BRISER LA CHAIR

28 pages de Didier Leuenberger
BRISER LA CHAIR Didier Leuenberger
Synopsis

« Sale petit pédé ! Je vais te montrer ce qu’on devrait leur faire à tous ! » s’emporta le père, en frappant encore, mais Arnaud saisit son pied, le renversa de ses dernières forces en lui tordant la cheville, hurla toute sa détresse en un cri déchirant la nuit et demandant « Pourquoi ? ». Il se rua sur le corps de son paternel et le saisit à la gorge de ses doigts puissants. S’il s’était laissé emporter par la colère, Arnaud lui aurait brisé les cervicales d’une seule pression, mais la lueur de la moto de son amoureux clandestin mit en exergue son ombre sur le mur ; le géant qu’il voyait serrant la gorge de ce diable n’était pas lui, assurément, et Arnaud ne voyait personne, à ce moment-là, capable de le lui faire prendre conscience.

1725 lectures depuis la publication le 25 Juin 2018

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7 commentaires , 4 notes Ajouter un commentaire
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©Vevette
Ma chère Yvette, enfin je viens à toi et excuse-moi pour ce retard. J'étais en hibernation le temps des vacances. Permets-moi de te dire d'abord combien je suis ravi de te compter parmi les lecteurs de mBS et bien sûr, comme lectrice de l'un de mes textes. Tu sais combien j'apprécie tes commentaires et ta vision. Un tout grand Merci pour ce premier commentaire posté ici.
Alors pour commencer, je vois que ce texte t'as ému et transporté et pour cause...J'aime ton analyse. Il est vrai que ce qui m’intéresse dans l'écriture, c'est de faire passer un message en allant chercher des choses dans l'intime de mes personnages, que ce soit dérangeant ou pas. Me mettre à leur place est ma façon de faire même si dans ce cas précis, j'ai connu pour ma part un Arnaud qui malheureusement pour lui, ne finit pas aussi bien. Disons que la prise de inconscience et la confiance en soi n'arrivaient à le préserver et c'est une vraie destruction à laquelle j'assistai bien malgré moi. Lorsqu'on a un ami qui ressent ce genre de chose à cause d'un père nauséabond et dangereux, on ne peut être insensible à cette descente aux enfers. Des Arnaud, il y en a plein et ce, malgré nos temps modernes. J'ai écrit ce texte avant tout pour eux. Pour que ça puisse donner un peu d'espoir, car même si c'est horrible et pitoyable, vivre pareil douleur n'est pas une fin en soi. Il faut savoir rebondir et se reconstruire. C'est ce que j'ai tenté par mes mots de décrire dans ce texte. Car si un tel acte d'adulte reste incompréhensible pour moi, il n'en demeure pas moins une réalité. J'ai voulu également montrer à quel point un enfant peut être vulnérable face au symbole parental, et certains parents n se gênent pas pour utiliser ce respect immuable que leur progéniture aura pour eux, pour détruire et faire du mal, simplement. On peut mettre ça sur le compte de l'homophobie ou du racisme, mais cela reste avant tout pour moi, un acte mauvais légué par un être mauvais. Ils existent, même si beaucoup préfèrent l'ignorer pour se prémunir en pensant qu'en les ignorant, ils ne les subiront pas. Pour ma part, j'ai toujours tenu à regarder ce genre de monstre droit dans les yeux sans cligner des paupières, quitte à recevoir une gifle monumentale me plaquant dans une réalité bien réelle. Comment ne le serait-il pas dans cette situation ? J'espère que ce respect immuable que peut vouer un enfant à son père ou à sa mère est bien présenté et démontre la vulnérabilité d'une telle situation. Mais heureusement pour Arnaud, la vie est plus forte que tout, la lumière, une invitation à vivre dans cette deuxième naissance ou la mer devient une mère et la seule qui n'aura jamais pris soin de lui avec autant de respect.
Je te remercie pour ce commentaire et me réjouis de te lire à nouveau sur d'autres sujets.

Bien à toi. Amitié. Didier

Publié le 30 Août 2018

@Didier Leuenberger,

Cher Didier,
Je suis heureuse d'avoir enfin pu lire l'un de tes récits dans son intégralité et te laisser mon ressenti par ce commentaire.
C'est un témoignage des plus poignants que tu nous livres là, des mots forts qui nous transpercent mais qui décrivent bien la triste réalité de la vie et du vécu de ces indésirés de la sacro-sainte normalité de notre société,ces mal-aimés parce que rejetés déjà dès leurs naissances et peut-t'être même dès leurs conceptions pour certains, qu'ils soient déviants ou non, ces écorchés dans leurs chairs et surtout dans leurs âmes. Ton récit aurait pu également s'intituler " L'écorché vif " tellement il est bouleversant et fort, tellement il laisse transparaître cette souffrance intérieure ! Le parcours de vie de ton personnage brise le cœur du lecteur; personnellement ton récit m'a touchée tout au long de sa lecture. Comment rester insensible à de telles souffrances ? comment accepter l'inacceptable ? Je peux comprendre la réaction d'Arnaud face à son bourreau de géniteur, comment un parent peut agir ainsi envers son enfant ? Avec un parent tel que ce monstre, un enfant ne peut pas se construire ni s'épanouir, qu'il aie un penchant ou non ne change rien ! Arnaud aurait pu sombrer dans le funeste mais, au fond de lui, sa soif de vivre, d'affection et d'amour était plus forte que la haine et son envie d'en finir ! Une fin heureuse pr ton personnage qui, comme tu l'as si bien dit toi-même dans l'un des commentaires que tu as laissé et je l'espère aussi, sera pour d'autres un message d'espoir qui leur permettra de rebondir !
Au plaisir de te lire, avec toute mon amitié ! Yvette

Publié le 01 Août 2018

©René Sauvage

Merci pour cette réaction et vos mots qui me vont droit au cœur. Oui ce récit est très fort parce que le sujet à mon humble avis mais ceci est mon point de vue personnel, me semble des plus injustes et se veut me heurter violemment. Dès qu'on touche à la jeunesse et sa vulnérabilité, même si elle a souvent de quoi rebondir, cela me touche, car quoi de plus beau que ce bel âge ou nous sommes sensés découvrir la vie et ses nombreuses possibilités. UN grand Merci à vous.

Publié le 30 Juillet 2018
5
Vos récits sont forts. Et votre manière de les dire tout autant. C’est précis, toujours au profit du texte, avec ce sens aigu de la progression. Merci pour ce partage.
Publié le 08 Juillet 2018

©Boris Phillips
Merci Philippe pour votre commentaire, ça me fait très plaisir. Comme vous pouvez vous en douter, Arnaud ne vient pas des tréfonds de mon imaginaire mais il a été un ami et a inspiré cette histoire qui si elle n'est pas la sienne, aurait pu l'être. Souffrir soi-même est toujours douloureux bien sûr, mais voir souffrir un être cher est encore bien plus douloureux. Face à des Arnaud et peu importe qu'ils soient "déviants" ou non, face à ce besoin de violence dû à un parcours on ne peut plus funeste alors qu'il aurait dû suivre une logique parents-enfants des plus heureuses, on se sent encore bien plus désemparé que lui. Le voyant se détruire sans trouver le réconfort qui pourrait le sauver. C'est toujours dur de voir tomber un proche ami sans pouvoir le sauver. Sans qu'il ne prenne la main qu'on lui tend. Mais la vie n'est pas un conte de fée ça se saurait je pense. Vous comme moi apprécions l'humour et en usons, mais un Arnaud et en l’occurrence cet Arnaud-ci, n'est en effet doté que de cette non-acceptation qui va le suivre toute sa vie, et je le crains, démuni d'humour. Un cabossé qui tente de survivre avec ses fantômes et cette ombre de monstre projetée sur le mur alors qu'il ne désire qu'une seule chose : aimer. Un grand Merci Philippe et au plaisir. Amitiés. Didier

Publié le 05 Juillet 2018

©lamish
Chère Michèle, que de retard dans mes réponses mais me voici. Tout d'abord je constate que vous faites partie du club et vous m'en voyez ravi. Je pense qu'un œil aguerrit comme le vôtre et la bienveillance que vous savez léguer dans vos commentaires tout en disant ce que vous pensez est une bonne chose. J'aime beaucoup lorsque vous parlez de ces phrases assassines que les adultes assènent sans en imaginer la portée. Et ici plus que dans n'importe quelle autre situation, les mots qu'Arnaud reçoit en pleine tronche sont assassins et décisifs dans son parcours tragique. Et comme vous le soulignez si bien, Arnaud lui, est peut-être sauvé mais à quel prix, tandis que d'autres cèdent à leur face obscure. Vous employez des mots forts comme "massacre silencieux" mais comme c'est bien décrit. Je vous remercie pour ce beau commentaire et ce que vous amenez de plus à ce texte- J'ose espérer que quelques Arnaud tomberont sur ce texte et auront une prise de conscience capable de les sauver. C'est à eux que je pense bien sûr, et je suis ravi que le message d'espoir malgré la dureté de ce texte soit perceptible. Une toute belle soirée et de belles découvertes... Amitiés. Didier

Publié le 05 Juillet 2018
5
Vous lire, @Didier Leuenberger, est toujours un plaisir du fait du ciselé de vos récits... Là, j'ai été saisi par le personnage et son besoin de violence dû au rejet de son humanité par ceux dont le "devoir naturel" aurait été de l'aimer et de le magnifier. Sa progression vers une fin volontairement choisie était inéluctable dès ce "cri primaire" qui l'a plongé dans l'univers de la non-acceptation ; aussi par l'accumulation maladroite de ses tentatives d'assumer ce que trop de gens "normaux" considèrent encore comme une déviance. Amicalement. Philippe.
Publié le 03 Juillet 2018
5
Un témoignage poignant. D'autant plus poignant si l'on est capable d'imaginer l'impact de ces tortures sur un jeune esprit, désespérément seul pour se construire. Zéro douceur, zéro amour, zéro réponse, seule l'image d'un homme handicapé du cœur qui le marginalise un peu plus à la découverte de sa tendance sexuelle, qui le regarde comme un monstre... Nous avons tous en mémoire ces phrases assassines que les adultes assènent sans en imaginer la portée. Elles sont souvent déterminantes dans l'affirmation de nous-mêmes, dans nos choix de vie. Arnaud, lui, est sauvé par un instinct qui lui fait opter pour la renaissance à l'amour et à la vie, mais combien cèdent à leur face obscure dans un esprit de vengeance ? C'est un massacre silencieux qui se déroule quotidiennement sous nos yeux. Cette nouvelle est un beau message d'espoir pour tous les Arnaud en souffrance. Merci de la partager ici. Amicalement. Michèle
Publié le 28 Juin 2018

Bonjour@Didier Leuenberger Oui, Didier lorsqu'on lit des romans de fiction emplis de barbarie, notre esprit se dit : Ouf ! ce n'est pas vrai, mais c'est difficile de lire que cela peut être réel. Je pense que seules les personnes qui ont souffert dans leur âme beaucoup plus que dans leur chair peuvent comprendre un texte choc tel que le vôtre qui explique la vie. Et c'est tellement plus confortable de se voiler la face. J'ajouterais une réflexion toute personnelle : contrairement à ce que certains peuvent croire à travers la religion, le paradis et l'enfer existent dans nos existences et non pas comme une bénédiction ou une malédiction après notre mort. Je suis toujours autant surprise de constater qu'au moment où j'écris, votre témoignage (car c'en est un) totalise 227 lectures et que les commentaires qui font du bien à l'âme se comptent sur un seul doigt. Pourquoi écrivons-nous ? Avant tout pour partager, pour nous épancher, pour dénoncer, pour analyser, pour amuser... enfin bref, pour dire. Amitié. Fanny

Publié le 28 Juin 2018

©FANNY DUMOND
Vous avez raison Fanny, la souffrance des coups s'oublie, mais les paroles ne s'oublient jamais. Les mots peuvent être tranchants comme une lame affûtée et créer des cicatrices qui ne se refermeront que difficilement. Je me rends bien compte que ce texte peut être un choc, et comme toute vérité, il ne plaira pas à certains, car on veut bien lire des textes sombres ayant comme protagonistes des Hannibal Lecter ou d'autres tueurs sanguinaires, mais lorsqu'on parle de vraies gens de la vie de tous les jours et qu'on dénonce des situations réelles, cela dérange. Nous avons cette faculté les humains, à croire que nous sommes bons et tolérants alors que nous pouvons être de redoutables barracudas envers nos semblables, et cette vérité-là, n'a rien à voir avec le protagoniste d'une histoire. C'est la vie. En cela, nous préférons souvent ignorer leur existence et faire comme s'ils n'existaient pas vraiment. Mais je suis heureux que ce texte relève aussi et surtout, le fait que les monstres n'engendrent pas forcément des monstres... et ça aussi, c'est une vérité qu'il faut crier haut et fort car malgré que nous aurons vécu de terrible dans notre existence, il n'est pas impossible d'évoluer dans le bon sens et devenir quelqu'un de bien. En vous remerciant pour votre prompte réaction et votre ressenti. Bien à vous et amitiés. Didier

Publié le 27 Juin 2018
5
@Didier Leuenberger "La souffrance des coups s'oublie, mais les paroles destructrices ne s'oublient jamais". La descente aux enfers d'Arnaud, le voleur de câlins et l'éternel incompris, est très difficile à lire, mais elle existe malheureusement. Dieu merci, les monstres n'engendrent pas forcément des monstres. Je le savais que cette lecture me bouleverserait, mais sachez Didier que votre conclusion m'a émue aux larmes. Amitié. Fanny
Publié le 25 Juin 2018