Interview
Le 22 déc 2014

Editeur, écrivain, critique littéraire, Conseiller. Comment fait il ?

Editeur, écrivain,conseiller. Les 1000 et un tours d'un passionné. Editeur, écrivain,conseiller. Les 1000 et un tours d'un passionné.

Il lit, il écrit, il édite, il blogue, il s'auto-édite, il conseille... David Meulemans connait les métiers de l'écriture, de l'édition, du numérique, et du ebook, et de... Peut-on tout faire ? lui demande t-on. Sa réponse est en substance : oui, à condition de bien le faire. A l'écouter, on a tendance à le croire.

Question: 
  • Pouvez-vous nous présenter votre maison d’édition ?
Réponse: 

Les Editions Aux forges de Vulcain sont nées en 2010 - elles publient des romans et des essais. Ainsi que des livres d’art. Elles sont nées, comme beaucoup de maisons d’édition, d’un sentiment d’insatisfaction face à ce que l’on trouve en librairie. Et aussi de cette idée qu’une maison d’édition devrait, à l’image du lecteur, ne pas se concentrer sur un seul type de texte, comme la fiction ou l’essai - une maison doit être comme un lecteur - “généraliste”.

Question: 
  • Croyez-vous à la ligne éditoriale et quelle signification cela a pour vous dans votre vie professionnelle quotidienne ?
Réponse: 

La ligne éditoriale est la seule raison d’être d’une maison d’édition. Si on n' a pas de ligne, il n’est pas nécessaire de se lancer dans l’édition. Si ce que l’on veut faire, comme type de livre, peut être fait par d’autres, alors, autant laisser les autres les faire. Donc, au quotidien, nous réfléchissons à notre ligne, nous voyons comment tel ou tel nouveau titre s’intègre dedans, ou l’infléchit. C’est notre premier critère pour sélectionner les nouveaux textes.

Question: 
  • Vous cherchez beaucoup dans la littérature étrangère. Est-ce par conviction, par cohérence, par certitude que des pépites se cachent là et sont (plus ou moins négligées) par l'édition française ?
Réponse: 

Environ la moitié de notre catalogue est composée d’ouvrages traduits. Ce choix correspond au désir, d’une part, d’offrir de bons textes aux lecteurs, mais aussi de stimuler l’imaginaire créatif des auteurs - leur montrer que la voie que nous proposons a déjà été explorée par d’autres, dans d’autres pays. Par exemple, en France, l’écart entre les littératures de genre et les littératures “sérieuses” s’est creusé - laissant un vide, pour des œuvres qui seraient à la fois narratives (comme le sont les oeuvres populaires) et dotées d’une vraie voix (comme le sont souvent les oeuvres plus pointues).

Question: 

La fantasy représente-elle un versant fondamental dans la littérature contemporaine?

Réponse: 

Oui, justement, la fantasy est actuellement un bon exemple de ce vide. Le succès actuel de la fantasy, en grande partie du à Harry Potter, aux films de Peter Jackson et aux succès, dans les années 90, des jeux de rôle, ce succès est trompeur : beaucoup de ces oeuvres de fantasy sont assez faibles. Alors que la fantasy, notamment de langue anglaise, a toujours permis l’émergence de grands auteurs, qui parvenaient à lier succès public et succès critique. C’est pourquoi nous avons traduit William Morris, qui est un des inventeurs de la fantasy. Pour moi, un auteur issu du jeu de rôle et de la fantasy comme Jean-Philippe Jaworski, avec son roman “Gagner la guerre”, est un des plus grands écrivains français - tous genres confondus. Son exigence de conteur lui permet de combler le vide entre les littératures de genre et la “grande” littérature.

Question: 
  • Vous avez aussi un autre projet : DraftQuest. Qu'est ce que c'est ? N'avez-vous pas parfois l'impression d'être juge et parti, avec ce projet ?
Réponse: 

DraftQuest, c’est une expérience, un projet : l’idée que tout le monde devrait écrire. Ce qui n’est pas la même chose que de publier ! Concrètement, DraftQuest, c’est une application gratuite qui sert à surmonter l’angoisse de la page blanche, c’est un atelier d’écriture virtuel - et c’est des ateliers d’écriture physiques. C’est aussi un manuel, qui sort en février 2015. Ces deux activités, DraftQuest et les Editions Aux forges de Vulcain, sont bien distinctes l’une de l’autre. L’une veut faire lire (les Forges), l’autre veut faire écrire (DraftQuest). Dans DraftQuest, on parle très peu de diffusion - la seule chose que l’on dit sur ce sujet, c’est que le meilleur moyen d’être publié, c’est d’écrire de très bons romans.

Question: 
  • Statut d'écrivain et statut d'éditeur : quelle est la frontière ? L'exigence d'un écrivain recouvre-t-elle, partiellement, celle d'un éditeur ? Ou sont-elles en conflit?
Réponse: 

L’écriture demeure une activité intellectuelle, l’édition une activité commerciale. Certes, l’éditeur ne doit pas être exempt de compétences intellectuelles, mais son métier se résume en trois tâches : sélectionner des textes, accompagner le passage du texte au livre, et diffuser au mieux le livre. L’écrivain et l’éditeur ont tout intérêt à bien s’entendre, car leurs intérêts sont liés : il est très difficile de défendre un livre si la relation avec l’auteur est mauvaise. Après, cela ne signifie pas que les écrivains doivent tout accepter : mais, tout en conservant toute leur exigence, il faut qu’ils discernent ce que l’éditeur apporte, et les compétences qu’il maîtrise. Cela étant, il y a une assymétrie entre eux qui déséquilibre toujours la relation : un éditeur va toujours publier plus de livres qu’un auteur ne va pouvoir en écrire. Si bien que, si, pour l’écrivain, son livre est parfois l’œuvre de sa vie - l’éditeur, lui, se trouve à défendre et produire plusieurs livres en même temps.

Question: 
  • Quelle est votre perception de l'auto-édition et de l'auto-publication ? Est ce une nécessité ? Est ce un mal nécessaire , une opportunité ? Comment gérer tous ces nouveaux écrits ? Comment guider le lecteur ?
Réponse: 

Je pense que, si un auteur sait corriger son texte, le maquetter, lui assortir la bonne couverture, maîtriser communication et commercialisation, alors, il aura peut-être intérêt à se lancer dans l’auto-publication. Il aura plus de liberté et, potentiellement, les mêmes résultats économiques que s’il avait signé chez un éditeur. Toutefois, beaucoup d’écrivains en herbe sous-estiment le travail qu’exige la publication et la plupart des textes auto-édités finissent avec moins de dix lecteurs. En fait, le choix de l’autopublication doit vraiment dépendre des compétences et des désirs de l’auteur. Et, du point de vue de l’édition, je dirais que l’autopublication est une bonne chose. Elle pousse les éditeurs à faire mieux voir ce qu’ils savent faire et l’immense plus-value qu’ils apportent dans la réalisation et la commercialisation des livres. Par contre, un aspect négatif de l’autopublication est que cela contribue à atomiser l’offre de lecture, un phénomène déjà à l’œuvre en raison de la création de nombreuses structures éditoriales. Dans cette perspective, les petits éditeurs sont affaiblis, et l’attention médiatique va se concentrer sur les très gros titres. Je pense, ainsi, que d’ici 2020, nous aurons passé la barre des 100.000 titres par an. Mais l’attention et les ventes se concentreront de plus en plus sur les gros titres. Nous sommes pleinement dans une ère de très forte “segmentation”: la recommendation en ligne permet à des micro-communautés d’exister, de faire exister des micro-titres, qui auront 200 à 300 lecteurs. C’est un fantastique signe de créativité, mais c’est une transformation de l’industrie du livre, qui n’est pas armée pour cette “artisanalisation” de l’industrie.

David Meulemans
Président des Éditions Aux forges de Vulcain
Paris Réunion Innovation
80 rue des Haies
75020 - Paris
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Il y a malheureusement deja trop de maisons d'editions et pas assez de lecteurs... :)
Publié le 23 Décembre 2014
D'après le guide Audace 2014, LFDV s'est engagé à publier, en fiction, 50% de créations contemporaines inédites et de premiers romans et 50% de traductions. S'ils tiennent leur promesse, ils méritent bien sûr d'être encouragés car peu d'éditeurs français ont ce genre d'engagement. Il serait intéressant de savoir, dans le contexte de cet article sur MBS, quels nouveaux auteurs ils ont publiés et quels ont été les résultats.
Publié le 23 Décembre 2014
"Environ la moitié de notre catalogue est composée d’ouvrages traduits. Ce choix correspond au désir, d’une part, d’offrir de bons textes aux lecteurs..." Pan, dans la gueule, si j'ose dire. Ah, foutus Français, même pas capables d'écrire de bons textes ! Pauvre garçon, dire qu'il est obligé de traduire du péruvien, du slovaque, de l'azerbaïdjianais, du cantonais, du langage à clics, pour trouver de quoi alimenter son catalogue.
Publié le 23 Décembre 2014