Song.
Et il allait commencer lorsque la porte s'ouvrit pour la première fois depuis qu'ils étaient enfermés dans l'enceinte.
Dans un éclair éblouissant, Miyader entra, avec son visage émacié, ses yeux de fusion glacés, ses longs cheveux noirs tournoyants, son rictus triomphant.
Lorsqu'il se mit à parler, ce fut si bas que les Pèlerins durent tendre l'oreille pour l'entendre.
– Pensiez-vous être les seuls détenteurs des Lumières, les Pèlerins ? Vous vous trompez. Moi aussi je possédais les Lumières. Vous voyez qu'elles peuvent mener à tout. Même à l'Obscur...
Et son rire enfla jusqu'à résonner sur les parois de granit.
Théo se boucha les oreilles. Elle ne voulait pas laisser son cœur être gagné par le désespoir. Mais son caractère impétueux reprit le dessus et bien que Dream Song lui intimât de garder son calme, elle se leva sur la pointe des pieds et cria :
– Tes Lumières sont fausses, Miyader. Elles n'ont ni valeur, ni profondeur. Elles n'expriment que l'illusion.
– Pas du tout. La vérité est que je suis l'un des vôtres. C'est pourquoi je vous ai gardés en vie. Je sais bien qu'un Pèlerin peut être sensible à l'attrait de l'Obscur et, avant de vous tuer, je veux vous faire une offre généreuse. Soyez des nôtres. Combattez avec nous. Vous serez les plus puissants de tous les Univers.
Dream Song fit un geste à ses compagnons pour leur parler secrètement. Ils se rapprochèrent et formèrent un cercle fermé, se tenant par les épaules, la tête baissée, afin d'être sûrs que Miyader ne les entendrait pas.
Théo sentait sous ses doigts le contact métallique des corps artificiels des autres Pèlerins.
– Il faudrait peut-être l'écouter ? chuchota Dream Song. Nous pourrions lui proposer un marché : pactiser avec lui, qu'il nous rende la Reine, qu'il abandonne le Monde Nouveau, éviter ainsi des massacres à venir. Notre destin est peut-être de sacrifier notre honneur pour le plus grand nombre ?
– Jamais ! éructa Glaive d'Or en crachant derrière elle.
Les Pèlerins se détachèrent les uns des autres, jetant des regards farouches en direction de Miyader.
Théo lança un coup d'œil étonné vers Dream Song.
Que veut-il dire avec son « pactiser » ? À-t-il un plan que nous ne comprenons pas ? se demanda-t-elle. Il est le chef Il pressent peut-être la voie à suivre ?
Mais sa perplexité intérieure fut détournée vers Miyader qui semblait avoir perçu l'hésitation de Dream Song
– Alors, Newo ? Qu'en penses-tu ? C'est toi le chef ? Le choix t'appartient. Prends garde de ne pas te tromper. Si tu choisis aujourd'hui la bonne décision, crois-moi, tu ne le regretteras jamais ?
Et, se tournant vers les autres :
– Aucun de vous tous ne le regrettera ?
– Est-ce bien sûr ? l'apostropha Théo. Si vraiment tu fus un jour des nôtres, Miyader, es-tu sûr de ne rien regretter ?
Miyader ne répondit pas, mais une contraction de courroux déforma ses traits et, d'un saut, il voltigea jusqu'à eux pour assener un coup de pied rageur dans la Cage, qui fut projetée plusieurs mètres plus loin.
– Tu peux comprendre que nous ne pouvons discuter avec toi enfermés ainsi dans cette Cage, s'exclama Théo, à quatre pattes, en essayant de se relever. Fais-nous sortir et peut-être qu'alors nous pourrons envisager sérieusement ta proposition.
Miyader éclata de nouveau d'un rire puissant. Il semblait bien s'amuser.
– Ne t'inquiète pas, tu sortiras bientôt. Demain à l'aube vous serez jugés par le Grand Plenum de Torfed. Vous sortirez alors de cette Cage.
Il fit un large geste de cape et s'envola jusqu'à la porte. Puis lentement, cérémonieusement, il quitta la pièce par une large porte à double battant qui s'ouvrit et se referma toute seule.
Les Pèlerins se regardèrent. Sans se parler, ils se comprirent. Était-ce la télépathie de Dream Song qui fonctionnait ? Le message était clair :
« Demain, nous aurons notre chance. Une fois hors de la Cage, dans la Galerie du Jugement, il faudra profiter de la présence des plus hauts dignitaires du Non Monde pour tous les exterminer, ainsi que les chefs des cohortes.
» Les Écorcheurs de base, l'Armée, ne seraient plus rien sans leur tête. Plus qu'un ramassis de robots sanguinaires, sans pensée, facilement malléable. Un ordre et ils réintégreront Torfed dans ce monde virtuel. À nous ensuite de les y cantonner et de faire sauter les passages électroniques afin qu'ils ne puissent plus revenir. »
La nuit fut longue et tendue. Certains d'entre eux pratiquaient des exercices d'entraînement guerriers.
Théo savait qu'elle n'en avait nul besoin car elle bénéficiait de ceux qu'elle avait pratiqués sous son ancienne identité dans le Tanaga. Les autres aussi, mais ils l'ignoraient.
Tout se déroula comme ils l'avaient imaginé. Les Pèlerins se laissèrent emmener docilement dans une immense et solennelle Galerie de Tribunal tendue de gris et ils prirent le temps d'en examiner tous les détails, les gardes présents, le nombre de dignitaires.
Miyader, juché sur un trône rehaussé, taillé dans une pierre de météorite, protégé de l'assistance par un épais mur de verre fumé, semblait s'ennuyer.
Les Pèlerins échangeaient des regards entendus. Lorsqu'ils pensaient avoir saisi l'idée qui se communiquait de l'un à l'autre, ils clignaient légèrement des yeux pour que l'interlocuteur sache que son message avait été reçu.
Ce fut au moment où Miyader se leva pour prononcer les paroles d'ouverture du procès que les Pèlerins se décidèrent.
– Nous sommes ici aujourd'hui pour délibérer du sort que nous réserverons à ces cinq ennemis, dangereux s'il en fut, puisqu'ils sont les seuls à pouvoir restaurer le Verbe dans le Tanaga. Mais avant de le faire, je désire leur poser une question simple, car ils peuvent également être pour nous la voie vers un nouveau territoire abondant en ressources variées pour notre civilisation.
Lorsque Théo entendit le mot civilisation dans la bouche de Miyader, elle faillit s'étrangler.
 Mais il continuait sans se démonter :
– Nous les soumettrons donc à la question dès que...
Il ne put finir sa phrase.
Dream Song lança brusquement un appel étrange et mélodieux, comme un cri de reconnaissance, une mélopée envoûtante, une sorte d'exhortation incantatoire.
En une fraction de seconde, les Cinq échangèrent un regard qui se transforma en un anneau invisible d'énergie pure qui les reliait et passait de l'un à l'autre en continu. Le plus étonnant était qu'ils en avaient tous une conscience aiguë et qu'aucun doute ne les assaillait.
Les capitaines Écorcheurs semblèrent percevoir le changement car ils se mirent à se dandiner nerveusement et Molter, le général obèse, chef de la cohorte des Pakhus, les cloua sur place de sa voix de basse.
– Ils sont désarmés ! Cessez de trembler comme des enfants stupides ! Apprêtez plutôt vos haches pour leurs jolis petits cous !
Miyader, sur son trône en météorite, derrière l'écran brillant de matière noire, soupira fortement.
Théo sentait la Puissance de la Lumière envahir son corps, elle avait la sensation qu'elle allait exploser et soudain au bout de sa main apparut Luz. Une Luz translucide, une Luz vibrante, un aggloméré de poussière d'étoiles.
Les autres Pèlerins tenaient aussi leur arme. Des armes d'une matière inconnue, comme celle de Théo, concentré lumineux, mais qui pourtant représentaient en tout point l'image de leurs épées archaïques.
Instantanément, une voix familière l'interpella, tout près d'elle :
– Qu'est-ce que tu attends pour monter ?
C'était Fulgur, son destrier, éclair de feu et de glace. De retour à ses côtés.
– Fulgur ? Tu es là ?
Elle sauta prestement sur son dos tandis que les autres Pèlerins, ravis, en faisaient autant sur les leurs.
Molter poussa un cri de surprise et de rage.
Les capitaines Écorcheurs avaient déjà aboyé l'ordre de se ruer sur les captifs et une première rangée de cancrelats géants, cuirassés de la cohorte des Rampants, chaussés de bottes de fer, s'avançait, dents découvertes.
Théo n'eut que le temps de se mettre en garde.
Médusée, elle assista dans un état de bonheur indescriptible à la formidable démonstration du Pouvoir des Pèlerins.
Ce fut Ciel qui Gronde qui déclencha la séance. Elle proféra de la gorge le bruit de la déflagration de l'orage et une nuée de grêle s'abattit dans la pièce, chaque grêlon gros comme un œuf de pigeon et coupant comme du verre.
Glaive d'Or jeta son épée en travers du premier rang des assaillants et ils se figèrent instantanément, solidifiés, avant de se craqueler et de tomber en miettes.
Œil de Faucon, avait tourné la tête à 180° et surpris le mouvement d'Othan, le chef des Reptiliens. Armé d'un chalumeau embrasé, il fondit sur l’immonde général, son épée pointée sur sa gorge bouffie.
Othan leva son arme et la flamme frôla Œil de Faucon qui parut déstabilisé. Théo sut soudain qu'il avait besoin d'elle. Filant entre les jambes des soldats, Luz leur tranchant les jarrets, elle déboula dans le dos d'Othan et lui sectionna d'un seul coup les deux chevilles.
L'affreux général parut étonné de voir ses pieds rouler devant lui, tandis qu'un liquide poisseux et noirâtre en jaillissait, éclaboussant Théo qui recula vivement.
Planté sur ses moignons, perdant tout son sang fétide, il oscillait grotesquement en hurlant des imprécations. Puis d'un seul coup, il s'effondra et se mit à ramper, fou de rage et de douleur.
– Ils savent qu'ils ont perdu, cria Dream Song, j'entends leur peur, ils savent que la Lumière va les réduire en poussière comme les spectres virtuels qu'ils sont !
Dans les rangs ennemis, c'était la désorganisation la plus totale. Les cinq Pèlerins coupaient bras, têtes, membres, avec l'aisance de la Mort elle-même, chaque coup de leurs armes renvoyant les Écorcheurs à l'Obscur. La pièce disparaissait peu à peu sous leurs dépouilles, comme avalée par un trou noir.
De quelles Insondables Profondeurs sont-ils issus ? se demanda Théo sans cesser de frapper. Entraînent-ils les éléments avec eux ? Dans quels abysses retournent-ils ?
Les Cinq s'étaient regroupés. Ils formaient un cercle, armes tendues, un disque tournoyant d'épées ensanglantées et ils avançaient ainsi, dos à dos, sans cesser de tourner sur eux-mêmes, en une ronde acérée et fatale, comme une seule créature à dix bras et dix jambes.
Soudain, Dream Song se détacha d'eux d'un bond souple qui l'emmena sur l'estrade royale. Miyader, derrière l'écran de protection, observait la scène de ses yeux glacés, le trou de sa bouche palpitant de colère. Il tenait à la main un cor de Lune, celui du ralliement de leurs troupes ignobles.
Dream Song embrassa son épée qui se transforma soudain en un boomerang étincelant qu'il lança de toutes ses forces.
Miyader, surpris, suivit des yeux le trajet de l'arme.
Le boomerang fila vers l'arrière puis, subitement, changea de trajectoire et fondit droit vers lui à la vitesse de l'éclair.
Ce fut un éclair d'argent qui frappa le trône en météorite, le faisant exploser, tandis que Miyader disparaissait dans une gerbe d'étincelles pailletées.
Les Écorcheurs parurent soudain désemparés, comme hébétés.
– Je l'ai eu ! hurla Dream Song.
Il ramassa le cor en pierre de Lune tombé à terre et souffla longuement dedans, produisant un son étrange, un hululement lancinant tellement aigu qu'il en était presque inaudible.
Les Pèlerins pressèrent leurs mains sur leurs oreilles pour les protéger.
Un long silence s’établit, effrayant. C'est alors que le bruit de bottes se fit entendre. Le son strident du Cor avait déclenché le déferlement inouï des cohortes de Écorcheurs.
Un flot incommensurable de guerriers ignobles envahit la pièce. Mais ils ne venaient pas se battre. Non, ils venaient se ranger en tas, les uns contre les autres, comme des soldats de plomb robotisés, leurs armes inutiles à la main, hagards. Les trois hordes étaient représentées. Il ne cessait d'en arriver. Théo comprit que c'était le Cor de Lune qui les avait appelés. L'appel de Miyader.
Bientôt, il fut impossible à l'immense salle de les contenir tous et Molter qui, poussé par l'atavisme, tentait de les compter hochait la tête comme un pantin. Il poussa soudain un cri guttural.
– En arrière ! Sortez tous : prenez vos places devant Torfed.
Le chaos était indescriptible : le plus gros des troupes refluait vers la sortie tandis que d'autres continuaient à arriver en masse. Un cri leur parvint de l'extérieur :
– Le compte est bon ? Nous sommes tous là.
Othan, qui rampait sur le sol pour fuir, se retourna vers la porte. Il semblait apercevoir, de là où il était, le capitaine qui venait de parler.
Défiguré par l'exaspération, il hurla :
– Imbécile ! Qu'as-tu fait ? Il n'y a plus aucun de nous dans le Monde Nouveau ?
– Plus aucun, général, répondit fièrement la voix de Molter.
– Crétin ! Je te ferai écarteler.
Les Pèlerins s'étaient rapprochés de lui pour le contenir, pressentant qu'il était encore l'un des derniers à posséder une once de raisonnement.
– Tu ne feras rien du tout, lui dit Glaive d'Or en appliquant son épée sur son visage le transformant aussitôt en un morceau de plomb.
– Attention ! lança Œil de Faucon en désignant Yaraki, le chef de la garde des Rampants qui se faufilait vers une petite porte.
Il se rua à sa suite et le cloua littéralement au sol. La porte s'était entrouverte.
– Venez voir ! cria Œil de Faucon.
Sans rompre le cercle, ils se rapprochèrent.
La pièce ronde, aux murs d'obsidienne, ne comportait qu'une seule chose : un immense ordinateur devant lequel était assis un jeune homme.
Les Écorcheurs ne bougeaient plus et les Pèlerins rompirent le cercle pour s'approcher de l'inconnu.
Il devait avoir vingt ans, peut-être moins. Il ne les regardait pas. Il ne regardait rien. Des câbles de chair étaient plantés dans ses yeux, les reliant à l'écran tactile frémissant. Ses mains étaient posées devant lui, elles adhéraient au clavier dont elles étaient un prolongement. Car celui-ci paraissait être composé à moitié de chair.
– Ils l'ont transformé en machine vivante, dit Ciel qui Gronde.
– Mais qui est-ce ?
– Je vais essayer de le sonder, dit Dream Song en fermant les yeux. Il les rouvrit presque aussitôt.
– Il n'est guère difficile d'entrer dans son esprit et les images en sont limpides. Il ne reste presque plus rien de lui. Ils ne l'ont pas vidé, ils ont connecté son esprit à la machine. J'ai l'impression que c'est lui qui a inventé le Jeu. Avec l'aide d'un vieux mage.
– Le Clairvoyant ? s'exclama Théo.
– Peut-être. Mais il n'y a pas que le Clairvoyant dans sa mémoire. J'ai vu les Écorcheurs arriver, Miyader se pencher sur lui. Othan l'aspirer...
– Comment s'appelle-t-il ?
– Il ne sait plus. Sa seule identité prend la forme de la Douleur. Perpétuelle. Il n'est plus vraiment humain. Il est un magma de souffrance.
Soudain un frémissement parcourut le clavier et des mots apparurent sur l'écran qui retransmettait en simultané les événements présents. Comme s'ils avaient tous été contenus dans un ordinateur qui tenait dans un autre puis dans un autre et cela, à l'infini.
– Dé-con-nec-tez-moi.
Les Pèlerins échangèrent un regard attristé. Les larmes aux yeux, Glaive d'Or leva son épée et psalmodia :
– Par la Pureté, par la Justice, par l'Innocence, je te délivre, humain, de l'emprise de Torfed.
Théo ferma les yeux un dixième de seconde, le temps à la lame de s'abattre comme un couperet et le temps pour Ciel qui Gronde d'envoyer la foudre dans l'appareillage.
Le jeune homme se contracta, ses cheveux se dressèrent sur sa tête, les câbles enfoncés dans ses yeux se tendirent à se rompre, il se raidit en arc de cercle puis retomba violemment, inerte, sur sa chaise.
Plus rien ne le reliait à la machine qui crépitait et fumait, mais qui continuait à fonctionner.
– Vite ! dit Théo en tendant le Cor de Lune à Dream Song.
Il souffla dans l'embouchure et le son ensorcelé rappela les soldats du Non Monde.
La masse grouillante des Écorcheurs reflua dans la petite pièce ronde où ils se tenaient, attirée irrésistiblement par l'écran noir de l'ordinateur central, qui trônait telle une énorme reine des fourmis.
La vitre de l'écran semblait perméable et l'un après l'autre durant un interminable défilé mortifère, les cohortes entières des Écorcheurs pénétrèrent au cœur de la Chose, disparaissant à la vue des Pèlerins au fur et à mesure.
Petit à petit, l'écran se teintait d'étranges couleurs irisées et Théo crut apercevoir un instant l'éclat de la Labradorite, porte de tous les passages.
Quand la surface entière devint noire, que le dernier souffle d'appel dans le Cor de Lune n'attira plus aucun membre d'aucune cohorte d’Écorcheurs, Théo appuya sur « Escape » et tout se désintégra.
Plus d’Écorcheurs, plus de jeune homme de douleur, plus même d'ordinateur, voire de Pierre...
Théo réalisa trop tard qu'elle avait tout désagrégé, même les effigies virtuelles des Pèlerins qui se dissolvaient sous ses yeux accablés. Elle essaya d'attraper la main de Dream Song, mais c'était comme attraper du vent. Il lui lança un regard désespéré juste avant de s'évanouir dans l'air.
Il n'y avait plus rien ni personne, même plus de pièce où se tenir. Théo était seule dans un univers qui n'existait pas. Elle sentit un peu d'air sur sa joue, se pencha pour saisir Luz, eut un vertige et perdit connaissance.

C’était Cor de Lune , le chapitre 16 de TANAGA - Saison 2 – Torfed
© Alice Quinn - tous droits réservés – 2016

Rendez-vous mercredi pour le dernier épisode de la Saison 2 de TANAGA !

J’ai voulu retrouver avec ce roman d’héroïc fantasy la joie de l’écriture de feuilletons, qui m’a toujours fascinée. J’espère que vous partagerez cette passion avec moi.
Dans un premier temps, 2 tomes seront donc ainsi déclinés chapitre par chapitre, gratuitement, en ligne, le temps qu’il faudra, à raison de 2 chapitres par semaine, les mercredis et les samedis, à 10 heures.
Si des fautes, des incohérences ou des coquilles se sont glissées à mon insu dans le texte, je vous serais reconnaissante de m’en informer.
Vous pourrez trouver la saison 1, Les écorcheurs, sur Amazon.fr le 27 juillet 2016.
Pour la saison 2, Torfed, ce sera le 27 Août 2016.
Vos remarques et retours me permettront de corriger ces détails avant la sortie.
Merci de votre aide et participation.

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Illustration couverture par Alex Tuis
Graphisme couverture réalisée par Kouvertures.com

Bonjour Alice. Ce n'est plus un train, c'est une fusée ! Tout s'enchaîne si vite que c'est à la fois très confus et passablement frustrant, pour moi en tout cas. J'ai l'impression que vous courez un 100m en voulant faire le meilleur temps possible, sans prêter attention à autre chose qu'à arriver au bout le plus promptement possible. Tant de choses mériteraient d'être étoffées pour donner de la couleur et de la saveur à l'histoire, mais vous survolez tout cela à mon sens beaucoup trop vite et en ayant recours à trop de "facilité" (hop, une petite chanson et paf, les épées apparaissent dans leurs mains, les Pélerins Glorieux sont soudain devenus super forts, alors qu'au chapitre précédent ils en étaient encore à se chercher et se découvrir, etc.). Désolé de vous dire cela si directement, mais mon sentiment de lecteur est que tout cela va bien trop vite et manque cruellement de connexions. Votre univers est intéressant et vous avez mis en scène de nombreux éléments porteurs, mais vous ne les développez pas, voire pour certains n'en faites rien du tout. Pas le temps d'imaginer, de visualiser, de rêver ! On passe d'un extrême à l'autre et c'est vraiment peu confortable. J'essaierai de développer un peu dans mon commentaire du dernier chapitre, car je ne voudrais pas paraître gratuitement négatif. J'espère que ces éléments vous seront utiles et que vous ne serez pas blessée par ces remarques, ce n'est vraiment pas le but ! Bien cordialement.

Publié le 06 Décembre 2016