Séries
Le 01 juin 2016

TANAGA d'Alice Quinn - Chapitre 9 : Luz

Un nouvel épisode de TANAGA, la série d'héroïc fantasy d'Alice Quinn à retrouver et à lire en ligne gratuitement tous les mercredis et samedis sur le site. Saison 1 : Les ÉCORCHEURS - Chapitre 9 : LUZ.
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Chapitre 9

Luz

Au réveil, Théo fut rétrospectivement profondément effrayée par ce qui s'était passé durant la nuit. Après tout, elle s'était trouvée seule chez elle avec un Écorcheur, comme si le Jeu continuait dans sa propre maison. D'accord, elle avait réussi à le faire disparaître, mais c'était peut-être un hasard, ou alors, un cas exceptionnel. Qui pouvait dire si la prochaine fois ça marcherait ?
Pour tout arranger, sa douleur à la cheville s'était aggravée et la peau à cet endroit était à présent boursouflée et bleutée.
De plus, un sentiment de culpabilité commençait à la ronger. En quittant son appartement, en se rendant au lycée, une seule pensée l'habitait : il fallait qu'elle transmette à ses amis Guerriers, ses alliés, le moyen qu'elle avait expérimenté pour neutraliser les Écorcheurs lorsqu'ils se matérialisaient.
Si elle ne le faisait pas et qu'il leur arrivait quelque chose de grave, elle s'en voudrait toujours. Mais comment entrer en contact avec eux sans utiliser le Web ? Ne risquait-elle pas de se mettre en danger aussi, ou de compromettre leur tout nouveau plan ?
Elle suivit les cours dans un état second, comme d'habitude et elle profita du temps libre qui suivait la cantine pour se rendre dans la bibliothèque du lycée et demander à se servir d'un ordinateur. En principe, les élèves avaient le droit de faire des recherches sur Internet, mais pas de jouer en ligne.
Plutôt que de mentir au risque de se faire surprendre, elle préféra assurer ses arrières avec un demi-mensonge, en prétextant qu'elle avait des recherches à faire sur les jeux électroniques, pour un exposé sur ce thème. La documentaliste accepta de fermer les yeux pour une fois, exceptionnellement.
En trois clics, elle ouvrit le Jeu et son avatar, Fennec des Sables et se trouva directement propulsée sur le niveau 5.
Une atmosphère de liesse emplissait le paysage, des tentures flamboyantes virevoltaient autour d’un grand tréteau dressé au milieu d'un pré fleuri dans une vaste clairière. Les éclats de deux soleils jouaient à travers les feuilles frémissantes des arbres.
Un autel improvisé richement orné faisait face à la scène, sur laquelle cinq épées toutes neuves, incrustées de pierreries étincelantes, reposaient, attendant leurs heureux propriétaires.
Théo comprit tout de suite que la fête qui se préparait était celle de leur adoubement comme Guerriers Glorieux et elle frissonna en repensant aux avertissements du Grand Chat.
Malgré tout curieuse, elle fit avancer Fennec des Sables d'un pas précautionneux, attentive à tout ce qui l'entourait et à tout ce qui pourrait surgir inopinément et elle le fit s'approcher des épées qui allaient devenir les leurs. Là, Théo ne put résister à l'envie de lui en faire saisir une.
Le bras de l'icône s'avança sur l'écran et ce fut quand la petite effigie de Fennec des Sables toucha l'épée que cela se produisit.
Un long soupir semblant jaillir des entrailles du Monde se propagea dans la longue salle de la bibliothèque, évoluant entre les livres et la table, surprenant les usagers qui interrompirent leurs activités.
Une bourrasque de vent incongrue, inattendue à l'intérieur d'un bâtiment, gémissante comme la plainte d'un animal malade, ravagea l'ordre paisible de la pièce.
Une baisse de l'éclairage électrique la plongea dans une brusque obscurité.
Le sentiment d'être aspirée, happée, envahit violemment Théo, s'insinuant à l'intérieur de son corps, de ses doigts posés sur la souris jusqu'à son cœur lui-même, pour finalement la harponner brutalement.
Et Théo fut soudain avalée par l'écran.
Ça ne dura pas plus de quelques secondes et lorsque Théo, la vraie Théo, se retrouva sur ses deux pieds, ébahie, au beau milieu du pré en fleurs préparé pour la fête, devant des tréteaux dressés, tenant à la main une épée étincelante de pierreries, si lourde qu'elle avait du mal à la soulever, sa première réflexion fut bêtement : tiens, je ne pensais pas que c'était si grand et ensuite : Que va dire la docu, quand elle va voir que je suis partie sans signer le cahier ?
Il lui fallut quelques minutes pour réaliser ce qui s'était vraiment passé.
Que faisait-elle là, en chair et en os, au beau milieu de l'image-écran ? Ce n'était pas possible. Ce genre de choses n'arrivait que dans les films fantastiques.
Mais elle n'eut guère le temps de réfléchir à sa situation car subitement le ciel se chargea de lourds nuages noirs, le soleil fut entièrement voilé et un vent violent se mit à souffler, emportant avec lui les éléments qui décoraient la scène : fleurs, rubans, branchages.
Elle sentit alors le frémissement qui généralement lui annonçait, lorsqu'elle jouait - comme si elle avait été dotée d'un don de double vue -, l'arrivée des Écorcheurs. À peine eut-elle tourné la tête vers une ombre pressentie sur sa gauche qu'elle fut propulsée à terre à quelques mètres de là où elle se tenait.
Par les rognures avariées de détritus puants ! pensa-t-elle. Manquait plus que ça !
Son bras avait violemment heurté un pilier et elle crut son épaule démise. Un regard vers ce qui l'avait frappée lui confirma le pire.
Il y avait bien là un Écorcheur, armé jusqu'aux dents. C'était un soldat de la cohorte reptilienne, un fantassin.
Leur armure en métal imitait un corps de dragon. Ils portaient un casque ressemblant à une tête de saurien et une queue hérissée d'écailles tranchantes comme des lames de rasoir, articulée, leur permettant de blesser l'ennemi à la fois par le côté et l'arrière mais aussi de se reposer sur trois appuis, la queue faisant office de soutien. Leur chef était Othan.
Actuellement, l’Écorcheur semblait seul, mais rien ne laissait supposer qu'il l'était vraiment et Théo se releva lentement pour lui faire face, en priant pour que les autres ne surgissent pas autour de lui.
C'était bizarre, cette sensation d'être dans le Jeu, de se battre, de jouer, en quelque sorte, sauf que les coups faisaient vraiment mal et que sa vie était réellement en danger.
Tout en Théo se révoltait à l'idée de croire que ce qui lui arrivait était réel mais, heureusement, il se trouve qu'elle abritait en elle des réserves vives de réflexes de survie et que son corps et une partie de son cerveau, au lieu de perdre son temps en conjectures, affrontaient sans faillir la suite des événements, avec le farouche désir de vaincre.
Elle comprit vite la façon dont elle devait tenir son arme. Inutile d'essayer de s'en servir avec une seule main. Il lui fallait l'empoigner avec les deux et la maintenir haut. C'était sûrement la raison pour laquelle le manche était si long.
Elle se mit à fendre l'air devant elle, bien que sa cheville blessée l'empêchât de prendre un appui solide et avec surprise, elle remarqua un mouvement de recul chez son adversaire.
L’Écorcheur battait furieusement l'air de sa queue et de la fumée opaque jaillissait des naseaux de son casque. Ses yeux roulaient dans leurs orbites et il se dressait de toute sa hauteur au-dessus de Théo, la dominant largement, cherchant le moyen de l'écraser sans se faire piquer par son épée.
Tout en évitant ses larges coups de griffes articulées qui couvraient le bout de ses gants, elle réfléchissait au meilleur moyen d'en venir à bout.
Plus petite que lui, elle aperçut sous la cuirasse un espace ventral non protégé et elle comprit que c'était le seul endroit où elle pourrait le toucher pour le mettre hors d'état de nuire.
Elle visa donc le ventre et sauta vers lui, droit devant, effleurant sa peau visqueuse de la pointe de son épée. La violence de son coup fut détournée par un revers griffu qu'elle se prit par le travers et qui de nouveau la propulsa à terre.
Sonnée, elle secoua la tête, mais un sourire s'épanouit sur ses lèvres lorsqu'elle s'aperçut qu'elle avait réussi à s'agripper à son épée et qu'elle ne l'avait pas lâchée.
Maigre consolation peut-être, mais cela lui suffit pour reprendre du poil de la bête.
L’Écorcheur, sans attendre, en poussant un long hurlement qui parut émerger des entrailles de la Terre, propre à semer la terreur dans toute la région, fondit sur elle et la plaqua au sol sans effort, évitant l'épée et continuant son beuglement dissonant et strident. Galvanisée par sa peur, Théo se mit à hurler elle aussi et le cri qu'elle poussa lui permit de trouver en elle une ressource enfouie au plus profond qui l'aida à se glisser hors des griffes de son ennemi.
Elle frappait de toutes ses forces avec son épée, dans un âpre et urgent appétit de survie, mais les coups qu'elle donnait, qui lui déchiraient chaque fois les épaules et les poignets, tant l'épée était lourde, ne faisaient que rebondir sur la cape métallique du fantassin-dragon.
Quand elle tomba sur le dos et qu'elle le vit se préparer à sauter sur elle, elle comprit qu'il s'agissait de son ultime chance et elle réussit à placer son épée de telle sorte que l’Écorcheur soit blessé au ventre par son propre assaut. Il ne vit pas venir le piège qui l'attendait et s'y embrocha avec un glapissement de douleur assourdissant.
Théo n'eut le temps ni de réaliser qu'elle avait tué quelqu'un ou quelque chose, ni même de savourer sa victoire.
Dégoulinant du sang écœurant de l’Écorcheur, elle tentait péniblement de se relever lorsqu'un deuxième soldat, identique au premier, fondit sur elle.
Savent-ils immédiatement lorsque l'un des leurs meurt et peuvent-ils le remplacer instantanément ? se surprit-elle à penser dans sa panique.
Mais elle ne s'attarda pas à trouver une réponse et elle tourneboula loin de l’Écorcheur abattu afin de pouvoir affronter le nouveau.
Son épée lui glissait des mains, le manche rendu poisseux par le sang du mort. Elle s'essuya à son jean et regretta de n'avoir pas sur elle l'armure touareg de Fennec des Sables. Au moins se serait-elle sentie un tout petit peu moins vulnérable.
Le nouvel Écorcheur ne perdit aucun temps à observer le corps de son compagnon étendu dans une mare de sang sombre déjà presque entièrement coagulé. Il possédait la particularité de cracher de longs jets d'une salive gluante et verdâtre, qui consumait ce qu'elle touchait, transformant la matière en fumée nauséabonde.
À plusieurs reprises, Théo évita de justesse le jet incandescent, mais quand l’Écorcheur poussa un cri de guerre et l'empoigna par un bras à l'aide de ses pattes griffues et articulées, elle ne parvint pas à s'en dégager à temps.
Théo se débattit de toutes ses forces, donnant des coups d'épée féroces sur la main-patte qui l'immobilisait, mais sans succès, déjouée par la cuirasse. Elle n'arrivait même pas à lui tirer le moindre soupir, alors qu'elle-même ahanait et gémissait de douleur, bruyante comme une locomotive à charbon dans un film sur l'ancien temps.
Impossible, d'où elle était, de voir si cet Écorcheur possédait la même défaillance physique au ventre que le précédent, qui lui aurait permis de l'atteindre, lui aussi.
L’Écorcheur lui saisit brutalement l'autre bras, ce qui lui fit lâcher son épée. Un cri de rage et de déception jaillit de la bouche de Théo.
Puis elle se mit à crier :
– Hé, attendez, je ne fais pas partie de ce jeu, je suis un vrai être humain, je n'ai rien à voir avec vos histoires. Vous vous trompez de cible !
Peine perdue. Elle ne savait même pas s'il comprenait sa langue. Une fois débarrassé de l'épée de Théo, il la souleva de terre en resserrant son étreinte et il l'approcha de son visage. Son haleine fétide fit tousser Théo et elle faillit s'en étrangler, suffoquant spasmodiquement, terrorisée à l'idée qu'il se mette à lui cracher son acide sur le visage, la défigurant à jamais.
De sa main libre, il cueillit un peu de sang noirâtre sur le torse de Théo, le sang de l’Écorcheur qu'elle avait tué et il le porta à sa bouche. Sa langue verdâtre aspira et goûta le liquide et un beuglement de courroux jaillit de sa gorge, pétrifiant Théo.
Il la relâcha de toute sa hauteur et, avant qu'elle ne touche le sol, il l'envoya valdinguer au loin en un coup de queue rageur, qui lui arracha des larmes en même temps qu'un bout de peau.
En un bond, il fut de nouveau sur elle et il la saisit par un pied, la tirant derrière lui et s'éloignant de la clairière à grands pas. La tête de Théo heurta une pierre et elle perdit connaissance.
Lorsqu'elle revint à elle, ce qui l'étonna le plus fut le calme environnant. En tournant légèrement sa tête douloureuse, elle remarqua d'un seul coup d'œil le corps du second Écorcheur sans vie à quelques mètres et, assis sur son dos écaillé, le Grand Chat, l'air fort satisfait.
– Que s'est-il passé ? demanda Théo.
– Je viens d'en venir à bout, répondit Lully. Ça n'a pas été facile, il ne voulait pas te lâcher, le chien. Je sais pourquoi. Il t'emmenait de force à Torfed. C'est leur repaire. Une fois à l'intérieur, les sortilèges auraient été au-dessus de mes capacités pour t'en faire sortir. Mais que fais-tu ici ? Je vous avais dit de ne pas venir à l'adoubement. Tu es la seule à ne pas avoir suivi mon conseil. Pourquoi ?
– J'ai découvert quelque chose d'important pour empêcher l'intrusion des Écorcheurs dans notre vie de tous les jours. Je voulais en faire part aux autres, par solidarité.
– De quoi parles-tu ? Les Écorcheurs ne font pas partie du Monde Nouveau. Ils ne sont pas dans votre vie de tous les jours. Ils ne peuvent vous atteindre qu'à travers le Jeu.
– Non. C'est faux. Nous les avons vus. Tous. À plusieurs reprises. Et presque chaque fois il y a eu de graves conséquences. Des morts. Des accidents.
– D'autres humains que vous les ont-ils vus ?
– Non. Nous sommes les seuls à les apercevoir. Les autres personnes présentes sur les lieux pensent qu'il s'agit d'accidents dus au hasard.
Le Grand Chat resta songeur un moment. Théo crut l'entendre murmurer :
– Ainsi ils ont réussi à trouver un passage...
– De quel passage parlez-vous ?
– Les Écorcheurs veulent dévorer votre monde, Théodora.
– Vous parlez de quoi, là ? On est dans le Jeu, n'est-ce pas ?
– Non, je parle de ton Monde, le vrai, le seul que tu connais... Le Monde Nouveau. Ils veulent faire régner les Ténèbres et le chaos et pour y parvenir, ils doivent anéantir toute forme de Verbe.
– De quoi parlez-vous ? Je ne comprends rien à votre charabia.
Le Grand Chat resta un moment silencieux. Ses moustaches frémissaient imperceptiblement.
Mal à l'aise, Théo ne savait si elle devait interrompre les réflexions de Lully quand tout à coup elle le vit s'étirer de tout son long vers l'avant, les pattes le plus loin possible, la queue balayant l'air. Et lentement, sous ses yeux ébahis, la métamorphose s'opéra.
Un long frémissement parcourut l'échine de l'animal qui se transforma inexorablement en une longue jeune femme allongée de tout son long, à plat ventre, dans l'herbe.
Par les rognures avariées de détritus puants ! songea Théo, médusée.
D'un joli bond gracieux, la dame se redressa. Sa taille dépassait largement celle de Théo. Son port était majestueux et une force sereine émanait de toute sa personne. Elle regardait Théo avec un sourire qui se transforma en un rire cristallin et moqueur devant son expression ébahie.
– Il faudra t'y habituer, dit-elle avec une bienveillance hautaine.
Puis elle entreprit de lisser du même geste sa courte chevelure sombre et la longue cape de fourrure noire qui recouvrait ses épaules, de réajuster ses gants et ses bottes de peau blanche et de défroisser la robe violine moirée qui moulait ses formes voluptueuses. Lorsqu'elle eut terminé, elle leva les yeux sans bouger vers les lourds nuages opaques et une grosse goutte de pluie s'écrasa au même instant sur le sol.
Théo secoua la tête, soudain fatiguée de tous ces sortilèges. Elle ne sentait plus ses membres. Tout son corps était meurtri. Un liquide épais, foncé, poisseux, la recouvrait, le sang des Écorcheurs morts, ce qui la dégoûtait.
Elle avait envie de pleurer. De se retrouver chez elle, bien au chaud, avec son père et sa mère, du temps où tout allait bien.
Mais pourquoi sa mère était-elle morte ? Si elle n'avait pas eu cet accident (en elle, une petite voix désagréable rectifia : si elle ne s'était pas suicidée), Théo ne se serait jamais intéressée à ce maudit jeu. Et je ne serais pas ici en ce moment, dans ce drôle d'univers. Maintenant, comment vais-je rentrer chez moi ?
– Qui êtes-vous vraiment ? eut-elle finalement le courage de demander d'une voix tremblante.
Lully ne répondit pas à la question que Théo venait de poser à haute voix, mais à celle qu'elle n'avait pas osé formuler et qui n'appartenait qu'à elle, dévoilant ainsi qu'elle pouvait lire dans ses pensées :
– Elle ne s'est pas suicidée, Théodora. L'ignoble Miyader l'avait retrouvée. Elle descendait d'une grande lignée originaire du Tanaga, mais malgré les signes annonciateurs, rien ne prouvait que sa fille serait celle dont ils redoutaient la venue. Ils ont mis au point tout un système pour vous débusquer, vous, les Pèlerins, en parvenant à s'introduire dans le Jeu.
– Qui ça, nous ? De quels Pèlerins parlez-vous ? On nous appelle les Guerriers...
– Vous êtes les Pèlerins Glorieux, Théo. Ils veulent vous anéantir car vous êtes les dépositaires du Grand Secret.
– Mais de quel secret parlez-vous ? Je ne connais aucun secret. Lully se tut, semblant hésiter à continuer.
– Je ne sais si tu es prête à tout entendre. Je ne sais si je dois tout te dire ou s'il vaut mieux te laisser découvrir les choses à ton rythme. Quoi qu'il en soit, nous devons maintenant nous mettre à l'abri, car les Écorcheurs ne vont pas tarder à se rendre compte de la mort de deux de leurs congénères et à envoyer du renfort. Puisque tu es venue jusqu'ici malgré mon interdiction, je vais te montrer Menaour Kazell. C'est là que se situe la Galerie du Plenum. Il te faudra la retrouver dans ta vie mais ce sera plus facile si tu l'as déjà vue.
– Je vais rentrer ?
Le cœur de Théo battait plus fort en prononçant ces simples mots. Elle tenta de refréner sa précipitation :
– Pensez-vous que je vais pouvoir rentrer chez moi ?
– Oui. Je vais t'y aider. Mais prends bien garde à ne plus revenir chez nous. Le passage dans ce sens est rapide et fatal. Tu auras de plus en plus de mal à en ressortir. N'oublie pas que je suis une Inspirée. Une sorcière, une fée si tu préfères. Je crois que c'est ainsi que vous nous appelez, vous autres.
– Une fée ?
Théo retint un sourire moqueur.
– Les fées et les sorcières n'existent que dans les contes !
– Tu en es sûre ? demanda l'Inspirée.
Gênée, Théo détourna les yeux. Mais l'Inspirée continua :
– C'est vrai.
La tristesse pointait dans sa voix.
– Dans votre Monde, nous n'existons pas. Les contes dont tu parles sont les émanations de réminiscences du Monde Perdu, qui ont franchi les passages avec certains d'entre nous, les Persistants.
Encore un mot qu'elle ne comprenait pas. Qu'est-ce que c'était que ces Persistants ?
– C'est quoi les Persistants ?
– C'est le nom que nous avons donné à ceux d'entre nous qui sont parvenus à pénétrer votre Monde et à organiser une vie qui perdure au-delà des temps, afin de sauvegarder le Royaume de Tanaga, enfin ce qu'il en reste, dans le but de le reconstruire. Certains ont fait souche et tu en représentes un échantillon. Dans ton sang coule celui des Pèlerins, mais grâce à la Force de la Prophétie, tu pourras également, lorsque le temps en sera venu, être un Vrai Pèlerin. Celui que tu as été dans les temps du Monde Perdu. Car le temps n'est pas le même chez nous et chez toi.
– Et toi ?
– Moi, je fais partie des puissances surnaturelles. Les Mages, les Faiseurs, les Inspirées. Nous connaissons le moyen d'emmener le Temps avec nous, quel que soit le Monde où nous nous déplaçons.
– Mais alors, les fées sont des êtres réels ?
– Dans le Royaume de Tanaga, nous l'étions, aussi réels que cette pierre ou cet arbre. Mon nom est multiple. Je prends le nom de la confiance, c'est pourquoi pour toi, je serai toujours Lully, du nom que tu as donné à ton journal intime. Et tu pourras toujours faire appel à moi par le biais de ton cahier de confidences.
– Lully ? Vraiment ?
Lully l'Inspirée. Théo avait tout de même un peu de mal à avaler tout ça et elle ne savait trop que penser - trop d'informations d'un seul coup et pour le moins assez incohérentes -, quand la jeune femme sourit tendrement et la prit dans ses bras pour la serrer longuement contre elle. Théo crut alors percevoir l'écho du doux parfum d'ambre que portait sa mère.
– Mais que dois-je faire pour vous appeler ?
– Tu trouveras. Je te fais confiance.
– N'importe quoi ! Pourquoi ne pas me donner un code, un signe, quelque chose ?
– Bon. D'accord. Tu n'as qu'à écrire dans ton journal : « Viens ! » et je viendrai.
– Et si les Écorcheurs m'en empêchent, s'ils me volent Lully ?
– Ils n'en ont pas le pouvoir. Ils n'ont pas les connaissances nécessaires.
– Peut-être que leur métabolisme ne fabrique ni neurones ni synapses ? proposa Théo, entraînée par le raisonnement.
– Je ne vois pas de quoi tu parles mais, en tout cas, de fait, pour eux, Lully, ton journal, n'existe pas.
– Mais alors, c'est facile... Il suffirait de...
– Il suffirait de faire régner le savoir, la connaissance et de parvenir ainsi à les empêcher de nous atteindre ? C'est ce que tu veux dire ? Le problème vient de la communication. Tu comprendras plus tard. Et puis il y a Miyader, le Grand Consul. Il est d'une autre espèce. Plus subtil. Car il fut un temps où il était des nôtres... Monte sur mon dos. Nous devons partir.
Théo s'approcha en hésitant de la haute silhouette majestueuse et intimidante. Qui se tourna à demi pour lui présenter son dos.
– Allez, s'impatienta Lully. Saute.
Théo prit son courage à deux mains pour s’agripper au dos de Lully qui instantanément se retransforma en chat.
Cet effort avait coûté à Théo de vives souffrances. Elle réalisa tout ce qu'elle avait dû endurer durant le combat. Il lui semblait qu'une de ses épaules était démise, la peau de son bras était à moitié arrachée, sa tête lui élançait violemment et ses poignets étaient si douloureux qu'elle pouvait à peine se tenir au corps du félin. Sans parler de sa cheville dont l'état semblait avoir empiré, car elle parvenait difficilement à présent à poser le pied.
L'animal esquissa quelques pas vers le cadavre de l’Écorcheur qui gisait tout près, dans une mare sanglante. Précautionneusement, pour ne pas tacher ses pattes ni se brûler aux jets de salive encore fumants, elle s'en approcha et se pencha sur lui.
Berk, pensa Théo, dégoûtée.
Mais elle comprit alors qu'en fait, la fée se rapprochait de son épée posée juste à côté du monstre.
– N'oublie pas ton épée, feula-t-elle.
Théo se pencha le plus possible, manquant perdre l'équilibre et elle réussit à saisir le manche brillant de mille feux malgré les souillures sanglantes qui le ternissaient par endroits.
Au même moment, un mot jaillit dans son esprit. « LUZ ». Elle sut immédiatement que c'était le nom de son épée. Elle sourit malicieusement en repensant aux légendes de la Table ronde qu'elle avait lues quand elle était plus jeune. Elle aussi, maintenant, avait une épée qui portait un nom.
Un sentiment de plénitude l'envahit intégralement et elle eut l'impression de lâcher tout ce qui la retenait encore à un semblant de raison, malgré son aventure folle. Toute résistance sembla l'abandonner et le bien-être qu'elle en ressentit la combla.
Je suis un Pèlerin Glorieux, pensa-t-elle avec jubilation et bonheur. Et mon épée se nomme Luz !
Sa monture souple et agile se mit à bondir dans le paysage et Théo renonça pour le moment à toute pensée pour s'accrocher le mieux possible, malgré sa douleur et sans lâcher son épée, au cou du Grand Chat, se couchant presque entièrement sur l'encolure de l'animal pour ne pas tomber.
Elle enfouit son visage dans la chaude fourrure, y frottant sa joue, ses mains, se rassurant ainsi à sa réconfortante réalité. Qui était ce chat mordoré qui semblait posséder toute la sagesse du monde ? Et où l'emmenait-il ?
Une frayeur grandissante l'envahissait peu à peu, transformant son allégresse précédente en terreur. Pourtant, Théo savait confusément qu'elle ne devait pas se laisser dominer par la peur, car alors, le pire pourrait lui arriver. Sa mère lui avait laissé peu de conseils en héritage, mais à cet instant elle se souvint d'une phrase émise un jour où elle lui apprenait à nager : « La peur attire le mal sur toi. Tu dois la contourner et trouver le désir qu'elle cache. »
Au prix d'un immense effort, Théo tenta de repousser sa frayeur aux confins de sa pensée et d'imaginer ce qu'elle pouvait bien occulter cette fois en elle comme désir.
Mais elle ne trouva rien sinon celui de rentrer au plus vite chez elle et de retrouver sa vie d'avant, celle où sa mère était encore avec eux et son père en bonne santé.

C’était Luz,  le chapitre 9 de TANAGA - Saison 1 – Les écorcheurs
© Alice Quinn - tous droits réservés – 2016

Rendez-vous samedi pour le chapitre 10 de la Saison 1 de TANAGA !

 

J’ai voulu retrouver avec ce roman d’héroïc fantasy la joie de l’écriture de feuilletons, qui m’a toujours fascinée. J’espère que vous partagerez cette passion avec moi.
Dans un premier temps, 2 tomes seront donc ainsi déclinés chapitre par chapitre, gratuitement, en ligne, le temps qu’il faudra, à raison de 2 chapitres par semaine, les mercredis et les samedis, à 10 heures.
Si des fautes, des incohérences ou des coquilles se sont glissées à mon insu dans le texte, je vous serais reconnaissante de m’en informer.
D’autant plus que le roman ne sera publié et proposé à l’achat pas avant la mi-Août, je pourrai donc y apporter les corrections et améliorations nécessaires, grâce à vous.
Si vous êtes impatients et que vous désirez connaître la suite, vous avez la possibilité d’acheter tout de suite en pré-commande sur Amazon le roman que vous recevrez automatiquement dès sa publication dans un format numérique.
Merci.

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Illustration couverture par Alex Tuis
Graphisme couverture réalisée par Kouvertures.com

Bonjour!
@Yannick A. R. FRADIN, merci pour le détail précis des répétitions, longueurs et autres maladresses d'écriture. Votre retour est vraiment précieux et j'apprécie ma chance d'être lue par vous.
@Colette bacro, vous aussi Colette, c'est vraiment une chance et vos signalements de longueurs sont importants. Pour les explications, c'est vrai que j'ai été un peu traumatisée à mes débuts par des lecteurs qui ne comprenaient pas bien mes actions décrites et depuis, j'explique peut-être un peu trop, tombant dans la redondance parfois. Je me suis dit qu'il valait mieux ça que de louper une explication.
Quoi qu'il en soit, je reverrai tout ceci pour la sortie officielle en version livre physique! Grâce à vous!
Je n'ai rien à redire à vos remarques. Vous avez raison tous les 2 sur toute la ligne!
merci merci
à samedi! :-)

Publié le 03 Juin 2016

Bonsoir Alice et merci pour ce chapitre. Voici quelques retours, en espérant que vous trouverez des choses utiles : globalement, j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup (dans le sens peut-être un peu trop^^) de participes présents, beaucoup de en ...-ant, et beaucoup de relatives en qui (ça m'a presque donné l'impression d'un "tic" d'écriture) - exemple dès le début : "(En quittant) son appartement, (en se rendant) au lycée, une seule pensée l'habitait" / plusieurs fois un peu trop de "et" dans une même phrase (exemples : "En trois clics, elle ouvrit le Jeu (et) son avatar, Fennec des Sables (et) se trouva directement propulsée sur le niveau 5. " - "attentive à tout ce qui l'entourait (et) à tout ce qui pourrait surgir inopinément (et) elle le fit s'approcher des épées qui allaient devenir les leurs." - "Ils veulent faire régner les Ténèbres (et) le chaos (et) pour y parvenir,") / quelques phrases à rallonge (voire à couper le souffle), par exemple : "Tout en Théo se révoltait à l'idée de croire que ce qui lui arrivait était réel mais, heureusement, il se (trouve) qu'elle abritait en elle des réserves vives de réflexes de survie et que son corps et une partie de son cerveau, au lieu de perdre son temps en conjectures, affrontaient sans faillir la suite des événements, avec le farouche désir de vaincre. " en plus dans celle-ci le temps présent sur trouve m'a gêné / "une (longue) jeune femme al(long)ée de tout son (long)," ça en fait des longs dans la même phrase, vous ne trouvez pas ? ;-) / "tu pourras également, lorsque le temps (en) sera venu " pourquoi (en) ? / "Je ne vois pas de quoi tu parles mais, en tout cas, de fait, pour eux, Lully, ton journal, n'existe pas." ici, j'ai trouvé l'accumulation de virgules peu digeste. Voilà pour les retours du chapitre 9. À samedi pour le chapitre 10 :-)

Publié le 01 Juin 2016