Chronique
Le 07 sep 2017

Pourquoi l'écriture est-elle essentielle pour vous ?

A l’occasion de la rentrée, nous avons demandé à tous les auteurs « Livre le + » de s’exprimer sur leurs motivations d’écriture. Spontanément, simplement directement. Et ça fait du bien. Si l’écriture permet de mieux se comprendre, elle permet de chercher aussi ce qu’on ignore en soi. Se regarder sur le papier, c’est sortir de sa réalité, se mettre à distance pour mieux apprivoiser la vie. Sam Huttrideau, auteur de "Parmi les fidèles", ouvre le bal...
Ecrire : un souci d'invention, une obsessionEcrire : un souci d'invention, une obsession

Ecrire est une forme d'obsession...

Il m'a toujours semblé avoir eu en tête des histoires à inventer, des personnages à façonner, des moments particuliers à raconter. Je n'ai conscience d'aucun moment particulier, déclencheur de mon activité littéraire. Il me passe incessamment des projets, des idées, des rêves entre les tempes (je dis entre les tempes car je les sens presque s'entrechoquer entre elles) et écrire est une forme d'obsession. En ce sens, l'écriture est un accompagnement quotidien, une forme d'addiction née, il est vrai, du besoin de percer des bubons souvent anxiogènes, car mettre sur le papier ce que l'on a en tête (et souvent c'est assez angoissant pour ma part) allège celle-ci d'autant.

Cependant que ceci soit dit sans aucune prise en compte de la qualité finale de mes écrits, qui peut s'avérer décevante aux yeux de certains lecteurs ou selon mon propre avis. Et nous touchons là un autre point qui m'est cher et qui concerne le travail : l'écriture est pour moi un modelage sur le long terme, acharné, et je ne crois pas à la trouvaille spontanée. Reste à savoir quand cesser de retoucher son texte, trouver le point d'équilibre entre l'idée qui avait point et le travail qui l'a amélioré.
Alors peut-être offrira-t-on un peu de plaisir au lecteur, et surtout en aura-t-on pris immensément dans le travail de son matériau.
Ces quelques lignes synthétisent ce que pour moi est l'écriture, et donc ce qui n'engage que moi : un souci d'invention, un besoin, une obsession, du travail et du plaisir.

 

   Sam Huttrideau

  

Bonjour @Sam Huttrideau et merci d'ouvrir le bal avec ce retour. Un accompagnement quotidien, du travail et un modelage sur le long terme. Comme @Ivan Zimmermann, je suis tout à fait d'accord avec ce point de vue. De même sur la difficulté de savoir quand arrêter de toucher à ses textes. En tout cas, vous résumez très bien l'acte d'écriture tel que je le conçois par vos mots de conclusion : souci d'invention, besoin, travail et plaisir, sans pour ma part aller jusqu'à l'obsession ;-)

Publié le 13 Septembre 2017

La phrase est juste :"l'écriture est pour moi un modelage sur le long terme, acharné, et je ne crois pas à la trouvaille spontanée". Je suis complètement d'accord, même si elle est une forme d'addiction pour nous, l'écriture n'a de sens que si on en ressent le besoin de la travailler, pas l'obligation à travers une trouvaille. La recherche d'une explication rationnelle et de la psycho de l'auteur(e) n'est que bla-bla de mon point de vue.
Amitiés,
Ivan

Publié le 12 Septembre 2017

« Pourquoi donc est-ce que j’écris ?... Par atavisme peut-être bien. Je sais, ce n’est pas une bonne réponse. Mais y a-t-il une réponse précise sur un sujet si imprécis ? Tout être qui écrit a pour cette folie de l’écriture ses raisons publiques et privées, et même ignorées par lui, qui ne lui seront jamais connues. Et d’un scribe à l’autre, cette gamme de motivations s’étend presque à l’infini. Reste l’écriture et en elle la particule de multitude que l’on est soi-même, mais avec la multitude au-dedans ; des parcelles de vérité mais avec la vérité dans chacun de nous. Comme chaque goutte de la mer avec la mer au-dedans. Ma réponse la plus honnête serait : réellement, je ne sais pas pourquoi j’écris. Si je le savais, peut-être n’écrirais-je pas. Mais cet état, par force invisible et silencieux, de la parole est le plus dangereux. L’écriture réduite à l’état de virus. L’infini réduit au silence. ‘’L’infini, cher ami, ce n’est plus grand-chose : c’est une question d’écriture – disait Monsieur Teste. L’univers n’existe que sur le papier’’… Fanatismes de la raison mis à part, j’écris pour tenter de connaître l’autre, les autres, mes semblables, puisque ce n’est qu’à travers eux que je puis me connaître.. Je ne souhaite pas aller de par le monde avec dans les yeux l’air d’arriver toujours en retard. J’écris en outre pour essayer d’éviter que, sur cette planète menacée d’extinction, à la peur de la mort s’ajoute la peur de la vie… » Augusto Roa-Bastos, (1917-2005 / écrivain, journaliste et diplomate paraguayen).

Publié le 10 Septembre 2017