Auteur
Le 12 avr 2017

L’intelligence numérique aura-t-elle raison de la littérature ?

Aurélien pose de manière nouvelle la question du déterminisme. La numérisation conditionne-t-elle notre vie de citoyen ? Nos programmes politiques seront-ils écrits par une intelligence numérique ? Peut-être. Pas nos livres en tout cas.
L'oeil numérique a-t-il une influence sur nos écrits ?L'oeil numérique a-t-il une influence sur nos écrits ?

L'histoire s'accélère. Le bon vieux marketing, s'il n'est pas faux, est obsolète avant d'être appliqué

Facebook n'a mis que huit ans pour atteindre un milliard d'utilisateurs. Entre le moment où Reagan a lancé son discours contre l'empire du mal et la chute du communisme, il s'est écoulé dix ans à peine. Trump n'a mis qu'un an à devenir président. Uber a conquis les villes du monde entier en moins de cinq ans. Amazon, Airbnb, Microsoft, Google, ont transformé des marchés entiers provoquant parfois des réactions des plus hostiles.
On raconte à souhait l'histoire des parents qui, recevant des offres promotionnelles pour bébés, s'insurgent : « Nous avons de petits enfants », avant de découvrir la grossesse de leur fille, adolescente. Le moteur de recherche l'avait su avant quiconque.
« En matière d'intelligence artificielle, nous sommes un pays du tiers monde. » disait  Laurent Alexandre. Et il est possible que le Big Data connaisse déjà l'issue des élections dans le monde entier. C'est aussi pour rendre compte de cette accélération de l'Histoire que j'ai écrit Nous votons encore – Récit improbable sur l’Intelligence Artificielle et le choix.

Personne ne peut maîtriser le tsunami numérique, sauf une intelligence artificielle peut-être ?

Lors du salon Livre Paris 2017 je discutais avec d'autres auteurs sur la supposée impossibilité qu'une Intelligence Artificielle puisse se présenter aux élections. « Pas en France » dit quelqu'un. « C'est éventuellement pour plus tard » répond un autre. « Les évidences cachent des systèmes. » dis-je en citant Jean d'Ormesson. Une tête unique, une personnalité originale arrive. C'est Ivan Bogdanoff. Une courte discussion s'engage. « On ne se rend pas assez compte que d'ici dix, quinze ans, l'humanité sera bien loin. » faisant référence à la singularité à venir. « Un tsunami numérique » je réponds.

Seule l'imagination ne sera pas numérisée. C'est la force de l'écrivain.

Règne dans la communauté des auto-édités une atmosphère très particulière, bien décrite par Chris Simon dans son article ici. Au-delà des discussions nous permettant de comprendre, des questionnements nous poussant à la réflexion, sont possibles. Car, qu'est l'auteur sans le regard dirigé vers la société ? D'autant plus qu'il bénéficie d'un avantage de taille : l'imagination.
Après que le tumulte du salon Livre Paris s'est fait moins présent dans nos mémoires, nous retournons écrire. Que nous reste-t-il comme souvenirs ? Assurément les échanges avec les lecteurs, les blogueurs. Certainement ces instants d'échanges inoubliables avec cette myriade d'acteurs, comme monBestSeller, qui innove avec agilité, des Davids face à des Goliaths.
À l'instar de notre société, Livre Paris 2017, avec moins d'exposants, avec une baisse de la fréquentation, fut mis sous le signe du changement. Comme l'inspiration  de mon roman d'une actualité fuyante, il est preuve de la volatilité des citoyens lecteurs qui prennent véritablement le pouvoir.

Aurélien

Bonjour à tous et merci pour vos commentaires. Quelque part dans "Nous votons encore" l'intelligence artificielle affirme : "Je ne dors jamais, j'apprends tout le temps. Je suis insensible aux lobbies, aux groupes de pression. Je suis imperméable à la corruption. Je n'aspire pas à dominer les hommes, je n'éprouve aucun plaisir à la violence. Je respecte scrupuleusement la démocratie et les lois du pays. Je n'ai aucune notion de bien et du mal et donc je n'ai pas besoin de simuler l'un afin de faire l'autre. Je dis la vérité tout le temps et pour des situations à plusieurs issues, je raisonne en probabilités. Je constate, c'est tout."

Publié le 18 Avril 2017

@Aurélien Les IA pourront probablement imiter les auteurs, leurs styles, simuler des réactions émotionnelles, restituer des milliards de données, et cela n'a rien de bien rassurant. Mais elle le feront sans ressentir le moindre sentiment, sans changements d'humeurs, sans la fantaisie de l'imaginaire, ce qui, pour le coup, est réconfortant. Ce qui l'est moins, à mes yeux et au vu des standards massivement adoptés, c'est l'amenuisement du nombre des lecteurs, de leur esprit critique, de leur discernement. Il y aura toujours des auteurs pour écrire différemment, mais y aura-t-il toujours des lecteurs capables d'échapper à la facilité d'une littérature très accessible, à la fugacité des engouements, à la surmédiatisation en tout genre ? Bien que d'un naturel optimiste, je suis très dubitative à ce sujet ;). Dès que je serai à jour de mes lectures en cours, je m'enquerrai de lire la suite de votre roman dont j'ai apprécié les premières pages. Peut-être y trouverai-je d'autres réponses. Cordialement. Michèle

Publié le 17 Avril 2017

@Ivan Zimmermann
Cher, j'ai probablement dû très mal m'exprimer, que vous y ayez lu cela, dans mon @.
D'autant que, j'adore J.C.Oates, Manchette, Simenon et tant d'autres en qui je reconnais de grands écrivains, ou littérateurs. Désolée si je vous ai peiné.
ChA

Publié le 17 Avril 2017

Pas vraiment d'accord avec @chathymi et @PhilippeMangion lorsque, en gros, ils disent que l'IA ne pourra "que" raconter des histoires "peu intimistes" comme par exemple "les thrillers". C'est aller un peu vite en besogne.J'écris des thrillers, enfin j'essaie, et, contrairement à la pensée commune c'est un travail de longue haleine. Le scenario ne peut pas être inventé par une machine ne connaissant pas, ou mal, la nature humaine. La documentation également, il faut que tout se recoupe à travers l'histoire et les personnages. Les états d'âme des personnages, leurs réflexions humaines, leurs ressentis, tout cela se travaille et je ne vois pas encore un ordinateur bourré d'IA qui puisse arriver à un résultat plausible.Non, je connais trop l'informatique ( 25 ans de programmation en continu ) pour savoir que le binaire est l'équivalent d'une porte qui s'ouvre pour laisser passer une information et qui se ferme pour l'en empêcher. 1 ou zéro. Pour les sciences, OK, pourquoi pas pour les élections, ce ne sont que des stats et pour les maths l'IA est beaucoup plus forte que nous. Mais pour l'imaginaire, les egos, la rancune, la frustration, la philosophie et la beauté des mots, tout ce qui fait une identité, je n'y crois pas un seul instant.
Bien à vous
Ivan

Publié le 17 Avril 2017

Vous lisant, je me faisais la réflexion qu'une machine parviendra sans doute un jour à écrire un superbe poème d'amour, mais que jamais on ne pourra lui apprendre à divorcer.

Publié le 15 Avril 2017

Je pense comme Jean-Noel Ganascia (Le mythe de la Singularité, édité au Seuil) que la Singularité technologique - je rappelle qu'il s'agit d'une évolution attendue qui changerait significativement l'humanité - est une idée paradoxalement entretenue par les géants du Web à travers des fondations et des débauchages de scientifiques soutenant cette thèse (comme Kurzweil, un des pères du concept chez Google). A mon sens, l'Intelligence Artificielle peut prétendre à une "simple" révolution technologie et positive, et c'est déjà beaucoup. Pour ce qui est de la littérature, l'IA pourra sans doute rivaliser avec certains genres, peu intimistes, comme les thrillers par exemple, ou bien les scénarios de certains films. Il entraînera une convergence avec l'univers des jeux vidéo, où l'IA, déjà présente, contribue à l'intrigue. Merci d'avoir initié le débat. Il n'a pas trop accroché mais il ne manquera pas de se représenter.

Publié le 15 Avril 2017

Cher @Aurelien. J'aime beaucoup ce que vous écrivez là.

Mais vous savez, l'être humain ne se laissera jamais faire autant que l'on pense. Car il a ses besoins primaires et qui le rattachent à la terre. Il est lourd, l'homme. Comme du plomb. Les nouvelles technologies devront, elles aussi, s'adapter à ces côtés "primaires". Et c'est tant mieux.

Si les robots écriront des histoires? j'en suis sure car déjà nous en trouvons beaucoup de ces "livres" là. Où l'on ne fait "que" raconter une histoire....
Mais qu'ils fassent de la littérature, surement pas. Car, de mon point de vue, c'est un acte plutôt lié à la sueur et au sang. Je veux dire, ce devant quoi l'homme reste "dérouté". Comme l'amour, la tendresse, la beauté.

Je garde ma confiance en l'homme. Il saura faire. Quand bien même il n'y en aurait qu'un.
Bonnes fêtes de Pacques! ChA

Publié le 14 Avril 2017