Actualité
Le 16 aoû 2013

Unique et multiple

Qu’y a t’il de commun entre Jean Cocteau et Serge Gainsbourg, entre Boris Vian et Yves Simon ? Bien sûr, on pourra dire qu’il y a les « grands grands » et les « grands petits ». Mais ce qu’ils partagent, c’est qu’ils sont tous sortis de leur discipline artistique originelle pour s’aventurer dans les autres arts au risque de se perdre. Un artiste peut-il se risquer à être écrivain et un écrivain peut-il s’essayer à un autre art ?
Mêler les différents arts, est-ce possible?Mêler les différents arts, est-ce possible?

Cocteau est unique par le rôle qu’il occupe dans son siècle, dont il a été un grand poète et un animateur brillant. Il multiple les talents dans la diversité des arts dans lesquels il a opéré : de la littérature au cinéma, du journalisme au music-hall, du théâtre au dessin et à la peinture. Sans lui, l’histoire littéraire et artistique du XXe siècle ne serait pas tout à fait la même.

Au même titre, Boris Vian est un touche-à-tout de génie.
 Trompettiste, passionné de musique et de "culture jazz".
 Il écrit parallèlement des poésies et des textes de chansons dont il sera lui-même l’interprète. Romancier, de « L'Écume des jours » à « L'automne à Pékin, » de « L'arrache-cœur », à "J'irai cracher sur vos tombes", il consacre la dernière partie de sa vie à son "métier" de chanteur,
 pour lui mais aussi pour ses amis :  Mouloudji, Serge Reggiani...Peintre, dessinateur, sa polyvalence lui vient de sa volonté absolue d’expression.

On ne peut plus ici parler de passerelles mais de « ponts » comme si le lexique artistique ne trouvait pas un champ d’expression assez large dans l’écrit seul. Ou plutôt comme si les débordements d’artistes nécessitaient d’ouvrir les champs d’expression plus larges : à la musique, à la sculpture, à la peinture...

Mais il arrive que certains « arts »  vous emportent, et prennent le pas sur les prédispositions naturelles. Henri Michaux, poète et auteur de nombreux carnets de voyage, écrivain des « drogues », commence à s'intéresser à la peinture. Exposé, il s’acharne au travail au point même que sa production graphique prend en partie le pas sur sa production écrite. Durant toute sa vie, il pratiquera autant l'aquarelle que le dessin au crayon, la gouache que la gravure ou l'encre, la poésie que la littérature.

Plus récemment, saviez-vous que Serge Gainsbourg avait consacré plus de dix ans à la peinture, (avant la musique) qu’il considérait comme son véritable ancrage artistique ? Il n’y a d’art, déclarait-il chez Pivot que lorsqu’il y a « initiation ». S’il n’y a pas réussi commercialement, il gardait une vraie modestie dans sa réussite « musicale ». Il considérait la chanson comme un art mineur : "Tout le monde peut chanter, tout le monde ne peut pas peindre. Il faut apprendre".

Ils sont rares les artistes à exercer plusieurs disciplines à la fois et à y exceller en même temps. Écrivain et chanteur, célébré à la fois par l’Académie du disque et les jurés du prix Médicis, Yves Simon a écrit près de trente romans et sorti plus d’une dizaine d’albums originaux à partir des années 70. S’il a laissé pendant près d’une décennie sa carrière de musicien au profit de celle de littérateur, il est revenu en force dans la musique. Au risque de perdre son identité.

« Ce qui serait vraiment surprenant, » écrit Baudelaire, « c'est que le son ne pût pas suggérer la couleur, que les couleurs ne pussent pas donner l'idée d'une mélodie, et que le son et la couleur fussent impropres à traduire des idées". Plus prosaïquement, un artiste, a t’il des prédispositions pour s’aventurer ailleurs que dans sa discipline d’élection, par son simple statut d’artiste ?

 

Cocteau : "Les miroirs feraient mieux de réfléchir avant de renvoyer les images" . Certains jours je pense de même... http://claudecarronromancier.over-blog.com/
Publié le 23 Août 2013