Auteur
Le 01 juin 2016

"Toute vérité est bonne à dire". Frédéric Clémentz s'en explique.

Frédéric Clémentz est un auteur. Il fait partie de ceux qui ne peuvent nier la douleur. Il préfère l'épouser pour mieux la vaincre. Dans son roman "Le serment du passeur", il l'apprivoise pour l'expier. « Un livre doit remuer des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger », dit-il en mentionnant Cioran. Une thérapie.
Témoignage vérité, la rédemption par l'écriture.Toute vérité est bonne à dire

Il y a parfois des phrases, ou seulement quelques mots, qui réveillent les fantômes qui dorment en nous.
Quels que soient notre âge et notre vie, nous avons tous un ou plusieurs spectres faussement oubliés dans une geôle de notre mémoire. En découvrant cette phrase de l’écrivain et philosophe roumain Emile Cioran « Un livre doit remuer des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger », c’était un peu comme si l’on m’avait adressé un « message », comme si l’on m’avait invité à exorciser des souffrances endormies mais encore bien vivaces, comme des plaies anesthésiées mais non guéries.

À partir de ce jour-là, – appelons-le un jour béni – j’ai décidé de gratter ces plaies, d’en extraire le pus pour, ensuite, passer à autre chose. Oui, c’était un jour béni car je sentais que derrière le chaos qui m’attendait, derrière cette enfance malmenée qui allait sortir de sa longue somnolence, il y avait un chemin mille fois moins abrupt qui se profilait. Non seulement je le sentais, mais je le savais.

C’est à partir de ce jour-là que l’histoire du Serment du Passeur s’est imposée à moi comme une évidence, quelque chose comme une « réparation ». Me réparer, je me devais bien ça finalement. Mais la question était de savoir si l’écriture avait ce pouvoir. Quelle étrange alchimie possédaient donc les mots pour tracer une nouvelle route et laisser enfin derrière moi mes fantômes, cette fois endormis pour de bon ?

Écrire en restant authentique c’est accepter de se mettre en danger

Je crois à la vertu du mot qui « cogne », qui dit ce qu’il a à dire sans se mettre d’eau de toilette. C’est pour moi la seule manière d’établir un vrai contact et surtout un contact vrai avec son lecteur. C’est aussi le respecter en lui disant « Tu vois, je ne triche pas, j’écris et je te parle en te regardant droit dans les yeux ».
Ce n’est pas si simple de vouloir écrire une histoire où l’on sait que l’on va parfois heurter, déranger, choquer, irriter même. On sait que l’on va susciter des réactions épidermiques, provoquer des remous, générer des propos parfois violents, peut-être même rappeler à certains des situations vécues à peu près analogues et enfouies dans une cache de leur mémoire.
Donc oui, bien sûr, écrire en restant authentique, avec des mots qui ont encore de la terre dessus, c’est accepter de se mettre en danger, c’est être nu et se confronter aux bras levés, aux poings tendus. Mais vous savez, je crois viscéralement à cette phrase magnifique d’Anatole France « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. »

Cet inépuisable bonheur d’être lu, entendu

Chaque auteur n’a, du moins pour moi, qu’un seul vrai désir : celui d’être lu, entendu. Être aimé, c’est autre chose. Et pour tout dire, je ne crois pas que ce soit une priorité puisque, comme chacun le sait, on ne peut pas plaire à tout le monde. Et c’est très bien ainsi. Non, c’est l’échange, le partage d’une émotion, la transmission d’un texte vrai qui rend un auteur heureux.
Que l’on soit un auteur de thrillers, de comédies romantiques, de science-fiction ou de quoi que ce soit d’autre, « l’obsession » demeure la même : donner du plaisir, de la joie, un court moment de bonheur dans une vie chahutée.
Un auteur, c’est un passeur : un passeur d’émotion, un passeur de vie, un donneur de joie. C’est une mission noble, altruiste et qui, j’en suis convaincu, peut sauver bien des gens de solitudes parfois désastreuses.

Frédéric Clémentz

Auteur du thriller psychologique Le Serment du Passeur, le thriller psychologique de Frédéric Clémentz, élu lauréat par le jury Amazon-Kindle au Salon Livre Paris 2016 est en vente sur Amazon.
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Merci infiniment Frédéric pour cette tribune qui, je ne sais comment l'exprimer, me réconcilie avec moi-même. J'ai osé écrire des choses que je n'avais jamais dites à personne mais les réactions de certains m'ont donné de sacrés doutes ; j'ai compris que mon texte était beaucoup trop dérangeant. "J'avais mis toutes mes aventures à la corbeille mais, un soir, le mot de passe qui me manquait a soudain ouvert le disque dur de ma mémoire" tel est le prologue de mon autobiographie. Sa rédaction m'a fait mal, très mal. Pour l'écriture de chaque anecdote de mon enfance volée et de ma vie de femme vampirisée par mon gourou maternel, j'étais étonnamment dans un état de quasi hypnose ; TOUT me revenait. Je peux confirmer que cela est déstabilisant au possible. Mais après trois mois d’écriture, je me suis sentie, enfin, libre de ma vie et de mes actes. Ce fut pour moi une thérapie salvatrice. Et comme mes fantômes se sont endormis pour de bon, j'ai retiré ce texte après quelques mois de lecture sur ce site. Répondre aux commentaires me devenait pénible émotionnellement. J'ai lu votre bouleversant témoignage, je vous félicite chaleureusement d'avoir osé dire l'indicible. Je vous souhaite de tout mon cœur une très belle vie pleine d'Amour et de Bonheur. Amicalement. Fanny

Publié le 09 Juin 2016

@FredericClementz,
Bonjour, Frédéric. MBS, en publiant cette tribune, récompense votre talent. Vous avez pris un risque en vous mettant à nu, le voilà récompensé. Vous ne laissez personne indifférent et votre plume a conquis les meilleures plumes de ce site. Voici un merveilleux retour sur investissement qui vous comble probablement. Je souhaite longue vie et beaucoup de succès à votre livre. Bien à vous. Michèle.

Publié le 07 Juin 2016

Merci, Frédéric Clémentz, pour cette tribune qui me parle infiniment. La lisant, j’étais en terrain connu. L’exigence de la sincérité, c’est l’une des plus belles quêtes qui puisse s'entreprendre ; jamais facile, très souvent incomprise, elle est cependant, au bout du compte, toujours gratifiante pour soi-même comme pour ceux vers qui elle est dirigée. Avec « Le Serment du passeur » je vous souhaite la plus belle des réussites possibles. Bien à vous, Marguerite.

Publié le 01 Juin 2016

Très profondément bien formulé et je crois moi aussi à la phase magnifique d'Anatole France. Elle a cependant son revers:
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
(L'ennemi. Charles Baudelaire).

Publié le 01 Juin 2016