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Le 03 aoû 2015

La créativité de l’écrivain est-elle liée à une forme de folie ?

« Il n’y a point de génie sans un grain de folie », disait Aristote. C'est ce que semble démontrer une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut de psychiatrie du King College de Londres. Une étude qui m'a donné envie de revenir sur les manies des écrivains. Sans parler de schizophrénie, de trouble bipolaire, ou de dépression, êtes-vous un auteur à tocs ?
Auteurs : folie, créativité, talent. Quel est le moteur ?Auteurs : folie, créativité, talent. Quel est le moteur ?

Les écrivains de génie ont ils tous des manies ?

Victor Hugo et Colette n'écrivaient que sur un type de papier bien précis. Pour Barbey d’Aurevilly, l’auteur des «Diaboliques» point de salut en dehors de l'encre rouge et d'une viande saignante avant d'attaquer un nouveau chapitre. Il se dit que Sallinger enlevait ses vêtements au moment d’écrire. Qu’Ernest Hemingway écrivait debout... Si vous êtes de ceux ne peuvent écrire que sur leur vieux Mac, en Arial corps 12 ou la nuit, vêtu de ce vieux pull gris qui vous sert à descendre les poubelles, ce qui suit devrait vous intéresser. 

Les auteurs doivent-ils être fous pour écrire (bien) ?

L'étude du King Collège n’est pas la première à suggérer cette association entre créativité et maladie mentale. Une précédente étude datant de 2012, menée le Dr Simon Kyaga de l’Institut suédois Karolinska, montre une prévalence plus élevée de la maladie mentale chez les personnes ayant des professions artistiques ou scientifiques, tels que les auteurs, les chercheurs, les photographes ou encore les danseurs. On a constaté que les gens très créatifs avaient une densité de récepteurs d'un certain type (D2) dans le thalamus, plus faible que prévu, identique aux personnes atteintes de schizophrénie. Le barrage d’informations non censurées enflammerait donc la créativité. Cela expliquerait comment des gens très créatifs parviennent via des connexions inhabituelles à résoudre des problèmes que d’autres ne voient pas. Les schizophrènes ont la même capacité.

Les conclusions des derniers travaux menés par le King Collège et présentées dans la revue Nature Neuroscience montrent également que la créativité partage certains de ses facteurs génétiques avec la schizophrénie et les troubles bipolaires. Elles semblent confirmer que la créativité passe par de nouvelles approches qui nécessitent des processus cognitifs différents des modes de pensée ou de d’expression habituelsl. La créativité serait donc une prédisposition génétique à penser différemment, qui, sous l’influence d’autres facteurs biologiques ou environnementaux, pourrait conduire à la maladie mentale.

Et si l'internement d'Antonin Artaud, ou le suicide de Virginia Woolf, d'Ernest Hemingway ou de Romain Gary sont bien réels, de cette proximité entre créativité et psychose ne naissent pas forcément des artistes psychotiques. Heureusement. Mais revenons à plus de légèreté et à ce que nous appellerons manies d'auteur.

Pour les écrivains, plus il y a de rituels, plus il y a d’incertitudes.

Pour le psychiatre Christophe André, la ritualisation de l'écriture, les tics de l'écrivain soulignent bien la nécessité de ce qu'il nomme un filet psychique. «Il y a, souligne-t-il, d'autant plus de rituels qu'il y a d'incertitude». En effet, il semble que le doute, inhérent à l'acte de création, suscite des comportements de réassurance. Cela peut aller de la nécessité d'agencer son univers (fermer les volets, ranger son bureau, rechercher la solitude absolue), à celle de s'astreindre à une discipline de fer comme Faulkner qui se levait à 4h du matin,  ou encore au besoin de ritualiser l'utilisation de ses instruments de travail (avant on taillait son crayon, on choisissait la couleur de son encre, aujourd'hui la taille de la police et l'interlignage de son texte). Il y a aussi le rituel plus physique de Corneille qui, pour purifier son inspiration, s'enroulait dans des couvertures de bure et se roulait sur le sol dans une pièce chauffée pour transpirer et se délivrer de ses humeurs, pour enfin se mettre à écrire. Ou le toc d'Émile Zola, dont la recherche d'inspiration passait par le comptage des becs de gaz ou l'addition des numéros de portes lorsqu’il se promenait dans les rues de Paris. Des manies somme toute inoffensives, compte tenu du résultat !

Sylvie Arzelier.

11 CommentairesAjouter un commentaire
Il parait que nous avons tous un quart d'heure de folie par jour, quelqu'un m'a avoué que le sien durait 25 mm... Bref, je pense que peindre, jouer la comédie ou écrire aide à sortir de la routine, à oublier les vicissitudes de la vie, à embellir le quotidien. On oublie tout ce qui nous entoure pendant un moment et c'est génial. J'irai même plus loin en affirmant que tous, nous avons cette capacité de créer, que nous possédons chacun un don, il suffit d'essayer et de trouver. Quant aux écrivains, ils n'ont pas tous des tocs, ou si peu... Je suis passée du stylo au pc, ça m'inquiétait un peu, je dirai que parfois on est tributaire des habitudes, on n'aime pas en changer mais on s'adapte sinon non n'avance pas. Oui, on met du vécu dans ses ouvrages ou on écrit comme on aimerait que soit telle ou telle situation, on vit ses personnages, mais aucunement quand il s'agit de fiction ou d'histoire policière... Pour ma part, je laisse les personnages machiavéliques aller où ils veulent, c'est en quelque sorte eux qui écrivent leur scénario, je reste en dehors, c'est l'imagination qui gère tout. Folle, moi ? certainement pas !
Publié le 11 Août 2015
Juste pour apporter une précision à propos de ce qu'écrit Sandra Lehner : le DSM est un outil élaboré pour servir de support à la recherche. Il permet de parler un langage commun, mais n'est pas sensé se substituer à la réflexion clinique des psychiatres...
Publié le 05 Août 2015
Un peu de folie oui... mais une folie domptée qui vient s’arrimer sur un support. L'art sauve le fou de son malheur mais la seule folie ne saurait suffire à engendrer un génie.
Publié le 05 Août 2015
Georges Simenon a écrit : "Je n'aime pas considérer l'écrivain ou l'artiste comme un surhomme. Il exécute des œuvres différentes des autres, mais cela ne veut pas dire différentes en mieux. L'artiste est avant tout un malade, en tout cas un instable, si les médecins ont raison, et je suis tenté de le croire. Son inquiétude le pousse à imaginer les maux des autres, à les vivre. C'est une éponge, presque un détraqué. Pourquoi voir en cela une supériorité ? J'aurais plutôt envie de m'en excuser".
Publié le 04 Août 2015
tous les ecrivains ont leurs petites manies. Moi par exemple, chaque fois avant de commencer a ecrire, je fais 68 pompes et demi et je m'epile les sourcils des doigts de pied. Puis je plume un poulet bleu et je recolle les plumes pour en faire un cerf-volant que je mets dehors les jours d'orage avec une epee accrochee a la ficelle, pour voir si la plume peut etre plus forte que l'epee. C'est seulement quand le poulet arrete de raler que je peux enfin derouler mon parchemin de pierre pour commencer a buriner le premier jet de ma page. Le plus difficile est de corriger les fautes parce que les limes a ongles ne sont plus ce qu'elles etaient. Donc vraiment rien de bien original. C'est peut-etre pour cette raison que je ne suis pas un ecrivain celebre. Mes petites manies ne sortent pas de l'ordinaire. En tous cas, elles ne sont pas suffisantes pour que je sois interne hors de l'hopital psychiatrique le plus proche de ma grotte. Qu'est-ce que je pourrais bien inventer qui ferait le buzz litteraire?
Publié le 04 Août 2015
Tout à fait d'accord avec Yannick ! S'il suffisait d'être fou pour avoir du génie, les asiles seraient remplis de gens géniaux et si l'on considère que ceux qui sont vraiment fous sont en liberté comme vous et moi, alors le génie se croiserait à chaque coin de rue. Or il suffit de faire un séjour dans un asile psychiatrique ou de se promener un peu, beaucoup, dans les rues, pour s'apercevoir qu'on est loin du compte non ?
Publié le 04 Août 2015
Génie et folie sont deux traits présents en chacun de nous. Je ne pense pas pour ma part qu'il puisse s'agir de moteurs, simplement d'éléments qui ajoutés à tous les autres qui nous composent font que l'expression a quelque chose d'unique quand on en vient à passer à l'acte d'écriture. D'ailleurs, si l'on cherche un moteur, quelque chose me dit qu'il en existe une quantité infinie. A chaque situation et moment d'écriture, on utilise des moteurs différents, dont certains que l'on peut retrouver avec une fréquence plus élevée ou régulière. Manies ou rituels, liberté totale sans cadre régulier ou clairement défini, toutes les situations sont propices à écrire :-)
Publié le 03 Août 2015
En ce qui me concerne, je dirai tout simplement, "Il faut être un peu fou Pour aimer la poésie, Mais le vers s'en fout ça rime avec frénésie ! http://www.monbestseller.com/manuscrit/poemitude-tome-10 …
Publié le 03 Août 2015
Cet article tombe à pic ! La théorie du pendule traite de la schizophrénie. Et par là même de ma pathologie. Donc je suis un génie ! Hé hé !!!
Publié le 03 Août 2015
Pour ma part, j'écris avec une camisole de force, si cela peut aider le "King Collège" à occuper son temps libre.
Publié le 03 Août 2015
Franchement je ne miserais pas un kopec sur ce genre d'etude... :) Et ces histoires de papier, d'encre etc... ne sont le plus souvent que des inventions. D'ailleurs aujourd'hui la majorite des auteurs ecrivent sur ordinateur. On pourrait bien sur dire que tel ou tel ecrira sur un PC tandis que l'autre ne jurera que par un Mac.... :D
Publié le 03 Août 2015