Classiques et Moi
Le 15 mar 2017

Antoine de Saint-Exupéry et moi

C’est en Espagne que j’ai redécouvert Antoine de Saint-Exupéry, qui fut l’auteur de mon livre de chevet et l’occupant de mes songes pendant mes années d’apprentissage.
Saint-Exupéry inspiré par sa vie de pilote aéropostalSaint-Exupéry inspiré par sa vie de pilote aéropostal

Je passais les hivers dans une petite ville de la côte, au sud d’Alicante, les pieds dans l’eau, bien au chaud. Chaque année, était organisée une foire aux livres en langue castillane, sur le paseo du bord de mer. Je ne manquais jamais d’aller farfouiller, parmi les livres proposés, dans les anciennes éditions aux reliures originales de cuir de Cordoue qui fleuraient bon à mes narines.
C’est au cours d’une de ces expositions qui attiraient les fouineurs professionnels à cheveux blancs, que je baissai la main sur une édition rare du Petit Prince, de Saint-Exupéry. Petit livre d’un format minuscule (6x4 cm), joliment et solidement relié en couverture de cuir brun, doré sur les trois tranches, dans la collection « El fascinante mundo de los minilibros ». Il était édité au Pérou, à Lima, Avenue Tùpac Amaru, par Hugo Guzman Hurtado, en 2006.

ANTOINE DE SAINT-EXUPERY, l'aviateur écrivain.

 

 

En Espagnol, le titre s’écrit : "El Principito", plus câlin, plus émouvant encore qu’en français.

 

Malgré sa petite taille, le corps de lettre choisi, d’une belle encre bleutée, permettait une lecture aisée sans même devoir chausser les lunettes.
Les principaux adorables et délicats petits dessins que tout le monde connaît jusqu’aux confins des Amériques et de la Chine, sur tous les continents, étaient finement reproduits avec précision dans d’excellentes couleurs pastel identiques aux originaux. En couverture, était gravé d’or le Prince dans sa cape déployée, épée pointée en terre, bottes montantes et haut bonnet sur la tête.

L’ensemble compte 342 pages qui tiennent parfaitement dans la poche de mon pantalon, voire dans la pochette de poitrine de ma chemise. Un mince ruban doré sert de signet marque-page, comme dans les missels anciens. Au dos, une gravure représente mon Prince en déséquilibre sur une Terre boursouflée, qui compte les étoiles.

Enthousiasmé par ce petit bijou qui ne coûtait guère que trois sous, je l’ai glissé aussitôt dans ma poche, où il se cache depuis lors quand il n’est pas sur mon bureau, toujours à portée de main, accessible à tout instant lorsqu’il y a baisse de moral, vague à l’âme, ou nostalgie des jours enfuis.

"Le Petit Prince", depuis toujours, est mon meilleur ami, mon plus sage confident.

Mais le texte en espagnol possède un délicieux parfum qui embaume l’original d’une fragrance particulière et insistante : « Cuando yo tenia seis años, vi un avez una magnifica imagen… »

Je retrouvai instantanément l’émotion suffocante avec laquelle je reçus ce livre pour la première fois, offert pour mes dix ans. Je redécouvris avec un bonheur ineffable cette première image qui représente « una serpiente boa que se tragaba una fiera » (un serpent boa en train d’avaler une bête féroce). On sait qu’il s’agit de ce dessin en forme de chapeau qui cache, en réalité, la silhouette d’un éléphanteau dans l’estomac du serpent.
Puis, surgit cet adorable mouton à la tête penchée, oreilles horizontales, aux petits yeux noirs débordant de sentiments amoureux.
Le narrateur se réveille en  plein désert, perdu dans les sables après son avarie moteur, et voit surgir un petit personnage extraordinaire qui lui intime l’ordre : « Dessine-moi un mouton ! » .

Je me souviens encore, à ma première lecture, avoir tenté moi-même de dessiner le mouton, et m’être aperçu que je ne savais pas le faire.
Depuis, bien sûr, j’ai dessiné quantité de moutons, des blancs, des noirs, des gentils et des méchants, mais aucun ne fut jamais si merveilleux que celui de mes dix ans.
C’est ainsi que chaque fois que je relis un chapitre du minuscule ouvrage extrait précautionneusement de ma poche, je plonge dans les délices de cet âge béni où m’apparut l’image tant chérie du Petit Prince.

Ensuite, évidemment, adolescent, j’ai fait la guerre avec Saint-Exupéry, et j’ai volé de nuit tant de fois avec lui,

que je devins expert, capable de survoler Arras les yeux fermés.
Vint le temps de ce formidable développement de l’aviation, des épopées glorieuses des pilotes et des aventuriers. Les avions se modernisèrent, les hommes s’enhardirent. On vola au-dessus des Andes (où Guillaumet retourna son Potez sur un glacier inaccessible, dont il revint par miracle après avoir accompli ce qu’aucune bête n’aurait pu accomplir.) On va à Saïgon ou en Patagonie. C’est le temps des Mermoz, des Kessel, des Malraux qui recherche au Yemen la capitale de la reine de Saba et que Saint-Ex renonça à accompagner.

Antoine de Saint-Exupéry participe à tout cela. Mais aussi il écrit Vol de nuit, Prix Femina, adapté au cinéma avec Clark Gable, rien que ça ! Il flotte dans le silence de la nuit, voyant défiler sous lui les myriades de petites lumières des hommes qui dorment.

C’est au milieu de cette époque fabuleuse que l’écrivain devient célèbre autant que l’aviateur.

Mais avant cela, le Saint-Ex qui m’impressionna le plus fut celui que Didier Daurat nomma comme chef de poste à Cap Juby, dans le Sahara espagnol, responsable pour l’Aéropostale de la ligne jusqu’à Dakar. Il y séjourna en bonne compagnie avec Toto et Maréchal, ses deux mécaniciens, avec Kiki le ouistiti, Mirra la chienne, Paf le chat, une hyène et un caméléon, un bon nombre d’autruches, mais sans une seule femme pour ce grand sentimental qui supportait mal leur absence. Il se vengea en écrivant Courrier Sud, un truc assez idiot, opina-t-il !

Cet immense gaillard bien bâti, si doux et maladroit, avait un net penchant pour les femmes, et elles penchaient pareillement vers lui.

Il fut d’abord fiancé à Louise de Vilmorin, poétesse et fantasque, auprès de laquelle, des décennies plus tard, Malraux se réfugia après avoir épuisé ses forces dans l’Art et la Littérature, après avoir été ministre.
Puis il fut amoureux de toutes celles qu’il rencontrait et d’abord, et surtout, de Marie sa mère qu’il vénérait comme un petit garçon dans ses lettres d’homme mûr.

Il écrivit sept lettres (du moins, celles qui nous restent) à Natalie Paley, peut-être découverte sur le tournage du film Courrier Sud, actrice qui avait joué avec Charles Boyer dans L’épervier. Ces lettres, d’une subtilité et d’une douceur bouleversantes, semblent écrites par un poète, et non par un pilote, encore moins par un guerrier.
«  Tu es en moi comme une provision merveilleuse… »
«  Mon ruisseau frais aux cailloux blancs, mon eau courante, ma bien-aimée »

Quand Didier Daurat l’enverra en Amérique Latine inaugurer la ligne de l’Aeroposta Argentina, il y rencontrera Madame Gomez Carillo, alias Consuelo Suncin, l’oiseau des îles, femme tourmentée qui le tourmenta tant, et qu’il épousa.

                                                                                  §§§§§§§§§§§

J’ai passé une grande partie de ma vie auprès des pilotes de guerre. Je sais ce que c’est que d’attendre qu’ils reviennent quand ils ont décollé.

Je sais ce que c’est que d’attendre le meilleur ami, et qui ne revient pas, explosé dans le brouillard contre les collines de Lezuza, quelque part dans la Mancha, retrouvé éparpillé en miettes parmi lesquelles était un doigt qui portait son alliance.

Antoine de Saint-Exupéry était attendu aussi, au retour de mission sur le sud de la France, dans son Lightning P38 n°223. Mais ce jour-là, à Borgo, près de Bastia, à 14h30, on savait qu’il n’y avait plus d’espoir qu’il fût encore en vol.
On a cherché en vain son épave en Méditerranée. Un pilote allemand rescapé de la guerre, en vol de surveillance sur la zone, s’est vanté récemment de l’avoir descendu, ce Petit Prince ailé. Ce ne fut pas un grand exploit : Saint-Ex, pour sa dernière mission après 7.000 heures de vol dans les nuages, n’était armé, pour se défendre, que de caméras.
Il n’a pas pu participer aux fêtes de la libération toute proche de son pays, mais il était de ces hommes qui sont grands devant la vie, parce qu’ils savent se respecter eux-mêmes.

Le Petit Prince s’en est allé, disparu aussi soudainement qu’était apparu celui qui demanda : « Dessine-moi un mouton ! »

au pilote égaré dans les  sables après son avarie moteur.
De Manon, la danseuse, à la grande Faucheuse, Saint-Ex avait accompli son cycle féminin.

Dans Citadelle, il nous avait prévenus : « Car tu n’as rien à espérer si rien ne dure plus que toi. »

Principito, le Petit Prince, certainement, durera plus qu’Antoine de Saint-Exupéry, au moins pour le temps où il restera dans ma poche et dans la collection del fascinante mundo de los minilibros.

Gérard Bossy

 

 

Et pour en savoir plus sur Antoine de Saint-Exupéry (1900 - 1944)

grâce à la collaboration d'Élizabeth M.AÎNÉ-DUROC

Pour tous ceux qui l'aiment, à cause de son départ tragique peut-être, à cause de sa richesse de cœur sûrement, Antoine de Saint-Exupéry est à la fois l'aviateur égaré dans son désert doré, à la fois Le Petit Prince venu réveiller son cœur. Ce sont des générations et des générations d'enfants, d'hommes et de femmes de tous bords et de tous horizons dont il éveilla lui-même doucement le cœur, entre les lignes tendres et mystérieuses de son chef-d’œuvre.

Pareil à tous ceux qui connaissent un jour ou l'autre la renommée, Antoine de Saint-Exupéry est enveloppé aujourd'hui de sa nuée brillante de légendes, et nul ne les raconte mieux que Gérard Bossy.

Antoine de Saint-Exupéry : Un enfant du siècle dernier

On sait qu'il était beau et tendre, qu'il ne se moquait pas des choses qui font se gausser les autres, qu'il avait un cœur de poète qui se réconfortait en imitant le destin des hirondelles. Né avec le premier été du siècle dernier, le 29 Juin 1900, il est passé avant la fin de la guerre qui en déchirait l'espoir et la beauté.

Enfant, peut-être blond, sûrement diaphane, il fut chéri. Son existence pourtant s'ouvrait sur un drame, -son père mourut alors qu'il n'avait que quatre ans-. Mais sa mère était là qui veillait. À la mort du vicomte Martin de Saint-Exupéry, sa femme, bien qu'anéantie, trouve toute l'énergie nécessaire pour offrir à ses enfants le secours, la sécurité et le bonheur auxquels ils ont droit.

Antoine est un enfant heureux, épris de liberté. Son âme vibre sans cesse de lointains voyages et d'expéditions exotiques. Il grandit dans de belles régions de France, -le Var, l'Ain-, entouré de son frère et de ses trois sœurs ; il devient le confident de sa mère bien-aimée qui lui transmet les valeurs de son cœur artiste et noble, et qui se dévoue pour lui offrir une éducation convenable. Très tôt la passion de l'enfant pour l'écriture et pour l'aviation se mêlent et s'entremêlent. Antoine a douze ans quand il tombe amoureux des ailes et des ronflements de moteur des coucous qu'il découvre dans un aérodrome, il n'est guère plus âgé quand il invente un petit mensonge pour faire son baptême de l'air, et c'est entre les lignes d'un poème qu'il nous livre déjà l'exaltation qu'il en avait ressentie.

Les drames d'Antoine de Saint-Exupéry à l'aube de la vie adulte

C'est ainsi que s'épanouit ce vaste cœur, gêné par la bourgeoisie de son milieu, jamais plus heureux que dans son paradis de famille, si doué pour l'écriture qu'il remporte des prix dès ses années de collège, trop épris de liberté pour pouvoir se contraindre aux études. Marie de Saint-Exupéry veille encore et toujours, mais surviennent les drames qui tireront Antoine hors de son enfance chérie. La guerre d'abord. L'affreuse guerre. Marie sera nommée, pendant le conflit, infirmière en chef de tout un hôpital. Elle se dévouera, encore et toujours, elle trouvera le moyen de faire venir ses enfants auprès d'elle. Mais en 1917, François, le frère cadet d'Antoine, décède brutalement. Le choc est terrible. Antoine se retrouve privé de son compagnon, de son meilleur ami. Ce sont des années pénibles qui suivront, marquées par la douleur, marquées par un certain échec, et les poèmes qu'il nous en reste, mélancoliques, témoignent du poids de ces épreuves.

Il faut donc imaginer un jeune homme, désormais, de grands yeux sous un front noble, le regard clair et rêveur, le nez en trompette. En 1921, Antoine débute son service militaire à Strasbourg. S'il se révèle particulièrement doué pour le pilotage d'aviation, -il s'est inscrit à des cours à ses propres frais-, son caractère contemplatif lui joue parfois des tours. On le sait doué, on l'admire, mais on le charrie, aussi ! Il faut s'imaginer ce grand gaillard oubliant de rentrer son train d'atterrissage, dédaignant de mettre en route ses instruments de bord. On craignait tout le temps qu'il ne se perde dans cette immensité bleue du ciel, qu'il aimait tellement. On le surnomme de fait Pique la Lune.

Passions liées pour le jeune auteur-aviateur

Pique la Lune passe cependant de pénibles années. Affecté à Istres, puis à Casablanca, il revient en France en 1923 et s'installe au Bourget. C'est alors qu'il connaît son premier accident d'avion, qui le laisse atteint d'une fracture au crâne et lui vaut sa démobilisation. Il entend bien pourtant entrer dans l'Armée de l'air. Il se fiance puis rompt finalement ces premiers vœux, mais quelques soient ces heurts, ces hauts et ces bas,  Antoine de Saint-Exupéry écrit, dessine aussi.

C'est en 1926 que cette jeune vie prend un tournant. Un certain Didier Daurat, directeur d'exploitation d'une compagnie d'aviation alors connue sous le nom de Latécoère, lui propose de l'engager. Il sera chargé de convoyer du courrier de Toulouse à Dakar. S'ouvrent dix années de vols et de voyages, dix années fécondes en littérature. Alors qu'Antoine de Saint-Exupéry passe du Maroc à la Patagonie, il publie une nouvelle, L'évasion de Jacques Bernis, et deux romans, Courrier Sud en 1929 et Vol de nuit en 1931. Ce dernier connaîtra un immense succès. L'auteur y conte ses années passées en Argentine, alors qu'il devait développer la compagnie et rallier la Patagonie. C'est cette même année qu'il épouse la belle Consuelo Suncin Sandoval de Gòmez (une écrivaine salvadorienne), et c'est durant l'année suivante qu'il fait ses premières armes de journaliste. Voilà quelques temps déjà que le jeune poète aviateur s'est lié d'amitié avec un certain Jean Mermoz.

Perdu dans le désert

Tous les amoureux du texte du Petit Prince seront émus d'apprendre, -s'ils ne le savent déjà-, en quelles circonstances Antoine de Saint-Exupéry a lui-même fait connaissance avec le désert. En 1927 tout d'abord, il est nommé chef d'escale à Cap Juby, au Maroc. C'est là qu'il fait la découverte de ces indescriptibles espaces désertiques, hantés de solitude et de terrible charme, tellement en phase avec son âme mystérieuse, contemplative et romantique.

Mais c'est le 29 décembre 1935 qui doit avoir un écho bien particulier dans le cœur des amis du Petit Prince. Alors reporter à Paris-Soir, accoutumé à des vols qui l'ont mené depuis le Viêt-Nam jusqu'à la Russie, Antoine entend parler de cet André Japy qui aurait relié Paris à Saïgon en 3 jours et quinze heures. En pilote zélé, il s'imagine aussitôt battre ce record. Il embarque son mécanicien à bord de son appareil, aussitôt dit, aussitôt fait. Mais vers trois heures le matin suivant, alors que le pilote vient de faire une descente contrôlée pour se repérer, son avion heurte de plein fouet un plateau rocheux. C'est ainsi qu'Antoine de Saint-Exupéry et André Prévot, son mécanicien, miraculeusement indemnes, se retrouvent perdus dans le désert d'Égypte, privés de vivres, privés d'eau. Ils vont errer trois jours, livrés à ce triste sort, avant d'être secourus, ce qui était totalement inespéré.

« Seuls ceux qui participent aux événements sont légitimes pour en témoigner... »

Avant que n'éclate le conflit de la Seconde Guerre Mondiale qui brisera l'Europe encore une fois, Antoine de Saint-Exupéry a déjà fait l'expérience des guerres assassines. En 1936, on l'envoie couvrir la guerre civile qui sévit en Espagne. Tous ces événements auxquels il assiste, ces exactions qu'il refuse de taire, ces voyages qui élargissent son horizon en lui dévoilant la nature du monde, nourrissent son inspiration. En 1939, il publie Terre des Hommes, un merveilleux roman qui sera récompensé par le prix de l'Académie Française.

Lorsque la guerre éclate, c'est en tant que capitaine qu'Antoine de Saint-Exupéry officie dans l'Armée de l'air. D'une façon ou d'une autre, fort d'une certaine notoriété, fort de ses convictions surtout, l'écrivain soldat tente de changer les destins qui s'affrontent. Persuadé d'avoir un rôle à jouer dans l'histoire tragique du monde qui se brise, il ne ménage pas ses efforts. On le retrouve à New-York puis au Canada en 1942, en Tunisie en 1943, en Algérie puis au Maroc de nouveau. Son état de santé n'est pas bon, il essuie nombre d'incidents, mais il reste à pied d’œuvre, et ne se préoccupe guère des propos des Alliés qui voient en lui un pilote dépassé.

Placé en réserve de commandement, puis nommé commandant, il finira par rejoindre un poste à Borgo, en Corse, non loin de Bastia. C'est ainsi qu'il décolle de Poretta, le 31 Juillet 1944, à huit heures vingt-cinq du matin, à bord de son petit bimoteur, prêt à faire cap sur la vallée du Rhône, avec une mission bien précise : effectuer des reconnaissances photographiques de façon que puisse être établie une cartographie précise de la région d'Annecy. On doit en effet préparer le débarquement de Provence, prévu pour le 15 août prochain. Antoine est seul à bord de son appareil. Son avion n'est pas armé. Le dernier écho radar est signalé à huit heures trente du matin. Brusquement, Antoine de Saint-Exupéry a disparu.

« C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose importante... »

Quand je pense à lui, je le vois marchant dans un désert doré que ses pas rendent fertile, je vois un ciel de velours piqueté de diamants où sa tête tourne encore. Une rose brille entre ses doigts, abritée des courants d'air, et que son regard clair, à n'en pas douter, couvera assez pour en ôter les épines. Je pense à Marie, sa mère, qui vivait pour lui avant, qui a vécu pour lui après.

En 1948, Pique la Lune est reconnu 'Mort pour la France'. C'est dans l'anonymat presque général qu'on avait publié, cinq ans auparavant, un texte reconnu comme 'un conte poétique et philosophique', un texte envoûtant qu'il n'est guère possible d'oublier. Le Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry.

Le saviez-vous ?

> Pénible de piocher dans les récits de vie qu'on a faits sur Antoine de Saint-Exupéry pour en sortir une anecdote. C'est la vie tout entière de l'auteur qui inspire, comme si elle était une immense anecdote. Rappelons tout de même que sa disparition, et sa mort alors présumée, ont longtemps appartenu au domaine du mystère, et s'y réfèrent encore, sous certains aspects. Le corps de l'aviateur n'ayant pas été retrouvé après la tragédie, nombre d'hypothèses ont été formulées, depuis ces faux témoignages qui le disaient 'abattu par l'ennemi' (la France vibrait sous les feux de la guerre), jusqu'à la théorie du suicide. On a tout dit pour tenter d'expliquer le drame, mais on n'est sûrs de rien. Comme le dit Gérard Bossy, bien mieux vaut s'entraîner à dessiner des moutons...
> Antoine de Saint-Exupéry a été décoré de la Croix de guerre. Le 23 mai 1940, il survole Arras quand son avion est criblé de balles du fait de tirs ennemis. Il parvient malgré cela à faire demi-tour, et retourne à la base de Nangis où ses passagers débarquent sains et saufs.
> Le Petit Prince est, de notoriété publique, le livre le plus traduit et le plus vendu au monde !

À lire absolument, si ce n'est déjà fait !

> Citer Le Petit Prince n'est pas de trop. Un texte disponible dans presque toutes les langues qui existent au monde !, paru pour la première fois aux États-Unis, en 1943, augmenté des superbes aquarelles de la main d'Antoine de Saint-Exupéry. Inimitable.
> Vol de nuit, un roman dans lequel s'illustrent les valeurs de la mission humaine et stratégique du courrier, investi d'un devoir sacré, poussé à l'excellence. Paru en 1931.
> Terres des Hommes. Publié pour la première fois en décembre 1939, ce roman a obtenu le Grand Prix du roman de l'Académie Française.

Élizabeth M. AÎNÉ-DUROC.

12 CommentairesAjouter un commentaire

@vespucci. Excusez-moi, chère experte en haute littérature, il ne s'agit pas de moi, mais de Saint-Exupery.
Je n'avais pas observé que l'étendue et la qualité de vos nombreuses oeuvres vous autorisaient à traiter Le Petit Prince de " nigauderie ". Vous m'accorderez donc la primauté de vous dire que , selon une opinion universelle qui vous dépasse autant que moi, La NIGAUDE , c'est VOUS.
Comme d'habitude, vous n'avez pas lu, trop pressée de cracher des bêtises que vous jugez géniales.
Je demande à monbestseller de ne pas gommer, pour une fois, votre SOTTISE.

Publié le 26 Mars 2017

Remarquable papier d'une grande sensibilité. Même si moi, j'ai toujours trouvé la poésie du Petit Prince un peu "strange".

Publié le 24 Mars 2017

La censure veillant toujours sur mBS avec ses grands ciseaux et ses gommes magiques, je me vois obligé de redire que "Le Petit prince" est une nigauderie gnangnan et Bossy, un très mauvais joueur qui n'accepte que les commentaires laudateurs. C'est quand même étrange, cette incapacité à supporter un avis divergent du sien.

Publié le 24 Mars 2017

Bonjour Vespucci. Le sommet du sentimentalisme béat? Quand je suis né la marmite était trop petite, je ne suis pas tombé dedans. Nigauderie Pasteurisée? (Des termes recherchés). J'ai dû louper quelque chose d'important, logique, ça fait des lustres que je ne regarde pas la télé. Je ne critique pas l'excellente présentation de Bossy et encore moins les écrits de Saint Saint-Exupéry. Adolescent, j'ai lu tous ses livres. " Il fut l’auteur de mon livre de chevet et l’occupant de mes songes pendant mes années d’apprentissage". C'est sa place! Le Petit Prince est très médiatisé, politiquement correct pour une populace orientée "feux de l'amour", tandis que ceux qui la gouvernent pratiquent Sade et Machiavel. Cordialement. Patrick

Publié le 22 Mars 2017

Bonsoir, bien évidemment, dans un lointain passé, gamin, j'ai beaucoup aimé l'auteur. Aujourd'hui, en cette période de crise économique organisée, de guerres un peu partout, du mixage dans la mondialisation, adulte et critique c'est un peu beaucoup cul-cul, enfantin. Patrick Letellier un ancien de ce site.

Publié le 20 Mars 2017

Merci, bien cher @Ivan Zimmermann, pour vos remarques partagées ! Heureuse de vous retrouver ici. Quant à moi, il faut avouer que je me suis tout bonnement régalée d'évoquer ce que nous savons de l'existence d'Antoine de Saint-Exupéry, si tendre et mystérieux...
Élizabeth.

Publié le 18 Mars 2017

@Bossy, merci pour toute l'émotion que vous avez voulu faire partager, on la sent sincère, tellement présente que j'ai ressenti comme un regret du passé.
Je ne me suis intéressé que tardivement à Saint-Ex et je suis entré dans son monde par "Vol de nuit" étant un passionné d'aviation. Puis j'ai glissé vers "Terres des hommes et c'est après hésitation que j'ai lu "le petit Prince", pensant que ce n'était qu'un conte pour enfant avant de me rendre compte, peut-être un peu tard, qu'il s'agissait d'une leçon de vie et surtout de vivre ensemble.
Merci encore pour ce bel article que @Élizabeth M.AÎNÉ-DUROC a bénéfiquement alimenté en nous livrant un historique bien constitué.
Bien vôtre,
Ivan

Publié le 18 Mars 2017

@Elisabeth M.AÎNÉ-DUROC, @BOSSY, Lue à distance sans pouvoir commenter, je me suis délectée pour la deuxième fois de ta tribune, Bossy, et ai apprécié l'incontournable complément d'information d'Elizabeth, sa chasse au petit plus qui parfait ton propos. La photo de Giraudeau de m'avait pas choquée, bien au contraire. De ces deux hommes émanait une grande tendresse, que j'appréciais et apprécie toujours. Merci pour ce partage sensible et surveille bien ton petit bouquin si je passe un jour chez vous. J'imagine volontiers son grand pouvoir d'attraction et je crains d'être tentée de te l'emprunter pour une durée indéterminée ;). Bises à vous deux. Michèle

Publié le 17 Mars 2017

@monbestseller. Merci pour le changement de photo. C'est vrai que c(est mieux, et pas soumis à critique de qui vous savez.

Publié le 16 Mars 2017

Très cher @BOSSY, j'aurais volontiers dit que c'était à moi de vous écrire en premier ! Imaginez-vous comme j'étais ébahie, doucement heureuse, et émerveillée, en prenant connaissance en avant-première (quelle chance !), de la teneur de votre texte ! Je vous l'avais déjà dit quand vous nous aviez livré les pensées de votre cœur au sujet de René Char. Vous avez une façon presque unique, à ma connaissance, de dire les choses qui viennent du fond de vous, de les offrir, de les mettre à portée de façon que nous ne puissions faire autrement, semble-t-il, que d'aimer ce que vous aimez. Ah !, quand le vécu est là...
Et puis, je mettrais bien ma petite touche en ajoutant que j'ai moi-même découvert le Petit Prince alors que j'étais tout enfant et blondinette. Ma Maman m'avait offert une cassette audio sur la bande de laquelle, merveilleusement narrés d'une voix chaude, vibraient les mots de l'aviateur, de son visiteur, et de la rose... C'est un parfum avec lequel j'ai grandi, une magie qui m'a touchée et que je n'oublierai jamais. Plus tard, j'ai découvert Antoine de Saint-Exupéry, et j'ai compris.
Tout cela pour vous dire 'Merci', cher Gérard. Ce fut un cas de conscience d'écrire ces lignes après les vôtres...
À bientôt je l'espère, et puissent vos mots rappeler 'qu'on ne voit bien qu'avec le cœur'.
Avec mon amitié,
Élizabeth.

Publié le 15 Mars 2017

@Elizabeth M.AÎNE-DUROC..Il me revient d'être le premier à vous remercier pour votre complément biographique concis, précis et chaleureux que vous nous offrez en hommage à Saint-Ex. J'ai toujours le coeur qui se serre, comme à dix ans, lorsque j'extirpe de ma poche le "Principito", ce petit personnage connu du monde entier par les générations successives, accessible aux jeunes comme aux vieux, sorte de lanterne suspendue au-dessus du monde pour éclairer de sa lueur apaisante la folie des hommes. La mer a englouti le Poète guerrier. Le ciel nous le rend par cette étoile qui brille au nom des hommes de bonne volonté et nous permet de ne jamais désespérer.

Publié le 15 Mars 2017

Un des rares auteurs que j'ai relu :)
Ses romans sont tous des petits bijoux, souvent vécus, toujours émouvants par exemple quand il parle de Guillaumet perdu dans les Andes par un froid intense, promis à une mort horrible, qui se relève encore et encore pour un pas supplémentaire dans la neige, et qui finalement pense à l'assurance vie que sa femme ne toucherait pas si son coprs était perdu, trouvant le courage d'aller jusqu'au prochain rocher, puis jusqu'au suivant, pour finalement s'en sortir. C'est ça la vérité!
J'aime quand il écrit que plus jamais il n'adorera un homme qui ne serait QUE courageux.
Je ne sais pas si l'anecdote est vraie mais Gide lui aurait dit un jour au téléphone, n'arrêtez pas de voler ou alors arrêtez d'écrire.
Enfin le Petit Prince, ce livre qu'on dit encore être un livre pour la jeunesse alors que c'est complètement faux. C'est un livre d'adultes.

Publié le 15 Mars 2017