Interview
Le 11 déc 2014

Ebooks gratuits. "Le Baiser de Pandore", Prix Concours du mois

Polar lauréat du Prix Concours du mois à lire gratuitement sur monBestSeller.comL'amour et la mort, deux forces à l'œuvre dans un univers inédit...

C’est un polar hors norme qui donne rendez-vous avec tous les extrêmes. Suspense suspendu entre sensualité et brutalité, renseignement et contre renseignement, Paris et Moscou…, les lecteurs ont adoré Le Baiser de Pandore et réclament le tome 2. Lauréat du mois de décembre, il est le premier nominé du Prix Concours 2015. Rencontre avec l’auteur Patrick Ferrer, guérillero dans la jungle de l’édition…

Question: 

Vous aimez manier les antagonismes, voire les paradoxes. Votre roman entraîne entre rêve et réalité, sensualité et brutalité, attraction et répulsion… c’est votre nature d’homme ? d’écrivain ? ou c’est le mode de ce polar en particulier ?

Réponse: 

Je ne sais honnêtement pas. Écrire, c’est se découvrir soi-même aussi. Quand j’aurai écrit tout ce que la muse me chuchote à l’oreille et que je serai à court de mots, peut-être aurai-je une réponse à cette question.

Question: 

Votre titre est aussi un paradoxe : Pandore et ses maux, le baiser et son attraction… Comment avez-vous trouvé ce (beau !) titre ?

Réponse: 

Le titre est venu en dernier, ou très proche de la fin. J’avais un titre de travail, qui est toujours celui écrit sur mon manuscrit mais qui ne veut rien dire. J’ai tenté de résumer en une image l’intégralité du roman, ce ballet continuel entre l’amour et la mort qui sont les deux forces à l’œuvre dans cet univers. C’est venu par petites touches, au fur et à mesure que les chapitres s’empilaient les uns sur les autres, jusqu’à l’évidence finale. J’espère qu’il reflète l’esprit du roman, une bouchée savoureuse qui vous donne envie de manger tout le gâteau.

Question: 

Vos personnages… Des hommes de pouvoir et des femmes de plaisir (mais pas que !). Dans votre travail d’écriture, comment surgissent vos personnages, comment les travaillez-vous ? 

Réponse: 

L’écriture d’un roman, c’est comme visiter une maison hantée. On y rencontre des gens de son passé, on y rencontre des échos de ce qu’on aurait pu être, mais aussi des fantômes qu’on ne connait pas, qui vous apparaissent soudainement au détour d’une page, ou même dans un rêve. Certains des personnages du roman m’ont littéralement réveillé la nuit. L’Araignée, par exemple, que l’on découvre dans le tome 3, est directement issue d’un rêve ou elle faisait exactement ce que je décris dans le livre. D’où sort-elle ? Existe-t-elle quelque part ? Je ne sais pas et j’espère ne jamais avoir à le découvrir…

Question: 

Aux lecteurs du tome 1 (qui vous vaut d’être lauréat du Prix Concours de ce mois !) qui se disaient frustrés de la fin, vous répondez enfin avec le tome 2. Il est là tout chaud, prêt à sortir…Vous aussi vous pensez que le vrai courage, c’est d’aller au bout de ses convictions, quels que soient les obstacles ?

Réponse: 

Définitivement. Vous avez bien lu. Il n’y a rien de pire pour un individu que d’être privé de ses rêves. C’est peut-être la clé du roman.

Question: 

Auteur indépendant, ça veut dire quoi pour vous ? Un choix ou un pis aller ? Des avantages, des inconvénients ? 

Réponse: 

Je parlerais plutôt d’auteur guérilla. C’est un principe de guerre quand on n’a pas énormément de troupes (lecteurs) ni de moyens.
Le problème de l’édition traditionnelle aujourd’hui (l’armée régulière), en ce qui concerne la découverte de talents, vient du fait qu’il n’y a pas de plateforme de lancement pour les nouveaux auteurs. L’éditeur qui publie l’œuvre d’un inconnu prend un risque considérable. Il part au combat sans troupes et sans munitions. Il n’a pour ainsi dire pas de budget publicitaire, juste le bon vouloir des critiques. Hormis si l’ouvrage décroche un prix majeur et miraculeux, il y a 99 % de chances qu’il ne se vende pas. Quand on connait les ventes moyennes des auteurs même moyennement connus, on comprend que l’éditeur vous regarde d’un air dubitatif quand vous arrivez avec votre manuscrit de 900 pages et vos trois fidèles lecteurs.  Des nouveaux auteurs qui percent réellement et sur la durée, il y en a très, très peu. Et le Goncourt du Premier Roman ne suffit pas. Regardez la liste des anciens nominés. Il aura fallu quinze ans et huit romans à Fred Vargas pour sortir son premier bestseller.
Quant à l’auteur, c’est tellement merveilleux pour lui de voir son livre publié, c’est la somme de tellement de travail et d’espoirs que la chute peut être très, très rude. Certains ne s’en relèvent pas.

Heureusement, il reste la guérilla. 

Des géants comme Stephen King ou Ray Bradbury ont dû écrire des histoires à 1 centime le mot pour des magazines cochons et des revues populaires pendant des années avant d’être capables de décrocher leur premier contrat d’édition. Mais quand ils l’ont fait, ils avaient déjà un nom, pas bien grand mais un nom, un petit lectorat fidèle. Les magazines et les revues à deux balles, c’était leur rampe de lancement. C’était aussi leur terrain d’apprentissage, une école impitoyable pour apprendre leur art. La suite, on la connaît.

Nous n’avons rien de tout cela en France. Aucun magazine ou périodique qui favorisent l’éclosion de nouveaux talents. Même cochon. Sortir de l’anonymat et apprendre le métier dans ces conditions, c’est Mission Impossible. Mais avec le développement du numérique, c’est en train de changer. L’autoédition et la microédition numérique, c’est l’équivalent des magazines d’autrefois. Une rampe de lancement. On en voit déjà les premiers résultats, des auteurs issus du numérique qui crèvent l’écran comme EL James (50 nuances) ou Agnès Martin-Lugand. Ça va continuer. Les gros éditeurs n’auront plus qu’à récolter les meilleurs, ceux qui auront prouvé sur la durée qu’ils peuvent séduire un fort lectorat à travers leurs écrits. Ils ciblent même les bloggeurs à présent.

Donc, pour un auteur qui veut véritablement atteindre un résultat, je pense que s’engager dans la guérilla est une étape indispensable. Ça peut être l’autoédition ou travailler avec un petit éditeur motivé qui croit en vous. Je ne dis pas que le miracle ne puisse pas se produire, trouver tout de suite un gros éditeur qui fera de vous un auteur connu. Mais c’est très rare. Pour la plupart d’entre nous, il va falloir faire nos armes dans la jungle, en treillis de combat, bouffés par les moustiques. Gagner le cœur des lecteurs à la force des mots, rassembler nos troupes, aiguiser notre plume. Comme les vieux briscards qui vendaient leurs histoires à 1 centime le mot.

Question: 

Comment organisez-vous votre auto promotion ?

Réponse: 

Être auteur indépendant, c’est à peu près aussi simple qu’être un homme-orchestre ambulant qui compose sa propre musique. Il faut être partout à la fois et jouer de tous les instruments. On n’a pas le temps de s’ennuyer. Mais chaque nouveau lecteur est un pur moment de bonheur. J’ai eu la chance de découvrir un auteur indépendant très sympa (Jean Philippe Touzeau pour ne pas le nommer) qui vit de ses ventes et qui délivrait un séminaire sur comment faire le marketing de ses bouquins (ça marche aussi pour les auteurs édités, ce sont des données fondamentales de marketing qui sont vraies à tous les niveaux). Ça m’a encouragé à me jeter à l’eau. J’avais déjà un pavé de 900 pages (Le baiser de Pandore) pour lancer une série de trois bouquins, des dizaines de nouvelles toutes prêtes et deux autres romans en cours d’écriture. Alors pourquoi pas ? Les gens aimaient ce que j’avais écrit et m’encourageaient à persévérer, je leur devais bien ça.

Ceci dit, je teste aussi l’édition classique. Je viens de publier un recueil de nouvelles de SF, « La baie des Trépassés », avec une jeune éditrice qui publie du Steampunk et ça démarre très fort. Le livre est entré dans les 10 meilleures ventes SF sur Amazon dès le premier jour. Donc je ne ferme aucune porte. Ce qui compte c’est continuer à écrire et à diffuser mes écrits par tous les moyens possibles et tant que les gens apprécient ce que je fais.

Dans tous les cas, je prends énormément de plaisir à faire ce que je fais, j’apprends tous les jours de nouvelles choses, et c’est extrêmement gratifiant de voir que d’autres personnes aiment ces univers que je construis pour eux. C’est vraiment tout ce qui compte et que je doive pour cela affronter les sangsues dans la jungle ou jouer l’homme orchestre à longueur de journée ne me dérange pas plus que ça.

Propos recueillis par Isabelle de Gueltzl

Merci Zema, au vu de votre succès sur Amazon, je sais que vous avez endossé le treillis aussi ;)
Publié le 11 Décembre 2014
Bravo Patrick pour le prix du livre du mois de décembre chez MBS. J'aime beaucoup la métaphore du combat. La guérilla à toutes les chances de gagner avec des combattants aussi tenaces.
Publié le 11 Décembre 2014