Interview
Le 05 Jan 2017

Elisabeth Larbre. Son roman découvert sur monBestSeller, coup de cœur d’un éditeur

Le roman d’Elisabeth Larbre rapproche deux mondes aux antipodes, la Bretagne et le Vietnam autour d'un sujet brûlant, l'émigration. Un récit dramatique traité sans aucun pathos, avec une distance qui en fait tout le talent. "Les embruns du fleuve Rouge" a remporté le Prix du Livre Indépendant monBestSeller. L'éditeur Renaud Delourme a eu un coup de cœur pour "son atmosphère et son intrigue fortes, ses personnages hauts en couleur, tragiques, et parfois drôles" et souhaite le publier chez Carnets Nord. Interview d’une auteure pour laquelle l’écriture est une envie irraisonnée et irraisonnable.
Elisabeth Larbre, lauréate du Prix du Livre Indépendant monBestSeller 2016"Mr Delourme venait juste d’annoncer qu’il allait publier mon roman : le rêve devenait réalité !"

Dans le cadre du Prix Concours de l'Auteur Indépendant organisé depuis trois ans par monBestSeller, trois nouveaux auteurs ont été découverts sur monBestSeller.com et primés. En 2016, le Prix Concours s'est enrichi de la création du Prix des Lecteurs monBestSeller – chapitre.com et du Prix du Livre Indépendant. Trois Prix littéraires fondés sur les sélections des lecteurs et du comité des lecteurs de monBestSeller (mCL) puis d'un jury d'éditeurs. Trois nouveaux talents ont ainsi été primés et ont reçu chacun une proposition d'édition en 2017 de leur premier roman. Interview d’Elisabeth Larbre, lauréate du Prix du Livre Indépendant monBestSeller 2016.

 

Question: 

Elisabeth Larbre, le titre de votre roman Les embruns du fleuve Rouge annonce d'emblée qu’il se situe dans deux mondes à l’opposé l’un de l’autre. Pourquoi ?

Réponse: 

Le titre évoque effectivement la rencontre de deux mondes ou deux civilisations : l’Occident et l’Orient. Deux mondes diamétralement opposés et qui ne sont pas normalement amenés à se rencontrer. Le fleuve Rouge, appelé Yuan Jiang ou « rivière originelle »  annonce un retour aux sources, cheminement géographique certes, mais plus encore parcours intérieur à la recherche de soi-même, de ce que l’on est vraiment. Les embruns, minuscules gouttelettes d’eau venues du large et apportées par le vent, s’apparentent aux êtres de tous horizons emportés ou transportés par les aléas de la vie, et qui vous éclaboussent — souvent au moment où vous vous y attendez le moins ! — de toute la richesse de leurs différences.

Réponse: 

Les mots devaient suggérer une atmosphère empreinte d’exotisme, de promesses en devenir, un rythme, une poésie et surtout une envie d’évasion. Le titre est venu en cours d’écriture, comme une évidence, mais ce n’est pas toujours le cas ; parfois c’est l’inverse qui se produit, un titre évocateur s’impose et m’amène tout naturellement à l’écriture, soit par la musicalité des mots qui le composent, soit par ce qu’il suscite en moi d’émerveillement ou de curiosité. Ce fut le cas pour l’un des deux romans que je suis en train d’écrire actuellement.

Question: 

Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, quelques mots sur l’histoire, les personnages, votre message...

Réponse: 

Deux solitudes se rencontrent une nuit pluvieuse au bout du monde (pen ar bed en breton) ; un vieux marin et une jeune asiate dont les meurtrissures profondes ne l’empêcheront pas de venir s’échouer sur ces terres rudes mais fraternelles. La question est : pourquoi ? Comment ? Et que va-t-il en sortir ?
Tout est contrasté dans le récit : forces et douceur ; froid humide et moiteur tropicale, landes émoussées et abondance de végétation, désespoir et fatalisme, mort et regain, folie et sagesse...

        Les personnages sont tour à tour tragiques, drôles, pathétiques, misérables,
              désespérés, inconscients, joyeux, et bien sûr quelques fois lâches…

Tout ce que l’on peut trouver de vertus et de défauts.
S’il y a un message, c’est peut-être l’espérance, ce bien inestimable de l’âme qui nous porte vers l’avenir.

Question: 

Comment avez-vous eu l'inspiration de ce récit ? Pourquoi et comment l’avez-vous écrit…

Réponse: 

Pour être tout à fait franche, l’écriture émane chez moi plus d’une envie irraisonnée et irraisonnable que d’une véritable inspiration. Le besoin et l’envie d’écrire sont tels que je succombe à chaque fois avec délice et excitation en me laissant porter par quelque chose qui vient de quelque part tout au fond de moi. C’est un peu comme lorsqu’endormi on se surprend à rêver… On sent les choses, on les perçoit, elles vous émeuvent, vous rendent heureux ou malheureux, vous inondent de joie, de peur, de colère ou de tristesse, vous vivez chaque minute de votre rêve avec une intensité folle et pourtant votre aventure demeure virtuelle. Vous n’avez pas bougé de votre lit et avez néanmoins voyagé ou vécu mille vies !

C’est ainsi que je me laisse guider par les événements ou les personnages qui viennent à moi sans que je sache bien souvent à l’avance ce qui m’attend. Il en va ensuite inconsciemment d’une certaine cohérence, une logique implacable se dessine, s’impose ; c’est comme un puzzle dont les pièces se façonneraient au gré de votre imagination et de votre humeur, et qui, inévitablement, s’emboîtent pour devenir un tout.
Je suis très souvent surprise de voir où mes personnages et les intrigues me mènent. Il n’y avait au départ de ce roman ni plan, ni message particulier ; juste l’envie de partager un ressenti, d’être à l’écoute de mes personnages, d’apprendre à les connaître, à les aimer, d’avoir le privilège de faire un bout de chemin avec eux. L’écriture est en moi depuis longtemps, mais ne s’est manifestée que brutalement plusieurs mois après le décès de mon père ; c’était devenu nécessaire, comme une chose incontournable, vitale devrais-je dire. Depuis, je ne peux plus m’en passer.

Question: 

L’aventure de ce Prix a commencé il y a environ un an par l’auto publication de votre texte sur le site. Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec monBestseller ?

Réponse: 

C’est lors d’un journal télévisé en mars 2016 que j’ai entendu pour la première fois parler de monBestSeller. Je méconnaissais jusqu’alors l’autoédition. Ayant achevé depuis un petit moment déjà Les embruns du fleuve Rouge, je me demandais comment j’allais pouvoir partager mon roman avec des lecteurs, des vrais… pas uniquement le bienveillant cercle familial et celui tout aussi amène des amis proches, tous deux acquis d’avance !

                   Je voulais me frotter à la vraie vie, recevoir de vraies critiques,
                   prendre conscience de mes forces mais aussi de mes faiblesses.

Je n’avais pas été longue à comprendre que le classico-classique chemin qui menait aux maisons d’éditions pouvait être fort long et bien décourageant…
La plateforme monBestSeller m’a tout de suite séduite par son interface dynamique qui propose une mise en relation directe entre auteurs et lecteurs. À peine inscrite, quelle ne fut pas ma surprise et ma joie de recevoir les premiers commentaires ! Mon roman rencontrait des lecteurs… Ses lecteurs ! Mon texte parvenait à en émouvoir certains, ils y trouvaient même du plaisir… je n’en revenais pas !

Question: 

Qu’attendiez-vous de cette publication sur mBS ? Que vous a-t-elle apporté ?

Réponse: 

Rien de plus frustrant que d’écrire sans jamais savoir si l’on sera lu, sans jamais partager les avis, confronter les idées, échanger les expériences. En fait j’attendais tout cela, sans même me l’avouer, cette ouverture vers l’autre, les autres, tous les autres. Cet espace de liberté. J’ai eu bien plus encore !

                              J’ai rencontré une véritable communauté
                    de personnes passionnées par l’écriture et la littérature.

La soirée de remise de Prix en a été pour moi le point d’orgue où il m’a été possible de mettre des visages sur des noms ou pseudos, de croiser des regards amis, d’échanger de vive-voix sur nos expériences réciproques, sur nos sempiternels parcours du combattant, le tout sous le regard bienveillant de l’équipe mBS toujours à l’affût de notre bien-être. Et puis, l’incroyable s’est produit : Mr Renaud Delourme, Directeur Général des Editions Carnets Nord s’est avancé et a commencé à parler de son « coup de cœur » par petites touches impressionnistes décrivant l’atmosphère du livre, évoquant les personnages… j’y ai reconnu mon roman, mais c’était tellement irréel que je n’osais encore y croire… Vous m’avez légèrement poussée pour que je le rejoigne, merci car je n’arrivais plus à réagir de moi-même. Mr Delourme venait juste d’annoncer qu’il allait publier mon roman : le rêve devenait réalité !

Question: 

Comment avez-vous ressenti les avis des lecteurs du site ?

Réponse: 

J’avais été encouragée dès les premières lectures par mes proches qui avaient perçu dans ce roman, un texte fluide et équilibré mêlant, à leurs dires, humour et atmosphères dramatiques, personnages attachants et confrontation des cultures. Mais comme je vous le disais, je ne savais encore si ce ressenti serait partagé par un « vrai » lectorat. Les compliments que j’ai eu la joie inattendue de recevoir m’ont permis de « tenir bon » pour mes autres écrits en préparation, et surtout de donner du sens à mon travail d’écriture. Je craignais quand je l’ai achevé, que mon roman qui est assez court -136 pages- n’attire pas les lecteurs impénitents. En fait, ce format resserré s’est plutôt bien prêté à une lecture en ligne. Même si, il est vrai, certains lecteurs auraient souhaité continuer à cheminer aux côtés des personnages auxquels ils s’étaient attachés.

Question: 

Votre roman a d’abord été remarqué et sélectionné par le comité des lecteurs de monBestSeller (mCL), puis retenu par les jurés éditeurs parmi les neuf nominés. Coup de coeur des éditions Carnets Nord, il a reçu le Prix du Livre Indépendant monBestSeller et vous guide vers l’édition. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Réponse: 

L’intérêt qu’a suscité mon roman auprès des lecteurs, club des lecteurs mBS, et des éditions Carnets Nord me touche infiniment. Le but ultime d’un auteur, sa quête profonde, est bien sûr d’être publié, toucher un lectorat toujours plus large ; mais c’est moins une quête de notoriété que la récompense ultime de votre implication sincère, persévérante et même obstinée, de vos attentes, interrogations et doutes, et bien sûr la joie sans limite d’avoir pu trouver les mots qui parfois ont fait mouche et fait rencontrer au détour d’une phrase deux âmes qui se comprennent, celle du lecteur et la vôtre.

Propos recueillis par Isabelle de Gueltzl

VIDÉO Comment les éditeurs découvrent leurs nouveaux talents sur monBestSeller

@Michel Canal, Un grand merci Michel pour votre magnifique et généreux message !
"il y a loin entre le piètre commentaire que j'avais mis.." dites-vous... Alors là !!???? Votre commentaire est vraiment l'un de ceux que j'ai le plus apprécié et qui m'a le plus touchée !!!
Vous avez fait une vraie analyse, écrit des remarques fort justes et très pertinentes, que je partage pleinement ;) . J'ai eu une grande joie à découvrir votre commentaire et vous en ai été - et vous en suis encore !- extrêmement reconnaissante. Vous êtes très, beaucoup trop devrais-je dire, sévère envers vous-même. Votre analogie avec une toile de peintre est parfaite, chacun d'entre-nous voit dans la toile quelque chose que l'autre ne perçoit pas, dans un écrit qui suscite toujours des images et des petites projections de notre moi intérieur, on retrouve cette magie de l'inconscient ; c'est ce qui fait toute la richesse ensuite du partage entre auteur et lecteur, et vous avez donc tout à fait raison : cette rubrique @monBestSeller est en cela particulièrement précieuse !
Un grand merci aussi pour vos félicitations et encouragements, je suis bien consciente que j'ai beaucoup de chance, et vais m'employer à la mériter. Bien amicalement. Elisabeth

Publié le 07 Janvier 2017

Merci pour cette rubrique, @monBestSeller et @Elisabeth Larbre.
Elle m'a permis de me rendre compte que j'étais passé à côté de beaucoup d'idées, de ressorts et de messages que l'auteur évoquait dans ce roman multi-facettes. C'est un peu comme le ressenti d'un visiteur devant une toile. Il faut l'explication éclairée, pertinente et l'analyse de l'expert pour en percevoir tout ce que le peintre a voulu exprimer. J'avoue humblement que si j'avais apprécié Les embruns du fleuve rouge parce que cette atmosphère me parlait (allez savoir pourquoi ?), me fascinait, s'adressait à mon inconscient comme un appel, il me manquait les explications développées dans l'interview d'Elisabeth. Je suis heureux d'avoir tant appris. Il y a loin entre le piètre commentaire que j'avais mis après la lecture et ce que j'en ai compris, approfondi grâce à cette rubrique. Encore un avantage à mettre sur l'utilité de cette rubrique de mBS.
J'allais oublier : toutes mes félicitations Elisabeth pour ce prix et pour une édition, confirmation de votre talent et de l'intérêt de votre ouvrage.

Publié le 06 Janvier 2017