Wuhan ou la naissance du covid-19

302 pages de Mohammed BECHA
Wuhan ou la naissance du covid-19 Mohammed BECHA
Synopsis

Ingénieur en électronique, Tarik est un travailleur émigré, qui avait réussi sa vie en France. Touché par la délocalisation de l’entreprise où il travaille, il se retrouve en Chine, dans la ville de Wuhan. Malheureusement, une étrange maladie fait son apparition dans cette ville. Devant l’ampleur des victimes et la propagation de la maladie à travers les autres villes du pays, les autorités chinoises déclarent une endémie. Pour préserver la santé de leurs ressortissants, tous les pays du monde les rappelèrent à rentrer en attendant que les choses s’éclaircissent davantage. D’endémie, on passe à une pandémie. Faute de vaccin et de médicaments, cette maladie infectieuse et létale, nommée covid-19, en référence à l’année de son apparition, pose un grave problème de santé publique.

Publié le 24 Octobre 2020

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Il faut savoir que "Wuhan ou la naissance de la covid-19" ne traite pas seulement de la pandémie, que subit le monde actuellement, c'est aussi une histoire d'amour vécue par nos deux personnages principaux, Tarik et Roseline, dans un monde qui leur était inconnu jusqu'ici, l'Asie. Alors n'hésitez pas à le lire et le faire lire à vos proches et amis. Bonne lecture.
En voici un extrait :
... Elle voyait Tarik continuant son chemin sans s’inquiéter du téléphone qui sonnait dans l’une de ses poches. Elle fit preuve de nervosité. Si elle pouvait appeler Tarik, elle l’aurait fait de vive voix. Ce n’était pas le cas malheureusement. Tarik était assez loin pour entendre ses appels. Elle enfila un chandail et sortit sans aviser personne. Elle alla à la rencontre de Tarik au coin de l’Avenue Henri-Barbusse et de celle du Général de Gaulle. Elle pressa le pas pour être en avance au point de rencontre. Elle l’y rencontra pile. Leurs regards se croisèrent et une flamme éclaira leurs yeux. Tarik ne voyait plus rien devant lui, son regard étant fixé sur la fille venue à sa rencontre. C’était elle qui balbutia quelques mots :

– Je t’ai vu arriver de loin. J’ai pensé que tu venais chez nous. Mais apparemment, je m’étais trompée.

Tarik finit par se ressaisir. Il lui sourit et dit :

– Je reviens de la réunion que nous avions eue avec notre patron et je crois qu’il veut nous licencier tous à cause du confinement, de la fermeture des frontières et de coronavirus.

Après un moment d’égarement, elle reprit :

– Je t’ai appelé au téléphone, mais tu ne semblais pas vouloir décrocher. Pourquoi ?

Le sourire de Tarik s’étira jusqu’aux oreilles. D’un ton calme, il lui dit :

– C’est tout bête, je l’ai laissé à la maison. Je m’en étais aperçu qu’une fois dehors. Je n’avais pas de temps pour aller le chercher.

Roseline opina de nouveau.

–Toutes mes excuses, j’ai douté de toi. Où est-ce que tu vas comme ça ?

La question fut interrompue par le téléphone de Roseline, qui s’était mis à tinter. Elle sortit le téléphone de sa poche et regarda l’écran. C’était sa mère, qui la cherchait dans toute la maison en vain. D’un geste de la main, elle décrocha. La voix de Clotilde résonna dans le hautparleur.

– Où est-ce que tu es passée ma chérie ? Je t’ai cherchée partout !

La réponse fut timide.

– Ne t’inquiète pas maman, je suis avec Tarik, revenant de son travail où il a eu une réunion avec leur patron. Je ne suis pas loin de la maison.

Sa mère l’interrompit.

– Puisque tu es avec Tarik, amène-le à la maison. Il déjeunera avec nous. La dernière fois, il était parti trop tôt.

Roseline opina de nouveau.

– Je ne sais pas, maman, s’il acceptera de venir. Il faut d’abord qu’il récupère son téléphone à la maison. C’est ça, maman. Ne t’inquiète pas. Prépare-nous seule le déjeuner. Non. Nous ne tarderons pas. A toute, maman.

La conversation prit fin. Tarik qui avait suivi la conversation en fut abasourdi. Non seulement, il devra récupérer son téléphone, mais aussi déjeuner chez son ami Farouk. Il regarda Roseline dans les yeux. Il ne pouvait pas résister à cette supplication. Il lui prit la main et fit les quelques mètres qui le séparaient de son appartement.

Roseline trouva que l’appartement de Tarik était très bien rangé. Tarik est un maniaque de l’ordre. Elle s’affala sur le fauteuil et s’amusa à rejeter ses cheveux vers l’arrière tout en bombant le torse, comme elle l’avait fait la dernière fois à la maison. Elle trouva que Tarik aimait bien ce jeu de séduction.

Le sang de Tarik ne fit qu’un tour et son cœur allait s’arrêter et lui mourir d’une crise cardiaque foudroyante. Il ne pouvait pas s’empêcher de s’asseoir à côté d’elle, mû comme un automate et elle de lui prendre la main, qu’elle caressa affectueusement. Les charmes de Roseline avaient fini par avoir raison de Tarik, qui, maintenant, est à sa merci.

Cet instant d’amour dura quelques moments, avant que Tarik ne se rende compte qu’il était en train de tromper la confiance de ses amis et particulièrement celle de Farouk, qui le considérait à juste titre comme son frère cadet. Il se redressa, au grand dam de Roseline, qui voulait aller plus loin.

Comme une lionne en rut, elle s’étira de tout son corps, fit voleter sa chevelure épaisse et se calma instinctivement, s’apercevant, elle aussi que ce n’est pas le moment de gâcher une relation durable.

Les ébats prirent fin. Tarik opina :

– Arrange-toi dans la salle de bain, nous devons partir, d’autant plus que tu es attendue à la maison.

Elle s’exécuta sans dire un mot. Tarik alla à la fenêtre et regarda dans la rue. Il n’y avait pas âme qui vive. Tous les habitants s’étaient terrés dans leurs logements, seuls les feux d’une voiture de ronde étaient visibles au loin. Tarik s’était dit qu’il ne manquait plus que la police dans le coin. Finalement la voiture avait bifurqué au coin d’une rue pour emprunter l’Avenue Anatole-France, un sens unique devant les mener vers la Garenne-Colombes. Ils ne risquaient pas d’être inquiétés en cours de route.

Roseline sortit de la salle de bain et regarda Tarik dans les yeux.

Tarik ne pouvait pas résister à la tentation de la prendre de nouveau dans ses bras tout en l’entrainant vers la sortie.

En cours de route, elle s’était tellement collée à lui, qu’on penserait qu’il s’agissait de la même personne, ne faisant qu’une.

Leur arrivée à la maison n’étonna personne. Farouk était assis dans son fauteuil, les deux enfants jouant à un jeu vidéo et Clotilde faisant tinter les ustensiles dans la cuisine. Avec son large sourire, Farouk accueillit son ami tout en se levant pour lui faire une accolade. Clotilde vint à son tour et eut droit à deux bises. Ce qui la mit dans tous ses états enthousiastes. Elle regagna très vite les cuisines où sa fille Roseline tentait de rattraper le retard, vint le tour des deux enfants qui clôturaient ainsi les salamalecs. Tarik prit place dans le fauteuil contigu à celui de Farouk, puis opina.

– Je crois que M. Legrant a l’intention de licencier son personnel. A Wuhan, il a recruté des vacataires pour redémarrer l’usine, à l’arrêt depuis cette pandémie.

Après un moment de silence, Farouk répondit :

– Les affaires, aujourd’hui, sont très difficiles à gérer. Tu connais le proverbe de chez nous qui dit : wa madhour, wa dhlahqis, qui veut dire littéralement : l’un n’a pas tort, l’autre c’est son droit. Mais s’il venait à le faire, il aurait à indemniser tout le monde. Il a certainement dû faire ses calculs et qu’il s’était aperçu qu’il était gagnant à moyen terme. Je pense que ce n’est pas le travail qui te manquerait avec ce que tu véhicules comme bagages universitaires.

Tarik n’avait rien entendu de tout ce qu’avait dit Farouk. Il pensait à la manière d'aborder la question de Roseline sans mettre son ami hors de lui-même. Brusquement, il pensa au katana qu’il lui avait rapporté de Chine. Il coupe très bien et il ne sentirait même pas la lame traverser son joli cou. Il passa sa main sur son cou, question de savoir s’il était toujours là. Farouk, se doutant que son ami est mal à l’aise lui dit :

– Quelque chose ne va pas Tarik ? En le fixant dans les yeux.

Tarik ne se doutant pas du piège qu’on lui avait tendu répondit :

– Non ! Tout va même pour le mieux. Je ne savais pas comment aborder la question inhérente à Roseline, mais maintenant que les choses sont on ne peut plus claires, je voudrais l’épouser, avec votre consentement bien sûr.

Comme ça de but en blanc. Cela avait surpris Farouk qui s’attendait à ce que ce soit lui qui fasse ces préliminaires. Que pouvait-il dire ? Lui et son épouse avaient lancé Roseline dans ses jambes, ils en assumaient la responsabilité.

– C’est avec un grand honneur que je vous accorde la main de ma fille. Le métissage va continuer avec vous jusqu’à ce que mes vieilles racines soient retrouvées. Je vous souhaite bien du bonheur à tous les deux. Mais n’oublie pas que c’est ma fille unique. Nous l’avions élevée dans du coton, mais elle fera quand même une bonne épouse. Je vais l’annoncer aux autres membres de la famille.

Il se leva, ne sachant pas où mettre sa joie. Il avait surtout peur que sa fille prenne un mauvais chemin et qu’il ne pourrait rien faire pour la ramener dans le droit chemin. Ainsi, elle épouse un homme de valeur, instruit de surcroît et véhiculant les us et usages de leurs ancêtres. Il se mit à appeler tout le monde.

– Clotilde, Roseline, Clément, Antoine ! Venez, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer ! Venez vite !

Un à un ils regagnèrent le salon où Farouk et Tarik les attendaient avec des sourires aux lèvres. La petite famille venait de s’agrandir d’un membre et bientôt ce sera le tour de Clément et d’Antoine à convoler en juste noce.

– Vous savez, notre famille vient d’enregistrer un nouveau membre en la qualité de Tarik. Il m’avait demandé la main de Roseline, que je lui ai accordée. J’espère que vous n’avez rien à dire de plus. Il nous reste à fixer la date de mariage, que nous célébrerons en privé, sans attendre la levée de boucliers inhérente au coronavirus covid-19, qui pose des problèmes tant sociaux qu’économiques.

Les mouvements de la tête veulent tout dire. Il venait d’avoir l’unanimité pour la décision qu’il venait de prendre.

On pouvait remarquer la fille et la mère se serrant par la taille en signe de victoire. Ce qui n’échappa pas à Farouk, qui eut une risette de joie intérieure.

Tarik, lui, ne s’intéressa pas à ce qui se passait dans le salon. Il n’avait d’yeux que pour Roseline. Il était comme envouté par sa beauté et ce splendide corps. Lorsque leurs regards se croisaient une sorte d’alchimie flottait dans l’air. Les yeux de Roseline se mettaient à briller de mille feux devenant par moments flamboyants. Ses lèvres s’entrouvraient légèrement pour laisser entrevoir une denture blanche et bien alignée.

Pour Tarik le moment d’envisager une autre vie était arrivé. Célibataire, il pouvait faire ce qu’il voulait, mais avec une épouse à son bras, les donnes changent considérablement. Que devrait-il faire lorsque M. Legrant lui demandera de se préparer pour rejoindre Wuhan ? Devrait-il emmener Roseline avec lui, ou devrait-il rentrer d’abord au pays pour présenter son épouse à ses parents ? Il va falloir y réfléchir dès maintenant et pas seul. Il devra le faire avec Roseline voire ses nouveaux parents.

On ne dira pas que Clotilde et Farouk n’ont pas réussi leur coup. Ils venaient d’ouvrir la voie à leurs deux autres fils en les libérant de cette contrainte que leur posait leur sœur. Même si Farouk s’était intégré dans la vie française, il lui reste quelques principes ataviques dont il n’arrivait pas à se débarrasser, entre autres marier les filles avant les garçons, parce que constituant un atout pour réaliser les mariages réciproques permettant de marier les filles en même temps que les garçons.

Pour ce qui concerne Tarik la question ne se posait pas, étant hors du territoire où ce principe demeurait en vigueur.

On ne pouvait pas dire que Clotilde n’était pas heureuse. Pour couronner le tout, elle avait décidé de préparer un repas gastronomique pour le soir. Evidemment, elle n’avait pas l’intention de laisser partir son gendre. Elle l’avait retenu à dîner. C’était aussi l’avis de Farouk, qui trouvera en Tarik non seulement un gendre idéal pour sa fille, mais aussi un compagnon pour engager des discussions sans fin sur le bled.

Lorsque des clients de marque venaient dans son restaurant, il n’hésitait pas à engager une conversation sur la situation algérienne, tant économique, que politique. Il était heureux qu’on trouve en lui un orateur émérite.

Farouk avait fait des études supérieures après l’obtention du bac. Aimant la cuisine, il s’était inscrit par amusement à l’école hôtelière où il obtint sa licence en gestion de l’hôtellerie. Il avait travaillé à l’Hôtel Georges cinq d’Alger pendant un bon bout de temps. C’était là qu’il s’était forgé une personnalité en rencontrant des hommes politiques et surtout des diplomates étrangers.

Mécontent de sa situation stagnante et qui n’évoluait guère, il partît pour la France en congés et ne revînt plus jamais.

Avant de rencontrer Clotilde, il avait travaillé dans quelques grands hôtels parisiens. C’était dans un de ces hôtels qu’il rencontra un vieil homme, M Jean Alberth, qui lui parla de son restaurant. Au début, ils étaient associés. Avec l’âge, le vieil homme avait fini par lui céder ses parts pour vivre retiré dans une de ses propriétés à Saint-Quentin. Farouk lui rendait toujours visite pour lui acheter son cidre et son vin, qu’il servait dans son restaurant. A sa mort, Farouk manqua de peu d’acheter la propriété. Les enchères ayant grimpé très vite, il abandonna, ne voulant pas s’endetter davantage, considérant le prêt qu’il avait obtenu pour l’aménagement de sa résidence.

Nous n’étions pas seuls au dîner. Clotilde et Farouk avaient invité leurs amis les plus proches, pour ne pas dire ceux qui étaient présents la dernière fois, à quelques-uns près. Parmi eux, il y avait aussi quelques musulmans de Kabylie. Cette fois-ci, il y avait même trois invités d’honneur, un Cheikh et deux de ses disciples pour prononcer la fatiha. On ne me présentait pas comme un ami, mais comme gendre, le futur époux de Roseline. J’ai eu droit à quelques accolades et serrement de main. Certaines étaient chaleureuses d’autres glaciales. Allez savoir pourquoi.

J’avais changé de comportement. C’était normal puisque j’épousais Roseline, et puis je me sentais de la famille et à ce titre j’agissais en tant que tel, « aléa jacta ». Moi, j’étais chez moi, enfin presque, ce sont les autres qui ne l’étaient pas. Et si l’envie me prenait, je manquerais aux règles de bienséance et mettrais tous les mécontents dehors, du moins ceux que je soupçonnais l’être. Advienne que pourra ! Et ce n’est pas Farouk ou Clotilde qui interviendraient en leur faveur.

Le Cheikh nous réunit tous et prononça la fatiha. Lui aussi savait reconnaitre les musulmans de chez nous, rien qu’en les regardant agir. Ils avaient gardé ce tic de faire le geste afin de réunir les deux mains pour recueillir la baraka.

Le cheikh devait nous marier selon le saint Coran. C’était l’objet de sa présence dans la maison. Il avait allégé le rituel en raison de la covid-19 et était pressé de repartir. Il partit tout de suite après le dîner avec ses disciples.

A la fin du dîner, nous nous sommes retrouvés de nouveau en famille. Cette fois-ci Farouk ne s’était pas aviné. Lui aussi voulait devenir sobre.

Lorsque nous avions pris nos places dans le salon, il avait engagé une conversation sur Wuhan, sans me demander si j’allais y retourner ou non. Aux dernières nouvelles, celles qui nous avaient réunis avec le patron, il y avait peu de chance que nous reprenions notre boulot à Wuhan. Moi-même, je ne le savais plus. J’étais certain que M Legrant allait opérer une ponction dans ce qui restait comme personnel devant regagner Wuhan. Il optera pour les Chinois. Eux, au moins, ne discutaient jamais dans les ateliers. Ils bossaient comme dix et mangeaient juste leur portion de nourriture.

Je commençais à me demander si cette race ne serait pas supérieure à toutes les autres, eu égard à leur hargne au travail et aux résultats qui en découlaient assez substantiels dans leur ensemble. Ils arrivaient à produire plus avec peu de moyens. C’est ce qu’on appelle communément la productivité. Et les Chinois, ils sont très productifs.

Farouk avait du mal à suivre la conversation. Il était fatigué. Il s’était même assoupi à un certain moment.

Je somnolais à côté de Farouk. C’était dû à la digestion, peut-être. En fin de compte j’ai compris que je devais partir. Il était un peu tard et je ne pouvais pas passer la nuit chez eux, alors j’ai demandé à Clément, avec qui j’avais tissé des liens très amicaux en plus d’être mon beau-frère, de m’accompagner en voiture.

Je tirais ma révérence en leur souhaitant une bonne nuit. Clotilde et Farouk s’étaient regardés et Farouk leva les sourcils en guise de consentement à ce que je parte. Clotilde leva les épaules et s’en retourna aux cuisines où Roseline était affairée avec le lave-vaisselle.

Elle ne savait pas que j’allais partir, sinon elle serait venue me saluer avant mon départ, et moi, je n’avais pas cherché à la voir, traditions kabyles obligeant.

L’humoriste Kabyle Fellag m’aurait approuvé sur ce passage.

J’avais dormi comme un loir. La batterie de mon téléphone était à plat, du coup, je ne saurai jamais qui m’aurait appelé durant tout ce temps, n’étant pas abonné à la messagerie. Je l’ai branché et mis en charge rapide avec l’espoir qu’il me livrait les noms des appelants. A peine avait-il atteint les 5% de charge, je le fis démarrer et vérifiai les appels en absence. J’ai trouvé un seul appel celui de Roseline. Que me voulait-elle à cette heure avancée de la nuit ? Je la rappelai, une fois, deux fois, trois fois. Elle ne décrocha pas. Elle me boudait certainement pour ne pas avoir cherché à la revoir, hier au soir, avant mon départ. Je replaçai le téléphone sur la table basse et m’apprêtai à passer sous la douche. Ce que je fis sans tergiverser davantage. Je repris ma place dans mon fauteuil et mis la télévision en marche. Je zappai les chaînes et m’arrêtai sur une chaine d’informations. On nous apprenait que l’état d’urgence sanitaire est prorogé d’un mois, mais on n’avait rien dit à propos de la levée du confinement. Je changeai de chaines en espérant en apprendre davantage, peine perdue, c’était le statu quo.

Ça ne finira donc jamais ? M’apostrophai-je. Je rappelai Roseline. Elle décrocha à la deuxième sonnerie. Nous avions entamé une conversation sans fin. Elle me suppliait d’aller les voir. J’avais refusé, ne voulant pas être envahissant. Alors je lui ai demandé de venir. Elle accepta. Moins de cinq minutes après, j’ai entendu la porte de l’ascenseur claquer. Je me précipitai vers la porte. Je ne lui laissai pas le temps de sonner. Elle me sauta au cou et me gêna dans mes mouvements quant à refermer la porte. Je le fis à l’aide de mon pied droit. Un claquement sec s’en était suivi, qui aurait alerté le voisinage.

Nous avions eu quelques moments d’égarement, puis nous nous sommes assagis. Nous étions là, discutant comme deux amis. C’était là que j’avais profité de l’opportunité pour lui poser la question inhérente à mon départ à Wuhan, en Chine.

– Tu sais, Roseline, d’un moment à l’autre les autorités vont lever le confinement. Et c’est ce moment qu’attend M. Legrant, mon patron, pour nous renvoyer à Wuhan en Chine. Tu viendrais avec moi ?

Elle marqua un moment d’hésitation. Ses yeux se remplirent de larmes. Elle me regarda, puis baissa la tête pour fixer les arabesques du tapis. Je me disais que j’allais apprendre quelque chose de nouveau certainement. Et ce fut le cas, car Roseline s’était mise à parler de ses parents.

– J’irai avec toi au bout du monde s’il le faut. Mais marions-nous vite d’abord. Nous n’avons pas besoin de fête, juste notre passage à la mairie pour consacrer notre union sur les registres de l’Etat civil. Tout ce que tu avais vu est de la poudre aux yeux. Mon père veut quitter ma mère pour épouser une autre femme. Pour son argent. Il boit beaucoup et passe son temps aux champs de courses. A la maison c’est l’enfer.

Je m’étais dit, dans quel guêpier je m’étais fourré ? J’ai une fille sur les bras, puisque nous sommes fiancés officiellement et une famille au bord de la faillite. Tout compte fait, pour moi, cela ne pouvait pas constituer de problème. La fille à elle seule vaut tout l’or du monde. Je me demandais si Farouk, en me choisissant comme gendre, ne voulait pas sauver sa fille des griffes d’une vie malheureuse. Il se pourrait qu’il ait tapé à la bonne porte. Je savais qu’elle ne me causerait aucun problème si je lui demandais de me suivre au bled. Elle avait tout d’une kabyle, sauf qu’elle ne parlait pas cette langue. Dans la vie, lorsqu’on y est obligé, rien n’est difficile et on peut tout apprendre.

Pour le moment, il n’est pas encore sur le tapis. Il faudrait que je trouve le moyen de remettre de l’ordre dans cette famille, qui avait tant besoin qu’on la sorte de cette mauvaise ornière conjoncturelle, dans laquelle elle s’était enlisée. Il faut tout simplement être aux côtés de Farouk pour l’empêcher de voir ceux qui l’ont amené vers cette descente aux enfers. Il ne le mérite pas. Il devra rebondir sur la déchéance même. Mais pour cela, il aura besoin d’un soutien, quelqu’un devant l’encourager. Et, j’étais tout désigné à cette tâche. Il faut donc profiter de la période de confinement pour engager ce processus de récupération de personnes en danger de déliquescence. Ne partant pas encore à Wuhan, j’avais décidé d’accompagner Roseline à la maison. C’était là, qu’en principe, tout devrait s’organiser.

Clotilde en me voyant arriver derrière Roseline, n’était pas très surprise. On pouvait même dire qu’elle arborait un air de satisfaction. Elle ne cachait pas non plus ses inquiétudes à propos de sa fille, qui commençait à prendre quelques libertés. Après l’avoir gratifiée d’un petit bisou, qui lui rendit son alacrité des premiers jours, j’entrais dans le salon où Farouk occupait son fauteuil habituel. Il se leva instinctivement et vint à ma rencontre. Nous nous sommes dit bonjour à la manière des gens du bled, en se serrant et se tapant sur les omoplates. Puis, nous avions pris place comme d’habitude, lui dans son fauteuil et moi celui contigu au sien. C’était ainsi qu’on pouvait se parler et bien s’entendre même lorsque la télévision était en marche.

De fil en aiguille, nous avions fini par aborder la question des problèmes communs à toutes les familles, lorsque perdurait une crise d’ambivalence sur les idées et les comportements. Je l’avais amené à se confier à moi sur la relation qu’il entretenait avec une riche sexagénaire. Il m’avait avoué ses besoins pressants d’argent frais, que son restaurant ne pouvait pas lui procurer pour satisfaire sa manie du jeu.

J’avoue ne pas avoir cet enclin à tous les jeux, même au 421 que je pratiquais au comptoir avec de bons amis. C’était seulement une façon de lâcher du lest en période où l’oisiveté demandait à être comblée. Mais, je n’en étais pas un mordu.

J’avais un peu d’argent en réserve. Je soupçonnais Farouk d’avoir quelques dettes de jeu. Je suis son gendre, il faudrait bien que je le sorte de ce mauvais pas et lui permettre de repartir du bon pied. C’était ce que je fis dans ce moment. Heureusement, que ces dettes n’étaient pas très importantes. Ce n’était rien, tandis qu’elles auraient pu l’être considérant sa hargne au jeu. Je m’étais rendu compte, que je ne connaissais rien de Farouk, qui cachait ces petits défauts à la perfection. Même ses deux autres enfants n’en savaient rien. Leur père était tout pour eux et rien ne pouvait le dévaloriser à leurs yeux. Quant à Roseline, sa maman lui confiait tout. Elle connaissait tout de son père, qu’elle adorait malgré tout et respectait comme un Dieu.

Le lendemain matin je passais à ma banque et retirais un peu plus que l’équivalent de la dette de Farouk, au grand étonnement de mon banquier. J’avais dû inventer un motif impérieux, pour le convaincre que je ne faisais pas l’objet d’un chantage ou autre coup fourré. Mon compte en banque avait fondu comme neige au soleil. Je m’en foutais royalement. Farouk en plus d’être un ami qui avait besoin d’aide, c’était avant tout mon beau-père. Je lui devais bien ça.

Chez Farouk, nous avions préparé des enveloppes pour chacun de ses créanciers et les appelâmes tour à tour. Tout le monde était sur la paille, de ce fait ils accouraient comme des dératés. Cette question réglée, je laissais le solde à Farouk, qui le remit à Clotilde. Elle nous avait bouleversés. Elle était en pleurs et elle n’était pas la seule, Roseline hoquetait, elle aussi, dans la cuisine. Je n’avais jamais pensé qu’une si petite somme d’argent pouvait rendre le sourire, voire la personnalité à ceux qui pensaient l’avoir perdue, en ayant quelques dettes seulement. Je pensais que l’on pouvait perdre sa personnalité pour bien plus qu’une dette d’argent. L’argent ça se gagne et pour peu que l’on soit économe et prévoyant, on finit par en économiser.

Je m’aperçus que Farouk se sentait diminué en ma présence. C’était là, que je lui fis ma promesse, que les choses allaient en s’améliorant. Nous rendîmes louange à Dieu, dans le salon même, de nous avoir facilité les choses et l’avions prié de nous conduire dans le droit chemin, et, ce, dans l’intérêt de nos enfants et de l’éthique que nulle personne ne devait oublier.

Il fit sermon, devant Dieu et moi, que pareils errements ne se reproduiront plus dans l’avenir.

Je savais qu’il tiendra sa promesse et ne recommencera plus, parce que je serai là pour l’en empêcher. Une nouvelle vie s’annonça pour Farouk et sa famille.

M. Legrant m’avait envoyé un texto. Comme j’étais occupé avec Farouk et sa famille, j’en avais négligé la lecture. Il m’avait demandé de le rejoindre dans son bureau, sans autres explications. J’en fis part à Farouk, qui faillit sortir de ses gonds. Il m’apostropha :

– Tu ne vas pas nous quitter maintenant ? J’ai besoin de toi plus que jamais pour gérer ensemble le restaurant et puis, que va devenir Roseline sans toi ?

Il m’avait attaqué sur un autre front pour lequel j’étais très sensible. Je ne lui avais pas dit qu’une fois que nous serions unis par les liens du mariage, je l’emmènerai avec moi à Wuhan. C’était encore en projet. Je le rassurai.

– Pour le moment je ne sais pas ce que me veut M. Legrant. Et je ne le saurais qu’en y allant.

Sur ces entrefaites il revint à de meilleurs sentiments. Il savait que je disais vrai et qu’il fallait que j’aille à la rencontre de mon patron pour apprendre de quoi il retournait dans cette entreprise.

J’ai donc pris congé de mes futurs beaux-parents et étais parti à l’usine. M. Legrant avait certainement invité d’autres employés pour prendre part à cette petite réunion. A ma grande surprise en arrivant devant le portail, il n’y avait personne d’autre. J’appelai par interphone l’agent de sécurité, lequel m’informa que M Legrant m’attendait dans le pavillon dédié au Showroom et par la même occasion m’ouvrit la porte de l’intérieur. Il y avait un peu de monde à l’intérieur du pavillon, mais ceux qui assuraient la permanence. Ils discutaient avec leur patron en gesticulant et désignant les endroits susceptibles de contenir quelques choses. Je les rejoignis tout en m’intéressant à tous ces mimes. En me voyant, M. Legrant vint à ma rencontre. Les autres étaient restés cloués sur place.

– Bonjour Tarik. Je voulais vous voir ce matin. J’avais un projet à vous soumettre, pour la réalisation.

Intérieurement, je me disais que ce n’était donc pas Wuhan qui était au centre de l’intrigue. Je le laissais aller au bout de sa pensée.

– Tu sais, j’ai envie d’installer ici un bureau de visioconférence avec le monde et particulièrement avec mes ateliers de Wuhan. Je voudrais que tu supervises les installations du début jusqu’à la fin. J’ai quelque chose de semblable à la maison, mais je n’ai plus d’intimité, alors j’ai décidé de l’installer dans cette partie de l’aile du showroom. J’ai déjà pris contact avec la société devant réaliser les travaux. Tu superviseras l’avancement des travaux et m’informeras dès que ce sera prêt. Les travaux commenceront demain à la première heure.

M. Legrant ne badinait pas avec les affaires, sitôt dit, sitôt fait. Je lui répondis, qu’il en sera fait selon ses volontés.

– C’est entendu M Legrant.

C’était une expression qu’il adorait entendre, lorsqu’il donnait des ordres. Et me voici réembauché de nouveau, cette fois-ci en qualité de chef de projet. Je n’étais pas mécontent du tout voire j’étais très heureux. Je ne suis plus en chômage technique, ni oisif non plus. Enfin, de l’occupation !

Nous nous quittâmes sur ces entrefaites. Lui partit, moi j’étais resté sur place pour dégager les espaces nécessaires à l’entame des travaux. Je voulais faire place nette à l’entreprise maitresse de l’œuvre. Je voulais que cela finisse rapidement. Nous avions installé des cloisons amovibles pour séparer les deux locaux et permettre à chacun de travailler sans l’envahissement de l’autre. Je quittais l’équipe du Showroom en les saluant de la main et de loin. Je reprenais ma route en direction de la maison. Je voulais, moi aussi, avoir un peu d’intimité, prendre un bain et me reposer.

De retour à la maison, je reprenais mes habitudes libertaires.

Farouk pensait qu’à mon retour, je devais d’abord passer chez eux pour l’informer de ce qui y retournait, suite au texto de mon employeur. Mais, ce ne fut pas le cas. Alors, il m’envoya Roseline.

Cela faisait du bien que nous nous retrouvions seuls dans cet appartement, qui avait besoin d’un peu d’animation de temps en temps. Tout seul, je ne pouvais bouger que les meubles et faire tinter les ustensiles de cuisine. Mais, il lui faut autre chose, de la vie pour lui communiquer cette chaleur humaine, qui faisait défaut dans bon nombre de logements. Roseline, à elle seule, pouvait faire vibrer des montagnes entières, volubile et énergique. C’était son côté positif de la vie. Je l’informais brièvement de mon entrevue avec le patron. Elle n’avait fait que hocher les épaules. Elle m’avait fait comprendre, que c’était mon job à moi.

Comme nous tardions à rentrer, Clotilde l’appela au téléphone. J’étais en train de m’habiller au moment de l’appel. J’avais compris que nous devions y aller. Elle confirma en me faisant de la main le signe que nous devons partir. J’étais prêt à faire, à pied, les quelques mètres qui me séparaient de la maison de mes beaux-parents.

Au fur et à mesure que le temps passait, je me rendais compte que je devenais la coqueluche de la maison, sans laquelle rien n’allait convenablement. J’étais un peu gêné de voler la vedette à Farouk, qui n’était pas un mauvais gars.

Je me demandais comment avait commencé cette descente aux enfers. Finalement, je me refusais à chercher à comprendre une situation, qui en cachait d’autres certainement et que si elles venaient à être mises à jour, risqueraient de provoquer beaucoup de malentendus préjudiciables à la famille, tandis qu’elle paraissait bien soudée de l’extérieur.

Il n’est pas exclu que Farouk n’ait pas fait l’objet d’une machination pour lui subtiliser son commerce. On avait voulu le ruiner certainement, mais à dessein. Vouloir divorcer pour se remarier avec une fille riche, dénote un besoin pressant d’argent, qu’il ne pouvait combler avec les seules recettes de son commerce. Bref !

Je devrai faire en sorte que la famille redémarrait du bon pied et, ce, dans l’intérêt de tous, moi compris, puisque j’étais sur le point d’épouser Roseline, la sagesse me recommandant la discrétion.

Nous appliquerons l’adage : « Pour vivre heureux, il faut vivre caché », devant se traduire par éviter d’étaler ses problèmes au grand jour dans une société marquée par la médisance.

Roseline demeura silencieuse durant tout le trajet. Accrochée à mon bras, elle s’en servait d’appui quelques fois, telle une estropiée, tandis qu’elle n’en était pas une, c’était même une tigresse capable de faire de grands bonds en avant.

Nous pénétrâmes à l’intérieur de la maison où tout le monde nous attendait avec angoisse. Je ne savais pas pourquoi ils se faisaient du mouron, si c’est pour moi eu égard à l’entrevue que je venais d’avoir avec le patron, ou pour Roseline qui est quand même une fille majeure et vaccinée sur le point de convoler en justes noces. Je ne fis pas cas de toutes ces angoisses et j’étais plus serein que jamais.

Je pris place au salon comme d’habitude, fauteuil contigu à celui du maître de la maison et attendis que l’on ouvrît les débats. Tout le monde me regardait pour me désigner comme premier orateur. Au fond, ils avaient raison, c’était moi que le patron avait appelé et il y avait Wuhan dans l’air. Je commençais ainsi :

– Il n’y a pas d’inquiétudes à se faire. Il m’avait appelé pour me charger de superviser les travaux d’une salle de vidéo conférence avec ses ateliers à Wuhan. Durant cette période de confinement, le patron veut suivre minute par minute ce qui se passe dans ces usines en Chine. A Wuhan, on a installé des caméras dotées de prises de son à chaque coin et recoin de sorte à voir et à entendre tout ce qui se passe dans l’usine sans avoir à se déplacer. Pour le moment, seuls les Chinois y travaillent en raison du confinement et de la fermeture des frontières dans le monde. Nous n’avons pas idée de la durée, celle-ci dépendant des pouvoirs publics de chaque pays.

Farouk se tenait à côté de moi, mais n’avait pas soufflé mot. Il était encore sous l’effet de la surprise de se retrouver créancier de personne. Il admirait Tarik son sauveur d’une humiliation certaine consistant en la perte de son commerce. Qu’en était-il advenu de lui et de sa famille si la situation fut autre ? Des moins que rien dans un quartier où ils dominaient leur classe sociale. Cet homme, ce sauveur méritait tous les égards et à ce titre il devint le pilier de la famille, sans lui la maison se serait écroulée. Alors, il suivait du regard tout ce qui se passait à la maison sans y prendre part vraiment.

On servit le déjeuner. On mangea presque en silence. On entendait les cuillères et fourchettes heurtant le fond des plats.

Tarik pour une fois se servit un verre de vin au grand dam de Roseline et de Clotilde, qui avaient le vin en aversion et qui ne voudraient pas le voir terminer comme Farouk, tombé dans la déchéance et réhabilité par lui. Il regretta son geste devant la surprise générale et ne but que quelques petites gorgées, tandis que Farouk n’y avait même pas touché. Il s’était servi un grand verre d’eau minérale de Saint-Gervais les Bains, venant droit de la montagne du Mont Blanc. Il ne s’était pas senti malheureux, réduit à boire de l’eau minérale, lui le grand buveur de Whisky, à la grande satisfaction de sa famille.

Je m’étais dit, pourvu que cela dure. Farouk pouvait changer et il faudrait que je sois là pour l’en empêcher en lui rappelant son sermon notamment voir l’argent qu’il me devait encore. Dans tous les cas, ma présence l’obligeait à être droit et il n’avait pas d’autres choix.

Ce matin je m’étais levé tôt. Il fallait que je sois présent à l’entame des travaux portant sur l’aménagement d’une salle et d’un circuit de vidéo-conférence avec Wuhan. Il fallait donc que je sois le premier dans l’usine et avant l’arrivée de l’entreprise chargée des travaux. Je quittai la maison en pressant le pas.
En arrivant à l’usine je me présentai devant l’interphone et la caméra pour l’identification avant d’appuyer sur le bouton d’appel. La porte s’ouvrit doucement. Je pénétrai à l’intérieur de l’usine et effectuai un regard circulaire juste pour voir si je n’aurais pas été précédé par l’entreprise de réalisation. Je m’aperçus que non, ce, à ma grande satisfaction. J’entrai ensuite dans le showroom, je pris une chaise et attendis l’arrivée du maître de l’œuvre.
Pendant que je feuilletai les plans, un bruit de moteur attira mon attention. J’allai sortir. Devant la porte je rencontrai l’agent de sécurité, qui m’apprit que l’entreprise était arrivée. C’était une armada d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs que je dus affronter. J’allai à leur rencontre. Avec la covid-19, tout le monde était masqué et ganté. Je les saluai de la tête et les introduisis dans l’aile devant être aménagée.
Ils déballèrent leurs outils et matériels et se mirent à l’œuvre. On ne pouvait pas dire qu’ils ne connaissaient pas leur métier. En un rien de temps les séparations en aluminium furent érigées et on passa aux immenses écrans d’affichage, des caméras, puis au bureau de commande de l’ensemble des instruments installés et enfin au câblage. En une journée, tout fut installé. Je n’avais absolument rien à dire sur la qualité du travail. Tout était parfait. Les premiers essais réalisés avec une de leurs antennes installées à l’extérieur du bâtiment, dans un camion blindé, qu’ils appelèrent laboratoire, furent très concluants. Mais, avec Wuhan, il faudrait la présence de M. Legrant.
Le lendemain matin, M. Legrant signait la réception du projet et pouvait de ce fait communiquer avec son entreprise installée à Wuhan en Chine. Il fut émerveillé et me gratifia d’un sourire plein de satisfaction et de gratitude. La technologie, aujourd’hui, permet de tout faire et d’être au service du citoyen, lorsque les esprits malveillants ne s’en emparent pas pour en faire une arme redoutable et létale.
M. Legrant me confia avant son départ.
– Tarik, j’ai la certitude que vous ne repartirez pas à Wuhan. Je vous confie la gestion de ce projet. Vous devenez de ce fait, le Directeur Général par Intérim de mon entreprise. Nous suivrons tout d’ici, avec des missions sur place le cas échéant. Vous commencez aujourd’hui. J’ai déjà informé par note l’ensemble des services et ateliers constituant « Les Ateliers Electroménagers de France », aussi bien en France qu’en Chine.
Que pouvais-je espérer de plus ? Dieu a été bon pour moi et je le remerciai à notre façon, nous les musulmans, en lui adressant mes louanges et récitant la « Bismi Allah » suivi de la « Fatiha ». Ma piété s’arrêtant là et il n’y a de Dieu que Dieu. Tout le reste est pure spéculation.
Je fus très content, mais le cachai bien. M. Legrant me remerciait, lui aussi, à sa façon et je ne pouvais pas dire, qu’elle n’était pas pour moi la meilleure. Ceux qui furent plus contents encore, ce furent Roseline et ses parents. Ils ne surent pas où mettre leur joie. On n’arrêtait pas de me congratuler, quant aux sourires de satisfaction, j’en enregistrai chaque fois que je croisai leurs regards. Farouk me disait :
– Je ne sais pas, ce que j’ai fait de bien au monde voire au bon Dieu, pour qu’il m’ait gratifié ainsi de la présence, à mes côtés, d’un homme qui nous sauva, ma famille et moi, de la déchéance et devienne l’époux de notre fille unique, que nous chérissons autant que nous chérissons Dieu. Il faudrait bien que je fasse une oblation. Avec la covid-19, cela ne pouvait se faire dans l’immédiat, mais je promets solennellement et devant Dieu de le faire à la fin du confinement.
Je restai silencieux, n’ayant rien à dire pour ces éloges. Mais, intérieurement, je priai Dieu pour le maintenir dans ce droit chemin. Lui, il m’inquiétait beaucoup plus que le reste de la famille, qu’il mettrait dans le désarroi, s’il venait à changer sa conduite actuelle, ne serait-ce d’un iota.
Mon mariage avec Roseline fut des plus simples, à cause de la coronavirus covid-19. Il avait réuni une vingtaine de personnes dont M. Legrant. A la Mairie, nous passâmes devant le Maire, Jacques Tilman, comme une lettre à la poste.
Après ces festivités auxquelles nos propres parents, Farouk et moi, n’avaient pas assisté, Roseline et moi, nous nous installâmes dans mon appartement deux pièces de l’Avenue Henri-Barbusse, à deux encablures de la rue de l’Industrie où habitent ses parents. Nous envisagerons de changer de logement après cette pandémie. Pour le moment, il nous suffit largement.
Je commençais à aimer l’oisiveté, pour passer des journées entières à la maison en compagnie de Roseline. Avec elle, tout paraissait doux et convivial. Nous quittons difficilement notre lit, car c’est là que nous nous sentions mieux accrochés l’un à l’autre comme des frères siamois. Nous faisions tout ensemble et à peine si nous n’allions pas aux toilettes ensemble. Si nous pouvions le faire, nous l’aurions fait.
Un matin que je devais aller travailler, elle s’était levée aussi pour m’y accompagner. Nous avions fait le chemin ensemble, puis elle ne voulait pas revenir. J’ai dû la garder avec moi au bureau. Comme par hasard M. Legrant était de passage. Il ne fut pas étonné de trouver mon épouse avec moi. Il se rappelait bien d’elle à la Mairie, car c’était lui que j’avais désigné comme premier témoin. Il en était très fier et heureux et moi aussi j’en fus de même.
Roseline avait fait une formation à l’université dans la branche des télécommunications. Elle est sortie de l’université avec un diplôme d’ingénieure analyste en télécommunications. Lorsque j'en avais parlé à M Legrant, il avait tout de suite compris l’importance d’une telle main-d’œuvre dans son entreprise. Alors il m’avait dit si elle ne souhaitait pas faire partie de son personnel. Connaissant la situation de son père, j’avais tout de suite accepté. Ses jeunes frères étant encore à l’université, elle viendra en aide à sa famille durant toute la période que durera la pandémie. C’était ainsi que nous étions amenés à vivre et à travailler ensemble.
Tout allait pour le mieux, s’il n’y avait pas eu cet aléa, qui avait surgi pour embrunir la situation. M. Legrant venait d’avoir un infarctus et était hospitalisé dans un état comateux à l’Hôpital Salpêtrière de Paris. J’avais pris un véhicule de service et me présentais à l’hôpital. Peine perdue, étant en soins intensifs, on me refusa de le voir. Je voulais savoir s’il n’était pas atteint de la covid-19. On me rassura que non. Cela m’avait tranquillisé, car nous étions, mon épouse et moi, avec lui, il y avait de cela quelques jours seulement. De retour au bureau, je rassurai Roseline sur le cas de notre patron, de même que ceux qui travaillaient dans le showroom. C’était la moindre des choses à faire. Nous étions en période de la coronavirus covid-19 et les craintes des uns et des autres étaient légitimées. La plupart étaient des pères de famille, qui ne souhaiteraient pas contaminer les leurs de ce nouveau mal du siècle, qu’est la covid-19.
Je repris mon poste de travail et regardai les Chinois travailler, de loin et en différé sur des enregistrements réalisés automatiquement durant la journée dans les différents ateliers, à cause du décalage horaire (+8 h). Mais l’heure GMT en France (+2h) me faisait gagnait deux heures. J’avais déterminé les horaires qui me permettaient de réaliser des directs avec M. Li Fun, que M. Legrant avait nommé provisoirement comme directeur des « Ateliers Electroménagers de France » à Wuhan. Ces horaires étaient fixés de 8 heures à 11 heures locales, soit de 13 h à 17 heures de Wuhan. Quant à la tranche horaire se situant entre 8 heures et 12 heures à Wuhan et 2 heures et 6 heures du matin à Paris, Roseline avait réglé le déclenchement des caméras pour procéder aux enregistrements, qui seront vus en différé. Ainsi, nous savions ce qui se passait dans l’usine à Wuhan continuellement et où les caméras tournaient 24h/24H. Cela devait coûter très cher à M Legrant, mais ce sont là ses désirs. Il voulait suivre en temps réel ce qu’il s’y passait dans son usine à Wuhan. La crainte de tout perdre, pour cause de faillite, était son leitmotiv.
Avec M. Li Fun, nous avions établi un programme dans une tranche d’heures, qui nous permettait de communiquer en direct de 7 heures jusqu’à 11 heures à Paris et 13 heures à 17 heures locales à Wuhan. Les horaires de travail à Wuhan étaient fixés de 08 heures à 17 heures GMT. C’était largement suffisant pour faire le point de la situation et aplanir les problèmes, qui se posaient notamment en matière d’approvisionnements.
M. Legrant avait quitté l’hôpital depuis déjà quelques jours et sa santé s’améliorait progressivement de jour en jour. Je lui rendais compte journellement de la situation de Wuhan, soit par téléphone, soit lors des entrevues qu’il m’accordait chez lui, en présence de toute sa famille, que j’avais fini par connaitre.
Nous assistions de loin aux emmagasinages des produits finis et leur mise en containers lors des expéditions dans les pays d’Asie. M. Li Fun était toujours là, présent à chacune des opérations. Il nous saluait de la main et levait le pouce en l’air, pour nous faire comprendre que tout est maîtrisé.
Roseline, qui n’avait jamais travaillé de sa vie, trouvait agréables les moments passés au bureau. Elle regrettait de ne pas avoir débuté très tôt sa vie professionnelle.
A la maison, ses parents avaient retrouvé leur repaire surtout depuis qu’elle avait commencé à les aider.
Farouk avait repris du poil de la bête et n’attendait plus que le déconfinement pour se retrousser les manches et reprendre son activité habituelle. Il avait gardé un contact avec ses employés pris en charge dans le cadre des lois en vigueur notamment celle régissant le chômage en tant de pandémie et de confinement et des aides accordées par l’Etat. On dirait que le confinement était venu à point nommé pour le sortir de ses fâcheuses habitudes avec ses amis, qu’il ne voyait plus maintenant, et qui avaient tenté de le mettre sur la paille. Ces coups fourrés étaient légion dans les milieux des émigrés. On voyait toujours la réussite de quelqu’un d’autre d’un mauvais œil. Lui, il ne s’était jamais aperçu des manigances que l’on tissait dans son dos. Il avait une entière confiance en ses amis, pour qui, aujourd’hui, il éprouvait beaucoup d’aversion.
Roseline et moi étions en train de prendre notre petit déjeuner, lorsque le téléphone se mit à tinter. On se demandait, qui cela pouvait bien être. Un appel aussi tôt, dans la journée, ne présageait rien de bon. Je n’arrivais pas à croire mes yeux. Le nom affiché sur l’écran était celui de notre patron M. Legrant. Je pris le téléphone et décrochai avec le pouce. La voix fébrile de M. Legrand se fit entendre dans le hautparleur.
– Bonjour Tarik. Excusez-moi d’être matinal. Je suis à l’usine pour un moment, si vous voudriez bien venir me rejoindre.
Ça m’avait fait chaud au cœur d’entendre la voix de mon patron, qui s’était remis de son infarctus. Je lui répondis :
– Bonjour M. Legrant. Heureux de vous savoir en parfaite santé. Nous arrivons dans un moment.
Puis il répliqua :
– Ne vous pressez pas, il n’y a rien d’urgent.
Je connaissais mon patron pour se ronger les ongles, lorsqu’il ne trouvait pas disponibles les personnes qu’il souhaitait voir. Nous étions déjà habillés, je ne savais par quel miracle ou intuition. Alors, nous laissions tomber notre petit déjeuner et partîmes à toute vitesse.
En arrivant, il nous accueillit avec son large sourire, que nous lui connaissions déjà. Après les salamalecs, il nous reprocha :
– J’ai trouvé le système de vidéo conférence arrêté, tandis qu’il devait rester en marche 24/24 heures. Je peux savoir pourquoi ?
Je souris, ce qui l’étonna davantage, et lui répondis :
– Le système n’est pas à l’arrêt. Seuls les écrans sont éteints à cause de la consommation d’énergie. Les disques durs du système continuent d’enregistrer ce qui se passe à Wuhan.
Le geste suivant la parole, je mis en marche tout le système ainsi que la lecture du disque dur sur un autre écran, tandis que les autres nous transmettaient en direct ce qui se passait à Wuhan. Il était très satisfait et n’arrêtait pas de sourire. Il lâcha :
– Je savais que je pouvais compter sur vous. Merci mon petit Tarik de me faire vivre ces situations.
Il continuait de regarder tantôt l’écran du lecteur et tantôt les écrans du direct. Il était émerveillé que la science ait pu nous projeter dans cet avenir où la technologie n’était pas un vain mot. Il appuya sur le bouton d’appel et M. Li Fun apparaissait sur l’écran central. Ils se parlèrent en Chinois. Je découvris pour la première fois une autre face cachée de mon patron. Il m’expliqua par la suite qu’il avait longuement séjourné en Chine et bien après avoir terminé ses études d’ingéniorat en mécanique industrielle. Et, qu’il avait fait ses études dans le même cursus que Li Fun, pour qui il avait beaucoup de considération pour son intelligence et son sens des affaires. Cela ne m’avait pas étonné, puisqu’il faisait preuve de larges connaissances dans le domaine touchant à toute l’industrie. On aurait juré, que c’était lui, qui l’avait créée. Evidemment, la conversation, en Chinois, cachait bien des choses, que nous n’étions pas censés connaitre et à ce titre, je n’y fis même pas allusion lors de nos conversations. Je me contentais des informations qu’il me donnait et en prenais bonne note.
Il opina :
– Mon petit Tarik, je dois maintenant partir. Mes médecins m’ont conseillé un repos complet et je ne devrais pas y déroger. Il faut que je vous apprenne une autre chose. M. Li Fun est mon fondé de pouvoirs auprès de la Banque de Chine où j’ai ouvert mes comptes à la création de cette entreprise. Je lui ai donné quelques instructions en Chinois, pour que cela soit bien clair entre nous et qu’il n’y ait aucune équivoque. Maintenant je vous laisse à vos occupations et continuez de m’informer comme vous le faisiez par le passé. Si j’ai besoin d’informations complémentaires, nous en discuterions au téléphone ou sur place. Au revoir !
M. Legrant parti, nous restions seuls dans l’enceinte de la vidéo-conférence. Il était presque onze heures et demie, M. Li Fun se préparait à partir et nous, aussi, allons le suivre. Brusquement, il apparait à l’écran central. Il nous souriait et levait le pouce droit en signe de satisfaction, et dit d’une voix nasillarde :
– Bonjour Monsieur, Dame. M. Legrant m’a parlé de vous. J’en suis honoré.
Nous lui répondîmes en chœur :
– Tout l’honneur est pour nous.
Puis c’était tout. Il leva la main en guise d’au revoir et disparut comme il était arrivé.
Nous éteignîmes nos écrans et nous nous apprêtâmes à partir nous aussi pour déjeuner. A la reprise, l’après-midi, nous passions notre temps à visualiser la période se situant entre 8 H et 13 Heures en mettant en marche le disque dur du système ayant enregistré les séquences.
Elle voyait Tarik continuant son chemin sans s’inquiéter du téléphone qui sonnait dans l’une de ses poches. Elle fit preuve de nervosité. Si elle pouvait appeler Tarik, elle l’aurait fait de vive voix. Ce n’était pas le cas malheureusement. Tarik était assez loin pour entendre ses appels. Elle enfila un chandail et sortit sans aviser personne. Elle alla à la rencontre de Tarik au coin de l’Avenue Henri-Barbusse et de celle du Général de Gaulle. Elle pressa le pas pour être en avance au point de rencontre. Elle l’y rencontra pile. Leurs regards se croisèrent et une flamme éclaira leurs yeux. Tarik ne voyait plus rien devant lui, son regard étant fixé sur la fille venue à sa rencontre. C’était elle qui balbutia quelques mots :

– Je t’ai vu arriver de loin. J’ai pensé que tu venais chez nous. Mais apparemment, je m’étais trompée.

Tarik finit par se ressaisir. Il lui sourit et dit :

– Je reviens de la réunion que nous avions eue avec notre patron et je crois qu’il veut nous licencier tous à cause du confinement, de la fermeture des frontières et de coronavirus.

Après un moment d’égarement, elle reprit :

– Je t’ai appelé au téléphone, mais tu ne semblais pas vouloir décrocher. Pourquoi ?

Le sourire de Tarik s’étira jusqu’aux oreilles. D’un ton calme, il lui dit :

– C’est tout bête, je l’ai laissé à la maison. Je m’en étais aperçu qu’une fois dehors. Je n’avais pas de temps pour aller le chercher.

Roseline opina de nouveau.

–Toutes mes excuses, j’ai douté de toi. Où est-ce que tu vas comme ça ?

La question fut interrompue par le téléphone de Roseline, qui s’était mis à tinter. Elle sortit le téléphone de sa poche et regarda l’écran. C’était sa mère, qui la cherchait dans toute la maison en vain. D’un geste de la main, elle décrocha. La voix de Clotilde résonna dans le hautparleur.

– Où est-ce que tu es passée ma chérie ? Je t’ai cherchée partout !

La réponse fut timide.

– Ne t’inquiète pas maman, je suis avec Tarik, revenant de son travail où il a eu une réunion avec leur patron. Je ne suis pas loin de la maison.

Sa mère l’interrompit.

– Puisque tu es avec Tarik, amène-le à la maison. Il déjeunera avec nous. La dernière fois, il était parti trop tôt.

Roseline opina de nouveau.

– Je ne sais pas, maman, s’il acceptera de venir. Il faut d’abord qu’il récupère son téléphone à la maison. C’est ça, maman. Ne t’inquiète pas. Prépare-nous seule le déjeuner. Non. Nous ne tarderons pas. A toute, maman.

La conversation prit fin. Tarik qui avait suivi la conversation en fut abasourdi. Non seulement, il devra récupérer son téléphone, mais aussi déjeuner chez son ami Farouk. Il regarda Roseline dans les yeux. Il ne pouvait pas résister à cette supplication. Il lui prit la main et fit les quelques mètres qui le séparaient de son appartement.

Roseline trouva que l’appartement de Tarik était très bien rangé. Tarik est un maniaque de l’ordre. Elle s’affala sur le fauteuil et s’amusa à rejeter ses cheveux vers l’arrière tout en bombant le torse, comme elle l’avait fait la dernière fois à la maison. Elle trouva que Tarik aimait bien ce jeu de séduction.

Le sang de Tarik ne fit qu’un tour et son cœur allait s’arrêter et lui mourir d’une crise cardiaque foudroyante. Il ne pouvait pas s’empêcher de s’asseoir à côté d’elle, mû comme un automate et elle de lui prendre la main, qu’elle caressa affectueusement. Les charmes de Roseline avaient fini par avoir raison de Tarik, qui, maintenant, est à sa merci.

Cet instant d’amour dura quelques moments, avant que Tarik ne se rende compte qu’il était en train de tromper la confiance de ses amis et particulièrement celle de Farouk, qui le considérait à juste titre comme son frère cadet. Il se redressa, au grand dam de Roseline, qui voulait aller plus loin.

Comme une lionne en rut, elle s’étira de tout son corps, fit voleter sa chevelure épaisse et se calma instinctivement, s’apercevant, elle aussi que ce n’est pas le moment de gâcher une relation durable.

Les ébats prirent fin. Tarik opina :

– Arrange-toi dans la salle de bain, nous devons partir, d’autant plus que tu es attendue à la maison.

Elle s’exécuta sans dire un mot. Tarik alla à la fenêtre et regarda dans la rue. Il n’y avait pas âme qui vive. Tous les habitants s’étaient terrés dans leurs logements, seuls les feux d’une voiture de ronde étaient visibles au loin. Tarik s’était dit qu’il ne manquait plus que la police dans le coin. Finalement la voiture avait bifurqué au coin d’une rue pour emprunter l’Avenue Anatole-France, un sens unique devant les mener vers la Garenne-Colombes. Ils ne risquaient pas d’être inquiétés en cours de route.

Roseline sortit de la salle de bain et regarda Tarik dans les yeux.

Tarik ne pouvait pas résister à la tentation de la prendre de nouveau dans ses bras tout en l’entrainant vers la sortie.

En cours de route, elle s’était tellement collée à lui, qu’on penserait qu’il s’agissait de la même personne, ne faisant qu’une.

Leur arrivée à la maison n’étonna personne. Farouk était assis dans son fauteuil, les deux enfants jouant à un jeu vidéo et Clotilde faisant tinter les ustensiles dans la cuisine. Avec son large sourire, Farouk accueillit son ami tout en se levant pour lui faire une accolade. Clotilde vint à son tour et eut droit à deux bises. Ce qui la mit dans tous ses états enthousiastes. Elle regagna très vite les cuisines où sa fille Roseline tentait de rattraper le retard, vint le tour des deux enfants qui clôturaient ainsi les salamalecs. Tarik prit place dans le fauteuil contigu à celui de Farouk, puis opina.

– Je crois que M. Legrant a l’intention de licencier son personnel. A Wuhan, il a recruté des vacataires pour redémarrer l’usine, à l’arrêt depuis cette pandémie.

Après un moment de silence, Farouk répondit :

– Les affaires, aujourd’hui, sont très difficiles à gérer. Tu connais le proverbe de chez nous qui dit : wa madhour, wa dhlahqis, qui veut dire littéralement : l’un n’a pas tort, l’autre c’est son droit. Mais s’il venait à le faire, il aurait à indemniser tout le monde. Il a certainement dû faire ses calculs et qu’il s’était aperçu qu’il était gagnant à moyen terme. Je pense que ce n’est pas le travail qui te manquerait avec ce que tu véhicules comme bagages universitaires.

Tarik n’avait rien entendu de tout ce qu’avait dit Farouk. Il pensait à la manière d'aborder la question de Roseline sans mettre son ami hors de lui-même. Brusquement, il pensa au katana qu’il lui avait rapporté de Chine. Il coupe très bien et il ne sentirait même pas la lame traverser son joli cou. Il passa sa main sur son cou, question de savoir s’il était toujours là. Farouk, se doutant que son ami est mal à l’aise lui dit :

– Quelque chose ne va pas Tarik ? En le fixant dans les yeux.

Tarik ne se doutant pas du piège qu’on lui avait tendu répondit :

– Non ! Tout va même pour le mieux. Je ne savais pas comment aborder la question inhérente à Roseline, mais maintenant que les choses sont on ne peut plus claires, je voudrais l’épouser, avec votre consentement bien sûr.

Comme ça de but en blanc. Cela avait surpris Farouk qui s’attendait à ce que ce soit lui qui fasse ces préliminaires. Que pouvait-il dire ? Lui et son épouse avaient lancé Roseline dans ses jambes, ils en assumaient la responsabilité.

– C’est avec un grand honneur que je vous accorde la main de ma fille. Le métissage va continuer avec vous jusqu’à ce que mes vieilles racines soient retrouvées. Je vous souhaite bien du bonheur à tous les deux. Mais n’oublie pas que c’est ma fille unique. Nous l’avions élevée dans du coton, mais elle fera quand même une bonne épouse. Je vais l’annoncer aux autres membres de la famille.

Il se leva, ne sachant pas où mettre sa joie. Il avait surtout peur que sa fille prenne un mauvais chemin et qu’il ne pourrait rien faire pour la ramener dans le droit chemin. Ainsi, elle épouse un homme de valeur, instruit de surcroît et véhiculant les us et usages de leurs ancêtres. Il se mit à appeler tout le monde.

– Clotilde, Roseline, Clément, Antoine ! Venez, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer ! Venez vite !

Un à un ils regagnèrent le salon où Farouk et Tarik les attendaient avec des sourires aux lèvres. La petite famille venait de s’agrandir d’un membre et bientôt ce sera le tour de Clément et d’Antoine à convoler en juste noce.

– Vous savez, notre famille vient d’enregistrer un nouveau membre en la qualité de Tarik. Il m’avait demandé la main de Roseline, que je lui ai accordée. J’espère que vous n’avez rien à dire de plus. Il nous reste à fixer la date de mariage, que nous célébrerons en privé, sans attendre la levée de boucliers inhérente au coronavirus covid-19, qui pose des problèmes tant sociaux qu’économiques.

Les mouvements de la tête veulent tout dire. Il venait d’avoir l’unanimité pour la décision qu’il venait de prendre.

On pouvait remarquer la fille et la mère se serrant par la taille en signe de victoire. Ce qui n’échappa pas à Farouk, qui eut une risette de joie intérieure.

Tarik, lui, ne s’intéressa pas à ce qui se passait dans le salon. Il n’avait d’yeux que pour Roseline. Il était comme envouté par sa beauté et ce splendide corps. Lorsque leurs regards se croisaient une sorte d’alchimie flottait dans l’air. Les yeux de Roseline se mettaient à briller de mille feux devenant par moments flamboyants. Ses lèvres s’entrouvraient légèrement pour laisser entrevoir une denture blanche et bien alignée.

Pour Tarik le moment d’envisager une autre vie était arrivé. Célibataire, il pouvait faire ce qu’il voulait, mais avec une épouse à son bras, les donnes changent considérablement. Que devrait-il faire lorsque M. Legrant lui demandera de se préparer pour rejoindre Wuhan ? Devrait-il emmener Roseline avec lui, ou devrait-il rentrer d’abord au pays pour présenter son épouse à ses parents ? Il va falloir y réfléchir dès maintenant et pas seul. Il devra le faire avec Roseline voire ses nouveaux parents.

On ne dira pas que Clotilde et Farouk n’ont pas réussi leur coup. Ils venaient d’ouvrir la voie à leurs deux autres fils en les libérant de cette contrainte que leur posait leur sœur. Même si Farouk s’était intégré dans la vie française, il lui reste quelques principes ataviques dont il n’arrivait pas à se débarrasser, entre autres marier les filles avant les garçons, parce que constituant un atout pour réaliser les mariages réciproques permettant de marier les filles en même temps que les garçons.

Pour ce qui concerne Tarik la question ne se posait pas, étant hors du territoire où ce principe demeurait en vigueur.

On ne pouvait pas dire que Clotilde n’était pas heureuse. Pour couronner le tout, elle avait décidé de préparer un repas gastronomique pour le soir. Evidemment, elle n’avait pas l’intention de laisser partir son gendre. Elle l’avait retenu à dîner. C’était aussi l’avis de Farouk, qui trouvera en Tarik non seulement un gendre idéal pour sa fille, mais aussi un compagnon pour engager des discussions sans fin sur le bled.

Lorsque des clients de marque venaient dans son restaurant, il n’hésitait pas à engager une conversation sur la situation algérienne, tant économique, que politique. Il était heureux qu’on trouve en lui un orateur émérite.

Farouk avait fait des études supérieures après l’obtention du bac. Aimant la cuisine, il s’était inscrit par amusement à l’école hôtelière où il obtint sa licence en gestion de l’hôtellerie. Il avait travaillé à l’Hôtel Georges cinq d’Alger pendant un bon bout de temps. C’était là qu’il s’était forgé une personnalité en rencontrant des hommes politiques et surtout des diplomates étrangers.

Mécontent de sa situation stagnante et qui n’évoluait guère, il partît pour la France en congés et ne revînt plus jamais.

Avant de rencontrer Clotilde, il avait travaillé dans quelques grands hôtels parisiens. C’était dans un de ces hôtels qu’il rencontra un vieil homme, M Jean Alberth, qui lui parla de son restaurant. Au début, ils étaient associés. Avec l’âge, le vieil homme avait fini par lui céder ses parts pour vivre retiré dans une de ses propriétés à Saint-Quentin. Farouk lui rendait toujours visite pour lui acheter son cidre et son vin, qu’il servait dans son restaurant. A sa mort, Farouk manqua de peu d’acheter la propriété. Les enchères ayant grimpé très vite, il abandonna, ne voulant pas s’endetter davantage, considérant le prêt qu’il avait obtenu pour l’aménagement de sa résidence.

Nous n’étions pas seuls au dîner. Clotilde et Farouk avaient invité leurs amis les plus proches, pour ne pas dire ceux qui étaient présents la dernière fois, à quelques-uns près. Parmi eux, il y avait aussi quelques musulmans de Kabylie. Cette fois-ci, il y avait même trois invités d’honneur, un Cheikh et deux de ses disciples pour prononcer la fatiha. On ne me présentait pas comme un ami, mais comme gendre, le futur époux de Roseline. J’ai eu droit à quelques accolades et serrement de main. Certaines étaient chaleureuses d’autres glaciales. Allez savoir pourquoi.

J’avais changé de comportement. C’était normal puisque j’épousais Roseline, et puis je me sentais de la famille et à ce titre j’agissais en tant que tel, « aléa jacta ». Moi, j’étais chez moi, enfin presque, ce sont les autres qui ne l’étaient pas. Et si l’envie me prenait, je manquerais aux règles de bienséance et mettrais tous les mécontents dehors, du moins ceux que je soupçonnais l’être. Advienne que pourra ! Et ce n’est pas Farouk ou Clotilde qui interviendraient en leur faveur.

Le Cheikh nous réunit tous et prononça la fatiha. Lui aussi savait reconnaitre les musulmans de chez nous, rien qu’en les regardant agir. Ils avaient gardé ce tic de faire le geste afin de réunir les deux mains pour recueillir la baraka.

Le cheikh devait nous marier selon le saint Coran. C’était l’objet de sa présence dans la maison. Il avait allégé le rituel en raison de la covid-19 et était pressé de repartir. Il partit tout de suite après le dîner avec ses disciples.

A la fin du dîner, nous nous sommes retrouvés de nouveau en famille. Cette fois-ci Farouk ne s’était pas aviné. Lui aussi voulait devenir sobre.

Lorsque nous avions pris nos places dans le salon, il avait engagé une conversation sur Wuhan, sans me demander si j’allais y retourner ou non. Aux dernières nouvelles, celles qui nous avaient réunis avec le patron, il y avait peu de chance que nous reprenions notre boulot à Wuhan. Moi-même, je ne le savais plus. J’étais certain que M Legrant allait opérer une ponction dans ce qui restait comme personnel devant regagner Wuhan. Il optera pour les Chinois. Eux, au moins, ne discutaient jamais dans les ateliers. Ils bossaient comme dix et mangeaient juste leur portion de nourriture.

Je commençais à me demander si cette race ne serait pas supérieure à toutes les autres, eu égard à leur hargne au travail et aux résultats qui en découlaient assez substantiels dans leur ensemble. Ils arrivaient à produire plus avec peu de moyens. C’est ce qu’on appelle communément la productivité. Et les Chinois, ils sont très productifs.

Farouk avait du mal à suivre la conversation. Il était fatigué. Il s’était même assoupi à un certain moment.

Je somnolais à côté de Farouk. C’était dû à la digestion, peut-être. En fin de compte j’ai compris que je devais partir. Il était un peu tard et je ne pouvais pas passer la nuit chez eux, alors j’ai demandé à Clément, avec qui j’avais tissé des liens très amicaux en plus d’être mon beau-frère, de m’accompagner en voiture.

Je tirais ma révérence en leur souhaitant une bonne nuit. Clotilde et Farouk s’étaient regardés et Farouk leva les sourcils en guise de consentement à ce que je parte. Clotilde leva les épaules et s’en retourna aux cuisines où Roseline était affairée avec le lave-vaisselle.

Elle ne savait pas que j’allais partir, sinon elle serait venue me saluer avant mon départ, et moi, je n’avais pas cherché à la voir, traditions kabyles obligeant.

L’humoriste Kabyle Fellag m’aurait approuvé sur ce passage.

J’avais dormi comme un loir. La batterie de mon téléphone était à plat, du coup, je ne saurai jamais qui m’aurait appelé durant tout ce temps, n’étant pas abonné à la messagerie. Je l’ai branché et mis en charge rapide avec l’espoir qu’il me livrait les noms des appelants. A peine avait-il atteint les 5% de charge, je le fis démarrer et vérifiai les appels en absence. J’ai trouvé un seul appel celui de Roseline. Que me voulait-elle à cette heure avancée de la nuit ? Je la rappelai, une fois, deux fois, trois fois. Elle ne décrocha pas. Elle me boudait certainement pour ne pas avoir cherché à la revoir, hier au soir, avant mon départ. Je replaçai le téléphone sur la table basse et m’apprêtai à passer sous la douche. Ce que je fis sans tergiverser davantage. Je repris ma place dans mon fauteuil et mis la télévision en marche. Je zappai les chaînes et m’arrêtai sur une chaine d’informations. On nous apprenait que l’état d’urgence sanitaire est prorogé d’un mois, mais on n’avait rien dit à propos de la levée du confinement. Je changeai de chaines en espérant en apprendre davantage, peine perdue, c’était le statu quo.

Ça ne finira donc jamais ? M’apostrophai-je. Je rappelai Roseline. Elle décrocha à la deuxième sonnerie. Nous avions entamé une conversation sans fin. Elle me suppliait d’aller les voir. J’avais refusé, ne voulant pas être envahissant. Alors je lui ai demandé de venir. Elle accepta. Moins de cinq minutes après, j’ai entendu la porte de l’ascenseur claquer. Je me précipitai vers la porte. Je ne lui laissai pas le temps de sonner. Elle me sauta au cou et me gêna dans mes mouvements quant à refermer la porte. Je le fis à l’aide de mon pied droit. Un claquement sec s’en était suivi, qui aurait alerté le voisinage.

Nous avions eu quelques moments d’égarement, puis nous nous sommes assagis. Nous étions là, discutant comme deux amis. C’était là que j’avais profité de l’opportunité pour lui poser la question inhérente à mon départ à Wuhan, en Chine.

– Tu sais, Roseline, d’un moment à l’autre les autorités vont lever le confinement. Et c’est ce moment qu’attend M. Legrant, mon patron, pour nous renvoyer à Wuhan en Chine. Tu viendrais avec moi ?

Elle marqua un moment d’hésitation. Ses yeux se remplirent de larmes. Elle me regarda, puis baissa la tête pour fixer les arabesques du tapis. Je me disais que j’allais apprendre quelque chose de nouveau certainement. Et ce fut le cas, car Roseline s’était mise à parler de ses parents.

– J’irai avec toi au bout du monde s’il le faut. Mais marions-nous vite d’abord. Nous n’avons pas besoin de fête, juste notre passage à la mairie pour consacrer notre union sur les registres de l’Etat civil. Tout ce que tu avais vu est de la poudre aux yeux. Mon père veut quitter ma mère pour épouser une autre femme. Pour son argent. Il boit beaucoup et passe son temps aux champs de courses. A la maison c’est l’enfer.

Je m’étais dit, dans quel guêpier je m’étais fourré ? J’ai une fille sur les bras, puisque nous sommes fiancés officiellement et une famille au bord de la faillite. Tout compte fait, pour moi, cela ne pouvait pas constituer de problème. La fille à elle seule vaut tout l’or du monde. Je me demandais si Farouk, en me choisissant comme gendre, ne voulait pas sauver sa fille des griffes d’une vie malheureuse. Il se pourrait qu’il ait tapé à la bonne porte. Je savais qu’elle ne me causerait aucun problème si je lui demandais de me suivre au bled. Elle avait tout d’une kabyle, sauf qu’elle ne parlait pas cette langue. Dans la vie, lorsqu’on y est obligé, rien n’est difficile et on peut tout apprendre.

Pour le moment, il n’est pas encore sur le tapis. Il faudrait que je trouve le moyen de remettre de l’ordre dans cette famille, qui avait tant besoin qu’on la sorte de cette mauvaise ornière conjoncturelle, dans laquelle elle s’était enlisée. Il faut tout simplement être aux côtés de Farouk pour l’empêcher de voir ceux qui l’ont amené vers cette descente aux enfers. Il ne le mérite pas. Il devra rebondir sur la déchéance même. Mais pour cela, il aura besoin d’un soutien, quelqu’un devant l’encourager. Et, j’étais tout désigné à cette tâche. Il faut donc profiter de la période de confinement pour engager ce processus de récupération de personnes en danger de déliquescence. Ne partant pas encore à Wuhan, j’avais décidé d’accompagner Roseline à la maison. C’était là, qu’en principe, tout devrait s’organiser.

Clotilde en me voyant arriver derrière Roseline, n’était pas très surprise. On pouvait même dire qu’elle arborait un air de satisfaction. Elle ne cachait pas non plus ses inquiétudes à propos de sa fille, qui commençait à prendre quelques libertés. Après l’avoir gratifiée d’un petit bisou, qui lui rendit son alacrité des premiers jours, j’entrais dans le salon où Farouk occupait son fauteuil habituel. Il se leva instinctivement et vint à ma rencontre. Nous nous sommes dit bonjour à la manière des gens du bled, en se serrant et se tapant sur les omoplates. Puis, nous avions pris place comme d’habitude, lui dans son fauteuil et moi celui contigu au sien. C’était ainsi qu’on pouvait se parler et bien s’entendre même lorsque la télévision était en marche.

De fil en aiguille, nous avions fini par aborder la question des problèmes communs à toutes les familles, lorsque perdurait une crise d’ambivalence sur les idées et les comportements. Je l’avais amené à se confier à moi sur la relation qu’il entretenait avec une riche sexagénaire. Il m’avait avoué ses besoins pressants d’argent frais, que son restaurant ne pouvait pas lui procurer pour satisfaire sa manie du jeu.

J’avoue ne pas avoir cet enclin à tous les jeux, même au 421 que je pratiquais au comptoir avec de bons amis. C’était seulement une façon de lâcher du lest en période où l’oisiveté demandait à être comblée. Mais, je n’en étais pas un mordu.

J’avais un peu d’argent en réserve. Je soupçonnais Farouk d’avoir quelques dettes de jeu. Je suis son gendre, il faudrait bien que je le sorte de ce mauvais pas et lui permettre de repartir du bon pied. C’était ce que je fis dans ce moment. Heureusement, que ces dettes n’étaient pas très importantes. Ce n’était rien, tandis qu’elles auraient pu l’être considérant sa hargne au jeu. Je m’étais rendu compte, que je ne connaissais rien de Farouk, qui cachait ces petits défauts à la perfection. Même ses deux autres enfants n’en savaient rien. Leur père était tout pour eux et rien ne pouvait le dévaloriser à leurs yeux. Quant à Roseline, sa maman lui confiait tout. Elle connaissait tout de son père, qu’elle adorait malgré tout et respectait comme un Dieu.

Le lendemain matin je passais à ma banque et retirais un peu plus que l’équivalent de la dette de Farouk, au grand étonnement de mon banquier. J’avais dû inventer un motif impérieux, pour le convaincre que je ne faisais pas l’objet d’un chantage ou autre coup fourré. Mon compte en banque avait fondu comme neige au soleil. Je m’en foutais royalement. Farouk en plus d’être un ami qui avait besoin d’aide, c’était avant tout mon beau-père. Je lui devais bien ça.

Chez Farouk, nous avions préparé des enveloppes pour chacun de ses créanciers et les appelâmes tour à tour. Tout le monde était sur la paille, de ce fait ils accouraient comme des dératés. Cette question réglée, je laissais le solde à Farouk, qui le remit à Clotilde. Elle nous avait bouleversés. Elle était en pleurs et elle n’était pas la seule, Roseline hoquetait, elle aussi, dans la cuisine. Je n’avais jamais pensé qu’une si petite somme d’argent pouvait rendre le sourire, voire la personnalité à ceux qui pensaient l’avoir perdue, en ayant quelques dettes seulement. Je pensais que l’on pouvait perdre sa personnalité pour bien plus qu’une dette d’argent. L’argent ça se gagne et pour peu que l’on soit économe et prévoyant, on finit par en économiser.

Je m’aperçus que Farouk se sentait diminué en ma présence. C’était là, que je lui fis ma promesse, que les choses allaient en s’améliorant. Nous rendîmes louange à Dieu, dans le salon même, de nous avoir facilité les choses et l’avions prié de nous conduire dans le droit chemin, et, ce, dans l’intérêt de nos enfants et de l’éthique que nulle personne ne devait oublier.

Il fit sermon, devant Dieu et moi, que pareils errements ne se reproduiront plus dans l’avenir.

Je savais qu’il tiendra sa promesse et ne recommencera plus, parce que je serai là pour l’en empêcher. Une nouvelle vie s’annonça pour Farouk et sa famille.

M. Legrant m’avait envoyé un texto. Comme j’étais occupé avec Farouk et sa famille, j’en avais négligé la lecture. Il m’avait demandé de le rejoindre dans son bureau, sans autres explications. J’en fis part à Farouk, qui faillit sortir de ses gonds. Il m’apostropha :

– Tu ne vas pas nous quitter maintenant ? J’ai besoin de toi plus que jamais pour gérer ensemble le restaurant et puis, que va devenir Roseline sans toi ?

Il m’avait attaqué sur un autre front pour lequel j’étais très sensible. Je ne lui avais pas dit qu’une fois que nous serions unis par les liens du mariage, je l’emmènerai avec moi à Wuhan. C’était encore en projet. Je le rassurai.

– Pour le moment je ne sais pas ce que me veut M. Legrant. Et je ne le saurais qu’en y allant.

Sur ces entrefaites il revint à de meilleurs sentiments. Il savait que je disais vrai et qu’il fallait que j’aille à la rencontre de mon patron pour apprendre de quoi il retournait dans cette entreprise.

J’ai donc pris congé de mes futurs beaux-parents et étais parti à l’usine. M. Legrant avait certainement invité d’autres employés pour prendre part à cette petite réunion. A ma grande surprise en arrivant devant le portail, il n’y avait personne d’autre. J’appelai par interphone l’agent de sécurité, lequel m’informa que M Legrant m’attendait dans le pavillon dédié au Showroom et par la même occasion m’ouvrit la porte de l’intérieur. Il y avait un peu de monde à l’intérieur du pavillon, mais ceux qui assuraient la permanence. Ils discutaient avec leur patron en gesticulant et désignant les endroits susceptibles de contenir quelques choses. Je les rejoignis tout en m’intéressant à tous ces mimes. En me voyant, M. Legrant vint à ma rencontre. Les autres étaient restés cloués sur place.

– Bonjour Tarik. Je voulais vous voir ce matin. J’avais un projet à vous soumettre, pour la réalisation.

Intérieurement, je me disais que ce n’était donc pas Wuhan qui était au centre de l’intrigue. Je le laissais aller au bout de sa pensée.

– Tu sais, j’ai envie d’installer ici un bureau de visioconférence avec le monde et particulièrement avec mes ateliers de Wuhan. Je voudrais que tu supervises les installations du début jusqu’à la fin. J’ai quelque chose de semblable à la maison, mais je n’ai plus d’intimité, alors j’ai décidé de l’installer dans cette partie de l’aile du showroom. J’ai déjà pris contact avec la société devant réaliser les travaux. Tu superviseras l’avancement des travaux et m’informeras dès que ce sera prêt. Les travaux commenceront demain à la première heure.

M. Legrant ne badinait pas avec les affaires, sitôt dit, sitôt fait. Je lui répondis, qu’il en sera fait selon ses volontés.

– C’est entendu M Legrant.

C’était une expression qu’il adorait entendre, lorsqu’il donnait des ordres. Et me voici réembauché de nouveau, cette fois-ci en qualité de chef de projet. Je n’étais pas mécontent du tout voire j’étais très heureux. Je ne suis plus en chômage technique, ni oisif non plus. Enfin, de l’occupation !

Nous nous quittâmes sur ces entrefaites. Lui partit, moi j’étais resté sur place pour dégager les espaces nécessaires à l’entame des travaux. Je voulais faire place nette à l’entreprise maitresse de l’œuvre. Je voulais que cela finisse rapidement. Nous avions installé des cloisons amovibles pour séparer les deux locaux et permettre à chacun de travailler sans l’envahissement de l’autre. Je quittais l’équipe du Showroom en les saluant de la main et de loin. Je reprenais ma route en direction de la maison. Je voulais, moi aussi, avoir un peu d’intimité, prendre un bain et me reposer.

De retour à la maison, je reprenais mes habitudes libertaires.

Farouk pensait qu’à mon retour, je devais d’abord passer chez eux pour l’informer de ce qui y retournait, suite au texto de mon employeur. Mais, ce ne fut pas le cas. Alors, il m’envoya Roseline.

Cela faisait du bien que nous nous retrouvions seuls dans cet appartement, qui avait besoin d’un peu d’animation de temps en temps. Tout seul, je ne pouvais bouger que les meubles et faire tinter les ustensiles de cuisine. Mais, il lui faut autre chose, de la vie pour lui communiquer cette chaleur humaine, qui faisait défaut dans bon nombre de logements. Roseline, à elle seule, pouvait faire vibrer des montagnes entières, volubile et énergique. C’était son côté positif de la vie. Je l’informais brièvement de mon entrevue avec le patron. Elle n’avait fait que hocher les épaules. Elle m’avait fait comprendre, que c’était mon job à moi.

Comme nous tardions à rentrer, Clotilde l’appela au téléphone. J’étais en train de m’habiller au moment de l’appel. J’avais compris que nous devions y aller. Elle confirma en me faisant de la main le signe que nous devons partir. J’étais prêt à faire, à pied, les quelques mètres qui me séparaient de la maison de mes beaux-parents.

Au fur et à mesure que le temps passait, je me rendais compte que je devenais la coqueluche de la maison, sans laquelle rien n’allait convenablement. J’étais un peu gêné de voler la vedette à Farouk, qui n’était pas un mauvais gars.

Je me demandais comment avait commencé cette descente aux enfers. Finalement, je me refusais à chercher à comprendre une situation, qui en cachait d’autres certainement et que si elles venaient à être mises à jour, risqueraient de provoquer beaucoup de malentendus préjudiciables à la famille, tandis qu’elle paraissait bien soudée de l’extérieur.

Il n’est pas exclu que Farouk n’ait pas fait l’objet d’une machination pour lui subtiliser son commerce. On avait voulu le ruiner certainement, mais à dessein. Vouloir divorcer pour se remarier avec une fille riche, dénote un besoin pressant d’argent, qu’il ne pouvait combler avec les seules recettes de son commerce. Bref !

Je devrai faire en sorte que la famille redémarrait du bon pied et, ce, dans l’intérêt de tous, moi compris, puisque j’étais sur le point d’épouser Roseline, la sagesse me recommandant la discrétion.

Nous appliquerons l’adage : « Pour vivre heureux, il faut vivre caché », devant se traduire par éviter d’étaler ses problèmes au grand jour dans une société marquée par la médisance.

Roseline demeura silencieuse durant tout le trajet. Accrochée à mon bras, elle s’en servait d’appui quelques fois, telle une estropiée, tandis qu’elle n’en était pas une, c’était même une tigresse capable de faire de grands bonds en avant.

Nous pénétrâmes à l’intérieur de la maison où tout le monde nous attendait avec angoisse. Je ne savais pas pourquoi ils se faisaient du mouron, si c’est pour moi eu égard à l’entrevue que je venais d’avoir avec le patron, ou pour Roseline qui est quand même une fille majeure et vaccinée sur le point de convoler en justes noces. Je ne fis pas cas de toutes ces angoisses et j’étais plus serein que jamais.

Je pris place au salon comme d’habitude, fauteuil contigu à celui du maître de la maison et attendis que l’on ouvrît les débats. Tout le monde me regardait pour me désigner comme premier orateur. Au fond, ils avaient raison, c’était moi que le patron avait appelé et il y avait Wuhan dans l’air. Je commençais ainsi :

– Il n’y a pas d’inquiétudes à se faire. Il m’avait appelé pour me charger de superviser les travaux d’une salle de vidéo conférence avec ses ateliers à Wuhan. Durant cette période de confinement, le patron veut suivre minute par minute ce qui se passe dans ces usines en Chine. A Wuhan, on a installé des caméras dotées de prises de son à chaque coin et recoin de sorte à voir et à entendre tout ce qui se passe dans l’usine sans avoir à se déplacer. Pour le moment, seuls les Chinois y travaillent en raison du confinement et de la fermeture des frontières dans le monde. Nous n’avons pas idée de la durée, celle-ci dépendant des pouvoirs publics de chaque pays.

Farouk se tenait à côté de moi, mais n’avait pas soufflé mot. Il était encore sous l’effet de la surprise de se retrouver créancier de personne. Il admirait Tarik son sauveur d’une humiliation certaine consistant en la perte de son commerce. Qu’en était-il advenu de lui et de sa famille si la situation fut autre ? Des moins que rien dans un quartier où ils dominaient leur classe sociale. Cet homme, ce sauveur méritait tous les égards et à ce titre il devint le pilier de la famille, sans lui la maison se serait écroulée. Alors, il suivait du regard tout ce qui se passait à la maison sans y prendre part vraiment.

On servit le déjeuner. On mangea presque en silence. On entendait les cuillères et fourchettes heurtant le fond des plats.

Tarik pour une fois se servit un verre de vin au grand dam de Roseline et de Clotilde, qui avaient le vin en aversion et qui ne voudraient pas le voir terminer comme Farouk, tombé dans la déchéance et réhabilité par lui. Il regretta son geste devant la surprise générale et ne but que quelques petites gorgées, tandis que Farouk n’y avait même pas touché. Il s’était servi un grand verre d’eau minérale de Saint-Gervais les Bains, venant droit de la montagne du Mont Blanc. Il ne s’était pas senti malheureux, réduit à boire de l’eau minérale, lui le grand buveur de Whisky, à la grande satisfaction de sa famille.

Je m’étais dit, pourvu que cela dure. Farouk pouvait changer et il faudrait que je sois là pour l’en empêcher en lui rappelant son sermon notamment voir l’argent qu’il me devait encore. Dans tous les cas, ma présence l’obligeait à être droit et il n’avait pas d’autres choix.

Ce matin je m’étais levé tôt. Il fallait que je sois présent à l’entame des travaux portant sur l’aménagement d’une salle et d’un circuit de vidéo-conférence avec Wuhan. Il fallait donc que je sois le premier dans l’usine et avant l’arrivée de l’entreprise chargée des travaux. Je quittai la maison en pressant le pas.
En arrivant à l’usine je me présentai devant l’interphone et la caméra pour l’identification avant d’appuyer sur le bouton d’appel. La porte s’ouvrit doucement. Je pénétrai à l’intérieur de l’usine et effectuai un regard circulaire juste pour voir si je n’aurais pas été précédé par l’entreprise de réalisation. Je m’aperçus que non, ce, à ma grande satisfaction. J’entrai ensuite dans le showroom, je pris une chaise et attendis l’arrivée du maître de l’œuvre.
Pendant que je feuilletai les plans, un bruit de moteur attira mon attention. J’allai sortir. Devant la porte je rencontrai l’agent de sécurité, qui m’apprit que l’entreprise était arrivée. C’était une armada d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs que je dus affronter. J’allai à leur rencontre. Avec la covid-19, tout le monde était masqué et ganté. Je les saluai de la tête et les introduisis dans l’aile devant être aménagée.
Ils déballèrent leurs outils et matériels et se mirent à l’œuvre. On ne pouvait pas dire qu’ils ne connaissaient pas leur métier. En un rien de temps les séparations en aluminium furent érigées et on passa aux immenses écrans d’affichage, des caméras, puis au bureau de commande de l’ensemble des instruments installés et enfin au câblage. En une journée, tout fut installé. Je n’avais absolument rien à dire sur la qualité du travail. Tout était parfait. Les premiers essais réalisés avec une de leurs antennes installées à l’extérieur du bâtiment, dans un camion blindé, qu’ils appelèrent laboratoire, furent très concluants. Mais, avec Wuhan, il faudrait la présence de M. Legrant.
Le lendemain matin, M. Legrant signait la réception du projet et pouvait de ce fait communiquer avec son entreprise installée à Wuhan en Chine. Il fut émerveillé et me gratifia d’un sourire plein de satisfaction et de gratitude. La technologie, aujourd’hui, permet de tout faire et d’être au service du citoyen, lorsque les esprits malveillants ne s’en emparent pas pour en faire une arme redoutable et létale.
M. Legrant me confia avant son départ.
– Tarik, j’ai la certitude que vous ne repartirez pas à Wuhan. Je vous confie la gestion de ce projet. Vous devenez de ce fait, le Directeur Général par Intérim de mon entreprise. Nous suivrons tout d’ici, avec des missions sur place le cas échéant. Vous commencez aujourd’hui. J’ai déjà informé par note l’ensemble des services et ateliers constituant « Les Ateliers Electroménagers de France », aussi bien en France qu’en Chine.
Que pouvais-je espérer de plus ? Dieu a été bon pour moi et je le remerciai à notre façon, nous les musulmans, en lui adressant mes louanges et récitant la « Bismi Allah » suivi de la « Fatiha ». Ma piété s’arrêtant là et il n’y a de Dieu que Dieu. Tout le reste est pure spéculation.
Je fus très content, mais le cachai bien. M. Legrant me remerciait, lui aussi, à sa façon et je ne pouvais pas dire, qu’elle n’était pas pour moi la meilleure. Ceux qui furent plus contents encore, ce furent Roseline et ses parents. Ils ne surent pas où mettre leur joie. On n’arrêtait pas de me congratuler, quant aux sourires de satisfaction, j’en enregistrai chaque fois que je croisai leurs regards. Farouk me disait :
– Je ne sais pas, ce que j’ai fait de bien au monde voire au bon Dieu, pour qu’il m’ait gratifié ainsi de la présence, à mes côtés, d’un homme qui nous sauva, ma famille et moi, de la déchéance et devienne l’époux de notre fille unique, que nous chérissons autant que nous chérissons Dieu. Il faudrait bien que je fasse une oblation. Avec la covid-19, cela ne pouvait se faire dans l’immédiat, mais je promets solennellement et devant Dieu de le faire à la fin du confinement.
Je restai silencieux, n’ayant rien à dire pour ces éloges. Mais, intérieurement, je priai Dieu pour le maintenir dans ce droit chemin. Lui, il m’inquiétait beaucoup plus que le reste de la famille, qu’il mettrait dans le désarroi, s’il venait à changer sa conduite actuelle, ne serait-ce d’un iota.
Mon mariage avec Roseline fut des plus simples, à cause de la coronavirus covid-19. Il avait réuni une vingtaine de personnes dont M. Legrant. A la Mairie, nous passâmes devant le Maire, Jacques Tilman, comme une lettre à la poste.
Après ces festivités auxquelles nos propres parents, Farouk et moi, n’avaient pas assisté, Roseline et moi, nous nous installâmes dans mon appartement deux pièces de l’Avenue Henri-Barbusse, à deux encablures de la rue de l’Industrie où habitent ses parents. Nous envisagerons de changer de logement après cette pandémie. Pour le moment, il nous suffit largement.
Je commençais à aimer l’oisiveté, pour passer des journées entières à la maison en compagnie de Roseline. Avec elle, tout paraissait doux et convivial. Nous quittons difficilement notre lit, car c’est là que nous nous sentions mieux accrochés l’un à l’autre comme des frères siamois. Nous faisions tout ensemble et à peine si nous n’allions pas aux toilettes ensemble. Si nous pouvions le faire, nous l’aurions fait.
Un matin que je devais aller travailler, elle s’était levée aussi pour m’y accompagner. Nous avions fait le chemin ensemble, puis elle ne voulait pas revenir. J’ai dû la garder avec moi au bureau. Comme par hasard M. Legrant était de passage. Il ne fut pas étonné de trouver mon épouse avec moi. Il se rappelait bien d’elle à la Mairie, car c’était lui que j’avais désigné comme premier témoin. Il en était très fier et heureux et moi aussi j’en fus de même.
Roseline avait fait une formation à l’université dans la branche des télécommunications. Elle est sortie de l’université avec un diplôme d’ingénieure analyste en télécommunications. Lorsque j'en avais parlé à M Legrant, il avait tout de suite compris l’importance d’une telle main-d’œuvre dans son entreprise. Alors il m’avait dit si elle ne souhaitait pas faire partie de son personnel. Connaissant la situation de son père, j’avais tout de suite accepté. Ses jeunes frères étant encore à l’université, elle viendra en aide à sa famille durant toute la période que durera la pandémie. C’était ainsi que nous étions amenés à vivre et à travailler ensemble.
Tout allait pour le mieux, s’il n’y avait pas eu cet aléa, qui avait surgi pour embrunir la situation. M. Legrant venait d’avoir un infarctus et était hospitalisé dans un état comateux à l’Hôpital Salpêtrière de Paris. J’avais pris un véhicule de service et me présentais à l’hôpital. Peine perdue, étant en soins intensifs, on me refusa de le voir. Je voulais savoir s’il n’était pas atteint de la covid-19. On me rassura que non. Cela m’avait tranquillisé, car nous étions, mon épouse et moi, avec lui, il y avait de cela quelques jours seulement. De retour au bureau, je rassurai Roseline sur le cas de notre patron, de même que ceux qui travaillaient dans le showroom. C’était la moindre des choses à faire. Nous étions en période de la coronavirus covid-19 et les craintes des uns et des autres étaient légitimées. La plupart étaient des pères de famille, qui ne souhaiteraient pas contaminer les leurs de ce nouveau mal du siècle, qu’est la covid-19.
Je repris mon poste de travail et regardai les Chinois travailler, de loin et en différé sur des enregistrements réalisés automatiquement durant la journée dans les différents ateliers, à cause du décalage horaire (+8 h). Mais l’heure GMT en France (+2h) me faisait gagnait deux heures. J’avais déterminé les horaires qui me permettaient de réaliser des directs avec M. Li Fun, que M. Legrant avait nommé provisoirement comme directeur des « Ateliers Electroménagers de France » à Wuhan. Ces horaires étaient fixés de 8 heures à 11 heures locales, soit de 13 h à 17 heures de Wuhan. Quant à la tranche horaire se situant entre 8 heures et 12 heures à Wuhan et 2 heures et 6 heures du matin à Paris, Roseline avait réglé le déclenchement des caméras pour procéder aux enregistrements, qui seront vus en différé. Ainsi, nous savions ce qui se passait dans l’usine à Wuhan continuellement et où les caméras tournaient 24h/24H. Cela devait coûter très cher à M Legrant, mais ce sont là ses désirs. Il voulait suivre en temps réel ce qu’il s’y passait dans son usine à Wuhan. La crainte de tout perdre, pour cause de faillite, était son leitmotiv.
Avec M. Li Fun, nous avions établi un programme dans une tranche d’heures, qui nous permettait de communiquer en direct de 7 heures jusqu’à 11 heures à Paris et 13 heures à 17 heures locales à Wuhan. Les horaires de travail à Wuhan étaient fixés de 08 heures à 17 heures GMT. C’était largement suffisant pour faire le point de la situation et aplanir les problèmes, qui se posaient notamment en matière d’approvisionnements.
M. Legrant avait quitté l’hôpital depuis déjà quelques jours et sa santé s’améliorait progressivement de jour en jour. Je lui rendais compte journellement de la situation de Wuhan, soit par téléphone, soit lors des entrevues qu’il m’accordait chez lui, en présence de toute sa famille, que j’avais fini par connaitre.
Nous assistions de loin aux emmagasinages des produits finis et leur mise en containers lors des expéditions dans les pays d’Asie. M. Li Fun était toujours là, présent à chacune des opérations. Il nous saluait de la main et levait le pouce en l’air, pour nous faire comprendre que tout est maîtrisé.
Roseline, qui n’avait jamais travaillé de sa vie, trouvait agréables les moments passés au bureau. Elle regrettait de ne pas avoir débuté très tôt sa vie professionnelle.
A la maison, ses parents avaient retrouvé leur repaire surtout depuis qu’elle avait commencé à les aider.
Farouk avait repris du poil de la bête et n’attendait plus que le déconfinement pour se retrousser les manches et reprendre son activité habituelle. Il avait gardé un contact avec ses employés pris en charge dans le cadre des lois en vigueur notamment celle régissant le chômage en tant de pandémie et de confinement et des aides accordées par l’Etat. On dirait que le confinement était venu à point nommé pour le sortir de ses fâcheuses habitudes avec ses amis, qu’il ne voyait plus maintenant, et qui avaient tenté de le mettre sur la paille. Ces coups fourrés étaient légion dans les milieux des émigrés. On voyait toujours la réussite de quelqu’un d’autre d’un mauvais œil. Lui, il ne s’était jamais aperçu des manigances que l’on tissait dans son dos. Il avait une entière confiance en ses amis, pour qui, aujourd’hui, il éprouvait beaucoup d’aversion.
Roseline et moi étions en train de prendre notre petit déjeuner, lorsque le téléphone se mit à tinter. On se demandait, qui cela pouvait bien être. Un appel aussi tôt, dans la journée, ne présageait rien de bon. Je n’arrivais pas à croire mes yeux. Le nom affiché sur l’écran était celui de notre patron M. Legrant. Je pris le téléphone et décrochai avec le pouce. La voix fébrile de M. Legrand se fit entendre dans le hautparleur.
– Bonjour Tarik. Excusez-moi d’être matinal. Je suis à l’usine pour un moment, si vous voudriez bien venir me rejoindre.
Ça m’avait fait chaud au cœur d’entendre la voix de mon patron, qui s’était remis de son infarctus. Je lui répondis :
– Bonjour M. Legrant. Heureux de vous savoir en parfaite santé. Nous arrivons dans un moment.
Puis il répliqua :
– Ne vous pressez pas, il n’y a rien d’urgent.
Je connaissais mon patron pour se ronger les ongles, lorsqu’il ne trouvait pas disponibles les personnes qu’il souhaitait voir. Nous étions déjà habillés, je ne savais par quel miracle ou intuition. Alors, nous laissions tomber notre petit déjeuner et partîmes à toute vitesse.
En arrivant, il nous accueillit avec son large sourire, que nous lui connaissions déjà. Après les salamalecs, il nous reprocha :
– J’ai trouvé le système de vidéo conférence arrêté, tandis qu’il devait rester en marche 24/24 heures. Je peux savoir pourquoi ?
Je souris, ce qui l’étonna davantage, et lui répondis :
– Le système n’est pas à l’arrêt. Seuls les écrans sont éteints à cause de la consommation d’énergie. Les disques durs du système continuent d’enregistrer ce qui se passe à Wuhan.
Le geste suivant la parole, je mis en marche tout le système ainsi que la lecture du disque dur sur un autre écran, tandis que les autres nous transmettaient en direct ce qui se passait à Wuhan. Il était très satisfait et n’arrêtait pas de sourire. Il lâcha :
– Je savais que je pouvais compter sur vous. Merci mon petit Tarik de me faire vivre ces situations.
Il continuait de regarder tantôt l’écran du lecteur et tantôt les écrans du direct. Il était émerveillé que la science ait pu nous projeter dans cet avenir où la technologie n’était pas un vain mot. Il appuya sur le bouton d’appel et M. Li Fun apparaissait sur l’écran central. Ils se parlèrent en Chinois. Je découvris pour la première fois une autre face cachée de mon patron. Il m’expliqua par la suite qu’il avait longuement séjourné en Chine et bien après avoir terminé ses études d’ingéniorat en mécanique industrielle. Et, qu’il avait fait ses études dans le même cursus que Li Fun, pour qui il avait beaucoup de considération pour son intelligence et son sens des affaires. Cela ne m’avait pas étonné, puisqu’il faisait preuve de larges connaissances dans le domaine touchant à toute l’industrie. On aurait juré, que c’était lui, qui l’avait créée. Evidemment, la conversation, en Chinois, cachait bien des choses, que nous n’étions pas censés connaitre et à ce titre, je n’y fis même pas allusion lors de nos conversations. Je me contentais des informations qu’il me donnait et en prenais bonne note.
Il opina :
– Mon petit Tarik, je dois maintenant partir. Mes médecins m’ont conseillé un repos complet et je ne devrais pas y déroger. Il faut que je vous apprenne une autre chose. M. Li Fun est mon fondé de pouvoirs auprès de la Banque de Chine où j’ai ouvert mes comptes à la création de cette entreprise. Je lui ai donné quelques instructions en Chinois, pour que cela soit bien clair entre nous et qu’il n’y ait aucune équivoque. Maintenant je vous laisse à vos occupations et continuez de m’informer comme vous le faisiez par le passé. Si j’ai besoin d’informations complémentaires, nous en discuterions au téléphone ou sur place. Au revoir !
M. Legrant parti, nous restions seuls dans l’enceinte de la vidéo-conférence. Il était presque onze heures et demie, M. Li Fun se préparait à partir et nous, aussi, allons le suivre. Brusquement, il apparait à l’écran central. Il nous souriait et levait le pouce droit en signe de satisfaction, et dit d’une voix nasillarde :
– Bonjour Monsieur, Dame. M. Legrant m’a parlé de vous. J’en suis honoré.
Nous lui répondîmes en chœur :
– Tout l’honneur est pour nous.
Puis c’était tout. Il leva la main en guise d’au revoir et disparut comme il était arrivé.
Nous éteignîmes nos écrans et nous nous apprêtâmes à partir nous aussi pour déjeuner. A la reprise, l’après-midi, nous passions notre temps à visualiser la période se situant entre 8 H et 13 Heures en mettant en marche le disque dur du système ayant enregistré les séquences.
Elle voyait Tarik continuant son chemin sans s’inquiéter du téléphone qui sonnait dans l’une de ses poches. Elle fit preuve de nervosité. Si elle pouvait appeler Tarik, elle l’aurait fait de vive voix. Ce n’était pas le cas malheureusement. Tarik était assez loin pour entendre ses appels. Elle enfila un chandail et sortit sans aviser personne. Elle alla à la rencontre de Tarik au coin de l’Avenue Henri-Barbusse et de celle du Général de Gaulle. Elle pressa le pas pour être en avance au point de rencontre. Elle l’y rencontra pile. Leurs regards se croisèrent et une flamme éclaira leurs yeux. Tarik ne voyait plus rien devant lui, son regard étant fixé sur la fille venue à sa rencontre. C’était elle qui balbutia quelques mots :

– Je t’ai vu arriver de loin. J’ai pensé que tu venais chez nous. Mais apparemment, je m’étais trompée.

Tarik finit par se ressaisir. Il lui sourit et dit :

– Je reviens de la réunion que nous avions eue avec notre patron et je crois qu’il veut nous licencier tous à cause du confinement, de la fermeture des frontières et de coronavirus.

Après un moment d’égarement, elle reprit :

– Je t’ai appelé au téléphone, mais tu ne semblais pas vouloir décrocher. Pourquoi ?

Le sourire de Tarik s’étira jusqu’aux oreilles. D’un ton calme, il lui dit :

– C’est tout bête, je l’ai laissé à la maison. Je m’en étais aperçu qu’une fois dehors. Je n’avais pas de temps pour aller le chercher.

Roseline opina de nouveau.

–Toutes mes excuses, j’ai douté de toi. Où est-ce que tu vas comme ça ?

La question fut interrompue par le téléphone de Roseline, qui s’était mis à tinter. Elle sortit le téléphone de sa poche et regarda l’écran. C’était sa mère, qui la cherchait dans toute la maison en vain. D’un geste de la main, elle décrocha. La voix de Clotilde résonna dans le hautparleur.

– Où est-ce que tu es passée ma chérie ? Je t’ai cherchée partout !

La réponse fut timide.

– Ne t’inquiète pas maman, je suis avec Tarik, revenant de son travail où il a eu une réunion avec leur patron. Je ne suis pas loin de la maison.

Sa mère l’interrompit.

– Puisque tu es avec Tarik, amène-le à la maison. Il déjeunera avec nous. La dernière fois, il était parti trop tôt.

Roseline opina de nouveau.

– Je ne sais pas, maman, s’il acceptera de venir. Il faut d’abord qu’il récupère son téléphone à la maison. C’est ça, maman. Ne t’inquiète pas. Prépare-nous seule le déjeuner. Non. Nous ne tarderons pas. A toute, maman.

La conversation prit fin. Tarik qui avait suivi la conversation en fut abasourdi. Non seulement, il devra récupérer son téléphone, mais aussi déjeuner chez son ami Farouk. Il regarda Roseline dans les yeux. Il ne pouvait pas résister à cette supplication. Il lui prit la main et fit les quelques mètres qui le séparaient de son appartement.

Roseline trouva que l’appartement de Tarik était très bien rangé. Tarik est un maniaque de l’ordre. Elle s’affala sur le fauteuil et s’amusa à rejeter ses cheveux vers l’arrière tout en bombant le torse, comme elle l’avait fait la dernière fois à la maison. Elle trouva que Tarik aimait bien ce jeu de séduction.

Le sang de Tarik ne fit qu’un tour et son cœur allait s’arrêter et lui mourir d’une crise cardiaque foudroyante. Il ne pouvait pas s’empêcher de s’asseoir à côté d’elle, mû comme un automate et elle de lui prendre la main, qu’elle caressa affectueusement. Les charmes de Roseline avaient fini par avoir raison de Tarik, qui, maintenant, est à sa merci.

Cet instant d’amour dura quelques moments, avant que Tarik ne se rende compte qu’il était en train de tromper la confiance de ses amis et particulièrement celle de Farouk, qui le considérait à juste titre comme son frère cadet. Il se redressa, au grand dam de Roseline, qui voulait aller plus loin.

Comme une lionne en rut, elle s’étira de tout son corps, fit voleter sa chevelure épaisse et se calma instinctivement, s’apercevant, elle aussi que ce n’est pas le moment de gâcher une relation durable.

Les ébats prirent fin. Tarik opina :

– Arrange-toi dans la salle de bain, nous devons partir, d’autant plus que tu es attendue à la maison.

Elle s’exécuta sans dire un mot. Tarik alla à la fenêtre et regarda dans la rue. Il n’y avait pas âme qui vive. Tous les habitants s’étaient terrés dans leurs logements, seuls les feux d’une voiture de ronde étaient visibles au loin. Tarik s’était dit qu’il ne manquait plus que la police dans le coin. Finalement la voiture avait bifurqué au coin d’une rue pour emprunter l’Avenue Anatole-France, un sens unique devant les mener vers la Garenne-Colombes. Ils ne risquaient pas d’être inquiétés en cours de route.

Roseline sortit de la salle de bain et regarda Tarik dans les yeux.

Tarik ne pouvait pas résister à la tentation de la prendre de nouveau dans ses bras tout en l’entrainant vers la sortie.

En cours de route, elle s’était tellement collée à lui, qu’on penserait qu’il s’agissait de la même personne, ne faisant qu’une.

Leur arrivée à la maison n’étonna personne. Farouk était assis dans son fauteuil, les deux enfants jouant à un jeu vidéo et Clotilde faisant tinter les ustensiles dans la cuisine. Avec son large sourire, Farouk accueillit son ami tout en se levant pour lui faire une accolade. Clotilde vint à son tour et eut droit à deux bises. Ce qui la mit dans tous ses états enthousiastes. Elle regagna très vite les cuisines où sa fille Roseline tentait de rattraper le retard, vint le tour des deux enfants qui clôturaient ainsi les salamalecs. Tarik prit place dans le fauteuil contigu à celui de Farouk, puis opina.

– Je crois que M. Legrant a l’intention de licencier son personnel. A Wuhan, il a recruté des vacataires pour redémarrer l’usine, à l’arrêt depuis cette pandémie.

Après un moment de silence, Farouk répondit :

– Les affaires, aujourd’hui, sont très difficiles à gérer. Tu connais le proverbe de chez nous qui dit : wa madhour, wa dhlahqis, qui veut dire littéralement : l’un n’a pas tort, l’autre c’est son droit. Mais s’il venait à le faire, il aurait à indemniser tout le monde. Il a certainement dû faire ses calculs et qu’il s’était aperçu qu’il était gagnant à moyen terme. Je pense que ce n’est pas le travail qui te manquerait avec ce que tu véhicules comme bagages universitaires.

Tarik n’avait rien entendu de tout ce qu’avait dit Farouk. Il pensait à la manière d'aborder la question de Roseline sans mettre son ami hors de lui-même. Brusquement, il pensa au katana qu’il lui avait rapporté de Chine. Il coupe très bien et il ne sentirait même pas la lame traverser son joli cou. Il passa sa main sur son cou, question de savoir s’il était toujours là. Farouk, se doutant que son ami est mal à l’aise lui dit :

– Quelque chose ne va pas Tarik ? En le fixant dans les yeux.

Tarik ne se doutant pas du piège qu’on lui avait tendu répondit :

– Non ! Tout va même pour le mieux. Je ne savais pas comment aborder la question inhérente à Roseline, mais maintenant que les choses sont on ne peut plus claires, je voudrais l’épouser, avec votre consentement bien sûr.

Comme ça de but en blanc. Cela avait surpris Farouk qui s’attendait à ce que ce soit lui qui fasse ces préliminaires. Que pouvait-il dire ? Lui et son épouse avaient lancé Roseline dans ses jambes, ils en assumaient la responsabilité.

– C’est avec un grand honneur que je vous accorde la main de ma fille. Le métissage va continuer avec vous jusqu’à ce que mes vieilles racines soient retrouvées. Je vous souhaite bien du bonheur à tous les deux. Mais n’oublie pas que c’est ma fille unique. Nous l’avions élevée dans du coton, mais elle fera quand même une bonne épouse. Je vais l’annoncer aux autres membres de la famille.

Il se leva, ne sachant pas où mettre sa joie. Il avait surtout peur que sa fille prenne un mauvais chemin et qu’il ne pourrait rien faire pour la ramener dans le droit chemin. Ainsi, elle épouse un homme de valeur, instruit de surcroît et véhiculant les us et usages de leurs ancêtres. Il se mit à appeler tout le monde.

– Clotilde, Roseline, Clément, Antoine ! Venez, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer ! Venez vite !

Un à un ils regagnèrent le salon où Farouk et Tarik les attendaient avec des sourires aux lèvres. La petite famille venait de s’agrandir d’un membre et bientôt ce sera le tour de Clément et d’Antoine à convoler en juste noce.

– Vous savez, notre famille vient d’enregistrer un nouveau membre en la qualité de Tarik. Il m’avait demandé la main de Roseline, que je lui ai accordée. J’espère que vous n’avez rien à dire de plus. Il nous reste à fixer la date de mariage, que nous célébrerons en privé, sans attendre la levée de boucliers inhérente au coronavirus covid-19, qui pose des problèmes tant sociaux qu’économiques.

Les mouvements de la tête veulent tout dire. Il venait d’avoir l’unanimité pour la décision qu’il venait de prendre.

On pouvait remarquer la fille et la mère se serrant par la taille en signe de victoire. Ce qui n’échappa pas à Farouk, qui eut une risette de joie intérieure.

Tarik, lui, ne s’intéressa pas à ce qui se passait dans le salon. Il n’avait d’yeux que pour Roseline. Il était comme envouté par sa beauté et ce splendide corps. Lorsque leurs regards se croisaient une sorte d’alchimie flottait dans l’air. Les yeux de Roseline se mettaient à briller de mille feux devenant par moments flamboyants. Ses lèvres s’entrouvraient légèrement pour laisser entrevoir une denture blanche et bien alignée.

Pour Tarik le moment d’envisager une autre vie était arrivé. Célibataire, il pouvait faire ce qu’il voulait, mais avec une épouse à son bras, les donnes changent considérablement. Que devrait-il faire lorsque M. Legrant lui demandera de se préparer pour rejoindre Wuhan ? Devrait-il emmener Roseline avec lui, ou devrait-il rentrer d’abord au pays pour présenter son épouse à ses parents ? Il va falloir y réfléchir dès maintenant et pas seul. Il devra le faire avec Roseline voire ses nouveaux parents.

On ne dira pas que Clotilde et Farouk n’ont pas réussi leur coup. Ils venaient d’ouvrir la voie à leurs deux autres fils en les libérant de cette contrainte que leur posait leur sœur. Même si Farouk s’était intégré dans la vie française, il lui reste quelques principes ataviques dont il n’arrivait pas à se débarrasser, entre autres marier les filles avant les garçons, parce que constituant un atout pour réaliser les mariages réciproques permettant de marier les filles en même temps que les garçons.

Pour ce qui concerne Tarik la question ne se posait pas, étant hors du territoire où ce principe demeurait en vigueur.

On ne pouvait pas dire que Clotilde n’était pas heureuse. Pour couronner le tout, elle avait décidé de préparer un repas gastronomique pour le soir. Evidemment, elle n’avait pas l’intention de laisser partir son gendre. Elle l’avait retenu à dîner. C’était aussi l’avis de Farouk, qui trouvera en Tarik non seulement un gendre idéal pour sa fille, mais aussi un compagnon pour engager des discussions sans fin sur le bled.

Lorsque des clients de marque venaient dans son restaurant, il n’hésitait pas à engager une conversation sur la situation algérienne, tant économique, que politique. Il était heureux qu’on trouve en lui un orateur émérite.

Farouk avait fait des études supérieures après l’obtention du bac. Aimant la cuisine, il s’était inscrit par amusement à l’école hôtelière où il obtint sa licence en gestion de l’hôtellerie. Il avait travaillé à l’Hôtel Georges cinq d’Alger pendant un bon bout de temps. C’était là qu’il s’était forgé une personnalité en rencontrant des hommes politiques et surtout des diplomates étrangers.

Mécontent de sa situation stagnante et qui n’évoluait guère, il partît pour la France en congés et ne revînt plus jamais.

Avant de rencontrer Clotilde, il avait travaillé dans quelques grands hôtels parisiens. C’était dans un de ces hôtels qu’il rencontra un vieil homme, M Jean Alberth, qui lui parla de son restaurant. Au début, ils étaient associés. Avec l’âge, le vieil homme avait fini par lui céder ses parts pour vivre retiré dans une de ses propriétés à Saint-Quentin. Farouk lui rendait toujours visite pour lui acheter son cidre et son vin, qu’il servait dans son restaurant. A sa mort, Farouk manqua de peu d’acheter la propriété. Les enchères ayant grimpé très vite, il abandonna, ne voulant pas s’endetter davantage, considérant le prêt qu’il avait obtenu pour l’aménagement de sa résidence.

Nous n’étions pas seuls au dîner. Clotilde et Farouk avaient invité leurs amis les plus proches, pour ne pas dire ceux qui étaient présents la dernière fois, à quelques-uns près. Parmi eux, il y avait aussi quelques musulmans de Kabylie. Cette fois-ci, il y avait même trois invités d’honneur, un Cheikh et deux de ses disciples pour prononcer la fatiha. On ne me présentait pas comme un ami, mais comme gendre, le futur époux de Roseline. J’ai eu droit à quelques accolades et serrement de main. Certaines étaient chaleureuses d’autres glaciales. Allez savoir pourquoi.

J’avais changé de comportement. C’était normal puisque j’épousais Roseline, et puis je me sentais de la famille et à ce titre j’agissais en tant que tel, « aléa jacta ». Moi, j’étais chez moi, enfin presque, ce sont les autres qui ne l’étaient pas. Et si l’envie me prenait, je manquerais aux règles de bienséance et mettrais tous les mécontents dehors, du moins ceux que je soupçonnais l’être. Advienne que pourra ! Et ce n’est pas Farouk ou Clotilde qui interviendraient en leur faveur.

Le Cheikh nous réunit tous et prononça la fatiha. Lui aussi savait reconnaitre les musulmans de chez nous, rien qu’en les regardant agir. Ils avaient gardé ce tic de faire le geste afin de réunir les deux mains pour recueillir la baraka.

Le cheikh devait nous marier selon le saint Coran. C’était l’objet de sa présence dans la maison. Il avait allégé le rituel en raison de la covid-19 et était pressé de repartir. Il partit tout de suite après le dîner avec ses disciples.

A la fin du dîner, nous nous sommes retrouvés de nouveau en famille. Cette fois-ci Farouk ne s’était pas aviné. Lui aussi voulait devenir sobre.

Lorsque nous avions pris nos places dans le salon, il avait engagé une conversation sur Wuhan, sans me demander si j’allais y retourner ou non. Aux dernières nouvelles, celles qui nous avaient réunis avec le patron, il y avait peu de chance que nous reprenions notre boulot à Wuhan. Moi-même, je ne le savais plus. J’étais certain que M Legrant allait opérer une ponction dans ce qui restait comme personnel devant regagner Wuhan. Il optera pour les Chinois. Eux, au moins, ne discutaient jamais dans les ateliers. Ils bossaient comme dix et mangeaient juste leur portion de nourriture.

Je commençais à me demander si cette race ne serait pas supérieure à toutes les autres, eu égard à leur hargne au travail et aux résultats qui en découlaient assez substantiels dans leur ensemble. Ils arrivaient à produire plus avec peu de moyens. C’est ce qu’on appelle communément la productivité. Et les Chinois, ils sont très productifs.

Farouk avait du mal à suivre la conversation. Il était fatigué. Il s’était même assoupi à un certain moment.

Je somnolais à côté de Farouk. C’était dû à la digestion, peut-être. En fin de compte j’ai compris que je devais partir. Il était un peu tard et je ne pouvais pas passer la nuit chez eux, alors j’ai demandé à Clément, avec qui j’avais tissé des liens très amicaux en plus d’être mon beau-frère, de m’accompagner en voiture.

Je tirais ma révérence en leur souhaitant une bonne nuit. Clotilde et Farouk s’étaient regardés et Farouk leva les sourcils en guise de consentement à ce que je parte. Clotilde leva les épaules et s’en retourna aux cuisines où Roseline était affairée avec le lave-vaisselle.

Elle ne savait pas que j’allais partir, sinon elle serait venue me saluer avant mon départ, et moi, je n’avais pas cherché à la voir, traditions kabyles obligeant.

L’humoriste Kabyle Fellag m’aurait approuvé sur ce passage.

J’avais dormi comme un loir. La batterie de mon téléphone était à plat, du coup, je ne saurai jamais qui m’aurait appelé durant tout ce temps, n’étant pas abonné à la messagerie. Je l’ai branché et mis en charge rapide avec l’espoir qu’il me livrait les noms des appelants. A peine avait-il atteint les 5% de charge, je le fis démarrer et vérifiai les appels en absence. J’ai trouvé un seul appel celui de Roseline. Que me voulait-elle à cette heure avancée de la nuit ? Je la rappelai, une fois, deux fois, trois fois. Elle ne décrocha pas. Elle me boudait certainement pour ne pas avoir cherché à la revoir, hier au soir, avant mon départ. Je replaçai le téléphone sur la table basse et m’apprêtai à passer sous la douche. Ce que je fis sans tergiverser davantage. Je repris ma place dans mon fauteuil et mis la télévision en marche. Je zappai les chaînes et m’arrêtai sur une chaine d’informations. On nous apprenait que l’état d’urgence sanitaire est prorogé d’un mois, mais on n’avait rien dit à propos de la levée du confinement. Je changeai de chaines en espérant en apprendre davantage, peine perdue, c’était le statu quo.

Ça ne finira donc jamais ? M’apostrophai-je. Je rappelai Roseline. Elle décrocha à la deuxième sonnerie. Nous avions entamé une conversation sans fin. Elle me suppliait d’aller les voir. J’avais refusé, ne voulant pas être envahissant. Alors je lui ai demandé de venir. Elle accepta. Moins de cinq minutes après, j’ai entendu la porte de l’ascenseur claquer. Je me précipitai vers la porte. Je ne lui laissai pas le temps de sonner. Elle me sauta au cou et me gêna dans mes mouvements quant à refermer la porte. Je le fis à l’aide de mon pied droit. Un claquement sec s’en était suivi, qui aurait alerté le voisinage.

Nous avions eu quelques moments d’égarement, puis nous nous sommes assagis. Nous étions là, discutant comme deux amis. C’était là que j’avais profité de l’opportunité pour lui poser la question inhérente à mon départ à Wuhan, en Chine.

– Tu sais, Roseline, d’un moment à l’autre les autorités vont lever le confinement. Et c’est ce moment qu’attend M. Legrant, mon patron, pour nous renvoyer à Wuhan en Chine. Tu viendrais avec moi ?

Elle marqua un moment d’hésitation. Ses yeux se remplirent de larmes. Elle me regarda, puis baissa la tête pour fixer les arabesques du tapis. Je me disais que j’allais apprendre quelque chose de nouveau certainement. Et ce fut le cas, car Roseline s’était mise à parler de ses parents.

– J’irai avec toi au bout du monde s’il le faut. Mais marions-nous vite d’abord. Nous n’avons pas besoin de fête, juste notre passage à la mairie pour consacrer notre union sur les registres de l’Etat civil. Tout ce que tu avais vu est de la poudre aux yeux. Mon père veut quitter ma mère pour épouser une autre femme. Pour son argent. Il boit beaucoup et passe son temps aux champs de courses. A la maison c’est l’enfer.

Je m’étais dit, dans quel guêpier je m’étais fourré ? J’ai une fille sur les bras, puisque nous sommes fiancés officiellement et une famille au bord de la faillite. Tout compte fait, pour moi, cela ne pouvait pas constituer de problème. La fille à elle seule vaut tout l’or du monde. Je me demandais si Farouk, en me choisissant comme gendre, ne voulait pas sauver sa fille des griffes d’une vie malheureuse. Il se pourrait qu’il ait tapé à la bonne porte. Je savais qu’elle ne me causerait aucun problème si je lui demandais de me suivre au bled. Elle avait tout d’une kabyle, sauf qu’elle ne parlait pas cette langue. Dans la vie, lorsqu’on y est obligé, rien n’est difficile et on peut tout apprendre.

Pour le moment, il n’est pas encore sur le tapis. Il faudrait que je trouve le moyen de remettre de l’ordre dans cette famille, qui avait tant besoin qu’on la sorte de cette mauvaise ornière conjoncturelle, dans laquelle elle s’était enlisée. Il faut tout simplement être aux côtés de Farouk pour l’empêcher de voir ceux qui l’ont amené vers cette descente aux enfers. Il ne le mérite pas. Il devra rebondir sur la déchéance même. Mais pour cela, il aura besoin d’un soutien, quelqu’un devant l’encourager. Et, j’étais tout désigné à cette tâche. Il faut donc profiter de la période de confinement pour engager ce processus de récupération de personnes en danger de déliquescence. Ne partant pas encore à Wuhan, j’avais décidé d’accompagner Roseline à la maison. C’était là, qu’en principe, tout devrait s’organiser.

Clotilde en me voyant arriver derrière Roseline, n’était pas très surprise. On pouvait même dire qu’elle arborait un air de satisfaction. Elle ne cachait pas non plus ses inquiétudes à propos de sa fille, qui commençait à prendre quelques libertés. Après l’avoir gratifiée d’un petit bisou, qui lui rendit son alacrité des premiers jours, j’entrais dans le salon où Farouk occupait son fauteuil habituel. Il se leva instinctivement et vint à ma rencontre. Nous nous sommes dit bonjour à la manière des gens du bled, en se serrant et se tapant sur les omoplates. Puis, nous avions pris place comme d’habitude, lui dans son fauteuil et moi celui contigu au sien. C’était ainsi qu’on pouvait se parler et bien s’entendre même lorsque la télévision était en marche.

De fil en aiguille, nous avions fini par aborder la question des problèmes communs à toutes les familles, lorsque perdurait une crise d’ambivalence sur les idées et les comportements. Je l’avais amené à se confier à moi sur la relation qu’il entretenait avec une riche sexagénaire. Il m’avait avoué ses besoins pressants d’argent frais, que son restaurant ne pouvait pas lui procurer pour satisfaire sa manie du jeu.

J’avoue ne pas avoir cet enclin à tous les jeux, même au 421 que je pratiquais au comptoir avec de bons amis. C’était seulement une façon de lâcher du lest en période où l’oisiveté demandait à être comblée. Mais, je n’en étais pas un mordu.

J’avais un peu d’argent en réserve. Je soupçonnais Farouk d’avoir quelques dettes de jeu. Je suis son gendre, il faudrait bien que je le sorte de ce mauvais pas et lui permettre de repartir du bon pied. C’était ce que je fis dans ce moment. Heureusement, que ces dettes n’étaient pas très importantes. Ce n’était rien, tandis qu’elles auraient pu l’être considérant sa hargne au jeu. Je m’étais rendu compte, que je ne connaissais rien de Farouk, qui cachait ces petits défauts à la perfection. Même ses deux autres enfants n’en savaient rien. Leur père était tout pour eux et rien ne pouvait le dévaloriser à leurs yeux. Quant à Roseline, sa maman lui confiait tout. Elle connaissait tout de son père, qu’elle adorait malgré tout et respectait comme un Dieu.

Le lendemain matin je passais à ma banque et retirais un peu plus que l’équivalent de la dette de Farouk, au grand étonnement de mon banquier. J’avais dû inventer un motif impérieux, pour le convaincre que je ne faisais pas l’objet d’un chantage ou autre coup fourré. Mon compte en banque avait fondu comme neige au soleil. Je m’en foutais royalement. Farouk en plus d’être un ami qui avait besoin d’aide, c’était avant tout mon beau-père. Je lui devais bien ça.

Chez Farouk, nous avions préparé des enveloppes pour chacun de ses créanciers et les appelâmes tour à tour. Tout le monde était sur la paille, de ce fait ils accouraient comme des dératés. Cette question réglée, je laissais le solde à Farouk, qui le remit à Clotilde. Elle nous avait bouleversés. Elle était en pleurs et elle n’était pas la seule, Roseline hoquetait, elle aussi, dans la cuisine. Je n’avais jamais pensé qu’une si petite somme d’argent pouvait rendre le sourire, voire la personnalité à ceux qui pensaient l’avoir perdue, en ayant quelques dettes seulement. Je pensais que l’on pouvait perdre sa personnalité pour bien plus qu’une dette d’argent. L’argent ça se gagne et pour peu que l’on soit économe et prévoyant, on finit par en économiser.

Je m’aperçus que Farouk se sentait diminué en ma présence. C’était là, que je lui fis ma promesse, que les choses allaient en s’améliorant. Nous rendîmes louange à Dieu, dans le salon même, de nous avoir facilité les choses et l’avions prié de nous conduire dans le droit chemin, et, ce, dans l’intérêt de nos enfants et de l’éthique que nulle personne ne devait oublier.

Il fit sermon, devant Dieu et moi, que pareils errements ne se reproduiront plus dans l’avenir.

Je savais qu’il tiendra sa promesse et ne recommencera plus, parce que je serai là pour l’en empêcher. Une nouvelle vie s’annonça pour Farouk et sa famille.

M. Legrant m’avait envoyé un texto. Comme j’étais occupé avec Farouk et sa famille, j’en avais négligé la lecture. Il m’avait demandé de le rejoindre dans son bureau, sans autres explications. J’en fis part à Farouk, qui faillit sortir de ses gonds. Il m’apostropha :

– Tu ne vas pas nous quitter maintenant ? J’ai besoin de toi plus que jamais pour gérer ensemble le restaurant et puis, que va devenir Roseline sans toi ?

Il m’avait attaqué sur un autre front pour lequel j’étais très sensible. Je ne lui avais pas dit qu’une fois que nous serions unis par les liens du mariage, je l’emmènerai avec moi à Wuhan. C’était encore en projet. Je le rassurai.

– Pour le moment je ne sais pas ce que me veut M. Legrant. Et je ne le saurais qu’en y allant.

Sur ces entrefaites il revint à de meilleurs sentiments. Il savait que je disais vrai et qu’il fallait que j’aille à la rencontre de mon patron pour apprendre de quoi il retournait dans cette entreprise.

J’ai donc pris congé de mes futurs beaux-parents et étais parti à l’usine. M. Legrant avait certainement invité d’autres employés pour prendre part à cette petite réunion. A ma grande surprise en arrivant devant le portail, il n’y avait personne d’autre. J’appelai par interphone l’agent de sécurité, lequel m’informa que M Legrant m’attendait dans le pavillon dédié au Showroom et par la même occasion m’ouvrit la porte de l’intérieur. Il y avait un peu de monde à l’intérieur du pavillon, mais ceux qui assuraient la permanence. Ils discutaient avec leur patron en gesticulant et désignant les endroits susceptibles de contenir quelques choses. Je les rejoignis tout en m’intéressant à tous ces mimes. En me voyant, M. Legrant vint à ma rencontre. Les autres étaient restés cloués sur place.

– Bonjour Tarik. Je voulais vous voir ce matin. J’avais un projet à vous soumettre, pour la réalisation.

Intérieurement, je me disais que ce n’était donc pas Wuhan qui était au centre de l’intrigue. Je le laissais aller au bout de sa pensée.

– Tu sais, j’ai envie d’installer ici un bureau de visioconférence avec le monde et particulièrement avec mes ateliers de Wuhan. Je voudrais que tu supervises les installations du début jusqu’à la fin. J’ai quelque chose de semblable à la maison, mais je n’ai plus d’intimité, alors j’ai décidé de l’installer dans cette partie de l’aile du showroom. J’ai déjà pris contact avec la société devant réaliser les travaux. Tu superviseras l’avancement des travaux et m’informeras dès que ce sera prêt. Les travaux commenceront demain à la première heure.

M. Legrant ne badinait pas avec les affaires, sitôt dit, sitôt fait. Je lui répondis, qu’il en sera fait selon ses volontés.

– C’est entendu M Legrant.

C’était une expression qu’il adorait entendre, lorsqu’il donnait des ordres. Et me voici réembauché de nouveau, cette fois-ci en qualité de chef de projet. Je n’étais pas mécontent du tout voire j’étais très heureux. Je ne suis plus en chômage technique, ni oisif non plus. Enfin, de l’occupation !

Nous nous quittâmes sur ces entrefaites. Lui partit, moi j’étais resté sur place pour dégager les espaces nécessaires à l’entame des travaux. Je voulais faire place nette à l’entreprise maitresse de l’œuvre. Je voulais que cela finisse rapidement. Nous avions installé des cloisons amovibles pour séparer les deux locaux et permettre à chacun de travailler sans l’envahissement de l’autre. Je quittais l’équipe du Showroom en les saluant de la main et de loin. Je reprenais ma route en direction de la maison. Je voulais, moi aussi, avoir un peu d’intimité, prendre un bain et me reposer.

De retour à la maison, je reprenais mes habitudes libertaires.

Farouk pensait qu’à mon retour, je devais d’abord passer chez eux pour l’informer de ce qui y retournait, suite au texto de mon employeur. Mais, ce ne fut pas le cas. Alors, il m’envoya Roseline.

Cela faisait du bien que nous nous retrouvions seuls dans cet appartement, qui avait besoin d’un peu d’animation de temps en temps. Tout seul, je ne pouvais bouger que les meubles et faire tinter les ustensiles de cuisine. Mais, il lui faut autre chose, de la vie pour lui communiquer cette chaleur humaine, qui faisait défaut dans bon nombre de logements. Roseline, à elle seule, pouvait faire vibrer des montagnes entières, volubile et énergique. C’était son côté positif de la vie. Je l’informais brièvement de mon entrevue avec le patron. Elle n’avait fait que hocher les épaules. Elle m’avait fait comprendre, que c’était mon job à moi.

Comme nous tardions à rentrer, Clotilde l’appela au téléphone. J’étais en train de m’habiller au moment de l’appel. J’avais compris que nous devions y aller. Elle confirma en me faisant de la main le signe que nous devons partir. J’étais prêt à faire, à pied, les quelques mètres qui me séparaient de la maison de mes beaux-parents.

Au fur et à mesure que le temps passait, je me rendais compte que je devenais la coqueluche de la maison, sans laquelle rien n’allait convenablement. J’étais un peu gêné de voler la vedette à Farouk, qui n’était pas un mauvais gars.

Je me demandais comment avait commencé cette descente aux enfers. Finalement, je me refusais à chercher à comprendre une situation, qui en cachait d’autres certainement et que si elles venaient à être mises à jour, risqueraient de provoquer beaucoup de malentendus préjudiciables à la famille, tandis qu’elle paraissait bien soudée de l’extérieur.

Il n’est pas exclu que Farouk n’ait pas fait l’objet d’une machination pour lui subtiliser son commerce. On avait voulu le ruiner certainement, mais à dessein. Vouloir divorcer pour se remarier avec une fille riche, dénote un besoin pressant d’argent, qu’il ne pouvait combler avec les seules recettes de son commerce. Bref !

Je devrai faire en sorte que la famille redémarrait du bon pied et, ce, dans l’intérêt de tous, moi compris, puisque j’étais sur le point d’épouser Roseline, la sagesse me recommandant la discrétion.

Nous appliquerons l’adage : « Pour vivre heureux, il faut vivre caché », devant se traduire par éviter d’étaler ses problèmes au grand jour dans une société marquée par la médisance.

Roseline demeura silencieuse durant tout le trajet. Accrochée à mon bras, elle s’en servait d’appui quelques fois, telle une estropiée, tandis qu’elle n’en était pas une, c’était même une tigresse capable de faire de grands bonds en avant.

Nous pénétrâmes à l’intérieur de la maison où tout le monde nous attendait avec angoisse. Je ne savais pas pourquoi ils se faisaient du mouron, si c’est pour moi eu égard à l’entrevue que je venais d’avoir avec le patron, ou pour Roseline qui est quand même une fille majeure et vaccinée sur le point de convoler en justes noces. Je ne fis pas cas de toutes ces angoisses et j’étais plus serein que jamais.

Je pris place au salon comme d’habitude, fauteuil contigu à celui du maître de la maison et attendis que l’on ouvrît les débats. Tout le monde me regardait pour me désigner comme premier orateur. Au fond, ils avaient raison, c’était moi que le patron avait appelé et il y avait Wuhan dans l’air. Je commençais ainsi :

– Il n’y a pas d’inquiétudes à se faire. Il m’avait appelé pour me charger de superviser les travaux d’une salle de vidéo conférence avec ses ateliers à Wuhan. Durant cette période de confinement, le patron veut suivre minute par minute ce qui se passe dans ces usines en Chine. A Wuhan, on a installé des caméras dotées de prises de son à chaque coin et recoin de sorte à voir et à entendre tout ce qui se passe dans l’usine sans avoir à se déplacer. Pour le moment, seuls les Chinois y travaillent en raison du confinement et de la fermeture des frontières dans le monde. Nous n’avons pas idée de la durée, celle-ci dépendant des pouvoirs publics de chaque pays.

Farouk se tenait à côté de moi, mais n’avait pas soufflé mot. Il était encore sous l’effet de la surprise de se retrouver créancier de personne. Il admirait Tarik son sauveur d’une humiliation certaine consistant en la perte de son commerce. Qu’en était-il advenu de lui et de sa famille si la situation fut autre ? Des moins que rien dans un quartier où ils dominaient leur classe sociale. Cet homme, ce sauveur méritait tous les égards et à ce titre il devint le pilier de la famille, sans lui la maison se serait écroulée. Alors, il suivait du regard tout ce qui se passait à la maison sans y prendre part vraiment.

On servit le déjeuner. On mangea presque en silence. On entendait les cuillères et fourchettes heurtant le fond des plats.

Tarik pour une fois se servit un verre de vin au grand dam de Roseline et de Clotilde, qui avaient le vin en aversion et qui ne voudraient pas le voir terminer comme Farouk, tombé dans la déchéance et réhabilité par lui. Il regretta son geste devant la surprise générale et ne but que quelques petites gorgées, tandis que Farouk n’y avait même pas touché. Il s’était servi un grand verre d’eau minérale de Saint-Gervais les Bains, venant droit de la montagne du Mont Blanc. Il ne s’était pas senti malheureux, réduit à boire de l’eau minérale, lui le grand buveur de Whisky, à la grande satisfaction de sa famille.

Je m’étais dit, pourvu que cela dure. Farouk pouvait changer et il faudrait que je sois là pour l’en empêcher en lui rappelant son sermon notamment voir l’argent qu’il me devait encore. Dans tous les cas, ma présence l’obligeait à être droit et il n’avait pas d’autres choix.

Ce matin je m’étais levé tôt. Il fallait que je sois présent à l’entame des travaux portant sur l’aménagement d’une salle et d’un circuit de vidéo-conférence avec Wuhan. Il fallait donc que je sois le premier dans l’usine et avant l’arrivée de l’entreprise chargée des travaux. Je quittai la maison en pressant le pas.
En arrivant à l’usine je me présentai devant l’interphone et la caméra pour l’identification avant d’appuyer sur le bouton d’appel. La porte s’ouvrit doucement. Je pénétrai à l’intérieur de l’usine et effectuai un regard circulaire juste pour voir si je n’aurais pas été précédé par l’entreprise de réalisation. Je m’aperçus que non, ce, à ma grande satisfaction. J’entrai ensuite dans le showroom, je pris une chaise et attendis l’arrivée du maître de l’œuvre.
Pendant que je feuilletai les plans, un bruit de moteur attira mon attention. J’allai sortir. Devant la porte je rencontrai l’agent de sécurité, qui m’apprit que l’entreprise était arrivée. C’était une armada d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs que je dus affronter. J’allai à leur rencontre. Avec la covid-19, tout le monde était masqué et ganté. Je les saluai de la tête et les introduisis dans l’aile devant être aménagée.
Ils déballèrent leurs outils et matériels et se mirent à l’œuvre. On ne pouvait pas dire qu’ils ne connaissaient pas leur métier. En un rien de temps les séparations en aluminium furent érigées et on passa aux immenses écrans d’affichage, des caméras, puis au bureau de commande de l’ensemble des instruments installés et enfin au câblage. En une journée, tout fut installé. Je n’avais absolument rien à dire sur la qualité du travail. Tout était parfait. Les premiers essais réalisés avec une de leurs antennes installées à l’extérieur du bâtiment, dans un camion blindé, qu’ils appelèrent laboratoire, furent très concluants. Mais, avec Wuhan, il faudrait la présence de M. Legrant.
Le lendemain matin, M. Legrant signait la réception du projet et pouvait de ce fait communiquer avec son entreprise installée à Wuhan en Chine. Il fut émerveillé et me gratifia d’un sourire plein de satisfaction et de gratitude. La technologie, aujourd’hui, permet de tout faire et d’être au service du citoyen, lorsque les esprits malveillants ne s’en emparent pas pour en faire une arme redoutable et létale.
M. Legrant me confia avant son départ.
– Tarik, j’ai la certitude que vous ne repartirez pas à Wuhan. Je vous confie la gestion de ce projet. Vous devenez de ce fait, le Directeur Général par Intérim de mon entreprise. Nous suivrons tout d’ici, avec des missions sur place le cas échéant. Vous commencez aujourd’hui. J’ai déjà informé par note l’ensemble des services et ateliers constituant « Les Ateliers Electroménagers de France », aussi bien en France qu’en Chine.
Que pouvais-je espérer de plus ? Dieu a été bon pour moi et je le remerciai à notre façon, nous les musulmans, en lui adressant mes louanges et récitant la « Bismi Allah » suivi de la « Fatiha ». Ma piété s’arrêtant là et il n’y a de Dieu que Dieu. Tout le reste est pure spéculation.
Je fus très content, mais le cachai bien. M. Legrant me remerciait, lui aussi, à sa façon et je ne pouvais pas dire, qu’elle n’était pas pour moi la meilleure. Ceux qui furent plus contents encore, ce furent Roseline et ses parents. Ils ne surent pas où mettre leur joie. On n’arrêtait pas de me congratuler, quant aux sourires de satisfaction, j’en enregistrai chaque fois que je croisai leurs regards. Farouk me disait :
– Je ne sais pas, ce que j’ai fait de bien au monde voire au bon Dieu, pour qu’il m’ait gratifié ainsi de la présence, à mes côtés, d’un homme qui nous sauva, ma famille et moi, de la déchéance et devienne l’époux de notre fille unique, que nous chérissons autant que nous chérissons Dieu. Il faudrait bien que je fasse une oblation. Avec la covid-19, cela ne pouvait se faire dans l’immédiat, mais je promets solennellement et devant Dieu de le faire à la fin du confinement.
Je restai silencieux, n’ayant rien à dire pour ces éloges. Mais, intérieurement, je priai Dieu pour le maintenir dans ce droit chemin. Lui, il m’inquiétait beaucoup plus que le reste de la famille, qu’il mettrait dans le désarroi, s’il venait à changer sa conduite actuelle, ne serait-ce d’un iota.
Mon mariage avec Roseline fut des plus simples, à cause de la coronavirus covid-19. Il avait réuni une vingtaine de personnes dont M. Legrant. A la Mairie, nous passâmes devant le Maire, Jacques Tilman, comme une lettre à la poste.
Après ces festivités auxquelles nos propres parents, Farouk et moi, n’avaient pas assisté, Roseline et moi, nous nous installâmes dans mon appartement deux pièces de l’Avenue Henri-Barbusse, à deux encablures de la rue de l’Industrie où habitent ses parents. Nous envisagerons de changer de logement après cette pandémie. Pour le moment, il nous suffit largement.
Je commençais à aimer l’oisiveté, pour passer des journées entières à la maison en compagnie de Roseline. Avec elle, tout paraissait doux et convivial. Nous quittons difficilement notre lit, car c’est là que nous nous sentions mieux accrochés l’un à l’autre comme des frères siamois. Nous faisions tout ensemble et à peine si nous n’allions pas aux toilettes ensemble. Si nous pouvions le faire, nous l’aurions fait.
Un matin que je devais aller travailler, elle s’était levée aussi pour m’y accompagner. Nous avions fait le chemin ensemble, puis elle ne voulait pas revenir. J’ai dû la garder avec moi au bureau. Comme par hasard M. Legrant était de passage. Il ne fut pas étonné de trouver mon épouse avec moi. Il se rappelait bien d’elle à la Mairie, car c’était lui que j’avais désigné comme premier témoin. Il en était très fier et heureux et moi aussi j’en fus de même.
Roseline avait fait une formation à l’université dans la branche des télécommunications. Elle est sortie de l’université avec un diplôme d’ingénieure analyste en télécommunications. Lorsque j'en avais parlé à M Legrant, il avait tout de suite compris l’importance d’une telle main-d’œuvre dans son entreprise. Alors il m’avait dit si elle ne souhaitait pas faire partie de son personnel. Connaissant la situation de son père, j’avais tout de suite accepté. Ses jeunes frères étant encore à l’université, elle viendra en aide à sa famille durant toute la période que durera la pandémie. C’était ainsi que nous étions amenés à vivre et à travailler ensemble.
Tout allait pour le mieux, s’il n’y avait pas eu cet aléa, qui avait surgi pour embrunir la situation. M. Legrant venait d’avoir un infarctus et était hospitalisé dans un état comateux à l’Hôpital Salpêtrière de Paris. J’avais pris un véhicule de service et me présentais à l’hôpital. Peine perdue, étant en soins intensifs, on me refusa de le voir. Je voulais savoir s’il n’était pas atteint de la covid-19. On me rassura que non. Cela m’avait tranquillisé, car nous étions, mon épouse et moi, avec lui, il y avait de cela quelques jours seulement. De retour au bureau, je rassurai Roseline sur le cas de notre patron, de même que ceux qui travaillaient dans le showroom. C’était la moindre des choses à faire. Nous étions en période de la coronavirus covid-19 et les craintes des uns et des autres étaient légitimées. La plupart étaient des pères de famille, qui ne souhaiteraient pas contaminer les leurs de ce nouveau mal du siècle, qu’est la covid-19.
Je repris mon poste de travail et regardai les Chinois travailler, de loin et en différé sur des enregistrements réalisés automatiquement durant la journée dans les différents ateliers, à cause du décalage horaire (+8 h). Mais l’heure GMT en France (+2h) me faisait gagnait deux heures. J’avais déterminé les horaires qui me permettaient de réaliser des directs avec M. Li Fun, que M. Legrant avait nommé provisoirement comme directeur des « Ateliers Electroménagers de France » à Wuhan. Ces horaires étaient fixés de 8 heures à 11 heures locales, soit de 13 h à 17 heures de Wuhan. Quant à la tranche horaire se situant entre 8 heures et 12 heures à Wuhan et 2 heures et 6 heures du matin à Paris, Roseline avait réglé le déclenchement des caméras pour procéder aux enregistrements, qui seront vus en différé. Ainsi, nous savions ce qui se passait dans l’usine à Wuhan continuellement et où les caméras tournaient 24h/24H. Cela devait coûter très cher à M Legrant, mais ce sont là ses désirs. Il voulait suivre en temps réel ce qu’il s’y passait dans son usine à Wuhan. La crainte de tout perdre, pour cause de faillite, était son leitmotiv.
Avec M. Li Fun, nous avions établi un programme dans une tranche d’heures, qui nous permettait de communiquer en direct de 7 heures jusqu’à 11 heures à Paris et 13 heures à 17 heures locales à Wuhan. Les horaires de travail à Wuhan étaient fixés de 08 heures à 17 heures GMT. C’était largement suffisant pour faire le point de la situation et aplanir les problèmes, qui se posaient notamment en matière d’approvisionnements.
M. Legrant avait quitté l’hôpital depuis déjà quelques jours et sa santé s’améliorait progressivement de jour en jour. Je lui rendais compte journellement de la situation de Wuhan, soit par téléphone, soit lors des entrevues qu’il m’accordait chez lui, en présence de toute sa famille, que j’avais fini par connaitre.
Nous assistions de loin aux emmagasinages des produits finis et leur mise en containers lors des expéditions dans les pays d’Asie. M. Li Fun était toujours là, présent à chacune des opérations. Il nous saluait de la main et levait le pouce en l’air, pour nous faire comprendre que tout est maîtrisé.
Roseline, qui n’avait jamais travaillé de sa vie, trouvait agréables les moments passés au bureau. Elle regrettait de ne pas avoir débuté très tôt sa vie professionnelle.
A la maison, ses parents avaient retrouvé leur repaire surtout depuis qu’elle avait commencé à les aider.
Farouk avait repris du poil de la bête et n’attendait plus que le déconfinement pour se retrousser les manches et reprendre son activité habituelle. Il avait gardé un contact avec ses employés pris en charge dans le cadre des lois en vigueur notamment celle régissant le chômage en tant de pandémie et de confinement et des aides accordées par l’Etat. On dirait que le confinement était venu à point nommé pour le sortir de ses fâcheuses habitudes avec ses amis, qu’il ne voyait plus maintenant, et qui avaient tenté de le mettre sur la paille. Ces coups fourrés étaient légion dans les milieux des émigrés. On voyait toujours la réussite de quelqu’un d’autre d’un mauvais œil. Lui, il ne s’était jamais aperçu des manigances que l’on tissait dans son dos. Il avait une entière confiance en ses amis, pour qui, aujourd’hui, il éprouvait beaucoup d’aversion.
Roseline et moi étions en train de prendre notre petit déjeuner, lorsque le téléphone se mit à tinter. On se demandait, qui cela pouvait bien être. Un appel aussi tôt, dans la journée, ne présageait rien de bon. Je n’arrivais pas à croire mes yeux. Le nom affiché sur l’écran était celui de notre patron M. Legrant. Je pris le téléphone et décrochai avec le pouce. La voix fébrile de M. Legrand se fit entendre dans le hautparleur.
– Bonjour Tarik. Excusez-moi d’être matinal. Je suis à l’usine pour un moment, si vous voudriez bien venir me rejoindre.
Ça m’avait fait chaud au cœur d’entendre la voix de mon patron, qui s’était remis de son infarctus. Je lui répondis :
– Bonjour M. Legrant. Heureux de vous savoir en parfaite santé. Nous arrivons dans un moment.
Puis il répliqua :
– Ne vous pressez pas, il n’y a rien d’urgent.
Je connaissais mon patron pour se ronger les ongles, lorsqu’il ne trouvait pas disponibles les personnes qu’il souhaitait voir. Nous étions déjà habillés, je ne savais par quel miracle ou intuition. Alors, nous laissions tomber notre petit déjeuner et partîmes à toute vitesse.
En arrivant, il nous accueillit avec son large sourire, que nous lui connaissions déjà. Après les salamalecs, il nous reprocha :
– J’ai trouvé le système de vidéo conférence arrêté, tandis qu’il devait rester en marche 24/24 heures. Je peux savoir pourquoi ?
Je souris, ce qui l’étonna davantage, et lui répondis :
– Le système n’est pas à l’arrêt. Seuls les écrans sont éteints à cause de la consommation d’énergie. Les disques durs du système continuent d’enregistrer ce qui se passe à Wuhan.
Le geste suivant la parole, je mis en marche tout le système ainsi que la lecture du disque dur sur un autre écran, tandis que les autres nous transmettaient en direct ce qui se passait à Wuhan. Il était très satisfait et n’arrêtait pas de sourire. Il lâcha :
– Je savais que je pouvais compter sur vous. Merci mon petit Tarik de me faire vivre ces situations.
Il continuait de regarder tantôt l’écran du lecteur et tantôt les écrans du direct. Il était émerveillé que la science ait pu nous projeter dans cet avenir où la technologie n’était pas un vain mot. Il appuya sur le bouton d’appel et M. Li Fun apparaissait sur l’écran central. Ils se parlèrent en Chinois. Je découvris pour la première fois une autre face cachée de mon patron. Il m’expliqua par la suite qu’il avait longuement séjourné en Chine et bien après avoir terminé ses études d’ingéniorat en mécanique industrielle. Et, qu’il avait fait ses études dans le même cursus que Li Fun, pour qui il avait beaucoup de considération pour son intelligence et son sens des affaires. Cela ne m’avait pas étonné, puisqu’il faisait preuve de larges connaissances dans le domaine touchant à toute l’industrie. On aurait juré, que c’était lui, qui l’avait créée. Evidemment, la conversation, en Chinois, cachait bien des choses, que nous n’étions pas censés connaitre et à ce titre, je n’y fis même pas allusion lors de nos conversations. Je me contentais des informations qu’il me donnait et en prenais bonne note.
Il opina :
– Mon petit Tarik, je dois maintenant partir. Mes médecins m’ont conseillé un repos complet et je ne devrais pas y déroger. Il faut que je vous apprenne une autre chose. M. Li Fun est mon fondé de pouvoirs auprès de la Banque de Chine où j’ai ouvert mes comptes à la création de cette entreprise. Je lui ai donné quelques instructions en Chinois, pour que cela soit bien clair entre nous et qu’il n’y ait aucune équivoque. Maintenant je vous laisse à vos occupations et continuez de m’informer comme vous le faisiez par le passé. Si j’ai besoin d’informations complémentaires, nous en discuterions au téléphone ou sur place. Au revoir !
M. Legrant parti, nous restions seuls dans l’enceinte de la vidéo-conférence. Il était presque onze heures et demie, M. Li Fun se préparait à partir et nous, aussi, allons le suivre. Brusquement, il apparait à l’écran central. Il nous souriait et levait le pouce droit en signe de satisfaction, et dit d’une voix nasillarde :
– Bonjour Monsieur, Dame. M. Legrant m’a parlé de vous. J’en suis honoré.
Nous lui répondîmes en chœur :
– Tout l’honneur est pour nous.
Puis c’était tout. Il leva la main en guise d’au revoir et disparut comme il était arrivé.
Nous éteignîmes nos écrans et nous nous apprêtâmes à partir nous aussi pour déjeuner. A la reprise, l’après-midi, nous passions notre temps à visualiser la période se situant entre 8 H et 13 Heures en mettant en marche le disque dur du système ayant enregistré les séquences. ...

Publié le 05 Décembre 2020

@AndréSe. Bonjour. Merci pour votre commentaire élogieux. Quant à la déprime qu'il provoque chez certains lecteurs, je pense qu'il faut prendre les choses de leur bon côté, c'est-à-dire, nous avons un virus qui cause des dégâts dans la population mondiale et de l'autre nos scientifiques virologues et épidémiologistes qui ne parviennent pas à endiguer ce mal avec toutes leurs connaissances et leurs esprits de recherches. C'est dire qu'un petit virus parvient à mettre la population du monde en émoi, tandis que l'on s'évertue à dire que bientôt nous serons sur la planète Mars ou le satellite de la terre. travaille-t-on vraiment à juguler cette pandémie ou à faciliter son expansion en travaillant dans l'opacité totale, tandis que les scientifiques devraient faire connaitre leurs travaux aux autres pour faire avancer la science et mener une politique tendant à faire prendre conscience aux gens ne respectant pas les gestes barrières que la propension de ce virus est leur œuvre. S'agissant du grain de sel que je me suis efforcé d'intégrer en la personne de Roseline, c'était surtout, comme vous l'aviez dit, pour rendre le roman agréable à lire, compte tenu de ce que provoque comme drames humains ce satané virus covid-19. Je n'oublierai pas d'ajouter, que pris dans un autre contexte, ce livre pourrait servir à l'avenir de document de référence pour se remémorer cette tragédie que nous vivions depuis presqu'une année et nous n'en sommes pas encore à la fin, les savants du monde ne se donnant pas la main pour peaufiner leurs travaux. Nous demeurons dans l'expectative à voir ce virus prendre le dessus sur la science qui l'avait mis au monde et qu'on ne parvient pas à stopper. Il y a aussi le côté intérêt financier, qui tend à prendre le dessus sur l'intérêt collectif, d'où cet immobilisme à vouloir s'enliser dans des tergiversations. Cordialement.

Publié le 05 Novembre 2020
4
Premièrement votre livre est intéressant car il nous raconte ce que nous avons vécu et ce que nous vivons avec le coronavirus avec l’origine de cette saleté de virus qui nous aura bien mis dans la M…. Même si tout le monde n'est pas d'accord en la matière sur l'origine de ce virus.... Deuxièmement, votre livre est déprimant car il nous ramène à la période déprimante que nous vivons depuis que ce virus satanique a fait notre apparition dans nos vies et qui est à l'origine de nombreux drames. Je pense évidemment à tous ceux et celles qui ont perdu la vie à cause de ce virus et à leurs proches mais je pense aussi à tous les TPE et PME qui ont mis mis la clé sous la porte à cause de celui-ci! Troisièmement votre livre est romancé donc il est agréable à lire car forcément on a une certaine empathie pour vos personnages qui sont sympathiques en eux-mêmes.
Publié le 04 Novembre 2020

@ Jean Jac Merci d'avoir pris la peine de lire mon livre, bien que je ne sache pas si vous aviez été loin ou bien rebuté par le covid-19 et le style de polices, pourtant c'est celui préconisé par monbestseller à savoir le Times News Romans taille 12 et c'est le plus courant chez tous les éditeurs. Quant aux fautes de grammaire et d'orthographe, je crois que les changements que j'avais apportés n'ont pas été enregistrés dans leur globalité. S'agissant du classement du livre, ne pouvant le classer dans les autres rubriques, je l'ai classé dans "Romans" en raison de son contenu faisant référence à un récit. Ce n'est donc pas un livre scientifique même s'il traite du covid-19. Je comprends votre désappointement eu égard à ce qui se passe dans le monde par la faute de ce virus covid-19. Pour la postérité, c'est un livre de référence comme ceux qui avaient traité de la grippe espagnole, de la peste bubonique et passant. Cordialement.

Publié le 04 Novembre 2020

Au delà des questions de grammaire et d’orthographe, je vous avoue que mes yeux ont trouvé le caractère de police que vous avez utilisé bien fatigant à lire. mais surtout, je crois que je n’ai plus envie de lire quoi que ce soit sur ce virus, quelques soient les médias, ça n’arrête pas de la journée, à croire qu’il n’y a plus rien d’autre à dire, sauf hier et aujourd’hui pour l’élection américaine. Je serais curieux de savoir quand vous est venu l’idée d’écrire ce long récit et de détailler par le menu le nombre de cas pays par pays. Quoi qu’il en soit, n’auriez-vous pas du le classer dans une autre catégorie que roman ?

Publié le 04 Novembre 2020

@la miss 6
Bonjour la miss 6. Nous sommes en train d'engager une polémique sur ce qui est juste. Je vous donne raison sur toute la ligne. Lorsqu'on écrit et qu'on ne relie pas son texte avec beaucoup d'attention, on finit par laisser passer des fautes d'inattention. je ne pense pas que j'ai fait des fautes de grammaire. J'ai peut-être usé de temps (conjugaison) qui ne correspondaient pas à la situation. Moi je trouve que c'est normal. Chacun à sa façon de rédiger et il y en a même des gens qui finissent la phrase avec le verbe conjugué au présent, passé ou imparfait. Je vous remercie de vous être donné la peine de relever ces incorrections pour que j'y remédie et c'est ce que j'ai fait. Maintenant s'il subsiste encore des erreurs, je n'y peux rien. A notre âge, on est plus pointilleux. Relisez mon livre et allez jusqu'à la fin et faîtes moi connaitre vos impressions. Cordialement.

Publié le 03 Novembre 2020

@Gerard Lamarque. Bonjour. Merci de vous être donné autant de peine pour trouver tous ces titres. En fait, je voulais modifier mon livre et c'était sans résultat, monBestSeller.com n'acceptant pas de documents Word. Je tenterai en utilisant l'application PDF disponible sur mon smartphone. Cordialement

Publié le 02 Novembre 2020

Bonjour@Mohammed becha; Voici quelques idées de titre; Propagation; Le danger venait de la Chine;- L'intru qui portait le numéro 19- Contamination sournoise- Panique à Wuhan- Fuite à Wuhan- Le nouvel envahisseur- La grande manipulation de Wuhan- Le k19 sauve la planète-Le k19 torpille l'économie- Un intru nommé 19 fait basculé l'économie- Le gouvernement sous la dictature du c19-Le c19 s'attaque au cancer de la planète-Le nouveau k19 est arriver (ça c'est pour plus tard)-Le k19 contre-attaque, c'est maintenant. Vous auriez pu mettre en évidence la légèreté du gouvernement.

Publié le 02 Novembre 2020

@ la miss 5. @la Miss5. Ce n'est pas tout le monde qui maîtrise la langue française, comme vous la maîtrisez. J'ai fait des efforts pour éviter toutes les fautes d'orthographe et syntaxe. Alors, ne m'en veuillez pas trop d'écorcher votre si belle langue. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'aujourd'hui, l'écriture du français est libre et ne s'attache plus au français académique pour exprimer ses sentiments ou relater sous forme romancée une situation et dans notre cas celle d'une covid-19, qui donne du fil à retordre à nos scientifiques virologues et épidémiologues. Je vous remercie de votre franchise et je vous demande en retour de voir mon livre avec un autre œil, celui d'une simple lectrice en quête de nouveauté. Cordialement.

Publié le 31 Octobre 2020

Publié le 01 Novembre 2020

@Gerard Lamarque. Je suis tombé avec deux académiciens en les personnes de M. Kroussar et La Miss. Ils aiment tellement le français, qu'ils ne permettent pas que l'on fasse des fautes d'orthographe, de syntaxe et de ponctuation. Je rejoins M. Boris Phillips qui considèrent ces choses comme superflues lorsqu'on veut exposer ses idées. Les critiques, lorsqu'elles sont constructives, il faut les accepter et ensuite libre à vous de vous améliorer ou de continuer sur votre lancée, en suscitant l'ire des académiciens. Bonne continuation dans votre entreprise littéraire. Écrivez le français comme il vous plait pour peu que vos idées soient bonnes et touchent le lecteur dans son for intérieur. Cordialement.

Publié le 01 Novembre 2020

@Kroussar Bonjour , vous aussi vous faites des erreurs souvenez vous sur un de mes écrits vous aviez dit que c'était une petite grippe , il y avait que 380000 morts à l'époque , regardez maintenant. Ce que j'avais dit se réalise il y aura 5 millions de morts à la fin.

Publié le 01 Novembre 2020

@Kroussar.
Cher Kroussar, je vous remercie de vous être donné la peine de relever ces imperfections, qui je le pense bien, n'affectent pas la qualité du contenu du livre. J'espère que vous aviez été très loin dans la lecture pour en apprécier le contenu. En effet, la Chine est bien au-dessus du tropique du cancer, une petite partie seulement se trouve entre les deux tropiques. Quant à Shanghai, il me semble que les distances sont très relatives, et c'est le port le plus près de Wuhan. Bonne continuation dans votre lecture.
Cordialement.

Publié le 25 Octobre 2020

Cher Mohammed, vous m'avez surpris ! Du moins les dix premières pages...
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Quelques mots qui grattent, quelques perles géographiques et me voilà pris au piège de vous lire, si si...
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Dire que la Chine se trouve en Extrême-Orient est une vision très eurocentriste. La Chine se situe au centre de l'Asie, selon la norme géographique.
Dire que la Chine se situe entre les deux tropiques est totalement inexacte. Elle se situe, à 99%, au-dessus du tropique du cancer.
Dire que Wuhan est une ville non loin du port de Shanghai me semble très relatif ; 9 heures de route pour 840 km, trois jours de navigation sur le Yang zi Jiang pour atteindre le port , mais bon chacun est libre de son point de vue. 
Donc, à très vite pour un retour de lecture. Cordialement Kroussar.

Publié le 25 Octobre 2020