Séries
Le 18 mai 2016

TANAGA d'Alice Quinn - Chapitre 5 : Véhicule fatal

Un nouvel épisode de TANAGA, la série d'héroic fantasy d'Alice Quinn à retrouver tous les mercredis et samedis sur le site. Tome 1 : LES ÉCORCHEURS - Chapitre 5 : VÉHICULE FATAL.
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Chapitre 5

Véhicule fatal

Ce fut dans une sorte de brouillard que Théo traversa les cours suivants. Heureusement, les enseignants étaient à peu près dans le même état, comme les autres élèves d'ailleurs et personne ne prit garde à ses réactions.
Théo guettait les visages des profs avec anxiété, craignant de voir le phénomène se répéter, mais plus rien d'anormal ne se produisit.
À son dernier cours, ils apprirent que la prof de maths était saine et sauve. Le proviseur en personne était venu le leur annoncer pour les rassurer.
– Je sais que vous vous faites tous du souci. Vous avez été présents durant l'accident vasculaire de votre professeur de mathématiques. C'est pourquoi je tenais à ce que vous partiez rassurés chez vous. Votre professeur a été victime d'une rupture d'anévrisme. Une opération a été tentée en urgence et elle a réussi. Votre professeur est désormais en congé maladie, mais elle a survécu.
Théo jeta un regard sur les autres élèves. Certains paraissaient indifférents à cette nouvelle, mais elle lut le soulagement et l'apaisement sur le visage de la majorité d'entre eux.
Juste à ce moment, la cloche sonna et les jeunes se précipitèrent vers la sortie. Comme elle boitillait, elle fut un peu plus longue à gagner la porte et elle surprit cet échange entre les profs : « ...état de légume... Irréversible... comme privée de cerveau... terrible... »
Elle méditait ces informations en se dirigeant, la mine sombre, vers la sortie. Elle croisa alors Antoine, son meilleur ami les années précédentes. Il s’était inscrit en BTS de commerce et les cours avaient lieu dans leur lycée. Elle le soupçonnait d’avoir fait ce choix quand il avait su qu’elle redoublerait.
Il la regarda timidement, ne sachant si elle désirait lui parler ou non. Elle lui jeta un regard de regret.
Elle savait que c'était un bon copain, toujours prêt à l'aider, ouvert à toutes les discussions ; mais elle ne voulait plus le voir, pas plus lui que les autres. Elle avait rompu tous les ponts avec lui en saisissant un prétexte banal. C'était peu de temps après la mort de sa mère, quand elle avait découvert le Jeu.
Elle passa devant lui sans s'arrêter, mais elle avait pu déceler dans ses yeux qu'il avait compris qu'elle n'allait pas très bien et qu'elle aurait aimé lui parler.
Elle marcha sans énergie jusqu'à son arrêt de bus habituel.
Elle se demandait si, tout compte fait, son père n'avait pas raison. Trop jouer aux Écorcheurs avait peut-être fini par léser une zone de son cerveau et par lui faire perdre les pédales, mettant en danger la vie des autres ?
Avait-elle le pouvoir d'influer sur le destin des êtres humains à cause de visions qu'elle provoquait pour avoir trop joué à ce maudit jeu ?
Ou alors c'était simplement, comme le disait Lucas, le manque de sommeil ? Ajouté au stress, cela avait peut-être provoqué un état proche d'une transe, déclenchant des images qui n'existaient pas. Et sa prof avait, simple coïncidence, vraiment eu une rupture d'anévrisme ?
Tout en essayant de comprendre, Théo frottait doucement et machinalement sa cheville endolorie et elle réalisa soudain que sa douleur se situait exactement à l'endroit où elle avait été mordue dans le Jeu. Elle sourit de la coïncidence, mais en ressentit tout de même un certain malaise.
Elle vit l'autobus arriver de loin. Elle se leva mécaniquement de son banc et s'approcha automatiquement du bord du trottoir, de même qu'un jeune homme brun avec un sac à dos kaki et un vieux monsieur à moustache blanche.
Une jeune femme les rejoignit, portant un cabas à fleurs jaunes au bout de son bras droit, l'air pensive, les yeux baissés. Elle eut à peine le temps de remarquer à quel point cette femme ressemblait à sa mère. Rousse, comme Théo, quelques mèches frisées qui s'échappaient de son bandeau rose fuchsia, une parka fine, trois-quarts, bleu ciel, qui cachait en partie son jean brodé.
Théo avait mis un certain temps à sortir de ses réflexions personnelles. Le temps qu'elle se rende compte de cette ressemblance, la femme s'était placée devant elle, lui tournant le dos, empêchant Théo de voir son visage.
Et tout se précipita.
D'abord elle crut rêver. Non, ça n'allait tout de même pas recommencer ? Il y eut un éclat métallique. Un gant d'acier articulé, muni de longues griffes, surgit soudain, accrochant la femme par le dos de sa parka, comme pour la retenir. La femme poussa un cri étonné et n'eut même pas la possibilité de se retourner pour constater qui l'avait saisie ainsi par derrière.
Car, comme Théo s'en rendit compte en une fraction de seconde, il ne s'agissait pas de retenir la femme, mais plutôt de la propulser en avant, sous les roues d'un immense 4 x 4 noir brillant aux flancs ornés de flammes rouges, qui avait brusquement doublé l'autobus.
Le cri de surprise de la jeune femme se transforma en cri d'horreur et de douleur quand elle heurta de plein fouet le pare-chocs du véhicule fatal lancé à toute allure qui s'éloigna en grondant sur les chapeaux de roue, tandis qu'elle était projetée comme un pantin désarticulé à quelques mètres de l'abribus.
Sous le choc de la scène à laquelle elle venait d'assister, Théo se retourna aussi vite qu'elle le put, une fois passée sa stupéfaction, pour essayer d'apercevoir la tête du monstre qui avait poussé la jeune femme, mais il n'y avait plus personne. Le vide total, absolu.
Elle écarquilla les yeux, abasourdie. Pourtant elle avait bien vu cette chose, là, ce bras articulé, luisant, carapacé, qui jaillissait de nulle part pour attraper la jeune femme et la catapulter.
Au bord des larmes, elle suivit du regard le bolide rugissant, sursauta et s'écria :
– Là ? Là ? Regardez ? C'est quoi ça ?
À travers le reflet glacé des vitres teintées du 4 x 4, elle venait d'apercevoir l'éclat métallique d'une... cuirasse ? Un froissement voletant d'étoffe bleu nuit, un regard cruel qui semblait la narguer, la provoquer.
Comme ce matin, au lycée, elle se dit qu'il s'agissait tout à fait de l'aspect qu'avaient les Écorcheurs dans son jeu. Jamais elle n'avait réalisé à quel point leur accoutrement était effrayant. Normal, après tout, ils ne dépassaient pas la taille d'un petit personnage sur un écran d'ordinateur, tandis que là, dans la vraie vie, cela prenait des proportions guerrières inappropriées, qui les rendaient horribles.
Le jeune homme qui se tenait à côté d'elle, le visage horrifié, lui jeta un regard hébété avant de se précipiter sur la chaussée vers le corps de la jeune femme qui gisait à quelques mètres d'eux, propulsé par le choc au milieu de la rue.
L'autobus, dans un crissement de freins, avait stoppé net et le chauffeur en était descendu en hurlant.
– C'est pas vrai ! Mais c'est pas vrai ! Je ne l'avais pas vue ! Je le jure ! Je ne comprends pas, elle a jailli de nulle part ! Je n'ai pas eu le temps de freiner.
Il les prenait à témoin, gesticulait pour illustrer ses propos. Théo ne comprenait pas ce qu'il tentait d'expliquer. Cela ne correspondait pas du tout à la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux. Elle se tourna vers le vieil homme qui se tenait à son côté, tremblant sous l'émotion :
– Vous avez vu, vous aussi ? lui demanda-t-elle. Le vieux monsieur la regarda tristement.
– Oui, ce n'est pas sa faute. Elle s'est jetée sous ses roues. Pauvre type ?
– Quoi ? Mais non ! C'est pas l'autobus qui l'a…
Mais le vieux continuait sans l'écouter.
– Et elle ! Si c'est pas malheureux, vouloir se suicider si jeune ?
– Mais arrêtez ! Qu'est-ce que vous dites, à la fin ? Elle ne s'est pas jetée ! Vous n'avez pas vu que quelqu'un l'a poussée ?
L'homme hocha la tête tristement.
– Je vous comprends. C'est dur d'admettre la réalité...
– Et le 4 x 4, vous l'avez vu, le 4 x 4 ?
Alors là, le vieil homme la regarda d'un air méfiant.
– Quel 4 x 4 ? Il n'y avait pas de 4 x 4 !
Et il se détourna d'elle pour avancer vers le chauffeur. Plusieurs personnes descendaient de l'autobus en se demandant ce qui se passait, car elles n'avaient rien pu entrevoir de l'intérieur.
Devant l'ampleur du drame, des cris fusèrent, quelques-uns se précipitèrent vers le lieu où le corps gisait, inerte. Théo eut encore, avant de s'éloigner, le temps de voir le jeune homme qui composait un numéro sur son portable. Elle-même n'aurait pas pu le faire, car son père lui avait confisqué son téléphone la semaine dernière car elle y relayait le Jeu.
Inutile de rester plus longtemps ici. Elle était en train de comprendre qu'elle n'avait pas assisté à la même scène que les autres. Son témoignage ne ferait qu'embrouiller les faits au lieu de rendre service.
Elle tremblait de tous ses membres, sans pouvoir s'arrêter. Devant ses yeux repassait le film de la scène qu'elle venait de vivre, la jeune femme, le choc, le 4 x 4...
Il valait mieux qu'elle rentre maintenant à la maison. À pied. Malgré sa douleur tenace à la cheville. En essayant de ne regarder ni à droite ni à gauche afin de ne pas provoquer d'autre drame du même genre. Elle avait peur. Elle mourait littéralement de peur. Que s'était-il passé exactement ?
De deux choses l'une : ou elle délirait et transformait la réalité au gré de sa folie, ou elle avait des hallucinations qui la conduisaient doucement vers la démence, ce qui somme toute revenait au même. Deux personnes avaient été victimes d'accidents violents autour d'elle et elle craquait complètement.
Il y avait autre chose qui perturbait beaucoup Théo, mais elle n'arrivait pas à mettre une pensée cohérente sur ce qui la dérangeait ainsi et elle finit par remiser ses réflexions dans un coin de sa tête, remettant à plus tard de tenter de trouver de quoi il s'agissait.
Elle grelottait de tous ses membres, comprenant que c'était une réaction physique au choc ressenti. Elle marchait automatiquement, sans bien savoir comment elle y parvenait.
Elle habitait à environ deux ou trois kilomètres du bahut et elle fila, aussi vite que possible, en boitillant, avec la désagréable sensation qu'on la suivait, mais elle eut beau se retourner fréquemment, elle ne vit rien de suspect, sauf une fois une ombre furtive, un homme très grand et très maigre, au visage caché, vêtu d'une longue cape, qui darda sur elle un regard qu'elle imagina venimeux.
Heureusement il traversa et elle le vit s'éloigner, d'un pas saccadé, ses longues mains se crispant par secousses. Berk !
Elle marchait si rapidement, en proie à ses ruminations terrorisées et agitées, que, malgré la distance, elle mit peu de temps à atteindre la porte d'entrée de son immeuble. Ce fut sur les derniers cent mètres qu'elle comprit, outre le fait d'avoir cru observer des Écorcheurs toute la journée, d'avoir assisté à la crise de sa prof, d'avoir vu une femme se faire renverser sous son nez, les véritables raisons de son trouble profond.
Sa mère.
On lui avait toujours dit qu'elle était morte renversée par une voiture, en traversant la rue. Et c'était ce à quoi elle venait d'assister, finalement. Un accident où une jeune femme se faisait écraser. Et en plus, par un hasard étrange, cette jeune femme lui ressemblait.
En tout cas c'était la réflexion qu'elle s'était faite quand elle l'avait aperçue marchant vers elle sur le trottoir. Et qu'avait dit le vieil homme ? « Elle s'est jetée sous ses roues. Si c'est pas malheureux, vouloir se suicider si jeune ? »
Elle ne savait pas pourquoi, mais ces quelques mots la mettaient mal à l'aise. Elle se souvenait maintenant de bribes de conversation qu'elle avait surprises, le jour où on avait incinéré sa mère. Des chuchotements, des regards gênés, des adultes qui détournaient la tête en la regardant.
Elle avait jugé à l'époque que c'était le malaise de devoir affronter le chagrin d'une fille qui vient de perdre sa mère.
Mais il y avait plus. Elle en était sûre à présent. Il y avait autre chose. Quelque chose de caché. Il fallait absolument qu'elle en parle à son père dès ce soir. Ce serait difficile d'aborder la question avec lui, elle le savait, mais il fallait qu'elle en ait le cœur net.
Elle pressa le pas, puis se souvint de sa punition. Son père rentrerait-il tôt ou tard aujourd'hui ? Pourrait-elle tricher un peu et ouvrir l'ordinateur avant qu'il ne revienne du boulot ?
Elle espérait que oui, mais ce n'était pas parce qu'elle avait envie de jouer. Elle en avait soupé, pour la journée, des Écorcheurs.
Non. Elle désirait ouvrir le Break-Space pour entrer en contact avec ses coéquipiers, ses alliés et leur poser des questions sur ce qu'elle avait vu aujourd'hui. Après tout, qui d'autre mieux qu'eux aurait pu la comprendre ? Ils étaient les seuls qui connaissaient ses ennemis implacables. Bien sûr, ils allaient sûrement la charrier et se moquer d'elle, mais elle prendrait ce risque. Ils lui seraient peut-être de bon conseil ?

C’était Véhicule fatal, le chapitre 5 de TANAGA - 1 – Les écorcheurs
© Alice Quinn - tous droits réservés – 2016

Rendez-vous mercredi pour le chapitre 6 du tome 1 de TANAGA !

 

J’ai voulu retrouver avec ce roman d’héroïc fantasy la joie de l’écriture de feuilletons, qui m’a toujours fascinée. J’espère que vous partagerez cette passion avec moi.
Dans un premier temps, 2 tomes seront donc ainsi déclinés chapitre par chapitre, gratuitement, en ligne, le temps qu’il faudra, à raison de 2 chapitres par semaine, les mercredis et les samedis, à 10 heures.
Si des fautes, des incohérences ou des coquilles se sont glissées ;-) à mon insu dans le texte, je vous serais reconnaissante de m’en informer.
D’autant plus que le roman ne sera publié et proposé à l’achat pas avant la mi-Août, je pourrai donc y apporter les corrections et améliorations nécessaires, grâce à vous.
Si vous désirez lire le roman dans sa continuité, vous avez la possibilité de l’acheter tout de suite en pré-commande. Vous le recevrez automatiquement dès sa publication le 27 juillet dans un format numérique.

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Illustration couverture par Alex Tuis
Graphisme couverture réalisée par Kouvertures.com

Bonjour Alice et merci pour ce chapitre. D'accord avec les remarques de Colette (j'aurais plus vu "..." que "!" après "pauvre type", mais c'est vrai que "?" ça ne va pas^^). Je me permets d'ajouter la phrase suivante : "Elle-même n'aurait pas pu le faire, car son père lui avait confisqué son téléphone la semaine dernière car elle y relayait le Jeu" (deux fois car dans la même phrase). Ce chapitre fait monter la tension d'un cran, donne des informations complémentaires sur Théo et sa famille, lui offre par la même occasion un lien avec son implication dans le jeu. Tout cela se dessine de plus en plus clairement. A tout à l'heure pour le chapitre suivant :-)

Publié le 21 Mai 2016

@Colette bacro
Merci pour le retour, Colette.
Oui, en fait, les profs donnent une version confuse devant les élèves, car ils s'emberlificotent dans des mensonges. En réalité, c'est vraiment plus grave. Théo surprend plus tard "état de légume" etc... C'est pour ça.
En tout cas merci pour tous cs détails qui me permettront d'améliorer vraiment! Génial! ;-)

Publié le 18 Mai 2016