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Le 30 nov 2015

Faut-il payer les auteurs sur les salons du livre ?

La réponse est oui pour le Centre national du livre (CNL) qui a décidé (comme la Sofia et la Scam*) de conditionner son soutien financier à 97 manifestations littéraires à la rémunération des auteurs invités à y prendre la parole. La question avait d'abord été lancée un an auparavant par les auteurs de BD particulièrement touchés par la "marchandisation" de leurs prestations. Pour comprendre, il suffit de voir sur le net le nombre de bandes dessinées dédicacées mises aux enchères à peine la séance de signature terminée. Si les écrivains de littérature sont moins touchés, il s’agit néanmoins d’une reconnaissance de la réalité du travail de l’auteur de l’écrit au-delà de la création. Charlotte de Garavan, auteur elle-même, fait le tour des bonnes questions et lance le débat. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Rémunération-des-auteurs-intervenant-dans-les-salons-du-livreL'auteur doit-il être payé pour intervenir dans les salons du livre ?

Les écrivains sont les principaux acteurs des salons du livre

Car, il faut bien le dire, les gens qui sont prêts à payer pour entrer, le font surtout pour ‘voir’ en chair et en os ceux qui écrivent des livres, plus que pour acheter leurs œuvres.

Récemment, la question fut posée : Faut-il payer les auteurs pour faire la promotion de leur livre dans les salons ?

Depuis, le conseil d’Administration du CNL (Centre National du Livre) a décidé qu’une rémunération serait donnée aux auteurs pour certaines rencontres ou lectures, les dédicaces n’entrant pas dans le dispositif. Les auteurs seront donc payés de 150 euros à 400 euros selon les prestations.

Après tout, les salons de littérature jeunesse rémunéraient déjà leurs auteurs pour des participations à des débats ou des tables rondes.

C’est pourquoi on ne pourrait y voir là qu’une reconnaissance du travail d’un auteur lorsque celui-ci partage son temps avec le public, notamment lors d’une prise de parole. Cependant, la question de payer les auteurs pour certaines opérations commerciales en amène d’autres…

Un auteur a-t-il pour obligation de se soumettre à la promotion de son livre ?

Evidemment, on imagine que, dans les contrats que les auteurs signent avec leur éditeur, figure une clause les obligeant à assurer gratuitement la promotion de leur livre. Si des auteurs ont peut-être le privilège de pouvoir s’y soustraire, d’autres n’auront pas d’autre choix que de jouer le jeu.

La prestation sera-t-elle la même selon l’auteur ?

Il va sans dire que la prestation d’un écrivain lors d’un évènement dépendra de son degré de notoriété. Qu’il  s’agisse d’un auteur à gros tirage, dont la médiatisation est à la hauteur du succès, et celui-ci devra répondre à une foule pressée de le rencontrer. S’il est un écrivain de l’ombre, l’acte de présence lors d’un salon suffira, agrémenté de quelques sourires.

Les auteurs se prêtent-ils volontiers à la promotion de leur livre ?

La majorité des lecteurs étant des lectrices, quelques auteurs masculins auront un véritable travail à accomplir afin de satisfaire leurs fans et, parmi eux, certains sauront peut-être en tirer avantage. En revanche, il y en a pour qui l’exercice prendra la forme d’un supplice. La mise en avant pour un auteur, face à un public et parfois une caméra, si elle participe d’une valorisation et peut venir renforcer le succès, risque aussi d’être une lourde contrainte, voire même s’avérer d’une violence inouïe.
Que l’on fasse référence à de jeunes auteurs fraîchement promus et ayant longtemps rêvé de devenir écrivain à succès ou de people (aujourd’hui véritables vedettes du salon du livre), il y en aura toujours pour qui s’exposer aura le mérite d’offrir des bénéfices secondaires quand d’autres n’auront qu’une envie, celle de fuir.

Pour un écrivain, assurer la promotion de son livre sur un salon tient-il du calvaire ?

Il faut le reconnaître, pour le néophyte, la tâche s’avère parfois ingrate. Car, même si l’écrivaillon reste conscient du chemin qu’il lui reste à parcourir avant de décrocher le Nobel, se faire voler la vedette par une célébrité voisine de son stand dont le seul nom fait vendre à des milliers d’exemplaires peut se révéler une dure leçon.
Et c’est sans parler des selfies qui remplacent désormais les dédicaces ! Une torture qui poussera certainement, un jour, des auteurs à demander à ce que figure dans leur contrat la clause ‘no selfies’, plus prompts à user du stylo et du poignet que de s’offrir ainsi en pâture.
Si, à cela on ajoute les conditions climatiques éprouvantes comme ce fut le cas, cette année, au salon du livre de Nice, sous la canicule, trois jours durant, il est évident que la souffrance de l’écrivain n’a rien de comparable avec le passage éclair d’un acteur sur le plateau de Canal+ pendant le Festival de Cannes !

L’écrivain, un commercial comme un autre ?

Lors d’une manifestation en l’honneur des livres, l’auteur n’est pas seulement là en tant qu’artiste ou créateur, il est aussi présent pour faire vendre. Bien sûr, à cet exercice, certains réussissent mieux que d’autres, à l’image des politiques au salon de l’agriculture… Sans aller jusqu’à dire que les éditeurs envoient leurs auteurs à l’abattoir lorsqu’ils les invitent à faire la promotion dans les salons, on pourrait s’étonner que les auteurs s’y coulent si facilement. La raison vient sans doute du fait qu’il est si dur de figurer dans le cercle des écrivains reconnus, qu’une fois ceux-ci consacrés, ils se voient prêts à tous les sacrifices.

Le travail d’écriture reste cependant à l’opposé de l’exposition face à un public et savoir écrire ne veut pas dire savoir s’exprimer oralement. Or, on attend des spécialistes des mots qu’ils le soient aussi bien sur la page que devant un micro. Finalement, l’écrivain est un artiste comme un autre, pourrait-on dire et, comme on envoie les acteurs sur des plateaux télé pour faire la promotion d’un film, il apparait normal que les auteurs arborent aussi cette casquette ‘commerciale’.
Reste, qu’à force de courir la planète à la rencontre de son lectorat, l’auteur court aussi le risque de finir par manquer de temps pour écrire…

Trouve-t-on alors justifiée la prime pour prestation orale des écrivains lors d’un salon ?

C’est sans doute parce qu’un écrivain, de nos jours, ne saurait uniquement se contenter de bien manier la plume mais devra aussi se montrer un bon client pour le service après-vente qu’au regard des efforts consentis, certains auront trouvé justifié de voir les auteurs payés pour leurs prestations orales dans les salons ou autres manifestations.

Charlotte de Garavan

*La Sofia, société française des intérêts des auteurs de l’écrit, est une société civile de perception et de répartition de droits, administrée à parité par les auteurs et les éditeurs dans le domaine exclusif du Livre.
Scam : société civile des auteurs multimédia pour la perception et la répartition des droits des réalisateurs, auteurs d’entretiens et de commentaires, écrivains, traducteurs, journalistes, vidéastes, photographes et dessinateurs.

Peut-etre que les auteurs devraient des lors venir dans des salons ou ils/elles ecriraient un livre devant les spectateurs... :)
C'est peut-etre l'avenir. Ne plus venir signer des autographes mais ecrire en direct!

Publié le 02 Décembre 2015

Les chanteurs qui se produisent en concerts sont rémunérés... pourquoi pas les écrivains ? Après tout, c'est le même principe : se produire devant ses fans, échanger avec eux, leur donner une présence et pas seulement un nom.

Et puis quand on voit ce que touche un auteur sur la vente d'un bouquin (somme dérisoire), ce ne serait que justice de rémunérer leur temps passé sur les salons. Temps qui, il ne faut pas l'oublier, est aussi du temps qui n'est pas accordé à la famille, aux amis, à l'écriture ou au travail (pour ceux qui doivent en avoir un car ils ne peuvent subsister de la vente de leurs ouvrages)

Alors, pour faire court (mais intense, lol) : OUI !

Publié le 01 Décembre 2015

Si le plaisir d'écrire se transforme en corvée, en tortures morales et physiques, non merci. Si j'écris, c'est justement pour exprimer tout ce que je ne sais pas dire à l'oral. Nénmoins, je partage l'idée que le travail des écrivains renommés soit rétribué. Cordialement. Fanny, écriveuse.

Publié le 01 Décembre 2015

Je ne suis pas contre l'idée de rénumérer les auteurs lors de leurs déplacements à des salons. Après tout, on rémunère bien des acteurs pour qu'ils viennent faire leur promo sur un plateau télé... 

Publié le 01 Décembre 2015

J'imagine que certains salons payeraient beaucoup pour faire venir quelques auteur(e)s tres connu(e)s et vendeurs. Mais je ne suis pas sur que ce soit le cas lorsqu'il s'agit d'inviter des inconnus. C'est malheureusement un de ces cas d'offre et de demande. 

Publié le 01 Décembre 2015