Actualité
Le 06 juin 2014

Portrait de l'éditeur en cycliste : chronique

La chaîne du livre expliquée par un éditeur… sportif.

Je suis de retour. C'est moi, Marc, éditeur aux Editions du Stockage.

Le 1er mai dernier, je vous avais parlé de Chloé. Un auteur qui venait de me filer entre les doigts et qui avait décidé de publier son texte chez monBestSeller.com. Quel toupet.

Bon. D'accord, j'avoue. Elle m'avait envoyé plusieurs manuscrits. Mais il faut bien sauver ce qu'il reste de la chaîne postale physique. Un aller-retour de manuscrit sans l'ouvrir c'est un peu comme les bouquins que je publie et que j'impose à des libraires fatigués. Ils n'ont même plus le temps de les vendre. Un véritable bonheur pour notre filiale de distribution. Vous trouvez ça cynique ? Il faut bien payer les salaires et même l'électricité. Je vous l'ai dit, si j'avais le temps de lire, j'irais jouer au loto avec la certitude de toucher le gros lot et fissa.

Mais ça y est, promis, juré, craché, je me suis calmé. Grâce à Chloé, j'écris. Incroyable ! Je suis passé de l'autre côté de la barrière et je vais publier mon premier texte chez monBestSeller.com. J'y trouve même un plaisir immense. Au tout début, je pensais : mon petit Marc tu as de la suite dans les idées, tu vas espionner la concurrence d'aujourd'hui et de demain. Tu vas scruter le fonctionnement de monBestSeller ni vu ni connu.

Mais ça c'était avant comme dirait un ami publicitaire. Avant d'enfourcher mon vélo et de me mettre à écrire. Avant de me retrouver à discuter, à échanger, à partager, avec Chloé bien sûr, mais avec d'autres auteurs aussi.

Le vélo est un sport parfait pour un éditeur qui a fait toute sa carrière aux Editions du Stockage. Doutes, souffrances, très peu de plaisir dans le Ventoux, c'est l'image même de la chaîne du livre.

Chloé m'a dit : tu tiens un bon sujet, là. Un éditeur à la tête du premier groupe de publication européen qui rachète la moindre maison encore viable pour grossir et qui pédale sur son vélo le reste du temps ? C'est drôle ! C'est de la philo, vas-y fonce ! Voilà l'avis de Chloé. Elle trouve que cela ferait une bonne comédie. 

A titre personnel, je trouve ça tragique puisque c'est vrai. Je fais du vélo pour oublier que nous sommes à la barre du Titanic. Le monde de l'édition a changé voilà notre iceberg !

Et monBestSeller.com, c'est une belle partie de la réponse à l'après… Quand nous aurons percuté la glace. Avant d'écrire, le fait même qu'un auteur puisse prendre le pouvoir me tétanisait. Maintenant je sais, c'est une nécessité. C'est la réalité. Je viens de le découvrir chez monBestSeller.com.   

 

@Narcisse Je suis d'accords avec ton dernier constat. Mais n'est-ce pas l'effet pervers d'une tradition littéraire qui consiste, pour un auteur, à penser que son travail s'arrête dès qu'il a terminé sa rédaction ? Je crois qu'on va devoir évoluer de ce point de vue là aussi. Le milieu littéraire est encore dominée par des idées archaïques. Les acteurs, comédiens et autres chanteurs savent aujourd'hui que la plus grande part de leur boulot c'est la promo. Les auteurs vont devoir le comprendre aussi. Je crains, du coup, que les "grands auteurs" de demain soient ceux qui sauront faire le show sur un plateau télé, plutôt que ceux qui auront de belles choses à raconter. Mais, après tout, il y a deux siècles, les auteurs qui réussissaient étaient ceux nés dans des familles, bourgeoises, qui pouvaient les faire vivre pendant qu'ils s'adonnaient à leur passion. Peut-être que l’injustice actuelle est plus "démocratique" !
Publié le 11 Juin 2014
La chaîne du livre n'est pas malade, elle est simplement victime d'une part de la course au profit qui conduit obligatoirement vers des regroupements, des concentrations, qui avec très peu de maisons d'édition représentent 90 % du chiffre d'affaires. Et d'autre part, le progrès, les évolutions technologiques remettent en cause les modes de fonctionnement traditionnel. Ce n'est pas nouveau, il suffit de regarder en arrière pour voir que cela s'est produit dans tous les domaines et depuis longtemps. Ce n'est pas forcément un mal, ce qui est difficile c'est de s'y adapter pour ceux qui sont déjà en place, mais pas pour les nouvelles générations. La différence par rapport au passé, c'est que ces évolutions se font de plus en plus vite, et ça, ça ne facilite pas les choses. Très difficile de survivre pour les petites maisons d'édition, les "petits tirages" demandent beaucoup d'énergie et n'apportent que peu de ressources. Pour s'en sortir il faut être à compte d'auteur déclaré ou déguisé. De nombreux auteurs ont compris cela et sont tentés par l'auto-édition, puisque la technologie informatique le permet. Deux difficultés cependant, l'auto-édition a mauvaise presse puisqu'on y trouve le pire et le meilleur, et être seul ne simplifie pas la tâche. écrituriales a perçu cette difficulté et a choisi d'y faire face en regroupant des autos-éditeurs au sein d'une association. C'est peut-être une réponse constructive aux interrogations décrites un peu plus haut. Notre association aura-t-elle en son sein suffisamment de gens passionnés pour gagner ce pari ? L'avenir le dira.
Publié le 08 Juin 2014
Une approche sympathique. Une analyse logique. Un constat ordinaire... La fracture numérique existe. L'inculture aussi. Auteurs. Cinéastes. Musiciens. Tous voient tantôt des opportunités, tantôt des difficultés dans l'évolution des supports: papier, film, DVD, fichiers à télécharger, carte flash et autres clés USB. Engagé dans l'innovation en Romandie avec www.invention.ch depuis 1994!!!, je regarde à 360°. Philosophie et technologie tirent mes réflexions basiques, quotidiennes. Je tente d'être simplement cohérent dans mes comportements. Pour faire court, ce qui me surprend sur MBS c'est le peu de vivacité des débats, l'absence de commentaires dans Actualités, le manque d'engagement même. L'impression d'un égoïsme latent "Je balance mon texte et à MBS de faire la suite du travail et de me dire merci".
Publié le 08 Juin 2014