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Le 17 aoû 2016

TANAGA d'Alice Quinn - Saison 2 - Dernier épisode !

Dénouement ! C'est aujourd'hui qu'Alice Quinn écrit le mot "fin" à la saison 2 de sa série d'héroïc fantasy TANAGA publiée en exclusivité sur monBestSeller. 17ème et dernier épisode : SOURCE.
Tanaga. Série héroïc fantasy d'Alice Quinn à lire gratuitement et en exclusivité sur monBestSeller.comTanaga. Série héroïc fantasy d'Alice Quinn à lire gratuitement et en exclusivité sur monBestSeller.com

Chapitre 17
Source

Lorsque Théo revint à elle, ce fut avec un goût de sable dans la bouche et une soif qui lui brûlait le palais. Avec peine, elle ouvrit les yeux. Autour d'elle s'étendait un désert de sable blanc à l'infini. Des dunes, un ou deux buissons secs qui roulaient sur eux-mêmes et du sable, du sable à perte de vue.
Son corps était à l'agonie. Plusieurs blessures sécrétaient un liquide purulent après avoir saigné abondamment. Son sang, séché, colorant sa peau de rouille, était mélangé à celui, toujours aussi nauséabond, des Écorcheurs qu'elle avait réussi à occire. Un sentiment de victoire la remplissait, malgré son piteux état.
Elle savait qu'ils avaient réussi.
Elle savait que les Pèlerins avaient forcé les Écorcheurs à déserter le Monde Nouveau.
Elle se sentait forte, satisfaite, soulagée. Les Écorcheurs avaient été vaincus. Dans son envie de se réjouir, elle chercha des yeux ses compagnons, mais elle dut se rendre à l'évidence.
Seule.
Les autres n'étaient pas avec elle. De toute façon, elle avait toujours été seule, puisque les pèlerins présents à cette bataille décisive n'étaient que les avatars des vrais Pèlerins.
Tout de même. Elle aurait aimé qu'ils soient là. Qu'étaient-ils devenus ? Pourquoi ne l'aidaient-ils pas ? La destruction des machines avait sûrement eu des répercussions sur les personnages du Jeu, mais eux, les vrais Pèlerins ? Ils auraient dû en ce moment actionner leur clavier, leur souris et voler à son secours par écran interposé !
Elle en aurait pleuré d’accablement.
Qu'attendaient-ils pour lui faire un signe, communiquer avec elle ?
Il lui fallut bien se rendre à l'évidence. Il n'y avait personne, là, quelque part, au-delà de l'écran.
Elle espérait que la fin de la bataille et l'implosion générale n'avaient pas mis leur vie en péril.
Voyons, essaya-t-elle de raisonner. Ils étaient certainement aux commandes de leur ordinateur pendant que toute cette bataille se déroulait. Ils étaient présents, avec moi, même s'ils ne sont pas parvenus à entrer dans l'écran. Donc ils ont tout vu. Oui, mais qu'est-il arrivé vraiment à leurs effigies ? Il semble qu'elles aient été absorbées, comme les Écorcheurs, par la Grande Destruction finale. Et les vrais Pèlerins qui assistaient à tout ça derrière leurs ordinateurs ? Les ordinateurs ont-ils brûlé ? Sont-ils blessés ?
Elle ne savait pas très bien si elle devait se lamenter pour eux, pour la disparition des avatars, pour la coupure survenue entre tout lien pouvant la joindre aux autres, ou se féliciter de sa survie.
Après tout, à l'heure qu'il était, elle aurait dû être morte. Or, même douloureux, son corps lui rappelait qu'elle était bien vivante et entière. Bon point pour elle.
Elle mit un moment à comprendre ce paysage. C’était le même qu'elle avait traversé avec ses camarades enfermés dans la Cage. Il faisait nuit et froid et elle avait pris cette immensité blanche pour de la glace. En fait, il s'agissait d'un désert de sable et brûlant, qui plus est ! La température entre le jour et la nuit variait d'au moins quarante degrés !
Elle cherchait en vain à se souvenir des derniers instants de la bataille. Comment s'était-elle retrouvée ici ? Quelqu'un l'y avait-il emmenée ? Où étaient les autres au moment précis où l'ordinateur central avait implosé ? Elle avait vu Yamider périr sous le coup de boomerang de Lumière de Dream Song. La bataille faisait rage alors.
Quand s'était-elle évanouie ? Avait-elle réussi toute seule à se traîner à l'extérieur de Torfed ? Pourquoi avait-elle ainsi perdu la connaissance et la mémoire ?
À présent, aussi loin que portaient ses yeux, il n'y avait plus aucune trace de Torfed, la tour maléfique de granit blanc.
Mais où diable était-elle exactement ?
Ce paysage torride, désertique, la cernait de toute part. Plus aucun repère, plus de signes, rien que le vide et la solitude.
Elle comprit alors qu'elle était prisonnière. Abandonnée de tous, sans aucun soutien, elle était la proie d'un univers dangereux, fatal.
Que dois-je faire ? se lamenta-t-elle. Comment vais-je m'en sortir ?
Au prix d'un effort énorme, s'appuyant sur sa fidèle Luz, redevenue d'acier trempé, elle parvint à se relever.
Elle vacillait sur ses jambes. Elle ne savait pas où aller.
La soif la tenaillait et il lui fallait absolument trouver un point d'eau.
Elle se mit à marcher droit devant elle, se servant de son épée comme d'une canne, au hasard, en priant pour ne pas se retrouver exactement là d'où elle était partie, à Torfed.
Cette pensée la fit sourire. Bon réflexe, se dit-elle. Je sais déjà où je ne veux pas aller, ou du moins ce que je ne veux pas revoir surgir devant moi. Et si j'essayais de savoir ce que je désire ?
Et la phrase de sa mère refit alors surface, bienvenue : « Trouve le désir qui est en toi, caché par la peur... »
Mon désir est de me sortir d'ici, se dit-elle, déterminée. Je veux trouver un passage. Et peu importe quel passage. Je veux rentrer chez moi. Je suis fatiguée. Je veux reprendre ma vie ordinaire. Retrouver papa. Et Nalyd.
Lorsqu'elle vit les traces de pattes sur le sol, quelque chose de très archaïque s'anima en elle, qu'elle ne put tout de suite analyser. Elle se mit à suivre les signes avec frénésie.
Il s'agissait de minuscules empreintes dans le sable, comme des pattes d'oiseau, ou de lézard. Peut-être même était-ce un scorpion ?
Sans pouvoir se l'expliquer, ces signes la rassurèrent.
Il y a donc de la vie dans ce désert. Autre que celle des Écorcheurs.
Finalement, elle ne savait pas vraiment où elle était. Ce Monde factice, devenu ce champ désertique, était peut-être vidé de ses habitants, mais pas de tous. Les animaux, certains en tout cas, avaient survécu.
Elle entendit une voix diaphane qui chantait
« Aman Iman... »
Seuls ces mots revenaient en refrain. Elle savait ce qu'ils signifiaient : L'eau, c'est la vie. Comme elle savait de quelle langue il s'agissait : du touareg. Sa langue maternelle. Cette chanson, sa mère la lui chantait enfant, c'était une berceuse. Et la voix était intérieure. Elle sourdait de sa mémoire profonde, ancestrale.
Elle comprit immédiatement le message. Bien sûr, l'eau c'est la vie ! Ce n'était pas dans les mots qu'il fallait chercher un sens, tout le monde savait que sans eau elle allait mourir. Non.
Ce que ces mots lui suggéraient était quelque chose de bien plus important, qui allait lui permettre d'espérer : N'oublie pas que tu as du sang touareg. Tu es une fille du désert. Le sable n'a pas de secret pour toi. Tu connais tous les moyens de survivre dans le désert. Tu sais comment trouver de l'eau et quoi manger quand il n'y a rien. Tu vivras.
Voilà ce que lui disait cette berceuse et Théo l'écouta.
De façon infaillible, elle se mit à suivre les repères griffus au sol, car les animaux vont au puits. Voilà ce que lui disaient les gravures sableuses.
De même qu'il y avait trois lunes la nuit, il y avait deux soleils le jour et la fournaise créée en était implacable. Théo s'était emmitouflé la tête dans un morceau de tee-shirt, mais bien que la chaleur fût une torture, elle surveillait avec inquiétude les soleils décroître dans le ciel.
Parviendrait-elle à trouver de l'eau avant la nuit ? Survivrait-elle à une obscurité glaciale alors qu'elle était à bout de forces ?
Le crépuscule tombait lorsqu'elle réalisa qu'elle marchait depuis un moment sans plus de repères
Il n'y avait plus aucune marque de pas devant elle dans le sable. Elle faillit en pleurer de rage et se reprocha sa négligence.
Elle avait été prise de somnolence et de rêverie, sans doute à cause de son épuisement et elle avait perdu la trace des animaux et donc de l'eau !
Elle revint sur ses pas en se maudissant parvenant à retrouver les petites griffures. Seulement, elles s'arrêtaient là. Brusquement. Elles n'allaient plus nulle part.
Et aucun signe d'un quelconque puits. Que s'était-il passé ? Pourquoi ce lézard, ou ce quoi que ce soit, s'était-il arrêté net et n'avait-il plus bougé, se transformant en rien du tout ?
Elle avait envie de pleurer mais ses larmes n'étaient que sel et elles la brûlaient. Un oiseau de proie avait sûrement cueilli le petit animal avant qu'il ne puisse atteindre le point d'eau. Elle scruta le ciel en se demandant si un rapace allait finir par avoir sa peau à elle aussi.
L'un des soleils s'était couché et déjà, elle ressentait un refroidissement acéré sur sa joue gauche tandis que le soleil restant lui réchauffait encore le côté droit.
Elle se dit qu'il valait mieux économiser ses forces et elle avisa une dune assez haute qui pourrait peut-être l'abriter un peu du vent durant la nuit. Elle creusa, s'aidant de son épée, au pied du monticule, un genre de grand trou et s'y glissa, se faisant un manteau de sable.
Tout en elle était douloureux. De la pointe de ses pieds, engourdis, jusqu'au plus profond de son âme désespérée, en passant par sa peau, ses yeux, sa bouche, piquants, cuisants, irrités par la déshydratation, la chaleur et le sable.
Elle s'endormit d'un coup, ou peut-être s'évanouit-elle. Son sommeil fut agité et elle se réveilla plusieurs fois, des picotements partout, frissonnant sous la surveillance des trois lunes glacées.
À son troisième réveil, il lui sembla entendre le son cristallin d'un écoulement d'eau, mais elle crut qu'il s'agissait d'un rêve ou d'un mirage auditif.
Oui, elle savait qu'un mirage peut également être sonore et tromper un voyageur devenu fou de fatigue et de soif.
Un rayon tiède la fit lentement revenir dans le monde des vivants.
Le jour pointait. Elle avait survécu.
L'un des soleils reprenait sa course alors que deux lunes étaient encore là. Elle trouva la force de sourire devant l'étrangeté du paysage.
Elle vit la fourmilière.
Une énorme, une gigantesque fourmilière.
Impossible à déceler si l'on ne faisait que marcher. Mais voilà. Elle était arrêtée et son regard était au même niveau que le sol, grâce au trou qu'elle avait creusé.
Une fourmilière ne peut survivre sans eau, se dit-elle.
Elle s'approcha du petit tumulus de sable construit par les insectes et élargit le trou d'une des entrées. Une panique s'empara des fourmis qui s'agitèrent dans tous les sens. Mais une voix venue du fond des âges dictait à Théo de continuer et elle en fut récompensée.
Des graines. Des graines de toutes sortes, de toutes tailles. D'énormes quantités de graines. Elle se mit à manger goulûment les petits grains de végétaux divers, avalant du sable en même temps.
Avec un instinct sûr, elle parvenait à recracher le sable et à garder longuement en bouche les grains qu'elle mâchait lentement afin d'en tirer un suc qui lui apporterait un peu de liquide dans le corps. Entre deux bouchées, en mâchonnant, elle enfouissait le plus de provisions possibles dans ses poches, comme si quelqu'un allait venir tout lui voler.
Et puis le son lui parvint de nouveau. C'était bien le son de l'eau. Cristallin, mais caverneux en même temps. Il semblait jaillir des profondeurs de la terre. Du cœur même de la fourmilière.
Éperdue, transportée par le bruit aqueux qui semblait si proche et qui lui était inaccessible, Théo se mit à creuser frénétiquement, détruisant les galeries des fourmis sans aucun remords. Celles-ci, ayant localisé l'ennemi, se mirent à la charger, la piquant de toute part, mais au point où elle en était, Théo ne sentait plus rien.
Et ce fut la chute. Un glissement de sable, un trou béant, une descente vertigineuse et un choc mat. Elle avait atterri sur les fesses et elle mit un moment à se repérer dans la semi-obscurité qui l'entourait.
Une caverne. Elle était dans une cavité souterraine, non loin d'une source. La fontaine naturelle se transformait en ruisseau se déversant dans un immense lac souterrain.
Tout autour d'elle, la roche exsudait ce liquide frais et transparent. Elle se précipita sur la paroi qu'elle se mit à lécher fiévreusement.
Puis elle courut vers la grande étendue d'eau et elle s'allongea à plat ventre pour en laper de généreuses gorgées.
Elle ferma enfin les yeux, désaltérée, rassasiée, comblée, la joue reposant sur la pierre, reconnaissante.
Elle avait souhaité de l'eau et elle en avait bu.
Elle avait imploré à manger et elle en avait trouvé.
Une onde de joie et de félicité absolue l'envahit. Pourtant, tout au fond de son cœur, elle ressentait encore une crainte sourde. Qu'y a-t-i1 derrière ma peur ? se dit-elle en souriant. Quel désir ? et elle se répéta avec exaltation : le désir de rentrer chez moi.
Elle ouvrit lentement les yeux sur la grotte de la Vie. Elle avait décidé de la surnommer ainsi. C'était bien le nom qu'elle méritait.
Elle le vit alors. Fennec des Sables, pensa-t-elle.
Un fennec des sables. Un vrai. Petit, minuscule, adorable. Gris argent, avec de grandes oreilles pointues tendues vers elle et un regard perçant. Il la regardait avec intelligence.
– Fennec des Sables, murmura-t-elle. Il ne bougea pas.
– Zerda..., prononça-t-elle un peu plus fort, sachant qu'elle formulait son vrai nom et que cela lui donnerait un pouvoir sur lui.
Et en effet, il s'approcha lentement, l'observant avec intensité, prêt à faire une embardée au moindre de ses gestes.
Mais Théo ne bougeait pas et l'animal vint tranquillement poser son museau sur sa main, l'invitant par ce geste à se relever.
Théo  percevait sa pensée : Viens, disait-il. Suis-moi. Je vais te conduire chez toi.
Cette fois, c'est moi qui lis dans les pensées des autres, se dit Théo avec malice. Merci, Dream Song.
Elle suivit le fennec des sables longtemps dans le boyau souterrain, traînant son épée à ses côtés.
Quand elle avait soif, elle buvait. Quand elle avait faim, elle mangeait des graines dont elle avait rempli ses poches. Et quand elle avait sommeil, elle dormait en tenant dans ses bras le petit animal, qui la réveillait au bout d'un moment d'un coup de langue râpeuse et amicale. Elle n'avait ni chaud ni froid. La température dans ce cœur de terre était idéale.
Au bout de quelques jours, elle entrevit de la végétation qu'elle reconnut.
Les pierres étaient d'onyx par endroits.
Soudain, elle vit la Labradorite creusée par la forme de son épée, miroitant de son éclat bleuté et jade et qui semblait l'attendre de toute éternité.
Elle saisit Luz à deux mains, la posa dans le creux et le tourbillon du Grand Passage l'emporta.

C’était Source, le chapitre 17 de TANAGA - Saison 2 – Torfed
© Alice Quinn - tous droits réservés – 2016

                                                       FIN de la Saison 2 de TANAGA !

Vous pouvez trouver la saison 1, Les écorcheurs, sur Amazon.fr depuis le 27 juillet 2016
Pour la saison 2, Torfed, ce sera le 27 Aout 2016.

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Illustration couverture par Alex Tuis
Graphisme couverture réalisée par Kouvertures.com

Bonjour Alice et merci pour ce chapitre. Y aura-t-il une saison 3 ? Je vous pose la question, car cela ne ressemble vraiment pas à une fin. Bon, un retour global vu qu'il s'agit du dernier chapitre de la seconde saison.
Tout d'abord, bravo et merci de vous être prêtée au jeu de la publication de tous ces chapitres et de vous être ainsi exposée aux commentaires, éloges et critiques des lecteurs. Ce n'est pas une chose aisée, surtout quand on a des lecteurs tatillons comme moi qui disent les choses franchement. Pas toujours facile à recevoir.
Ensuite, si vous me permettez d'émettre encore un avis, j'ai trouvé qu'il y avait un fossé important entre la saison 1 et la saison 2. La première se déroule lentement, parfois même très lentement. Vous y développez longuement des éléments pas forcément toujours utiles, et on a parfois le sentiment de ne pas du tout être dans de l'héroic fantasy. La seconde, à l'opposé, se déroule à toute vitesse, et vous ne développez pas bon nombre d'éléments pourtant porteurs de sens et sur lesquels on aimerait bien en apprendre plus.
J'ai apprécié la bonne qualité globale de l'écriture (bon, il y a beaucoup de maladresses et de lourdeurs, mais qui n'en fait pas dans ses premiers jets, surtout quand il écrit avec des échéances ?) et le fond de l'histoire, plutôt riche et sympathique.
Par contre, j'ai regretté le manque d'interaction entre les différents personnages, les enchaînements parfois très "fouillis" entre les chapitres, les incohérences, nombreuses et importantes sur les derniers chapitres de la saison 2, et le "survol" général de l'intrigue, donnant une impression de pas fini, voire de bâclé (pardonnez-moi d'utiliser ces termes, je ne fais que traduire ce que j'ai ressenti).
Je pense qu'il y a un travail beaucoup plus important à faire sur le fond que sur la forme.
Cohérence et crédibilité sont pour moi des éléments essentiels. Et là, vous m'avez perdu plus d'une fois, et de manière répétée sur la seconde moitié de la saison 2.
Merci en tout cas pour la lecture, et d'avoir supporté mes remarques jusqu'au bout^^
J'espère que vous en tirerez des choses utiles et vous souhaite bon courage pour la relecture réécriture de Tanaga. Au plaisir de vous lire à nouveau ! Bien cordialement.

Publié le 06 Décembre 2016