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Le 20 juin 2017

La métaphore : transformation imaginaire du monde

Métaphore et métaphore filée : deux élégantes figures de style qui doivent être portées dans un code strict. Littérature, politique, publicité, langage parlé, la métaphore est partout mais saurez-vous la reconnaître ?
Les images aussi peuvent être métaphoriquesLes images aussi peuvent être métaphoriques

La métaphore est une figure d'analogie dont le but est de créer une ressemblance entre le comparé et le comparant pour désigner une chose ou une idée. C’est une comparaison, mais à l’inverse la métaphore fusionne les deux éléments sans utiliser de comparatif : comme, tel, semblable etc.  "Un tsunami de reproches", "Cette femme est une fleur". "Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage."
Ce sont des métaphores. La métaphore, on dit que c'est une comparaison, mais c'est une comparaison implicite.

Quand utiliser une métaphore ?

Le propre de la métaphore est de solliciter l’imagination du lecteur. C’est donc avant tout une figure de style littéraire. Le contexte est nécessaire à la compréhension de la métaphore ; celui-ci indique qu’il ne faut pas prendre le mot ou l’expression dans son sens commun.

Utilisée en épithète ou en expression poétique, la métaphore est sans doute l’un des tours de magie les plus utilisés en littérature. Utilisée à bon escient, elle donne du relief au style.
Le  devoir du poète par la métaphore est de traduire un sentiment unique, et chaque figure appartient à la subjectivité de l'auteur. Le poète qui se doit d’approcher la vérité, voire de la toucher, en use largement. Plus généralement, la métaphore est adaptée pour les descriptions et souvent fort à propos pour les portraits.

Mais attention, la métaphore est souvent un cliché ou un lieu commun, et appartient au langage familier ou parlé.
La catachrèse, c’est une métaphore courante, commune qu’on ne considère même plus comme une figure de style :  "les pieds d’une table", 'les dents d’une scie", "un bain de soleil".

Les limites de la métaphore

Utilisez trop la métaphore, et vous annulez sa portée car la métaphore doit surgir d’un texte de manière inattendue. Utilisée en cascades, elle devient à la fois incompréhensible voire grotesque. Elle se doit d’être originale sous peine d’être vécue comme un cliché.
Gérard de Nerval a dit : « Le premier qui compara une femme à une rose était un poète, le second un imbécile ».

La métaphore filée, c’est une série de métaphores dans un même champ lexical

« Mais Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n’en connaîtrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le ! quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire ; quelque nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer, il s’y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu, des fleurs, des perles, des monstres, quelque chose d’inouï, oublié par les plongeurs littéraires. »

Ici, dans "Le père Goriot", Balzac compare Paris à un océan. Alignées dans la même phrase, chacune des métaphores révèlent les détails d’un tout, d’un univers complet transposé.

Métaphore et publicité

L’un des registres de la publicité pour créer de l’impact repose sur la métaphore. La publicité joue sur la similarité en associant deux éléments sémantiques pour générer une image parlante, une correspondance originale surprenante.
De ce fait, certaines métaphores exigent un travail de décodage de la part du lecteur qui doit comprendre et projeter la relation comparé-comparant.
Les exemples infinis de la métaphore sont joués en publicité aussi bien au niveau des textes : "Arpège parfum de lumière" (Lanvin), "Deux doigts coupe-faim" (Twix)… qu’au niveau visuel.

Métaphore et politique

Maurice Thorez, avec « la main tendue » (aux travailleurs chrétiens). Ou Jacques Duclos, avec « blanc bonnet et bonnet blanc » lors de la présidentielle de 1969 opposant Pompidou et Poher ont trouvé des formules mémorables de métaphores.
Récemment, et quoi que l’on en pense, le « capitaine de pédalo » de Jean-Luc Mélenchon a fait son carton…
Quels mots feront l’histoire ? Le langage politique, c’est sûr, ne peut pas renoncer à la métaphore s’il veut transformer et organiser la vision du monde, car c’est un peu cela, la métaphore : une transformation imaginaire du monde.

Ch. Lucius

@Christiane Willemse
Excellente définition de la métaphore. Mes anciens étudiants auraient aimé. De plus, la photo de l'article est plus expressive que des mots.

Publié le 24 Juillet 2017

@lamish Comme beaucoup de procédés, plus ils sont rares, plus ils sont subtils.

Publié le 26 Juin 2017

Merci pour cet article, Christophe. Il émane d'une plume que nous aimerions lire plus souvent ;). Autant la métaphore peut enrichir un texte, autant elle peut lui nuire. Son maniement est un art dans lequel notre ami @BOSSY excelle, par exemple. Son avant-dernier roman, "Poste restante", n'est qu'une succession de métaphores, du début à la fin, sans trève. Il sait la rendre poétique, et Dieu sait si ce n'est pas donné à tout écrivain ! Pour ma part, elle n'est pas innée, et je redouterais de tomber dans le réchauffé en m'y risquant trop souvent :). Bonne fin de weekend. Amicalement. Michèle / PS : "Chaque soir, quand on arrive au port, la sirène mugit, les souvenirs et les remords s'entassent dans le nid. Nous avons évité le pire par l'Ecriture qui respire, sans avoir à fournir les preuves." (BOSSY / Jeu d'été : citation sur le mot écriture).

Publié le 25 Juin 2017

De fait la philofiction n'est qu'une métaphore : un déplacement de ce monde ! http://www.monbestseller.com/manuscrit/philofiction-4-la-tentation-du-pouvoir

Publié le 20 Juin 2017

Oui, photo superbe, en espérant que ce n'est pas la planète qui dégouline? Non, ce n'est pas une critique.

Publié le 20 Juin 2017

La photo est superbe. Elle ferait une couverture parfaite pour certains livres.

Publié le 20 Juin 2017

Judicieuse page. Jetée à terre quand je ne trouve pas, ces articles me remettent la casquette sur le crâne.Je retiens: Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,, traversé ça et là par de brillants soleils. Le tonnerre et la pluie on fait un tel ravage, qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils. (L'ennemi de Baudelaire: "Moi, mon âme est fêle", disait-il le cœur serré d'angoisse). Comment a-t-il pu définir ainsi ma vie? Formidables métaphores de mon poète préféré. Les fleurs du mal me suivent partout depuis mon enfance. Le temps a jaunit leurs pétales. Une bonne métaphore doit être inédite. On ne doit jamais utiliser une formule "petit bateau". Brassens les utilisait beaucoup. (Ayant avec lui toujours fait bon ménage, j'eusse aimé célébré, tendre corps féminin, ton plus bel apanage, que tous ceux qui l'on vu disent hallucinant. (Il parle du con de la femme, un terme vrai, aujourd'hui méchamment galvaudé. Bonne journée à toutes et à tous. Patrick

Publié le 20 Juin 2017