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Le 17 fév 2016

L'art cinématographique et l'art littéraire

Il y a là une relation complexe. Il est évident d'une part que le cinéma, parce qu'il porte en lui tous les autres arts dans une synthèse multiforme, est en nécessité de l'art littéraire, le dialogue et l'art du scénario n'ont pas attendu le septième art pour exister.
Littérature et cinéma : inspirations réciproques et complémentairesUn flash-back, la sensation d'un plan rapproché, d'un travelling arrière, la nécessité d'une coupe dans le montage... l'art cinématographique et l'art littéraire s'inspirent et se complètent (photo Jean Mascolo)

La littérature peut-elle s’inspirer du cinéma ?

De fait, nombreuses sont les œuvres cinématographiques qui trouvent leur inspiration dans les œuvres littéraires. Mais est-ce là un sens unique ? Qu'en est-il de la capacité qu'aurait la littérature (ou certaines de ses formes) à trouver l'inspiration dans les flux d'images et de sons qui constituent un film ?

Cette capacité est réelle, à mes yeux. Que l'on songe un instant à l'art de la coupe. Celle-ci est commune, de toute évidence, au montage cinématographique et à l'art romanesque. Que dire alors du flash-back ? Qu'est-ce que La Recherche du Temps perdu sinon cela, à l'infini ?
Mon intention, ici, n'est pas théorique. Mais je songe à la manière dont les flux d'images accompagnent sans cesse mon ''inspiration'' littéraire, et j'aimerais savoir si d'autres auteurs la partage – et comment.
C'est assez curieux, car je crois être pauvre en visions descriptives, en longues descriptions. Je n'ai pas ce don. Alors je me débrouille pour écrire autrement. Et cependant je ne cesse de penser, écrivant, à des effets de flash, de vitesses et de spatialisation qui doivent beaucoup à l'art cinématographique. Il ne s'agit pas de rédiger un scénario. Il s'agit d'une alchimie difficile à définir. Je vois ou je sens un plan rapproché, un travelling arrière, une coupe dans le montage. Plus encore : certaines scènes de film me viennent à l'esprit, qui n'ont pas de rapport réel avec la scène que j'écris, et qui pourtant m'inspirent par leur procédé, leur rythme ou leur élan narratif. C'est de la voyance, au sens le plus rimbaldien du terme.
Pas vous ?

Écrire un roman suppose une relation personnelle au temps, et à l'événement.

Que se passe-t-il ? Qu'est-ce que je narre ? Et puis la stylistique (comment le dire ?). Il est évident qu'il s'agit là d'une sorte de balance. On connaît des romans (ou plutôt des récits) qui misent tout sur la stylistique. N'était-ce pas le sens du ''Nouveau Roman'' des années 60-70 ? Chez Robbe-Grillet ou Nathalie Sarraute l'événementiel dépend entièrement de la stylistique, de la chaîne des mots qui produit le peu d'action que proposent ces récits. Inversement, dans le roman épique la stylistique est au service de l'action et de la psychologie. Elle n'est pas un but en soi. Elle est seulement un mouvement de narration.

Narration et stylistique, l’équilibre du romancier lui est propre. Il faut oublier les règles et fusionner les arts.

Chaque auteur entretient, à mon sens, une relation particulière à cette balance entre narration et stylistique. Souvent, me semble-t-il, les jeunes romanciers ambitieux espèrent en ''mettre plein la vue'' avec la stylistique. Ils choisissent Mallarmé plutôt que Dumas. Ceux-là seront peu sensibles (c'est bien leur droit) aux échanges entre l'art littéraire et l'art cinématographique. C'est qu'ils en appellent à un absolu intégralement littéraire. Poème et roman se confondent alors. C'est une voie... Mais qui se fraye au détriment des effets d'action et d'aventure. De psychologie, même.

Pour ma part, j'ai longtemps voulu cette perfection formelle, comme d'autres. Le résultat était mon impuissance à mener un récit où il se passe quelque chose, qui aurait l'heur d'accrocher le lecteur. C'est seulement en songeant mon récit ''comme au cinéma'' que j'ai pu mener à terme un bout de roman. Ce fut une épreuve de modestie. Je n'étais plus un écrivain obsédé par sa stylistique, un poète, mais un peu de tout : un scénariste, un comédien, un cadreur, un monteur, un régisseur – et puis, bien sûr, un écrivain.

Cessons donc d'opposer l'image et l'écrit. Tout s'entrelace en ce bas-monde. Et la littérature ''pure'' ou absolue, cela n'existe pas plus que le cinéma pur – qui a besoin des autres arts. 

Alexy Soulberry, auteur de "La Traversée des Maléfices"

Merci ça tombe bien j'adore le cinema j'espère que cela va contribuer à booster ma carrière littéraire

Publié le 25 Février 2016

houlà! pas mieux...Madame/mademoiselle@lamish a répondu à ma place pratiquement et en citant des choses de façon impeccable. Je me demande s'il ne vaut pas mieux dire "se mettre à la place du public" qu'à la place du lecteur. D'ailleurs un film est diffusé à un public. La contrainte pour un film s'est qu'il faut remplir les salles et plaire à un grand nombre pour que le film soit rentable ; encore plus aujourd'hui car les petites salles ont disparu et personnellement je le déplore, mais j'estime qu'elles peuvent un jour ou l'autre revenir. Si un écrivain recherche le succès, il se doit de rechercher et modifier parfois son œuvre pour plaire à son panel de façon globale et non faire à sa propre sauce pour bougonner toute sa vie que personne ne comprend rien (je schématise, ne vise personne, on se calme...). Le cinéma muet a très vite recherché à mettre des notes de piano pour remplacer le son manquant; alors que George Lucas, lui, a voulu en mettre plein la vue dans sa seconde trilogie avec des vaisseaux spatiaux magistraux ultra-moderne, mais le second volet se passait à une époque antérieur au premier! Pourtant s'était ce qu'il avait personnellement envie de voir, au final il a déçu un grand nombre de fan; Walt Disney qui a rachetait ses droits de production, a respecté la chronologie évolutive des machines en faisant la suite du premier volet ce qui a même créé de nouveaux adeptes. Pourtant, je ne cesse de lire et il y a des auteurs vraiment barrés que j'adore!! Même si l'élite ne les encense pas, j'ai une affection particulière pour certain. Une amie m'avait un jour emmené voir "la moustache" un film français, je n'ai toujours rien compris! une cinématographie bien ouvert, qui ne laisse pas plus indiffèrent que mes auteurs barrés! Arnold et Willy me l'ont dit quand j'étais encore jeune...chantez avec moi: "il faut de tout pour faire un monde c'est vrais, il faut de tout pour faire un MOOOONDE!!! la preuve que la musique peut aussi passer par la lecture...l'auto édition est peut être ce qu'étaient les petites salles pour le cinéma, alors affectionnons notre Mon Best Seller plus encore.

Publié le 19 Février 2016

@BOSSY. Je ne crois pas qu'il faille systématiser ainsi les choses. Il est des films où la musique intensifie l'émotion et les imaginer sans serait réducteur. Besson l'a compris, en substituant souvent la musique aux dialogues ou bruitages. Ses choix sont souvent judicieux et les scènes gagnent en intensité. D'ailleurs, que serait l'attaque de la plage dans "Apocalypse now" sans "La chevauchée des valkyries" ou les incendies au napal sans "this is the end" ? "Full metal Jacket" sans "Surfing bird" ? "Il était une fois dans l'ouest" sans "l'homme à l'Harmonica" ? La scène de la douche de "psychose" sans les violons de bernard herman ? "Casablanca" sans "As time goes by" ? Parfois elle joue en contraste pour élargir le champ de la réflexion, parfois elle appuie une émotion. Dans tous les cas, elle devient un outil complémentaire pour toucher les spectateurs. En conclusion, tous les goûts sont dans la nature et nous n'avons aucune raison de forcer les nôtres. Tu as besoin du silence pour écrire alors qu'il m'angoisse. la musique détourne ton attention alors qu'elle m'aide à l'immersion et à la concentration.
Pour le reste, les bons bouquins psychologiques sont rarement sublimés au cinéma.Il est évident que le cinéaste part perdant, à part s'il prévoit une voix of qui lit les passages clé du roman mais celui qui l'aura lu dans son intégralité sera déçu par une réalité réductrice qui peut être aux antipodes de sa propre interpétation. Par contre, je trouve que d'autres formes de récit correspondent parfaitement au septième art comme les polars, les thrillers, les récits d'aventure, de science fiction, historique et j'en passe. Le débat reste très ouvert...

Publié le 19 Février 2016

@alexy Soulberry @lamish. Dans l'oeuvre cinématographique l'image vous assaille brutalement. Dans un roman, l'image reste floue jusqu'à correspondre à votre rêverie. Auriez-vous donné un visage à madame Bovary , sans le cinéma ? Mais quand vous avez vu le film, quelle âme lui prêtez-vous ? Le temps du film et le temps du roman sont très différents et donc, la vitesse. Le roman est toujours un film au ralenti de la même histoire. Une scène d'amour est généralement insipide dans le film, quand elle vous a pris au tripes dans le roman. Elle est subie dans le film, elle est reconstruite à l''infini dans le roman, parce qu'on a le temps. Pour moi, les musiques troublent la fête dans les deux cas. J'ai besoin d'un silence absolu. La musique déforme et détourne l'attention, ou s'impose en dehors de l'intention de l'auteur, ou de l'attention du lecteur. La fusion mène à la cacophonie, comme dans la plupart des musiques de film.

Publié le 19 Février 2016

@BOSSY "Le film est une œuvre fermée qui ne permet pas une échappée vers une œuvre littéraire". Voilà, toute la question est là. Comment le roman produit-il des images non-visuelles, d'étranges images - qui ne sont pas réductibles à l'exposition directe et parfaite de l'œuvre cinématographique ? C'est proprement la magie littéraire. Stephen King dit que la littérature, "c'est de la télépathie". Oui, mais au choix du lecteur, qui reçoit ce qu'il veut de ce qui a été transmis par l'auteur. L'image ou la télépathie littéraires ne sont donc pas diaphanes, et c'est là la magie littéraire - irréductible au cinéma, parce que l'on voit sans voir, en littérature...
@lamish : on n'aurait pas pu mieux dire en quelques lignes ce que je voulais dire. Et puis vous lancez heureusement un autre débat : musique/littérature. Moi aussi j'ai mes musiques d'écriture... Elles sont précieuses.
@Dominique Terrier : comme vous, je suis de plus en plus sensible au ''cinéma intérieur'' de l'auteur (et du lecteur). Mais précisément, il est intérieur et, en cela, il diffère de celui du cinéma. Mais comment ? Que transmettons-nous dans nos images non visuelles ? Peut-être est-ce là la magie de la littérature romanesque, son intériorité propre, si difficile soit-il de la conceptualiser, ainsi que je le faisais remarquer à Bossy...

Publié le 18 Février 2016

Le cinéma a révolutionné la littérature. Flaubert aurait-il écrit Madame Bovary de cette façon s'il avait connu le cinéma ? et Dumas les Trois Mousquetaires ? Personnellement je suis complètement imprégné par la culture télé et cinéma, même si j'ai lu des classiques ma façon d'écrire est guidée par mon imaginaire. On m'a souvent dit que ce j'écrivais était cinématographique mais ce n'est pas intentionnel, dés l'enfance je me suis fait mon cinéma sur le papier. Votre article est intéressant et pousse à la réflexion.

Publié le 17 Février 2016

Bien sûr Alexy ! Mon imagination construit un scenario, choisit ses décors, fait un casting soigné des personnages avant d'écrire. Comment rendre un récit accrocheur et cohérent sans peaufiner cette étape ? J'écoute de la musique pour m'immerger complètement dans l'ambiance. C'est la bande son de mon roman. Les auteurs, avant que le septième art existe, usaient probablement des mêmes techniques. Alors, à présent, il n'y a aucune raison valable d'opposer ou de comparer ces deux arts. Ils ne peuvent que se sublimer au travers de leurs complémentarités et dissemblances. Quand aux incorrigibles détracteurs qui verraient leur nombril dispropostionné disparaître en l'admettant, laissons-les aux prises avec leur ego redondant !

Publié le 17 Février 2016

Le film est une oeuvre fermée qui ne permet pas une échappée vers une oeuvre littéraire. Par contre le cinéma offre des techniques utilisables. J'ai utilisé, par exemple la technique du flash-back efficacement qui permet de mettre en exergue l'acte fondateur du roman, pour ensuite recourir au évènements précédents qui amènent à cet instant définitif.

Publié le 17 Février 2016