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Le 06 oct 2017

Pourquoi j'écris (8)

Pour Anne Loréal, ce n'est pas vous qui prenez l'écriture, c'est elle qui vous prend. De la douce envie de vivre autre chose à la drogue dure de vos héros qui vous taraudent la nuit, il n'y a qu'un pas. Alors dîtes-nous comment c'est ?
Roman : Tous mes sentiments à pile ou faceRoman : Tous mes sentiments à pile ou face

Pour vivre plusieurs vies, il suffit d'en écrire une autre...

Que ce soit à l’âge des cours de récré ou plus tard, à l’heure où les boutons jaillissent sur notre front ou encore, comme moi, lorsque l’on a passé la quarantaine, cette envie vous prend un beau matin et devient un besoin irrépressible. L’acte d’écriture comble alors un besoin profond d’extérioriser nos émotions, une soif de vivre nos rêves les plus ambitieux ou devient une thérapie pour exorciser nos démons et nos souffrances…  

Voilà deux ans déjà que j’ai commencé à écrire. Que s’est-il passé ce matin d’été 2015, pour que je me dise : tiens, pourquoi pas ?

A la veille de mes quarante-trois ans (aie ! ça y est, vous devinez mon âge !!!), je prenais conscience du chemin parcouru et du sentiment d’accomplissement qui m’habitait en regardant en arrière...Ce sentiment pourtant me laissait sur ma faim : était-ce fini, étais-je arrivée au bout de ce que je pouvais accomplir ? N’avais-je plus aucun défi à relever ? Et toutes ces vies alternatives dont j’avais rêvé enfant, étaient-elles définitivement hors de ma portée ?

 Comme souvent, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. En fait, j’ai deux bonnes nouvelles : « Non, je n’étais pas au bout de ce que je pouvais accomplir à ce moment-là » et « Oui, il est possible de vivre plusieurs vies : il suffit de les écrire ! »

Ecrire un roman : n'est-ce-pas bâtir un rêve qui plaise aux autres ?

Et voilà, c’était parti… Un univers, une époque, une héroïne à laquelle il m’était facile de m’identifier…mon premier « bébé » était en gestation. Alors, je vous le demande : Qu’y-a-t-il de plus épanouissant que de bâtir un rêve, de l’élaborer dans les moindres détails, de le construire pas après pas, de l’embellir chaque jour, au fur et à mesure ?

Ah ! nous y voilà… C’est à ce moment-là qu’apparait le défi : peux-t-on rendre ce rêve suffisamment attrayant pour qu’il plaise à quelqu’un d’autre ? Cette histoire qui tenait plus du journal intime maladroit peut-elle acquérir ses lettres de noblesse et décrocher le saint graal : devenir roman ? C’est alors que l’on joue à l’apprenti écrivain : trouver son style, faire de jolies phrases, chercher l’accroche…Mais ça, c’est une quête sans fin, un but en soi, et c’est ce qui nous fait tous courir…

Le rêve d'écriture nous comble mais a aussi un appétit féroce

La mauvaise nouvelle, c’est que c’est très addictif, tout ça !
Commencer à écrire une histoire, c’est d’abord s’immerger dans un univers fictif. Chez moi, cela se traduit par des heures et des heures de recherche sur l’époque, le lieu, le contexte de l’action. Tout cela m’amène à plonger littéralement dans cet univers qui n’est pas ma réalité. Puis, lorsque l’histoire prend tournure, lorsque mes personnages s’affirment, ils prennent alors possession de moi et m’accompagnent dans mon quotidien. Le moindre moment d’inactivité dans la journée (typiquement les trente minutes de voiture quotidiennes) devient un lieu de création. Lorsque je me couche, je rêve à la scène que je suis en train de travailler. Lorsque je conduis, je m’imagine la trame du prochain chapitre…

Tous cela n’est-il pas un peu dangereux ? N’y-at-il pas un risque de se laisser happer par cette passion au point de négliger son quotidien et nos compagnons de route qui, eux, sont bien réels ? C’est un équilibre à trouver, indéniablement.

Comme toute activité de création, ce beau rêve d’écriture nous comble donc à bien des égards mais a aussi un appétit féroce !

 

Anne Loréal

 

13 CommentairesAjouter un commentaire

L’ecriture dévore tout, en effet.
Quand je débute une histoire, j’y pense tout le temps.
Elle se nourrit du réel
Car je suis toujours à la recherche d’idées.
L’idéal serait de consacrer ses journées à l’écriture mais quand on travaille, ce n’est pas possible.
Alors il faut faire avec.

Publié le 15 Octobre 2017

Chère @Anne Loréal, merci pour votre article si sincère... et si vrai ! Vous décrivez si bien car si simplement ce qu'écrire insuffle et prend, la liberté immense et la compulsion de chaque instant. La voiture est, je suis d'accord avec vous, le lieu parfait pour que les idées se mettent tout à coup elles-aussi à rouler ! La douche également, en moins dangereux peut-être, mais on ne choisit pas tout quand notre roman pense pour nous n'est-ce pas ?!
Et puis je voulais vous dire que vous m'avez touchée en parlant d'accomplissement. Qu'il n'y a pas d'âge en effet pour cela, vivre ses envies, vivre ses rêves, vivre tout simplement. Que nous avons dû, au passage, écrire notre premier roman à peu près au même âge. Votre exemple, votre parcours et les mots avec lesquels vous vous racontez étire juste la vie et tous ses possibles de là-maintenant à l'éternité...
C'est bon. C'est cool. C'est gai !
Avec toute mon admiration et ma complicité.
Vera

Publié le 13 Octobre 2017

@Anne Loréal
Je voulais dire que j'écris moins pour moi-même. Je continue à collaborer avec d'autres auteurs en tant que réécriveur, et c'est une responsabilité qui exige beaucoup d'énergie. En tout cas, merci !
Amitiés,
Elen

Publié le 08 Octobre 2017

@Elen Brig Koridwen
Chère Elen, merci à vous pour votre témoignage.
C'est bien dommage si vous écrivez de moins en moins. Vos rubriques édifiantes et saluées par nos critiques admiratives sont indispensables à cette communauté! Et puis, je viens de lire votre dernière parution, à couper le souffle, que je recommande à tous ceux qui ont le courage d'affronter d'horribles vérités. A très bientôt j'espère, Anne.

Publié le 08 Octobre 2017

@lamish
Chère Michèle, je vous retrouve toujours avec plaisir! Vous êtes un modèle de bienveillance et si prolifique en encouragements pour cette communauté que je sais, lorsque je vois apparaître votre avatar, que quelqu'un, quelque part, va passer une meilleure journée grâce à votre commentaire. Aujourd'hui, c'est moi! Merci!!! Anne.

Publié le 08 Octobre 2017

@Anne Loréal
Voilà qui est très juste, ma chère Anne ! L'écriture est un feu qui nous dévore et qui tendrait à nous détourner de tout le reste, tant il exige d'énergie et de concentration. À nous de trouver l'équilibre… Je vous le souhaite, car de mon côté je n'arrive pas à concilier mes différentes activités, aussi, j'écris de moins en moins.
Amitiés
Elen

Publié le 07 Octobre 2017

Votre confidence, tout comme vos romans dévorés avec grand intérêt, vous ressemble. J'ai toujours trouvé beaucoup de cohérence dans votre propos, un soin certain apporté à votre prose, une détermination et une force de travail évidentes. Je ne suis pas surprise d'apprendre que Constance vous ressemble, que vous vous êtes écrite à une autre époque. Un chose est certaine, vous avez un don pour l'écriture, et je vous remercie de m'avoir permis de le découvrir en partageant vos oeuvres ici, chez MBS. Amicalement. Michèle

Publié le 07 Octobre 2017

@Ivan Zimmermann
Cher Ivan, nous voilà donc embarqués dans un même voyage et sur un même bateau : la soif de l'exactitude! Je partage tout à fait votre envie du détail...J'use et parfois abuse de descriptions souvent inutiles à l’intrigue, tout simplement parce que j'ai adoré en faire la découverte: je ne connaissais rien à la fonderie avant d'écrire Constance Deschanel et n'avais aucune idée de la condition ouvrière précisément sous le second Empire etc...Surtout, faites moi signe lorsque vous aurez écrit ce texte qui se situe à la même époque...j'adore m'y replonger ! Bien à vous, Anne

Publié le 07 Octobre 2017

@Michel CANAL
Cher Michel, comme vous avez raison....cela m'avait échappé quand j'ai commencé à réfléchir à ce que l'écriture représentait pour moi. Mais cela m’apparaît comme une évidence maintenant! Au delà de l'oeuvre achevée, c'est tout à fait vrai que "le service après vente" comme vous l'appelez nous accapare tout autant...Ce serait si triste de lancer nos bouteilles dans l'océan du net sans jamais savoir ce qu'elles sont devenues. Mais il suffit d'un commentaire sur une oeuvre, d'une réponse à une rubrique et notre journée s'illumine!
Et on se prend au jeu de lire et de commenter à son tour, car on sait ce que c'est, maintenant, que d'espérer un avis, une réponse...merci beaucoup pour votre partage sur ce thème...Bien à vous et peut être à bientôt sur une autre page ou dans une autre rubrique! Anne

Publié le 07 Octobre 2017

@Yazhnarb MHTi
Mille merci pour votre commentaire MHTi. La magie de la communauté Monbestseller opère...on découvre que l'on est loin d'être seul devant notre clavier...bien à vous, Anne.

Publié le 07 Octobre 2017

Je suis heureux !
Oui car je ne suis pas le seul à chercher des docs avant d'écrire pour mieux me fondre dans l'époque, mieux décrire les scènes avec le souci du détail que parfois on me reproche, tout simplement parce qu'on les vit au moment de l'écriture. Je prépare un texte sur une époque similaire, là tout commence en 1856 et je vais de ce pas lire votre livre, car votre clavier donne envie de vous lire (clavier pour plume comme @Michel CANAL en fait lui même allusion avec justesse).
Amitiés,
Ivan

Publié le 07 Octobre 2017

Chère @Anne Loréal, l'envie d'écrire, vous avez raison de le souligner, nous tombe dessus, nous enveloppe, nous appelle, nous accapare... nous devenons un missionné qui n'a plus qu'à s'exécuter. Dans votre cas (relatif aux sujets traités), l'appel vient de personnes du monde invisible qui vont dicter ce qu'elles veulent vous faire écrire pour le divulguer.
Dans tous les cas il est intéressant de déterminer quel est le point de départ et comment il se manifeste : un rêve ? Une idée qui jaillit on ne sait d'où ? Vous ne pensiez pas avoir un jour l'envie d'écrire, moi non plus. C'est pourquoi j'ai toujours dit que je suis simplement "auteur" et non "écrivain". J'ai toujours écrit, vous aussi je pense, sous différentes formes, développant une pratique nous familiarisant avec les règles qui président à l'écriture dans le fond autant que dans la forme. Ce point est important car il ne vous aura pas échappé qu'a contrario d'autres se prétendant "écrivains" alignent des phrases pour le seul besoin de noircir des pages avec parfois un piètre résultat et dans l'ignorance des bases. Peut-être leur manque-t-il l'essentiel : le supplément d'âme pour le fond, la maîtrise de la langue et des règles de la bureautique pour la forme.
Il est certain que la passion, l'inspiration (de l'au-delà ?), l'imprégnation ont été votre moteur pour donner vie à l'histoire de soeur Judith (votre aïeule) à une époque lointaine et sur un continent qui ne constitue pas votre univers, ainsi qu'à Constance Deschanel. Alors, chère Anne, peut-on dire que c'est l'écriture qui vous a accaparée, ou bien est-ce votre aïeule et Constance Deschanel qui vous ont choisie, désignée, missionnée pour relater leur histoire ?
Quand on est ainsi happé, oui il y a le risque de négliger le quotidien, de le bouleverser. Mais ce n'est pas tant l'écriture de l'ouvrage jusqu'à son terme qui nous happe. Nous le sommes aussi après (le service après-vente pour reprendre une expression connue), car entrés dans un système, en l'occurrence mBS, nous intégrons une communauté que nous allons faire vivre en lisant et commentant d'autres auteurs, les articles, les tribunes, en répondant aux lecteurs qui ont laissé des commentaires, etc.
Bonne chance dans cet univers qui vient de s'ouvrir sur votre talent d'auteure et votre clavier d'ordinateur (c'était bien quand on parlait de plume). Avec toute ma sympathie.

Publié le 06 Octobre 2017

Vous avez tout dit M'dame!!! Sachons faire la part des choses et mettre en harmonie cet univers irréel et le nôtre... Amicalement. MHTi

Publié le 06 Octobre 2017