Interview
Le 11 fév 2016

Carole Trébor : « L’écriture est une matière très vivante »

Carole Trébor auteur de U4 Jules chez Syros et NathanCarole Trébor, l'un des 4 auteurs de la série U4, une démarche littéraire inédite

Carole Trébor est l’auteur de U4 Jules, l’un des quatre romans de la série U4, une saga écrite à huit mains et publiée aux éditions Syros et Nathan. Quatre auteurs, chacun développant un personnage différent dans un même contexte, quatre regards, quatre écritures, une véritable aventure littéraire collective d'un nouveau genre ! Également présidente de la Charte, association qui défend les droits des auteurs et des illustrateurs jeunesse, elle formule aussi un vœu pour que la situation des auteurs jeunesse s’améliore, celui de la solidarité entre les auteurs.

Question: 

Comment est née l’idée de ce projet à huit mains ?

Réponse: 

Nous étions tous les quatre à un salon pour des séances de dédicace. Nous avons échangé. On avait la même envie : mettre du collectif dans notre démarche d’écriture. On ne souhaitait pas écrire un livre à quatre mais quatre romans autonomes avec quatre auteurs distincts et quatre héros différents.

Question: 

Comment avez-vous travaillé ?

Réponse: 

Nous avons d’abord choisi un univers, celui du roman post-apocalyptique. C’était nouveau pour nous quatre. Et l’idée de reconstruire un monde nous semblait cohérente avec le choix d’une démarche littéraire nouvelle. Nous avons ensuite défini un certain nombre d’éléments : ce qui avait tué le monde, guerre ou virus, le rôle des militaires, qui étaient ces ados survivants… Cela nous a pris deux à trois mois. Ensuite, chacun a écrit le premier tiers de son livre sans contacter les autres auteurs. Nous nous sommes retrouvés à Marseille pour lire aux autres ce qu’on avait écrit, ce qui était un peu angoissant. On a vu que ça fonctionnait.

Question: 

Comment avez-vous construit les personnages ?

Réponse: 

Nos personnages sont des experts d’un jeu vidéo et doivent se retrouver à un rendez-vous à Paris. Voilà leur point commun. Ensuite chaque auteur a choisi le lieu de son histoire et déroulé le personnage qu’il souhaitait. Nos personnages se rencontrent ensuite deux à deux, puis à quatre. Ces scènes étaient plus compliquées à écrire. Elles devaient s’inscrire dans le fil narratif de chaque livre. Le personnage devait rester conforme à ce qu’il était depuis le début. Et en même temps, de nouveaux liens devaient se créer entre eux. Dans les quatre livres, on retrouve parfois les mêmes dialogues mais ce n’est pas la même scène car elle est vécue par un personnage différent. C’est un travail sur la subjectivité. C’est très jouissif pour le lecteur de lire la scène mais vue d’un autre angle. Il nous a fallu deux mois pour écrire celle du 14 décembre où les quatre ados sont réunis pour la première fois !

Question: 

Qui est Jules ?

Réponse: 

Jules est un ado parisien issu d’un milieu favorisé. Il est geek et fan d’un jeu vidéo. C’est un ado normal, pas un super héros. Il est fragile, sensible, complexé et il va découvrir son courage au fil des événements terribles qu’il traverse. Il a une conscience et en prenant en charge la petite fille qu’il rencontre, Alicia, il éprouve le sens de la responsabilité.

Question: 

Pourquoi avez-vous choisi la ville de Paris comme décor ?

Réponse: 

Je suis parisienne, j’ai vécu dans les 5e et 13e arrondissements, à Gentilly, les lieux où se passe l’action du livre. Cela m’intéressait de décrire ces quartiers que j’aime dans un décor apocalyptique.

Question: 

Ce que vous décrivez est assez violent...

Réponse: 

Notre choix de départ était celui d’un livre post-apocalyptique pas d’une comédie… On est dans un contexte de catastrophe. Décrire l’horreur avec précision, parler des cadavres, des rats dans Paris, de toute cette horreur que voit Jules me permet d’éprouver de l’empathie pour lui. Ce qu’il vit est tellement horrible qu’il doit trouver les moyens de survivre. En tant qu’auteur, je devais trouver des solutions pour qu’il ait envie de vivre, d’où la rencontre avec Alicia, qui est une bouffée d’espoir.

Question: 

Faut-il lire les quatre livres pour comprendre l’histoire ?

Réponse: 

Chaque livre est autonome. Après, chaque tome dévoile des éléments. La vision du lecteur est plus complète avec les quatre livres. Certains lecteurs, après avoir lu un roman, ont envie de rencontrer un des trois autres personnages.

Question: 

Comment les livres ont-ils été accueillis ?

Réponse: 

Ils ont été très bien reçus par les ados. Les ados sont habitués aux séries et ici ils n’ont pas besoin d’attendre la suite, ils peuvent lire les autres livres immédiatement. Nos personnages ne sont pas des super-héros, ils leur ressemblent et cela leur fait du bien. La série U4 a aussi été très bien accueillie par les adultes. Eux sont plus curieux de l’aventure littéraire. Ils lisent le livre comme une expérience. Chaque lecteur choisit son expérience propre avec un personnage. Sur un même contexte, il sera touché par un des héros, agacé par un autre.

Question: 

Que vous a apporté cette aventure littéraire ?

Réponse: 

J’ai compris qu’il existait toujours plus de solutions narratives que ce qu’on imaginait au départ. J’ai dû m’adapter à ce que les autres auteurs me proposaient. Cela fait de l’écriture une matière très vivante. Comme dans la vie, c’est à travers la contrainte qu’on trouve la richesse. Et puis chaque auteur a son propre style. Il fallait se confronter à l’écriture des autres, voir aussi comment mon personnage pouvait s’adapter et ce qu’il ne pouvait pas accepter.

Question: 

Que pensez-vous de l’autoédition et d’un site comme monBestSeller.com ?

Réponse: 

L’édition traditionnelle et l’autoédition, gratuite ou payante, peuvent coexister.
L’autoédition peut être un laboratoire pour tester de nouvelles formes artistiques. De plus en plus d’auteurs l’utilisent ainsi. J’aime l’idée de coexistence des médias. La télévision n’a pas tué la radio. L’attachement à l’objet livre est réel. L’idée d’une communauté d’écrivains est aussi intéressante.

Question: 

En tant que présidente de la Charte, quels vœux formulez-vous pour les auteurs jeunesse ?

Réponse: 

Nous avons beaucoup communiqué l’année dernière pour sensibiliser les éditeurs et les lecteurs. Il existe une vraie injustice. Les auteurs jeunesse sont deux fois moins bien payés que les auteurs de littérature générale qui touchent entre 8 et 12 % de droits d’auteurs. Les éditeurs dépendent de notre travail. Un livre est un partenariat entre l’auteur et l’éditeur. Il est donc légitime de répartir le fruit de cette collaboration. Certains éditeurs nous écoutent et font bouger les lignes. La solution est la solidarité entre les auteurs. Chaque auteur doit prendre conscience qu’en signant un bon contrat, il s’aide lui-même et il aide les autres. La juste rémunération des auteurs participe à la reconnaissance de leur travail, à leur respect et au respect de la littérature jeunesse. 

Propos recueillis par Clémence Roux de Luze

Et aussi dans la série U4 :  U4 Yannis de Florence Hinckel – U4 Stéphane de Vincent Villeminot – U4 Koridwen d’Yves Grevet.

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