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Le 02 aoû 2016

Vivre dans un roman ce qu'on n'a pas vécu dans la vie.

On avait dit qu'on ne laisserait pas les auteurs parler d'eux. C'est vrai. Mais quand on reçoit des billets frais qui témoignent de la joie d'une auteure qui s'est sentie portée par le témoignage d'un lecteur? Eh bien on diffuse ces petites bulles qui ne peuvent faire que du bien en ce début de mois d'Août, ou ce qui est bon est aussi permis... Et Charlotte Orcival, certes parle un peu d'elle, mais surtout du bonheur d'écrire.
Vivre dans un roman ce qu'on n'a pas vécu.Vivre dans un roman ce qu'on n'a pas vécu.

« Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela ce n'est pas possible, on ne peut pas les supporter. » disait Marguerite Duras dans  La Vie Matérielle.

Je n'ai pas lu le livre de Duras. Non. En revanche j'ai lu celui de Marie Darrieussecq qui empruntait le début de cette citation pour en faire un titre formidable (et un livre formidable aussi d'ailleurs). Et j'ai toujours trouvé beaucoup de résonance en moi, à ces mots. 
Il faut beaucoup aimer les hommes et j'ai passé tout le début de ma vie à le faire. Mon roman Forever Young est une déclaration maladroite. Une déclaration d'amour et d'amitié au genre masculin. De tout temps, celui-ci a représenté le mystère par définition. Si je comprenais à peine qui j'étais, je comprenais encore moins ce que cet autre, d'un sexe et d'un monde si différent du mien, était. Et ce mystère me fascinait tout autant qu'il me faisait souffrir. 

En jetant ce premier roman à la face de mon petit monde, j'ai très vite compris, grâce aux retours obtenus, que j'avais écris un "Feel Good Book", un peu comme les "Feel good movies", ils font du bien. 

En toute honnêteté, je ne m'y attendais pas. Mais ce à quoi, je m'attendais encore moins, c'est à trouver un écho, avec cette histoire de jeune fille  auprès de lecteurs masculins. Ils sont certes moins nombreux a priori. Et moins enclins à s'exprimer aussi sur leur ressenti à la lecture de la première histoire d'amour de Anna, 13 ans. Pourtant, hier soir, j'ai reçu ce mail : 
"Très chère Charlotte
Merci beaucoup pour ton livre, que j'ai commencé sous les moqueries gentilles de ma tendre épouse ("You never read a love story before. You won't get it, your youth was so boring anyway, and besides you have never been a rebel") et terminé hier tout en partageant longuement mes impressions avec elle.  D'une certaine façon, elle avait raison. Je n'ai pas connu l'amour au lycée, et la lecture m'a parfois donné des regrets, mais bon j'étais trop con ou trop timide ou les deux...
Mais d'une autre façon, elle avait un poil tort,  parce que  ton ouvrage m'a vraiment touché, même si je n'ai rien vécu de comparable. L'honnêteté des personnages, leurs aspirations simples mais pourtant si profondes, leur pudeur, le mélange subtil du français avec des mots tirés de chansons. En fait, si, il y a quelque chose qui me rappelle ma jeunesse, c'est l'importance extrême de la musique pour notre génération.  Le rapport a la musique est forcément bien différent aujourd'hui. Autre note: comme je suis plus vieux que toi, la musique que tu mentionnes (en gros 1984) me rappelle ma classe de math sup. 37 garçons, 6 filles, pour te donner une idée. Je me suis réveillé ce matin en pensant qu'Anna avait quand même bien de la chance : elle avait réussi sa première histoire d'amour, et elle avait trouvé le compagnon pour sa vie. Un privilège rare en fait.  Et en plus. elle sait en parler avec émotion et des mots d'une grande délicatesse.  "

Le rêve de tout auteur (y compris les débutants comme moi), c'est de percer un mystère. Et voilà que cela m'ait donné aujourd'hui.
Que se cache-t-il donc dans le cerveau des hommes ? Si on enlève le foot, le sexe, le bœuf, la patate, les Porches (pour paraphraser la grande Florence Foresti et spéciale dédicace au passage à qui on sait), que peut-on découvrir d'autre ? Des choses simples et riches. Des choses qui nous rapprochent tellement au fond, nous les filles et eux, les garçons. L'amour de la musique parfois, la pudeur, souvent, l'envie d'être vrai, de faire mieux pour soi et les siens. Le désir d'être quelqu'un de bien. 

Merci cher lecteur.
Et oui, Anna a bien de la chance. Elle vous a aussi, vous. 

Charlotte Orcival

Merci Charlotte c'est frais, il n'y a pas de raison à ce que tu n'ai pas ton petit commentaire aussi!!! Je ne vais pas faire aussi long que ton lecteur, mais j'ai apprécié lire ton témoignage...et le sien. Moi, j'ai vraiment besoin des commentaires et des témoignages, ils sont important pour juger de l'extérieur notre travail et pouvoir ainsi se faire une meilleure idée.

Publié le 18 Août 2016