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Le 20 avr 2016

Face à Face d'auteurs : Olivier Sourisse et James Osmont

Philosophes et sombres, ces deux auteurs, Olivier Sourisse et James Osmont, se retrouvent dans le paradoxe des souffrances. L'un conte les approches séduisantes de la folie, et la fine frontière qui nous en sépare ; l'autre, l'hypocondrie, deux manières de fuir la vie ou de la vivre pleinement. Justement.
Face à face d'auteurs, un nouveau mode de critique littéraireFace à Face : deux auteurs s'approchent, se lisent et croisent leur regard sur leurs livres respectifs

James Osmont a lu "Cortèges" d'Olivier Sourisse
Un cortège bien singulier.

Si l’œuvre d'un artiste ne se substitue pas à sa personnalité, si elle ne révèle pas forcément ce qu'il est au fond -peut-être même parfois tout le contraire- ; il semble évident qu'Olivier Sourisse lui, est à l'image de ses créations. Un homme aux mille vies, aux mille défis, qui a tenté, échoué, rebondi, du théâtre à la poste, du secrétaire à l'agent de sécurité. Un parcours instable et téméraire qui dit sans doute beaucoup de son dernier roman... Ou l'inverse ! 

Les mots de Cocteau ouvrent d'ailleurs Cortèges de la meilleure des manières ce voyage improbable : « De notre naissance à notre mort, nous sommes un cortège d'autres qui sont reliés par un fil ténu ». Parce que c'est le parcours qui compte, fut-il chaotique et névrosé, une lutte pour la vie malgré tout le mal que l'on peut s'infliger, malgré les ambivalences, malgré les rencontres diaboliques et les dangers imprévus.

Les innombrables facettes du foisonnant Cortèges, et de son héros Mike, sont à la fois une grande force et un défaut qui pourra rebuter. Il ne faut pas craindre de se perdre dans cette luxuriance romanesque, cette écriture libre et débridée, ce cadre narratif un peu flottant qui réserve d'autant plus de surprises.

De la Bretagne à San Francisco, d'enjeux amoureux en mystères frôlant le fantastique, l'hypocondrie (« La vie est une maladie mortelle de toute façon, Mike ! » serait-on tenté de dire plus d'une fois au personnage principal), la folie douce et la recherche d'une vérité sur soi-même guident, l'air de rien, un récit qui vacille souvent sur un fil : suicidaire ou quasi-initiatique ?

Bien malin qui saura classer ces 400 pages dans une catégorie : thriller, roman noir ? Bon bouquin assurément. Mais peut-être à ne pas mettre entre toutes les mains : il faut un cerveau malléable et sain pour accueillir tant de tourments et d'atypique.

James Osmont

Olivier Sourisse a lu "Régis" de James Osmont
Régis, un fou qui séduit.

Si le début de Régis fait penser à un essai, nous immergeons rapidement dans la pensée d’un homme de 32 ans, biaisée par un désordre psychique dû à un drame survenu dans sa jeunesse.
Dès les premiers chapitres, on découvre une vie brutalisée, saccadée, en proie aux règles familiales, sociétales, sans compter les voix étouffées de ces femmes dans le désir inavouable qu’il provoque ; par ailleurs, très bien décrit par un expert du jeu de légo. Des légos d’os et de chair, baignant dans un sang impropre à la consommation.

Toutefois, si le récit de ce Régis est nerveux, qu’il brosse habilement le portrait d’une âme inflammable, il peut s’avérer hermétique en raison de citations, certes bien choisies, employées en surdose, à l’instar de certaines descriptions qui se terminent en enfilade. Néanmoins, puisque ce fou est aussi un illuminé, on retrouvera vite son chemin.
Dans un style retravaillé inlassablement, on passe donc de bloc en bloc, bloc de vie, bloc de mort, comme une infirmière visitant ses patients, un dévoreur de chair ses victimes.

Quoi qu’il en soit, ce roman est un régal littéraire. En effet, lire Régis c’est lire le mode d’emploi, tantôt complexe, tantôt simplifié (d’où la sensation d’une écriture en plusieurs temps, avec plusieurs styles) d’un Prédateur. Ça décale, ça s’emballe, ça prend d’assaut notre cervelle, la malaxe pour en faire une bouillie savamment dosée, dont une indispensable connaissance du milieu de la psychiatrie sera nécessaire pour en digérer le poison.
N’est Régis que celui qui ne croit pas l’être !

Quant à l’auteur, James Osmont, un nom comme le héros d’un roman, on devine combien sa vie est traversée par les drames humains, la quête d’une identité perdue très tôt, dès l’enfance, qu’il tente de rendre aux victimes, lui compris, le tout avec l’expérience des douleurs incomprises, une générosité gouvernée par une sensibilité d’un homme avec ses failles et ses forces, à l’image de son double romanesque.

Olivier Sourisse

11 CommentairesAjouter un commentaire

@Denis VENNAT Bonjour Denis, vous qui suivez et appréciez ces Face à Face d'auteurs, pourquoi ne pas vous rapprocher vous aussi d'un auteur que vous appréciez sur le site et lui proposer un Face à Face ? Nous sommes sûrs que les membres de la communauté en seraient ravis.

Publié le 25 Mai 2016

@lamish oui tu as été dans les premières à me soutenir ici et, par tes encouragements, à doper la confiance qui me manquait pour promouvoir "Régis" avec la même énergie/urgence qui ont guidé son ecriture... Cette richesse des échanges sur mBS n'a pas de prix, et ce Face à Face est une manière de rendre un peu hommage à ce que cette communauté offre aux auteurs inconnus comme moi...

Publié le 26 Avril 2016

J'ai apprécié ce face à face, tout comme "Régis" de James Osmont qui fut un coup de coeur... Alors, forcément, j'ai toutes les chances d'apprécier Olivier Sourisse que je m'enquiers d'ajouter à ma bibliothèque. Bonne chance à vos écrits mutuels et merci pour cet échange sincère.

Publié le 26 Avril 2016

@Marguerite Rothe et @Denis VENNAT : ravi de rejoindre vos "Pile A Lire" respective alors ! Je précise que si les 50 pages dispo sur mBS vous plaisent, le ebook est dispo sur toutes les bonnes librairies en ligne à moins d'1€ ! ;)

Publié le 20 Avril 2016

Exercices courageux de haut vol Messieurs. Que de l envie de vous lire en retour et en perspective...

Publié le 20 Avril 2016

@James Osmont - Sans faute ! Les pages de vos livres à tous les deux sont depuis ce matin dans mes favoris. Seulement ça sera un peu long, parce que ma liste de lecture est d'une longueur...

Publié le 20 Avril 2016

@Elen Brig Koridwen : merci de cet enthousiasme, pas évident comme exercice... accepter la critique est une chose, la chronique une autre, et ce face a face sincère et désintéressé c'est encore différent...

Publié le 20 Avril 2016

Voilà qui donne envie, messieurs... Bravo à tous les deux !
Amicalement,
Elen

Publié le 20 Avril 2016

@Hubert-P LETIERS : merci de votre soutien inconditionnel, y compris sur Amazon ;)
@Marguerite Rothe : ravi de vous avoir aiguillonnée, tenez moi au courant si vous pousser l'expérience Régis plus loin !
@Colette bacro : n'ayez crainte à mon sens derrière son abord funeste, Regis est un récit avant tout plein d'humanité...

Publié le 20 Avril 2016

Salut James Osmont ! Elles attirent et titillent les neurones !

Publié le 20 Avril 2016

Salut à toutes et tous ! Merci à mBS pour cette vitrine ! Alors ces chroniques vous éclairent-elles, débectent-elles, attirent-elles, aiguillonnent-elles, repoussent-elles, intéressent-elles, guillaume-t-elles ?...

Publié le 20 Avril 2016