Tribune
Le 23 Jan 2015

La gratuité de l'édition, vue par la co-fondatrice d'idboox (II)

Elizabeth Sutton, co-fondatrice d' idboox, nous livre son opinion sur la gratuité en matière d’édition numérique. Un avis précis mais ouvert.
L'edition numérique gratuite est elle une opportunité ?L'auto-edition peut elle être mise à disposition gratuitement ?

 

  • La gratuité est au centre des débats dans l’édition, autoédition et édition numérique (ou la quasi-gratuité : Kindle, Scribd). Quelle est votre position ? Est-ce bon pour faire connaître des auteurs ? Pour inciter à lire ? Est ce la fin d’un système, la renaissance d’un autre ?

C’est marrant votre question. Quand je travaillais dans l’édition traditionnelle, j’avais un DG un peu rétrograde et j’étais chargée du web marketing. Quand je lui proposais un dispositif lié au Web pour le lancement d’une collection ou d’un auteur, il me disait toujours « Oh, mais Elizabeth, c’est cher le Web ! » et voilà, pour les internautes et certains secteurs professionnels le numérique ne coûte rien et n’a pas besoin d’être rémunéré, vu que tout le monde peut le faire !!! Et pourtant, oui le numérique a un coût, le Web coûte cher et il faut bien se rémunérer pour rentabiliser même à minima. 
La gratuité totale n’est pas un bon plan, ni pour le lecteur ni pour l’auteur à long terme. Je pense que lorsqu’on est auteur il faut pouvoir proposer les deux, un peu de gratuit et du payant. Et puis il y a le vieil adage, disant que tout travail mérite salaire, je pense qu’aujourd’hui plus que jamais c’est d’actualité et surtout pour les auteurs. Se faire connaitre est une chose, établir un lien avec son lecteur est fondamental, mais je ne suis pas certaine que le fait de proposer gratuitement tous ses écrits soit viable à long terme, mis à part pour satisfaire son égo.
Moi je proposerais aux auteurs qui mettent leurs e-books en lecture gratuite et aux internautes de tenter une expérience. Proposer un livre à très bas prix, disons 99 cents et reverser les dividendes à une association de type Human’Esdes qui œuvre pour la lecture dans le monde.
Mais bon je fais un peu de provocation, c’est mon côté « marketteuse ». Ce qui est sûr à mon sens, c’est qu’un livre numérique, pour qu’il soit lu et acheté ne doit pas être vendu à un prix dépassant les 10 euros. Et puis les indés ont un atout, ils peuvent, en toute indépendance, jouer au yoyo avec le prix de leurs livres et l’offrir gratuitement quand bon leur semble.
 

  • Elizabeth, vous avez une fonction de conseil (quelle est-elle ?).  Comment gérez-vous votre temps (vous êtes partout.)

Comment je gère ? (rire). Je jongle et je m’amuse beaucoup. Avoir une casquette de journaliste et de conseil demande discipline et beaucoup d’organisation. Ma fonction de conseil est prenante et j’adore chouchouter mes clients d’autant que la palette est large. Je travaille avec des auteurs pour les accompagner notamment dans le marketing et la com, je travaille avec des éditeurs pour les aider à monter leurs stratégies business et faire connaitre leurs offres, ou alors pour mener la conduite de changement en interne, je travaille avec des bibliothèques pour aider à la transition numérique, des libraires, avec des start-up.
Bref je suis un peu un couteau suisse et surtout je leur propose du sur mesure ! Pour résumer, mes missions vont globalement de la création de l’ISBN à la mise en ligne en passant, bien entendu, par les relations presse et le community management.

 

Cher Maxime. Je comprends votre position. Et le principe de base : tout travail mérite salaire ne peut être contesté. Le débat s'ancre plutôt sur la nature des activités, et pour ce qui nous concerne la littérature. La desintermediation, c'est à dire la disparition de la Maison d'édition comme "selecteur" et "preneur de risque" met le lecteur en relation directe avec l'auteur.

Il n'y a donc plus de filtre. Sans dire que les Maisons d'édition sont un garant de qualité absolu, elles investissent dans un processus d'évaluation qui constitue une sécurité pour l'acheteur.

Pour un auteur indépendant, donner à lire ses écrits me semble important, mais la qualité de lecture et la valeur d'attention des lecteurs est primordiale aussi. Qui va acheter un livre inconnu d'un auteur inconnu ? Sans en faire une recette miracle, la gratuité est l'une des manières d'amorcer la pompe, pas la seule et pas de facon permanente. Mais l'un des moyens.

Christophe Lucius

Publié le 28 Janvier 2015

S'il y a une personne qui peut donner un avis éclairé sur le marché et le milieu du livre numérique, c'est bien Elzabeth. Et donc, merci pour cette prise de position.

En tant qu'auteur, je ne peux qu'abonder dans son sens. L'illusion est de croire que parce que le numérique est accessible techniquement au plus grand nombre, il doit être gratuit. Cela fait longtemps que j'écris, que je produis et que j'assure la promotion de mes livres, je peux faire un retour d'expérience. 

C'est une tâche énergivore et chronophage, et l'écrivain passionné doit consentir à de gros sacrifices pour y parvenir. Cela veut dire moins de vie sociale, moins de vie familiale, moins de loisirs, et un confilt permanent entre le désir de créer de la place à sa passion et consacrer du temps à ses obligations, professionelles ou personnelles.

La moindre des choses serait donc que l'auteur en retire un revenu, même s'il est faible. J'ai eu la chance d'écrire un livre qui s'est très bien vendu (et se vend encore) en numérique, et comme tout auteur qui connait un succès, j'en ai retiré une grande satisfaction, celle de rencontrer mes lecteurs. Mais j'ai pu également réinvestir ces revenus dans un peu de promotion, ou dans l'impression de quelques exemplaires papiers.

Néanmoins, in fine, les sommes tirées de l'éditions sont très faibles, insuffisants pour assurer un revenu même minimal, et à un moment, obligent à faire des choix. A l'époque où j'ai consacré du temps à l'écriture et l'édition de mes livres, j'avais quelques réserves. En un an, elles ont disparu, j'ai du me résoudre à rééquilibrer mon emploi du temps, et donc, j'écris moins.

Mais si j'offrais mes ouvrages, j'aurais sans aucun doute totalement arreté, tout au moins de les diffuser, le temps passé à la promotion étant, selon moi, gaspillé. L'auteur donne de son temps pour apporter du plaisir au lecteur, on ne peut pas en plus lui demander de se vider les poches.

Mon premier roman, je l'ai proposé gratuitement sur feedbook durant plusieurs mois. en échange, je demandais simplement que les lecteurs me donnent leur avis.

Il a été téléchargé près de mille fois, et je n'ai reçu aucun avis. Depuis que mes livres sont vendus sur les plateformes de téléchargement, à un prix, comme le dit Elizabeth très raisonnable, j'ai des retours, des avis, un contact.

Je pense que vendre à bas prix est honnête, offrir tire forcément vers le bas, à terme, ce secteur. Et c'est d'ailleurs ce qu'espère l'édition dite "traditionnelle". Pour elle, les ouvrages gratuits ou à bas prix sont médiocres, bourrés de fautes, pas "markettés", et quasiment invisibles. Pourquoi ? Parce que le numérique ne couvre pas tout. Les correcteurs d'orthographe ou de grammaire sont trop imparfaits, ils réduisent le nombre de fautes mais pas assez pour offrir au lecteur un produit de qualité. Le numérique ne permet pas d'assurer une promotion de qualité sans un investissement conséquent. Le numérique ne permet pas de traduire le livre et de l'ouvrir à d'autres auditoires. Donnez-moi l'exemple d'un auteur qui publie gratuitment ses ouvrages et fasse une tournée de promotion sur les plateaux de télévision.

L'idée selon laquelle le livre numérique ne coute rien est donc fausse, et c'est pourquoi les éditeurs vendent les livres numériques, trop chers peut-être, mais ils les vendent.

Si l'on souhaite que l'édition numérique grandisse, il faut donc que les livres numériques trouvent leur prix de marché permettant de rétribuer décement les auteurs et les services éditoriaux associés. 

Le modèle gratuit, ou le modèle locatif, ne permettent pas ça. Il s'agit là de modèles qui ne sont pas naturels, et dans lesquels, à la fin, l'effort est toujours fourni par l'auteur. Cet effort sans contrepartie n'est pas de nature à encourager les vocations.

Maxime Frantini

 

 

Publié le 25 Janvier 2015

Si on en croit les nombreuses discussions a propos de la gratuite sur les forum Amazon Kindle, il est assez clair maintenant que cette gratuite ne fait guere qu'encourager les lecteurs a demander encore plus de gratuite. Alors bien sur, il y a toujours le cas des series. Effectivement on pourrait penser que donner le premier numero gratuit encouragera les gens a acheter les suivants. Mais cela suppose que le premier de la serie soit si bon, qu'un pourcentage significatif de celles/ceux qui l'ont telecharge voudront lire les suivants qui seront payants.

Le prix en fait n'est pas un probleme en soit. Vous pouvez facilement verifier que de nombreux auteurs (surtout anglo-saxons puisque la France est encore loin derriere) vendent des centaines (voir des milliers) d'ebooks par mois a $4 ou $5. C'est parce qu'ils/elles ont une base de fans qui les suivent et qui leurs permettent de mettre leurs livres dans les meilleures ventes des le debut. Cela genere immediatement des dizaines ou des centaines d'autres ventes qui gardent l'ebook en bonne place dans les classements etc...

Mettre votre livre gratuit ne sert pas a grand chose si personne ne le connait. Il y a constamment des centaines de milliers d'ebooks sur plusieurs plateformes. Ce qui permet d'en telecharger sans arret. Ensuite il faut les lire! Et bien souvent ces ebooks sont simplement telecharges sans jamais etre vraiment lus.

D'ailleurs le systeme KU va encore changer ce probleme de prix. Assez bizarrement, le systeme KU signifie que chaque livre emprunte, quel que soit son prix de depart, sera remunere a $1.4 (c'est le prix actuel). Donc que votre livre soit payant a $0.99 ou $3.99, cela ne change rien. Des qu'il est emprunte au travers de KU, l'auteur recoit $1.4. De nombreux auteurs qui vendaient des livres a $2.99 ou $3.99, ont rale parce que leurs livres etaient desormais empruntes et donc ils/elles ne recevaient plus que $1.4/livre au lieu des 70% de 2.99 ou 3.99. Ils/elles perdent de l'argent.

Mais ceux qui vendaient quelques livres a $0.99 et recevaient 35% de ces $0.99 (soit 0.34 cents) ont pu des lors recevoir $1.4 quand leurs livres ont ete empruntes plutot qu'achetes! Pour eux c'est tout benef! Ensuite un chose etrange s'est passee. Les auteurs se sont dit "les acheteurs qui sont dans le programme KU payent $9.9 par mois pour telecharger autant de livres qu'ils/elles le souhaitent. Et donc ils/elles vont vouloir telecharger des livres chers puisqu'ils/elles en voudront pour leur argent!" Ces auteurs ont pu augmenter le prix de leurs ebooks parce que dans l'esprit des acheteurs KU, plus un livre est cher, meilleur il est, donc plus il est interessant de l'emprunter...!

Ce n'est donc pas si simple, mais la gratuite n'est plus, depuis longtemps, ce geste qu'on pouvait faire pour etre sympa et qui etait vu comme cela. Aujourd'hui la gratuite est devenue un "du". tout doit etre gratuit sur le web puisque, selon beaucoup,  "ca ne coute rien" (regardez les journaux). C'est malheureux mais je ne vois pas ce probleme se resoudre de lui-meme.

Publié le 25 Janvier 2015

Très intéressant tout çà...CC

Publié le 24 Janvier 2015