Interview
Le 06 Jan 2015

Publier un livre. Parcours fulgurant de l’auteur David Khara

Interview de l'auteur de polar et thriller à succès David KharaLe travail de l'auteur : "inspiration 5%, transpiration 95%, au bas mot…"

David S. Khara est devenu en peu de temps un auteur qui compte dans le monde du polar et du thriller. Son actualité des derniers mois : "Les Vestiges de l’Aube" en poche aux éditions 10/18, "Une Nuit Eternelle" chez Fleuve Noir, "Le Projet Shiro" aux USA, éditions LeFrenchBook en version papier, numérique et audiobook. Regard sur son parcours d'auteur avec Stephan Ghreener.

Question: 

Pour toi David, écrire c'est quoi : un métier, une nécessité, un plaisir ? As-tu une activité à côté de l'écriture ?

Réponse: 

Ecrire est d’abord et avant tout un plaisir, une distraction, même si c’est aujourd’hui devenu mon métier à plein temps. A aucun moment je ne le vis comme une nécessité. Ma démarche est simple : divertir tout en explorant des pans méconnus de notre histoire, de nos sociétés, tout en distillant des émotions à travers des personnages que j’espère puissants en termes de présence. Et par-dessus tout, j’écris honnêtement. Les voyages que je propose à mes lecteurs, je les vis comme eux, les ressens comme eux. Les chemins proposés, je les arpente moi aussi.
Aujourd’hui, l’écriture est un métier à plein temps. Je me suis engagé sur cette voie pour changer de vie, de priorités, passer d’une vie tournée vers l’argent et l’égoïsme à une activité foncièrement altruiste puisque j’écris avant tout pour divertir, en ayant toujours le plaisir du lecteur à l’esprit.

Question: 

Peux-tu nous parler de ton parcours d'auteur ?

Réponse: 

Tout a démarré en 2003. A l’époque, un ami venait de perdre son épouse et sa fille dans un accident. Nous n’arrivions plus à communiquer pour le sortir de son ornière, mais il lisait encore. Des amis qui me savaient à l’aise avec une plume m’ont demandé si je voulais lui raconter une histoire qui parlerai de lui, de façon détournée. J’ai donc commencé à écrire les Vestiges de l’Aube dans un Thalys entre Bruxelles et Paris. Il s’agissait d’un feuilleton dont je lui envoyais les chapitres un à un sans rythme précis, au gré de mes déplacements professionnels. Il semblait apprécier, et un jour j’ai reçu un mail d’un autre ami me demandant la suite. En fait, l’histoire tournait parmi les copains sans que je m’en sois rendu compte. J’ai mis cinq ans à aller au bout, et en 2008, je me suis retrouvé avec ce pseudo roman sur les bras. Je souhaitais le faire lire à un auteur reconnu pour avoir son avis, savoir la différence qui existait entre ce qui est publiable et mon manuscrit, juste par curiosité. A l’époque, je voyais les écrivains comme des créatures hors du monde, dotées de capacités surnaturelles (rires !). Serge le Tendre, l’immense scénariste de BD (La Quête de l’Oiseau du Temps, entre autres…) a été le premier à me lire, avec beaucoup de gentillesse. Dans le même temps, Thomas Geha (Le sabre de sang, A comme Alone) l’a lu aussi lu.

Leurs retours ont été surprenants. Serge a été touché par l’histoire et a estimé que cela frait un bon roman mais aussi une belle BD. Aujourd’hui, les Vestiges de l’Aube sont devenus une BD sous les plumes conjointes de Serge et Frédéric Peynet aux Editions Dargaud. Quant à Thomas Géha, il a présenté le manuscrit à Rivière Blanche qui m’a clairement dit qu’il faudrait le proposer à de grandes maisons. Mais je ne nourrissais, et ne nourris toujours, aucune ambition littéraire, alors j’ai décidé de me lancer avec eux. La rencontre avec Philippe Ward, le directeur de collection, a été déterminante. Un homme formidable qui m’a guidé, appris le travail de l’écrivain car c’est un vrai travail, et qui me suit encore. Les Vestiges de l’Aube ont donc été publiés en 2010 en micro édition. Le résultat a dépassé nos espérances les plus folles avec plus de 2000 exemplaires vendus, sans diffusion ni distribution.
En parallèle, j’ai commencé Le Projet Bleiberg que j’ai proposé aux éditions Critic à Rennes. La librairie Critic se lançait dans l’édition. Ils ont accepté Bleiberg sur la foi des vingt premières pages en moins de trois heures. Le roman est sorti en octobre 2010, là encore sans diffusion ni distribution avec un tirage à 1500 exemplaires. Et puis, un miracle a eu lieu puisque Gérard Collard est entré en possession du roman et l’a adoré. Il l’a présenté avec passion et enthousiasme. Le premier tirage s’est écoulé en deux heures à peine. Aujourd’hui, près de 4 ans après, le roman a dépassé les 100 000 exemplaires toutes versions confondues (poche chez 10-18, Audiolib, France Loisirs), la trilogie est parue en Corée, aux Pays-Bas, et sort actuellement aux USA avec des retours incroyables. Des projets cinéma sont en cours sur la trilogie Bleiberg comme sur les Vestiges.

Question: 

Si tu avais un seul conseil à donner à un auteur débutant ?

Réponse: 

Ne laissez personne vous expliquer que c’est impossible. Voilà mon premier conseil. Ecrivez, faites-vous plaisir à écrire, et allez au bout de vos envies. Ensuite, travaillez et acceptez la critique des professionnels si vous pouvez avoir leur avis. L’ego n’a rien à faire dans ce métier que je considère plus comme un artisanat que comme un art. Il faut faire, refaire, refaire encore. Regardez combien de temps Bernard Werber a passé sur les Fourmis ! Il a travaillé sans relâche. 
Autre point important, écrivez sans penser au résultat. On me demande souvent comme on écrit un best-seller. Ma réponse est invariable : si on le savait, nous n’écririons que des best-sellers !

Il faut savoir qu’entre mon premier jet et la version finale d’un de mes romans, cinq phases de corrections se succèdent pour finir par une lecture à voix haute pour régler l’euphonie de mes phrases et de mes dialogues. Au final, je ne travaille jamais moins de deux mois pleins à mes corrections, et parfois elles font mal, mais cette phase est indispensable à mon sens.
Pour paraphraser Balzac : inspiration 5 %, transpiration 95 %, au bas mot…

Dernier point très important : choisissez bien les maisons d’éditions auxquelles vous soumettez votre roman. Inutile d’envoyer de la SF à un éditeur spécialisé en polar. Si le conseil vous paraît idiot, je vous assure que dans les faits, les erreurs de casting sont nombreuses.
Ah, si, une dernière chose : soyez humble, toujours, quoi qu’il vous arrive.

Question: 

Le monde de l'édition change...ton regard sur l'avenir : quid du papier vs numérique ?

Réponse: 

Le numérique ne m’inquiète pas. Pour l’instant le modèle économique est flou, du moins chez nous. Je ne suis fermé à aucune évolution et je pense que l’écriture numérique devrait changer notre façon de raconter des histoires. Je crois à des formats hybrides mixant roman tel qu’il existe sur le papier et contenu additionnel. Une forme d’écriture multimédia, si vous voulez. Cet aspect me passionne d’autant plus que le contenu historique est très fort dans mes romans et lier cela à des documentaires me tenterait.

Je crois encore fermement au papier, pour la bonne raison que le livre est une entité vivante. L’odeur de l’encre, le grain du papier, les coins cornés, jaunis, parfois les tâches ou les accrocs, tout ceci lui procure une âme qu’aucune tablette ne restituera jamais. Il s’en vend moins ? Soit. Aux éditeurs de s’ajuster et de trouver un modèle acceptable pour les lecteurs et les auteurs. J’ai mes idées sur la question, mais n’étant pas décisionnaire en la matière, je les garde pour moi (rires) !

Question: 

Quel est le livre que tu as préféré écrire ?

Réponse: 

Question ardue car j’aime sincèrement tous mes romans. Les Vestiges et le Projet Bleiberg étaient pleins d’insouciance, j’osais à peu près tout ce qui me passait à l’esprit. Je me suis senti frileux après le succès de Bleiberg. Se retrouver en tête des ventes nationales m’a un peu inhibé au départ. Et puis, au moment d’entamer le Projet Shiro, j’ai décidé de m’en foutre, clairement. Je continue à écrire pour dix personnes en essayant de faire plaisir. Et si mon travail plaît à plus de lectrices et lecteurs, tant mieux. Mais je ne m’interdis rien. Ma seule préoccupation est que le roman à venir soit toujours meilleur que le précédent, autant en structure qu’en écriture ou contenu. Alors je crois que le plus agréable a été Une Nuit Eternelle, car j’ai eu du temps et mon éditeur a été d’un grand soutien. Les Vestiges de l’Aube version Rivière Blanche (il a été réédité dans une nouvelle version par Michel Lafon en 2011) restera un moment particulier. La saveur si particulière de la première fois…

Question: 

Ton auteur de polar préféré ?

Réponse: 

Sans hésitation, et je m’en excuse auprès des copains, Dennis Lehanne. Sa série Kenzie-Gennaro reste un de mes plus grands moments de lecture, avec une prédilection particulière pour Gone Baby Gone. Et puis, son Mystic River est une merveille d’émotion et de descente au plus profond de l’âme humaine. Pour moi, il est sans conteste le plus grand que j’aie pu lire.

Question: 

Ton actu ? Une sortie prochaine ?

Réponse: 

Les Vestiges de l’Aube paraîtra en novembre en poche chez 10-18.
Une Nuit Eternelle, polar mâtiné de fantastique dans lequel on retrouve les personnages des Vestiges, sortira également en novembre chez Fleuve Noir.
The Shiro Project, le deuxième tome de la trilogie d’Eytan Morg, sort aux Etats-Unis en novembre également.
Enfin, le deuxième tome des Vestiges de l’Aube en BD paraîtra en Avril 2015 aux éditions Dargaud.
Et je travaille actuellement sur mon prochain roman qui sortira à l’automne 2015, toujours chez Fleuve Noir.
En gros : pas le temps de s’ennuyer !

Propos recueillis par Stephan Ghreener

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