Actualité
Le 25 sep 2013

Ces livres qu’on abandonne

Pour en finir une bonne fois pour toute avec le qu’en lira t’on? Qui n’a pas eu un livre qui lui est tombé des mains? Une ou deux tentatives de reprise. Puis la paresse s’installe. Un zeste de culpabilité. Culpabilité qui recule d’autant le choix et la lecture d’un nouveau livre. Saviez-vous que nos périodes de non lecture surviennent le plus souvent après l’abandon d’un livre qu’on n’a pas terminé?
Ces livres qu’on abandonneCes livres qu’on abandonne

Etonnant de découvrir sur le site « goodreads » les livres (pour la plupart anglo-saxons) qui n’ont pas fidélisé leurs lecteurs. Paradoxalement, ceux qui ont été abandonnés sont tous des best sellers. « Une place à prendre », le dernier bébé de JK Rollings tient la corde (pour rupture d’univers avec Harry Potter), "50 Nuances de Grey" pour pornographie (je préciserai à titre personnel pour pornographie ennuyeuse), "Millenium", le fameux polar de Stieg Larsson (pour éternel démarrage), "Le Seigneur des anneaux" (parce que Tolkien est plus complexe qu' Enid Blyton), "Ulysse" de Joyce  ("interminable et vulgaire" dira Virginia Woolf) et bien sûr, notre inévitable Proust « A la recherche du temps perdu ».

Considérons ces deux derniers, quel signe faut-il y voir ? Bien souvent ces ouvrages ont été sacralisés et du même coup « institutionnalisés» comme étant des références difficiles d’accès. Complexes et géniaux : le cocktail idéal pour abandonner un livre.

Cela en fait tout naturellement des objets de conquête et de maitrise du savoir pour les uns (les érudits recherchent en permanence les sens cachés, les symboles et les niveaux de lecture) ; et de dégoût pour les autres (sans doute assez snobs aussi) qui rejettent en bloc ces écrits, simplement parce que l’auteur n’a pas réussi à se rendre accessible…

C’est pourquoi, au même titre qu’on peut se prévaloir d’aimer ces auteurs, on peut se vanter de ne pas les avoir terminés et de les trouver illisibles. Seul terrain d’entente : honte à celui qui ne l’a pas ouvert.

Selon le sondage « goodreads », 38 % des lecteurs n’abandonnent jamais leur roman, comme si le devoir de lecture était une forme de respect due à l’auteur. Laisser une chance à l’écrivain, comme on laisse une chance aux acteurs dans une mauvaise pièce, par pur respect du travail accompli.

Pour les autres, il arrive que leurs pensées se promènent pendant la lecture, c’est un signe avant coureur. L’esprit n’est pas stimulé. Soit il est responsable, soit c’est le livre.

Si un livre a pour mission d’apporter une forme de plaisir, de jouissance ou d’épanouissement, échouer à le lire crée une frustration et une gêne : « Est-ce que je me suis donné les moyens de bien lire ?". Car il y a les bons lecteurs et les mauvais lecteurs. Il ne faut pas sous-estimer le "savoir-lire" et le plaisir de comprendre et savourer un ouvrage difficile.

Pour ne pas terminer un livre, il faut le détester. Il faut rapidement trouver derrière les raisons « intelligentes pour lesquelles on l’a abandonné »…

Le syndrome répandu du « Je lis plusieurs livres à la fois » crée des foyers d’abandonnistes, comme si le lecteur avait besoin d'un genre littéraire pour une humeur ou pour un lieu…Lire Proust en croisière, Sagan sur la plage, Cauwelaert dans un train, Flaubert à la campagne, Brux de Nux dans l’avion…

Mais personne ne nous retirera, en tout cas, le plaisir spécial de ranger dans notre bibliothèque le dernier livre lu, et de le caresser une dernière fois. L'aventure se termine là, avec le sentiment que ce qui devait être fait l’a été.

 

Christophe Lucius

très vrai, je trouve
Publié le 25 Septembre 2013