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Le 28 sep 2017

Pourquoi j'écris (7)

Outre la passion, la dépendance... l'écriture est aussi l'une des disciplines les plus simples matériellement à conquérir : un stylo, un cerveau, du papier et quelques livres autour. Pascal Mary s'explique...
Ecrire un roman, la variable temps est essentielle...Ecrire un roman, la variable temps est essentielle...

L'écriture: une maîtresse possessive...

L’écriture est-elle pour moi une thérapie, une passion ou un loisir ? Contrairement aux écrivains qui se sont déjà exprimés sur cette question, je suis bien incapable d’y répondre. En octobre de l’année dernière, je me suis fixé le challenge de réaliser la suite de mon roman en douze mois alors que le premier tome m’en avait demandé vingt-quatre. Depuis, mon écriture s’est faite astreinte, corvée et, comme une maîtresse possessive, m’a privé de tous mes autres passions. Chaque soir, durant chaque week-end, pendant le moindre de mes jours de congés, je me suis mis au clavier en m’imposant de réaliser un minimum d’un chapitre tous les deux semaines (cinq à sept pages Word). Plus de TV, de lecture ou de sortie photo ; assis sur une chaise inconfortable du salon, dans le brouhaha de la télévision que regardent ma femme et mes enfants, j’enchaîne les heures d’écriture et les tasses de café noir.

Ecrire pour ne pas être orphelin des héros de ses histoires

Alors si écrire se fait souffrance, pourquoi m’obstiné-je à le faire ? Comme beaucoup de romanciers, je me suis attaché à mes personnages et je ressens comme une obligation de mener à son terme leur histoire, de répondre à certaines questions laissées sans réponse. Sébastien prend le relais de Jean dans une course folle qui le mène d’Arles à Brooklyn en passant par Nuremberg ; au fil des pages, il résout les énigmes les unes après les autres mais fait aussi d’incroyables découvertes. Quand enfin, le dernier mot de ce deuxième opus naîtra sous les touches de mon clavier, je suis certain que je serai orphelin des héros de cette histoire. Pour les faire revivre à nouveau, peut-être me lancerai-je alors dans la rédaction d’une saga allant de Mateo, truand au grand cœur, à Javert, ripoux et collabo de la pire espèce.

La seule limite : mon imagination

Dessinateur, j’étais handicapé par ma maîtrise technique plutôt moyenne ; photographe, c’est l’impossibilité de courir le monde qui restreignait ma créativité. Par contre l’écriture ne connait que les limites de mon imagination. Le clavier de mon ordinateur a le pouvoir de tout rendre possible, comme cette rencontre avec Vivian Maier ou bien la découverte de l’appareil photographique de Gerda Taro. Alors que la réalisation d’un film à grand spectacle mobilise des milliers de collaborateurs et engloutit des millions de dollars ; l’écriture d’un roman ne nécessite qu’une  paire de mains, un pc-portable, une machine à écrire antédiluvienne ou un simple cahier d’écolier. Tout est alors possible : faire revivre la Rome antique, tirer le Titanic des profondeurs qui l’ont englouti, coloniser Mars avec des singes savants ou des ours blancs.

Pascal Mary

 

@Yazhnarb MHTi
Merci d'avoir pris le temps de lire mon article.
Ce soir encore, je suis à mon clavier pour achever les trois derniers chapitres de mon roman. Cette année d'écriture m'a complètement vidé, j'attends avec impatience et soulagement ma libération prochaine. Par contre, je connaîtrai bientôt le bonheur d'ouvrir ce carton contenant les dix premiers exemplaires de mon livre. Avec bonheur et fierté J'en parcourrai les pages au parfum de colle et de papier frais. A cet instant merveilleux, je ne regretterai plus ces 365 jours de bagne littéraire auxquels je m'étais condamné un an plus tôt.
Bien amicalement.

Publié le 08 Octobre 2017

Effectivement chaque passion à ses sacrifices. Pour s'acheter une belle maison, il faudra travailler d'arrache pied... Aussi doit-on sacrifier souvent tout notre temps,notre énergie et même notre entourage afin de sortir le meilleur de nos écrits. Souvent pour illuminer cet être à l'autre bout du monde que l'on ne pourra certainement jamais rencontrer ou alors pour nous prouver à nous même que nous y sommes arrivés. Bref écrire, quelque soit la souffrance, reste quelque chose de magnifique.
Merci à vous d'avoir fait la lumière sur cet aspect. Et au plaisir de vous lire très prochainement Mr le passionné de photographie. Amicalement. MHTi

Publié le 05 Octobre 2017

@Yves L @lamish @Llyle Ascot
Un grand merci pour vos commentaires !
Mon roman s'achève (plus que trois chapitres) ! Ma passion de la photographie y sera encore plus présente au travers de certains personnages.
Chère Llyle, je suis très heureux d'apprendre que Vous avez pris plaisir à lire mon livre.

Publié le 04 Octobre 2017

Très bel article ! Quand on a été (ou est encore) photographe avec une pointe de talent de dessinateur on se sent mieux à décrire, voir les lumières, les ombres et tous les détails d'une scène. On la vit et vous la vivez, cela se ressent dans votre magnifique "La partition de Claire".
Amitiés,
Llyle

Publié le 03 Octobre 2017

Bonjour Pascal, et merci pour cette réponse humble et sincère. Il n'est pas vain de rappeler, effectivement, l'aspect "pratique" de cette passion à laquelle on peut s'adonner sous de nombreuses formes, dans des lieux tout aussi divers, voire en compagnie, si l'on a la capacité à s'isoler dans sa bulle. Je ne sais plus dans quel roman, récemment, j'ai lu un personnage qui récupérait les billet de train poinçonnés pour les recouvrir de sa prose. J'avais beaucoup aimé cette image. Amicalement. Michèle

Publié le 02 Octobre 2017

Très joli texte et jolie conclusion... que l'on peut aussi attribuer à d'autres arts : la danse, la peinture

Publié le 02 Octobre 2017