Actualité
Le 03 déc 2015

Vendredi 13 novembre, quinze jours après. Vos mots pour le dire...

Nous avons ouvert ce livre pour vous. Vous l'avez écrit... L'écriture est une rédemption, elle permet de dépasser la pensée, de la désenclaver, de la libérer. Elle la renforce, la précise en la faisant passer d’un acte cérébral à un acte physique. Et pourtant l’acte d’écrire est fragile, il est impudique ; il n’est dans un premier temps que la transposition brute d’une émotion, sans réglage, sans conscience.
treize-Novembre-temoignages-ecriture-libératoire-lecture-redemptriceÉcrire et lire pour apaiser

L’écriture, un flux libératoire

L’écriture a, entre autres, pour fonction de laisser venir les émotions sans contrôle, de canaliser les révoltes, les réflexions, comme une vague non maîtrisable, qu’il ne faut surtout pas dompter. Peu importe la syntaxe, la construction, le vocabulaire, c’est la force du courant  de la vie qui vous amène là où vous avez envie d’être, ou plutôt là où vous devez être, par les mots.

En créant cet espace « Vos mots pour le dire », c’est un espace libératoire que nous avons voulu, à notre mesure : un espace moins consacré à la littérature qu’au sens de la parole, la manifestation des sentiments, des pulsions, des cris. Ici pas d’étoiles, pas de commentaires, juste l’écoute et le respect de toutes les formulations des uns et des autres : naïves, sophistiquées, politiques, poétiques… À cet égard, j’ai découvert (trop tard pour le mettre dans le recueil) ce texte de l’oncle d’une victime. Il illustre la fulgurance et la forçe de l’écriture spontanée : la bravoure née du désespoir.

« À ce titre, mon petit, ridicule, mesquin Daech, je te dois un aveu : moi aussi, je suis un pervers et un idolâtre. J'aime la vie, le métal, les restaus et, parfois même, regarder un match de foot. Mea culpa, mea maxima culpa. Je suis un Croisé, comme tu dis. Un Croisé de la liberté, de l'amour et de la convivialité… » Simon Castéran.

La lecture, l’ouverture au champ d’expérience de l’autre.

La lecture de son côté, calme les passions collectives, car elle est purement personnelle et solitaire. Les livres donnent accès à l’autre, et nous ouvrent à leur expérience, et à leurs émotions. "On lit par protestation contre la vie" précise Charles Dantzig, pour comprendre ce que l’on n'a pas compris, ou comprendre que ce qu’on a compris n’est pas assez grand, pas assez généreux.
Comprendre la souffrance des autres, cela s’appelle la compassion : l’un des plus beaux mots de la langue française (pour moi). Quand les épreuves sont partagées, mais que les émotions qu’elles font naitre sont différentes, la lecture prend tout son sens.
La lecture ouvre grand les portes de nos champs de conscience. En nous permettant de découvrir les autres, elle permet de mieux nous connaître, et du même coup mieux nous comprendre. Alors lisez ces quelques réflexions "Vos mots pour le dire", elles parleront au nom des autres.

Christophe Lucius

10 CommentairesAjouter un commentaire

Merci à tous, et à Loukouks pour ces commentaires. Preuve que nous ne sommes pas indifférents.

Publié le 11 Décembre 2015

@isabelle. Un texte enthousiasmant. Un hymneà la vie.

Publié le 09 Décembre 2015

Le texte n'est pas de moi, mais je le trouve magnifique alors je le partage (article paru dans le New York Times) : 

 

Le commentaire d'un lecteur sur le site du New York Times, véritable ode à la France, n'en finit pas de tourner sur les réseaux sociaux.

Au milieu de l'horreur, apparaissent des petits coins de ciel bleu.

A l'image de ce texte, posté par un internaute américain vivant à Santa Barbara, et dénommé "Blackpoodles" (littéralement "Caniches noirs"). Ce petit texte est en fait un commentaire, associé à un article du New York Times qui traite des attaques qui ont eu lieu à Paris, vendredi soir.

 

> >  "La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent : la jouissance de la vie ici, sur terre, d'une multitude de manières : une tasse de café qui sent bon, accompagnée d'un croissant, un matin ; de belles femmes en robes courtes souriant librement dans la rue ; l'odeur du pain chaud ; une bouteille de vin partagée avec des amis, quelques gouttes de parfum, des enfants jouant au jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas s'inquiéter des calories, de flirter et de fumer, de faire l'amour hors mariage, de prendre des vacances, de lire n'importe quel livre, d'aller à l'école gratuitement, de jouer, de rire, de débattre, de se moquer des prélats comme des hommes et des femmes politiques, de remettre les angoisses à plus tard : après la mort.
> > Aucun pays ne profite aussi bien de la vie sur terre que la France.
> > Paris, on t'aime. Nous pleurons pour toi. Tu es en deuil ce soir, et nous le sommes avec toi. Nous savons que tu riras à nouveau, et chanteras à nouveau, que tu feras l'amour, et que tu guériras, parce qu'aimer la vie fait partie de ce que tu es. Les forces du mal vont reculer. Elles vont perdre. Elle perdent toujours."

Publié le 08 Décembre 2015

Ceci est une histoire vraie.

Quoique que cela puisse signifier, la fiction dépassant de loin une réalité que nul n’est en  mesure de décrire sans la transformer, dès le premier mot, en maquillage des faits.

Un homme grand et passablement éméché surgit à pas chaloupés d’une boite de nuit peu fréquentable. Une main sur le cœur et l’autre en visière, il inspecta les environs.

La main à hauteur du cœur dessinant une cible parfaite, l’idéologue embusqué dans la ruelle sombre ne la manqua pas. Une balle traversa la main, et l’homme grand et passablement éméché s’écroula.

Et partit quelques minutes plus tard d’un rire d’ivrogne. Il se redressa péniblement, observa le sang autour de la plaie qui perçait sa main droite. De la gauche, difficilement, il sortit de la poche intérieure de son manteau un petit livre épais. Sur la couverture, abimée par la balle dont la trajectoire s’était interrompue au creux des pages, il put encore en lire le titre : « Catalogue des protections : le gilet pare-balles ».

Jean Beghin

Publié le 08 Décembre 2015

Merci Loukouks pour ce témoignage et bravo pour votre sang froid. Je crois que les parisiens n'ont plus depuis longtemps les réflexes de la guerre (heureusement) et cette insousciance puérile est une réaction humaine souvent constatée dans ce cas. Mais ces événements et la semaine de sidération qui a suivi les ont sans doute fait mûrir de façon accélérée. Pour preuve, le dimanche suivant, quelques pétards ont provoqué un mouvement de panique dans le Xè - où j'habite - et je me suis retrouvé avec 25 personnes qui, en quelques minutes, sont venues se protéger dans mon appartement.

Publié le 07 Décembre 2015

Petite contribution hors cadre et bien tardive.
Au delà du secret professionnel et de l'obligation de réserve sensés me guider, partager une expérience atypique peut montrer une partie de l'envers du décor.
Nous avons été envoyés en renfort à Paris pour assister et renforcer les collègues.
Tous équipés en moyens lourds.
Chemin faisant, petit coup de fil à la famille nucléaire et très proche de ce départ au feu.
Comme je les aime tant...

Sur place, jonction à Bastille avec les collègues du département.
Cornaqués par deux collègues du secteur, crapahutage en pedestre autour de Notre Dame, Cluny-la Sorbonne , Hotel Dieu, Forum des Halles, Volontaire......à quelques encablures de l'épicentre , du point chaud..

Petit coup de gueule.
Certains Parisiens et autres touristes ne semblaient même pas réaliser ce qui se passait.
Etions-nous en guerre?
Certains poussaient même le lyrisme ou l'inconscience jusqu'à slalomer entre nos colonnes constituées à faire des photos et filmer pour immortaliser ces moments à publier sur leurs réseaux sociaux.
Grrrrrrrrr! !!!!
Les inconscients alors que nous étions peut-être à quelques minutes de l'éternité.
Rentrez chez vous!
Bon sang de bon Dieu.
Nous sommes en guerre!
C'est très dangereux!
On ne savait même pas si la situation était circonscrite vu les nombreux foyers annoncés sur les ondes ça et là.
Malgré mes états de services eloquants, j'ai eu la peur de ma vie.
Malheureusement, aucune comparaison possible avec véritables victimes dont la mort était bien réelle et constante.
Que de haine viscérale pour les auteurs...

Bref, libérés sur ordre vers 03h30 pour les collegues de petite et grande couronne.
Retour au service vers 04h20.
Sommeil agité et de très mauvaise qualité.
Non ce n'était pas un mauvais rêve.
Hélas. ...
Loukouks.

Publié le 07 Décembre 2015

Selon Coluche : certains seraient capables de manger du cirage pour briller en société" d'autres entendent faire valoir leurs arguments pseudos religieux à coup de kalachnikov, pour passer à la télé en massacrant des gens qu'ils jugent d'autorité "mécréants", tandis que les "officiels" ayant pignon sur rue, la larme "crocodilienne" et la rentabilité de canons à courte vue, entendent s'en servir comme tremplin à com'. Affreux ! Je ferai un polar là-dessus ce serait saignant pour les deux camps...CC

 

http://www.lepoint.fr/societe/attentats-la-soeur-d-une-victime-accuse-24-11-2015-1984485_23.php

 

Publié le 05 Décembre 2015

Bonsoir toutes et tous, depuis début 2014 je ne cesse de le crier, mais nos gouvernants, trop orgueuilleux, n'admettront jamais leurs erreurs ou leur manque de réactivité. Ce n'est pas d'aujourd'hui, depuis plusieurs décennies le peuple est mené en bateau, bateau qui maintenant est en train de couler, les partis en lice ne pensant qu'à se quereller pour obtenir la meilleure place lors de chaque élection, la gloire avant tout ... ! La France attend autre chose, il ne faut avoir de crainte à l'écrire, à dénoncer le mal-être, l'injustice, bien au contraire, il faut sans cesse alerter, chaque mot a son importance pour redonner vie à l'espoir !  

Publié le 04 Décembre 2015

Certes l'horreur du 13 Novembre a libéré des écritures diverses toutes respectables. Ce réflexe salutaire nous embaume. Mais l'écriture doit être la traduction d'une pensée, pas uniquemment celle d'une émotion. Elle doit avoir un sens, commun à tous, à opposer à l'éparpillement des réactions compassionnelles. Pour cela elle doit tenir sur le fondamental de référence et ne pas être une opinion, facilement manipulable. Bien sûr, les buts et procédés de Daech sont méprisables. Alors il ne faut pas envoyer son armée se promener sur les Champs Elysés, mitraillette en bandoulière. Il faut l'envoyer là-bas, combattre pied à pied, consentir les sacrifices pour garder le fondamental et respecter les larmes. Il y aura mort de nos soldats et il faudra écrire aussi cette horreur là. Il faudra bien écrire: Liberté, j'écris ton nom. C'est cela, le rôle de l'écriture.

Publié le 03 Décembre 2015

Force est malheureusement de constater que la reponse est loin d'etre a la hauteur. Depuis 15 jours j'ai l'impression que le president et son gouvernement ont pris leur carte au FN. On a quand meme entendu dire que la France s'apprete a deroger officiellement aux droits de l*Homme, qu'un etat d'urgence sera instaurer qui pourra durer 6 mois et qui pourrait meme etre inscrit dans la constitution. Et d'autres mesures du genre sont a venir. En catimini l'Europe a vote pour donner a la Turquie, 3 milliards d'euros pour qu'elle empeche les migrants d'arriver ici... On croit rever tout de meme. Les frontiere se ferment, la mefiance s'installe. Quand on pense a ce que l'Irlande du Nord a subi pendant des decennies on se dit que nos dirigeqnts ne sont pas a la hauteur.

Publié le 03 Décembre 2015