Interview
Le 22 Jan 2015

Roman. Romain Puértolas : « N’écrivez pas pour être publié ! »

monBestSeller.com site de publication et lecture gratuite de livres numériques"En France, la littérature est très classique, un peu dramatique, intellectuelle. Ce n’est pas à vous [auteur] de vous adapter aux autres mais aux autres d’entrer dans votre univers."

Après « L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » vendu à 300 000 exemplaires en France, Romain Puértolas revient avec « La Petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel ». Un nouveau roman loufoque, drôle, tendre et plein de poésie. Le point de départ de ce joli conte : un nuage de cendres craché par un volcan islandais paralyse le trafic aérien international. Providence Dupois doit absolument se rendre au Maroc pour chercher sa petite fille adoptive malade. Une seule solution : voler de ses propres bras !

Question: 

Comment vous est venue l’idée de cette histoire ?

Réponse: 

J’ai moi même vécu une aventure avec ce volcan. Je devais prendre un avion pour rejoindre ma petite amie à 2000 km de Paris. Il n’y avait plus d’avion. J’ai pris le train, le bus… c’était un long voyage mais par amour, j’y suis parvenu. J’ai trouvé que c’était une bonne idée pour commencer un livre. Mais mes livres sont faits de mille idées !

Question: 

Votre héroïne, Providence Dupois, 35 ans, vous ressemble-t-elle ?

Réponse: 

Oui, c’est une femme pressée. Comme moi, elle a besoin de mouvement, elle aime vivre à cent à l’heure. J’ai beaucoup de mal à me poser. Je lis plusieurs romans à la fois, j’en écris plusieurs en même temps. La seule personne avec laquelle je m’arrête, c’est ma femme.

Question: 

On trouve beaucoup de références dans votre livre notamment celle à « L’Ecume des jours » de Boris Vian : la petite fille atteinte de mucoviscidose a un gros nuage dans les poumons…

Réponse: 

Je fais un clin d’œil à l’auteur en le citant au début de l’ouvrage. Sa citation correspond parfaitement avec l’histoire. J’ai lu plusieurs fois ce livre et il m’a beaucoup marqué. Mais je n’ai pas pensé au nénuphar de Boris Vian en écrivant le livre, c’était inconscient.

Question: 

Il y a un message dans votre livre ?

Réponse: 

Le premier est que l’amour donne des ailes et qu’on peut tout faire par amour. Quand le nuage de cendres est apparu, j’aurais pu ne pas aller en Espagne. Mais j’avais envie de faire une surprise à ma petite amie et de la voir. Même pour peu de temps, cela valait le coup. Les gens cherchent des excuses pour ne pas agir. Il faut se dépasser. J’aborde aussi le thème de la maladie, de la mort. C’est important d’être positif et plus optimiste face aux difficultés. La solution est en nous.

Question: 

Comment écrivez-vous ?

Réponse: 

Sur mon téléphone portable, sur des Post-it, des bouts de papier, au supermarché, en faisant la cuisine, dans la rue… Je ne réfléchis pas à mon livre. Les idées me viennent quand je suis en mouvement. Mon cerveau crée tout seul, un peu comme une écriture automatique. En ce moment, je voyage beaucoup pour la promotion du « Fakir », j’écris sur mon ordinateur dans les transports, le train, l’avion.
Je m’inspire de tout. J’observe beaucoup les gens. Dans un groupe, je peux rester en retrait, dans mon monde, et regarder les détails. Mon écriture est spontanée, un peu naïve. Je cherche à écrire de jolies phrases faciles à comprendre. Je veux que le lecteur entre dans mon monde.

Question: 

Vous donnez l’impression de beaucoup vous amuser en écrivant…

Réponse: 

Je m’invente, dans mes livres, une vie dans laquelle je m’amuse et j’adore ça. Je ne suis pas un écrivain torturé. Je m’amuse en faisant parler François Hollande ou Obama, je leur fais dire ce que je veux. Sans arrière-pensée politique. Je détourne la réalité. Mes personnages sont atypiques : un fakir, une factrice qui fait quelque chose d’extraordinaire.

Question: 

Avant le succès du « Fakir », vous aviez déjà écrit sept romans. Racontez-nous…

Réponse: 

Je ne connaissais pas le monde de l’édition. J’envoyais mes manuscrits par la poste aux plus gros éditeurs et je recevais les lettres de réponses types. Je n’ai jamais été démotivé car j’écrivais pour moi, par passion. Je postais mes livres sans vraiment y croire comme quelqu’un qui va jouer au Loto. J’ai aussi autoédité un de mes livres, « L’ Œuf d’Einstein » sur Publibook mais je n’ai vendu que trois exemplaires. Un jour, j’ai envoyé mon récit au bon éditeur (Le Dilettante), qui avait sans doute le même humour que moi. Il a trouvé que mon livre était différent.

Question: 

Quels conseils donneriez-vous aux auteurs ?

Réponse: 

N’écrivez jamais pour être publié, cela vous évitera d’être frustré et ne pensez pas que vous allez écrire un best-seller. C’est déjà tellement compliqué d’être publié ! Ecrivez parce que vous aimez écrire et écrivez ce que vous aimez ! Les auteurs ne doivent pas se formater à ce qui existe. En France, la littérature est très classique, un peu dramatique, intellectuelle. Ce n’est pas à vous de vous adapter aux autres mais aux autres d’entrer dans votre univers. Et puis amusez-vous, le lecteur s’amusera aussi !

Clémence Roux de Luze

Je suis, disons un peu agacé par cette formule "entrez dans MON univers". Je trouve ça très présomptueux, suffisant. Le talent d'un auteur est d'autant plus valorisé lorsqu'il est modeste. Des galaxies d'univers, il en existe tellement ! Il y a tant d'écrivains originaux que personnellement, j'aurais envie de dire que mes petites histoires paraissent bien insignifiantes !
Publié le 24 Janvier 2015
Même chose pour moi. Comme je l'ai dit sur le site 999 : "Dites-moi ce qui vous chiffonne dans mes romans, je vous expliquerai pourquoi je n'y changerai rien." CC
Publié le 23 Janvier 2015
Je suis absolument d’accord avec Romain Puértolas. "Faire entrer le lecteur dans son univers !" Malgré le handicap de mon genre de prédilection (SFF), c’est ce que je recherche avant tout.
Publié le 22 Janvier 2015
Grand succes merite pour son premier roman, et une histoire qui donne envie et espoir. Le second roman devrait prendre le meme chemin. Je ne crois pourtant pas qu'on ne doive pas ecrire pour etre publie. Si c'etait vraiment le cas, personne n'enverrait ses manuscrits a des maisons d'edition. Or meme Puertolas l'a fait de nombreuses fois avant d'etre edite par le Dilletante. Les seuls exemples d'ecrivains qui ont vraiment ecrit sans penser a etre publies, sont ceux qui n'ont jamais envoye leurs manuscrits, ces manuscrits qui ont parfois ete trouves par hasard longtemps apres leur mort. Aujourd'hui qu'on mette ses ecrits sur un blog, sur MBS ou dans la boite a lettres de Gallimard, on ecrit pour etre lu donc pour etre publie, parce que la definition du verbe "publier", c'est "rendre public." Ensuite certains ont la chance ou le talent de gagner de l'argent avec leurs romans/poemes/essais/BD, mais ca ca arrive ou pas, et ca n'arrive jamais si on ne "publie pas". :)
Publié le 22 Janvier 2015