Interview
Le 10 mar 2016

David Meulemans, un éditeur nouvelle génération.

Intégrer le web dans ses activités d'éditeur, c'est essentiel !Editeur et formateur : David Meulemans aime lire, écrire et former.

« Il faut écrire ce que l’on doit écrire » déclare David Meulemans, fondateur de la maison d’édition « Aux Forges de Vulcain ». Pas de ségrégation : une approche moderne et universelle de l’écriture et de la lecture. Friand des défis provocateurs via ses ateliers en ligne, David est aussi un homme au parcours académique : issu de l'école normale et enseignant, il brûle de passion pour les livres.

Question: 

David Meulemans, vous avez une maison d’édition Aux Forges de Vulcain, quel en est l’esprit ? La ligne éditoriale ? En quoi apporte-t-elle une pierre supplémentaire au monde traditionnel de l’édition ?

Réponse: 

Les Forges de Vulcain sont un éditeur de l’imaginaire. Mais notre approche de l’imaginaire, que ce soit la science-fiction ou la fantasy, est très exigeante. Je vois dans la littérature de l’imaginaire le cœur de la littérature : Homère, Cervantès, Kafka, Vian, sont des auteurs de l’imaginaire. Donc, nous faisons de l’imaginaire, mais avec les mêmes exigences esthétiques, littéraires, morales, que l’on a habituellement à l’égard de la littérature générale. Pour faire simple : un bon livre est un livre qui change le monde. Qui peut nous divertir du monde… mais pour nous y ramener avec plus de force.

Question: 

Vous avez une collection numérique. Quel en est le sens : un laboratoire avant l’édition ? un choix technique à part entière ? Avantages et limites ? Comment les auteurs la perçoivent ?

Réponse: 

Initialement, la collection numérique était un moyen de donner un lieu d’expression à deux formats de la fiction qui sont rarement bien défendus : la nouvelle et la novella. Ces deux genres sont mal servis par l’édition traditionnelle, pour des bonnes et des mauvaises raisons. Le numérique réintroduit une souplesse, en terme de longueur, qui manque au papier. La limite est que le marché du numérique est encore balbutiant. Mais les auteurs aiment ce format, qui leur donne un nouvel espace d’expression.

Question: 

En parallèle et cela vous tient à cœur, vous avez créé Draftquest, un atelier d’écriture virtuel. Ou un peu plus ? Pouvez vous nous en dire quelques mots ?

Réponse: 

En fait, ce n’était pas initialement un atelier d’écriture. C’était simplement un petit logiciel en ligne pour aider les écrivains en herbe à écrire au quotidien et, ainsi, à gagner à assurance. Puis, un certain nombre d’utilisateurs m’ont dit : c’est bien joli d’écrire des premiers jets, de noircir des centaines de pages, mais que fait-on maintenant ? L’idée est alors née d’échanger des conseils, de synthétiser des manuels d’écriture. Et, comme j’ai été enseignant, je conserve la fibre pédagogique, donc, j’ai créé cet atelier virtuel qui a lieu une ou deux fois par an.

Question: 

Considérez-vous que tout le monde a la capacité d’écrire ? Que tout le monde a une capacité à améliorer son écriture ? Ou simplement que tout le monde a le droit d'écrire?

Réponse: 

Je pense que tout le monde devrait écrire – cela reste le loisir créatif le plus simple à pratiquer. Il requiert moins de matériel que les autres ! Mais il est vrai que souvent, l’imaginaire de l’écriture peut être une entrave : les écrivains en herbe se mettent parfois une pression folle. Ils pensent que, s’ils n’écrivent pas comme Flaubert, ils devraient s’abstenir. Or, il faut écrire ce que l’on doit écrire. En outre, la seule manière de progresser dans l’écriture, c’est d’écrire régulièrement et, de temps à autre, de regarder ce que l’on a fait, de ce dire que c’est bien fait… mais que cela peut encore être amélioré !

Question: 

Vous aimez les challenge, l’atelier DraftQuest pour le printemps prochain : 48h pour écrire votre premier roman. Une provocation ?

Réponse: 

Ah ah, oui, c’est une boutade ! Mais pas tant que cela. Ces ateliers « live » sont des ateliers de scénarisation, où j’emprunte beaucoup de trucs, astuces et méthodes au monde des scénaristes, pour aider les écrivains en herbe à réfléchir à la structure de leur histoire. Cela dit, ce qui était une blague finit par faire son petit bout de chemin dans ma tête. En effet, comme un auteur moyen fait 12 000 signes par heure, il suffirait d’écrire 24h d’affilé pour écrire un roman. Bon, pas sûr que le résultat soit beau à voir. Mais cela mérite d’être tenté ! Les 24h de la BD d’Angoulême ont parfois fait apparaître des œuvres superbes, élaborées dans des conditions très contraignantes.

Question: 

Vous dites : « je ne crois pas au génie, je crois au travail. je ne crois pas à la solitude de l’artiste, mais à la bienveillance mutuelle des artisans ». Une phrase que monBestSeller pourrait faire sienne. Pouvez-vous préciser ?

Réponse: 

Je pense que, parfois, ce qui bloque les écrivains en herbe, les empêche d’écrire, c’est qu’ils pensent trop « art » et pas assez « artisanat ». Ils se demandent quel type d’artiste ou d’écrivain ils veulent être, alors qu’il faut plutôt se demander si tel mot est le bon mot, ou si telle scène ne gagnerait pas à être fusionnée avec telle autre, etc. Un grand écrivain français l’a bien mieux dit que moi, en refusant d’employer les mots « écrivains » ou « œuvre », pour parler d’ « écrivants » et de « bouquins ». C’est un bon moyen de rendre réel le travail à faire, de l’arracher à des mythes snobs. Cet écrivain, c’est Martin Winckler, un des écrivains qui a porté le plus loin ce double idéal, d’exigence et de clarté dans l’écriture.

Question: 

Maison d’édition ou atelier d’écriture et de créativité littéraire. Et si vous deviez un jour choisir ?

Réponse: 

Difficile. Je crois que je reste éditeur : c’est parce que je suis éditeur que les ateliers DraftQuest sont utiles. Cela me serait difficile de ne faire que ces ateliers. Mon activité d’éditeur, à lire beaucoup, à corriger beaucoup, nourrit mes ateliers d’écriture. Ma propre créativité se tarirait si je devais cesser d’être éditeur.

Livre Paris 2016

>> Les éditions Aux forges de Vulcain seront présentes sur le stand collectif G69 « Région Ile-de-France » à Livre Paris, du jeudi 17 au dimanche 20 mars 2016. Venez nombreux !

>> Speed Conf « Pourquoi doit-on écrire ? L’édition est-elle une finalité pour tous les auteurs ? »

jeudi 17 mars 14h30-15h. Venez échanger avec David Meulemans sur le stand C52 de monBestSeller

Propos recueillis par Christophe Lucius

@monBestseller: L'écriture ne devrait pas servir de thérapie, ou alors elle n'a pas à avoir plus de deux lecteurs - l'auteur et son psy. Nous racontons des histoires, avec plus ou moins de bonheur et de talent, ces histoires nous font bien sûr porter un regard sur nous même, mais n'allons pas jusqu'à postuler la littérature comme exutoire à une pathologie. Du moins, ce processus-là ne devrait pas être considéré comme au premier plan, mais plutôt comme un soubassement (nécessaire? j'en doute) sur lequel tout l'édifice s'élève jusqu'à le faire oublier. Ou, comme étant aussi une thérapie... pour le lecteur.

La créativité comme indépendante du travail, j'y crois de même très peu: d'une part elle en fait partie intégrante (jusqu'au modeler des phrases, malgré les contraintes de la langue), et sans elle l'écriture devient stérile.

Maintenant, sur cette formule au fond énigmatique parce qu'elle peut porter à des interprétations contradictoires, "il faut écrire ce que l'on doit", voici la mienne. Je ne l'entends pas comme une invitation cathartique, mais surtout comme besoin d'une ouverture "critique" sur le monde, ce qui est déjà ambitieux à titre individuel (mais que l'on peut pratiquer sans être Flaubert). C'est une visée qui justement se fait d'autant mieux par les littératures de l'imaginaire, car elles décalent les points de vue et examinent la réalité sous des angles inhabituels. Avant que d'être des littératures fantasmatiques (ce qu'elles peuvent être aussi), elles sont des miroirs déformants qui montrent d'autant mieux ce qu'il y a à montrer - et ce qu'on doit écrire. Et ceci, sans qu'on soit fondé à se prendre pour plus sérieux qu'un raconteur d'histoires.

Publié le 12 Mars 2016

@Tina Noiret. Oui Tina, mais n'oublions pas que l'auteur écrit pour avoir au moins un lecteur. L'écriture ne peut devenir une thérapie que si elle est partagée par quelques uns . La créativité et la spontanéité est indépendante du travail.

Publié le 10 Mars 2016

J'adhère tout à fait à cette affirmation "Il faut écrire CE QUE L'ON DOIT".

En même temps, et justement, cela mène à une certaine réserve concernant les ateliers d'écriture, et les littératures dites de l'imaginaire. Les noms cités, Homère, Cervantès ... Prenons Kafka, est-on bien sûr que le monde absurde qu'il décrit soit tout à fait imaginaire, ou un reflet de sa cave et de ses relations ?

Homère ? imaginaire, le chant des sirènes ? et les moulins à vent, ne les remuons-nous pas chaque jour ...

En somme, la discipline d'écrire moins incombe à chacun et permettrait de ne pas noyer les textes écrits par nécessité, écrits par la vie elle-même ... L'oeuvre nommée Kafka est bien une oeuvre écrite par la vie même de cet auteur ... S'il écrirait sur internet, le ferait-il par défi et virtuosité ? J'en doute ...

Bien sûr, ces propos doivent être tempérés car ils occultent d'autres aspects de la créativité.

En tous cas, il faut admettre que Drafquest est assez impressionnant ... Bravo !

Publié le 10 Mars 2016