Actualité
Le 04 Jan 2016

Les auteurs sont-ils une marque ?

Oui il faut se rendre à l’évidence. Le marketing gagne. Mais est-ce une volonté ? Imperceptiblement, les experts suggèrent que les auteurs construisent leur label. Ils se doivent de créer un halo de cohérence sur leurs écrits de manière à ce que les lecteurs s’y retrouvent, se repèrent. Regardez Amélie Nothomb, pas une fausse note, réglée comme du papier à musique, de l'auto-fiction de précision, d'année en année. Marc Levy, Katherine Pancol pour n'en citer que trois. Paradoxalement ce sont toutes les locomotives des ventes.
Les auteurs sont ils formatés par leurs lecteurs ?Votre prochain roman parle de ce dont parlait votre précédent roman qui parlait de...

Les algorithmes, le critère de demain pour classifier un auteur, mais surtout pour éditer son livre ?

Les grands éditeurs (pas LES GRANDS) aiment les algorithmes. Pourquoi ? Pour aider les lecteurs à faire une sélection facile, afin qu'ils se repèrent. Vous avez aimé "La nouvelle année", vous adorerez "L'année nouvelle". Bien sûr tout cela, aux dépens de la créativité et de l’indépendance.
Mais alors quelle est ma marque ? Fait-elle partie de mon patrimoine d’écrivain où est-elle un artifice ? des attributs que le lecteur ou l’éditeur ont projeté sur moi ? La réponse est sans doute entre les deux. Rester authentique est vraisemblablement la clé mais dans une forme de contrôle, une liberté contrôlée ?

Un auteur est-il condamné à se consacrer à son genre pour toujours ?

L’auteure américaine, Lisa Williamson a écrit un premier essai à succès. (« L’art d’être normal », un essai sur le transgenre). Lorsque son éditeur lui a proposé un contrat pour un second livre, s’est naturellement posée la question pour quel livre ? Un sujet qui me plaît, un sujet approfondissant l’esprit du premier livre ? Est-ce mon talent qui est plébiscité ou mon sujet ?
À sa stupeur, lorsqu’elle remet les épreuves de son second livre, son éditeur laisse tomber un fatal « Not on brand ». Je suis donc « une marque » pense-t-elle. Son premier livre écrit spontanément, naturellement puisant ses références dans la « réalité », est une aventure singulière, un parcours accidentel, pas une thématique choisie par vocation. Son premier livre rencontre par hasard un courant porteur dans "les arts et les médias". Il arrive comme un point d’orgue sur un sujet à la mode. « L’air du temps » comme on dit, mais l’air du temps a aussi une date de péremption.

Heureusement la passion créative semble l'emporter sur le formatage marketing.

Elle mène alors une large enquête sur twitter auprès de nombreux auteurs à notoriété élevée pour approfondir cette question : les auteurs sont-ils condamnés à respecter ce pourquoi les lecteurs les ont aimés ?
Résultats plutôt rassurants, la plupart des auteurs interrogés affirment que s’ils ont un genre de prédilection et qu’ils y sont fidèles, c’est par envie ou par passion.
En contrepoint, ceux qui passent d’un genre à un autre le font par choix créatif malgré une réelle pression des éditeurs, soulignent-ils.

« J’ai résolu la question pour moi-même » déclare-t-elle. J’ai "la même voix d’auteur" sur tous mes écrits »… Garder son ADN d’auteur, quel que soit le sujet traité. La vérité est sans doute là. Abstraite mais réelle.

Christophe lucius

Bien sûr, on écrit pour soi-même mais surtout pour être lu. A mon avis, donc, l'auteur n'est pas une marque, qu'il soit connu ou inconnu. Car avec les lettres de l'alphabet, il existe une infinité de combinaisons pour écrire un livre. Par exemple, un écrivain qui a écrit pendant l'année, un livre sur un thème donné, peut l'année suivante, offrir une autre variante du livre conçu sur le même thème, selon  ses nouvelles inspirations. Comme quoi, on revient à l'affirmation qu'un auteur n'est pas une marque de fabrique, même si les éditeurs le considèrent, s'il a du succès, comme un simple produit commercial, puisqu'ils sont omnibulés par le critère de rentabilité comptable. Quoi qu'il en soit, je pense que lorsqu'on écrit, on cherche également à sortir de la routine quotidienne, à s'évader, à vivre à travers ses personnages réels ou fictifs, une autre vie que la sienne.

Publié le 13 Janvier 2016

Bonjour. J'imagine que c'est surtout une question de positionnement de l'auteur. Que recherche-t-il ? A faire durer une recette qui marche là où il a rencontré le succès, ou à laisser sa muse et sa plume s'exprimer au gré de son inspiration et de ses envies ? Quand on veut vivre de sa plume, j'imagine que ça peut être, à un moment donné du moins, un choix difficile. On est forcément tributaire, au moins en partie, de cette "entité" publicitaire, et quand bien même on écrirait dans des styles et des genres différents, il est possible de se retrouver catégorisé et "étiqueté" par les lecteurs comme par les éditeurs. Un auteur n'est pas une marque, mais au-delà des impératifs commerciaux et des relations avec un éditeur qui attend parfois des choses très précises, il y a des lecteurs à satisfaire, et certains lecteurs n'imaginent pas leur auteur préféré dans un autre genre. Ca ferait dispersion, moins crédible. Difficile de trouver un équilibre entre passion créative et satisfaction du public, surtout quand on a déjà un public. Au-delà du simple marketing, il peut il y avoir la peur de décevoir. Au fond, la question ne serait-elle pas : les auteurs écrivent-ils pour eux, pour les lecteurs, ou pour les deux ? C'est bien de cette relation avant tout que découle le concept de marque, n'est-ce pas ?

Publié le 12 Janvier 2016

Je ne vais pas nier qu'il existe une "patte" Boris Phillips: des manies de style; des tics de langage... Seulement, je mets mes lecteurs au défi: prouvez, si vous le pouvez, que je suis "unificateur" dans le choix des genres d'expression écrite! Dès mes débuts de "jeune auteur", j'ai revendiqué l'étiquette de "polygraphe" et je compte m'y tenir... Est-ce cela être une "marque"? Je n'ambitionne pas le "Nobel"; j'ai trop de talent pour cela! Est-ce de la mégalomanie? Oui, pure et dure! En écrivant cela, je pose MON repère: l'humour et la dérision...

Cordialement.

Boris Phillips.

Publié le 11 Janvier 2016

Je suis plutôt d'accord avec Marianne. Écrire n'est pas comme faire cuire un gâteau en mettant tous les ingrédients dans un «moule». On peut utiliser son propre style dans tous les genres. Et d'ailleurs, tous les grands auteurs s'accordent pour dire qu'il n'y a pas de recette miracle. Je prends comme exemple, James Patterson, l'auteur le plus réputé dans son genre, le polar, qui a publié récemment une série jeunesse, qui n'a aucun rapport avec son style habituel. La vraie recette est d'être soi-même, authentique.

Publié le 10 Janvier 2016

....certes. Cependant, je pense que quand on a rendez-vous avec un auteur, c'est parce que son style, son rythme, sa vision du sujet qu'il décide de traiter nous attire. Un Pierre Lemaître a fait du polar avant "au revoir là haut", de même Ken folett avant "les piliers de la terre" ou un E.E.schmidt qui surf de recueil de nouvelles en romans divers. Faisons confiance au lecteur pour lui laisser picorer son plaisir et se laisser surprendre par la créativité des auteurs qui savent, trans-genre, distiller l'ADN de leur talent hors marketing éditorial. La caricature Nothomb et ses 249 pages en corps 16 syndicalement livrées chaque début septembre reste un cas isolé de mangeoires à historiettes. Beaucoup d' autres continuent de nous enchanter!

Publié le 08 Janvier 2016