Tribune
Le 17 fév 2015

Auteurs et auto édition, le talent ne suffit pas.

Grâce à l’autoédition et l’exploration de ses nombreuses arcanes, Fred, fondateur du blog « écrire et s’enrichir » a découvert de nouveaux chemins qu’il révèle à tous ceux qui veulent « faire chanter leur talent », déclare t-il. Des raccourcis pour auto-publier, vendre, vous faire connaître. Une vision très « marketing » du livre auto-édité. Ecoutons-le.

À propos de l’auto-édition, vous parlez d’enrichissement. Pouvez-vous nous éclairer sur ce dernier point ?

L’auto-édition permet en effet de s’enrichir financièrement. Et parfois même beaucoup. Les exemples de success-stories sont très nombreux aux États-Unis. Citons entre tant d’autres E.L James (Cinquante nuances de Grey), Amanda Hocking (De mon sang) ou encore Christopher Paolini (Eragon). Et que dire du grand Stephen King qui s’est lancé dans l’aventure de l’indépendance. Sans oublier certaines maisons d’édition ultra traditionnelles anglaises qui plébiscitent l’auto-édition. Quoique plus récente en France, la révolution de l’auto-édition s’est déjà soldée par de grands succès sur Amazon. Je pense à "Un palace en enfer" d’Alice Quinn ou "Les gens heureux lisent et boivent du café" d’Agnès Martin Lugand. Ces deux auteures ont fini par signer un contrat chez le célèbre éditeur Michel Lafon, qui les avait repérées. Je prends ici l’exemple d’auteurs de fiction. Mais beaucoup d’autres se spécialisent dans les ouvrages pratiques (guides, méthodes, conseils, etc.) Aujourd’hui, de nombreuses niches apparaissent et le marché est énorme. Il y a donc de la place pour tout le monde.

En fait, la question n’est pas de savoir si l’on peut s’enrichir grâce à l’auto-édition. La vraie question, c’est « comment peut-on s’enrichir grâce à l’auto-édition » ? Là, c’est une tout autre histoire. À l’inverse des États-Unis, l’auto-édition souffre encore en France d’un dangereux amateurisme. Pourquoi ? Parce que la très grande majorité des auteurs indépendants travaillent seuls dans leur coin. Résultat ? L’échec est inévitable.

C’est un vrai gâchis, surtout quand on sait que d’excellents manuscrits dorment dans les tiroirs. Il y a en France beaucoup d’auteurs talentueux dans l’ombre. Le problème, c’est qu’ils ne savent pas comment émerger, comment construire leur image, comment avoir du succès. Et cela, ça ne s’improvise pas.

Vous dénoncez les travers du monde éditorial traditionnel : élitisme, tendance à « l’entre soi », au détriment de l’auteur. À l’heure actuelle, être publié par une maison d’édition traditionnelle vous paraît-il un passage obligé, ou peut-on et doit-on privilégier, par exemple, l’auto-édition ?

Les faits sont là : les Éditions Grasset reçoivent chaque année cinq mille manuscrits par la poste et on compte sur les doigts d’une main ceux qu’ils publient. Oui, c’est une triste réalité : aujourd’hui, et à une ou deux exceptions près, les nouveaux talents ne peuvent pas franchir les portes des « grands éditeurs ». Or, savez-vous que 9 millions de Français ont déjà écrit un livre ? Et que près d’un quart d’entre eux souhaite le publier ?  Il y a donc comme un sérieux problème entre l’offre et la demande. Si les maisons d’édition étaient encore accessibles, peut-être serait-ce intéressant et rentable d’y être publié. Bien sûr, je parle des grandes maisons d’édition, de celles qui ont une VRAIE stratégie marketing.

Mais je le répète, c’est quasiment impossible aujourd’hui pour 99 % des auteurs. Alors que faire pour être lu, reconnu et rencontrer le succès ?  C’est simple : l’auto-édition est LA solution. À condition d’en connaître les secrets, bien sûr.

Vous vous arrêtez longuement sur les techniques marketing essentielles au succès d’un livre, qu’il soit littéraire ou non. Le talent n’est-il donc pas un « outil » de promotion satisfaisant ?

Vous savez, des auteurs anonymes très talentueux, il y en a plein les rues. Et pourtant, combien d’entre eux sont reconnus pour leur talent ? Très peu. Soyons clairs, le talent dans l’écriture, c’est moins de 50 % du succès d’un livre. Cela est dur à entendre, n’est-ce pas ? Oui, c’est injuste, mais hélas vrai. Que manque-t-il pour compléter la recette du succès ? C’est simple : une bonne dose de marketing.

Alors, bien sûr qu’il faut du talent dans l’écriture ! Mais encore faut-il le faire connaître, le diffuser. Les auteurs qui se lancent dans l’auto-édition oublient bien trop souvent qu’ils deviennent aussi... éditeurs.

Aujourd’hui, il existe des techniques simples et efficaces pour vendre son livre. Et même le vendre beaucoup. Mais il faut les apprendre, les maîtriser... et les appliquer.

Vous faites un étroit parallèle entre l’écriture et la médecine. Est-ce à dire que l’écriture est pour vous une thérapie ?

En effet, l’écriture est pour moi une thérapie. Jeter des mots sur un cahier ou un écran d’ordinateur permet d’évacuer des émotions, de se libérer de certaines situations parfois douloureuses. Il y a un vrai soulagement, si j’ose dire !

Et ce n’est pas tout. L’écriture est aussi une façon rationnelle d’aller vers les autres et de les aider. En aidant d’autres personnes à résoudre un problème, on apporte une vraie valeur, on noue un lien. C’est humainement très enrichissant.

Votre objectif, pour aider les visiteurs de votre blog, est de regrouper de façon simple et pratique des connaissances solides sur le monde de l’auto-édition. Cette « mission » de partage et de soutien pour développer l’auto-édition a t-elle aussi pour objectif de « lutter » contre les maisons d’édition traditionnelles ?

Soyons clairs et précis : la raison d’être du blog Écrire et s’enrichir est le partage, et encore le partage. À ce titre, j’organise actuellement un événement qui s’appelle « Savez-vous que vous êtes quelqu’un d’important ? ». Jusqu’au 28 février, tous les auteurs présents sur ce blog peuvent partager, sous forme de témoignage, la ou les raisons qui les ont amenés à écrire. Ensuite, il y aura une surprise... collective. Mais je n’en dis pas plus...

J’ajoute que je ne lutte absolument pas contre les maisons d’édition. Elles ont évidemment toute leur place. Néanmoins, elles sont de plus en plus déconnectées des nouveaux auteurs qui revendiquent aujourd’hui leur indépendance et une juste reconnaissance de leur travail. Pour tous ces auteurs délaissés, l’auto-édition est LA solution. Nous sommes dans une époque où chacun peut provoquer le succès. Il y a des outils remarquables pour y parvenir. Alors, pourquoi s’en priver ?

 

Merci pour cet article. Il m'a redonné espoir. Je vais faire un tour sur votre blog !
Christine Plomp

Publié le 24 Août 2017

Entièrement d'accord avec cet article. Quand j'écris, je ne me contente pas de relater une histoire. Je définis un univers autour qui insufflera une identité à mon livre et lui permettra de se vendre. La communication ne commence pas à sortie du livre mais dès le projet d'écriture ! Le pb, c'est que bcp d'écrivains refusent de croire en la multiple casquette de l'écrivain marketeur, infographiste, éditeur. Pourtant, même en édition traditionnelle, celui qui croit qu'il suffit d'écrire et être en gde ME pour vendre se vautre tout aussi lamentablement si lui-même n'a pas instaurer un vrai plan de communication.

Publié le 19 Juillet 2017

Bonjour. Article très pertinent. Effectivement, attendre passivement et espérer être vu par quelqu'un me semble tant illusoire que sans saveur. Je trouve très difficile de s'informer sur comment, quand, pourquoi, etc... publier et faire connaître ses écrits. Heureusement, des sites comme mBS donnent de nombreuses pistes aux auteurs "débutants" comme moi. "Soyons clairs, le talent dans l’écriture, c’est moins de 50 % du succès d’un livre". Même si c'est effectivement dur à entendre (ou en l'occurrence à lire), cela me semble tout à fait réaliste. Plus je découvre le monde de l'écriture et de l'édition, plus je me rends compte qu'on est à peu près tous autant qu'on est isolés (sauf à connaître des gens dans le milieu de l'édition, ce qui n'est pas mon cas), et à la recherche de pistes pour savoir comment s'y prendre pour être lus, et pour ceux qui veulent éditer leurs écrits, pour vendre. Le marketing. Maîtriser le marketing. Maîtriser son image. C'est quelque chose qui semble indispensable pour pouvoir avancer sur la voie de l'édition, et notamment de l'auto-édition. Après tout, écrire est un travail comme un autre. C'est là que ça se corse. Comme je pense de nombreux auteurs, j'aime écrire et j'ai envie d'écrire. J'ai des idées plein la tête mais hélas fort peu de temps pour écrire. L'écriture assez souvent est une passion à laquelle on s'adonne dans son temps libre. Quand on a travail, famille (avec notamment des enfants en bas âge), des heures et des heures de kilomètres à faire chaque semaine, c'est difficile de trouver et de prendre le temps 1) d'écrire 2) de s'informer 3) de se créer un réseau 4) d'étendre et d'entretenir son réseau 5) d'exister en tant qu'auteur, et de le faire sur la durée tout en continuant à produire. Je tire mon chapeau à ceux qui parviennent à allier leurs vies professionnelle, familiale et d'auteur tout en continuant à produire. Ceux qui peuvent se concentrer totalement sur le travail d'auteurs rencontrent les mêmes difficultés. Principal atout: ils ont du temps à y consacrer. Nous disposons d'outils remarquables. C'est vrai. Encore faut-il parvenir à les maîtriser et à les utiliser à bon escient. Un tel article est en tout cas encourageant. On n'a pas l'impression d'être tout seul à ramer, et surtout il donne des informations utiles. Il ne me reste plus qu'à aller parcourir le blog pour en apprendre plus. Un de plus que je ne connaissais pas. Merci mBS !

Publié le 20 Mars 2015

Merci pour ce super article :)

Je suis Fred sur son blog, et c'est vrai que c'est une mine de renseignements et de conseils pour les auteurs auto-édités.

S'il faut en effet le talent et le marketing pour percer, il ne faut pas oublier bien sûr le travail, qui inclut la technique. Le talent seul n'existe pas et les meilleurs manuscrits ont été travaillés, retravaillés, lus, relus, parfois tout chamboulés pour arriver à la Perle finale ;)

Les auto-édités devront aussi se professionnaliser, c'est incontournable.

Publié le 17 Février 2015

Bonjour Fred,

Excellente interview ! Et tellement juste ! Vous avez raison: il y a beaucoup d’auteurs qui ont du talent mais qui ne savent pas promotionner leur livre. J’ai moi même ce problème.J’espère que nous pourrons reparler de tout cela car on ne peut pas écrire uniquement pour les murs de son bureau. On écrit quand même pour partager et avoir des lecteurs. Sinon, on se sclérose, on s’appauvrit, on se renferme sur soi et le talent se fane.

Publié le 17 Février 2015

Il existe des centaines de videos youtubes qui expliquent en long en large et en travers comment gagner de l'argent en s'auto-editant. Si on met de cote les 2 ou 3 exemples de succes spontanes ou un auteur a vendu 100000 copies d'un roman fiction unique (c'est rarissime), gagner de l'argent en auto-edition signifie le plus souvent (mais pas toujours bien sur):

- ecrire des dizaines de petits livres (5-10 mille mots) sur des sujets ultra pointus, et en vendre 3 ou 4 par jour de chaque. Parfois meme les faire ecrire par d'autre. C'est ce qu'on appelle l'outsourcing...

- trouver des "niches" c'est a dire des sujets ultra pointus (c'st assez simple a faire mais ca prend du temps) sur lesquels il n'existe que peu de livres et peu de lecteurs mais qui ont un bon pouvoir d'achat.

- passer des heures et des heures chaque jour a ecrire, trouver les niches, creer des "campagnes de pub"

- etre americain :) parce que le marche des ebook est 10 fois plus large

- etre pro (gagner de l'argent doit etre un travail a plein temps et un travail serieux)

- creer sa mailing list (le plus important peut-etre)

 

ce genre de conseils permet parfois de gagner qqe centaines d'euros par mois, voir se faire un salaire minimum. Mais il ne faut pas se leurrer. C'est tres difficile en France et ca peut prendre des annees.

Publié le 17 Février 2015

Je suis abonnée au blog de Fred et je peux vous dire que son blog est une mine d'or ! C'est quelqu'un de généreux, ses conseils sont super utiles. Son blog est très bien fait et pour les auto-édités comme moi, c'est "boostant" d'avoir des infos de la teneur de celles qu'il apporte régulièrement.

J'invite tous ceux qui ne connaissent pas à jeter un coup d'oeil et même à le suivre, il est génial !

Pour parler de succès auto-édité, il y a très récemment eu sur Amazon "Mémé dans les orties", Aurélie Valognes a vendu plus de 20000 livres à ce jour, c'est super pour elle :)

Publié le 17 Février 2015