Interview
Le 07 jui 2017

Comment j’ai signé mon premier contrat d’édition grâce à monBestSeller

Patrick Ferrer n'est pas un auteur comme les autres. Pour lui la littérature n'est pas un "faire valoir" ou une simple "valeur économique", on sent chez lui la passion mais aussi toute l'inquiétude et la fragilité d'un vrai écrivain.

Déterminé, il a véritablement construit un itinéraire : son premier ouvrage "le Baiser de Pandore" fut d'abord N°1 chez Amazon. Sélectionné dans de nombreux concours, il est aujourd'hui édité chez Incartade(s) éditions. Il donne au "polar" ses lettres de noblesse. 
L'auteur nous conte ici son chemin parcouru d’espoirs et d’embûches, les pièges à éviter. S’il est fier d’être édité aujourd’hui, il souligne qu'il n'en n'a pas fini avec l'autoédition car solidarité, remise en question, liberté et frissons sont toujours aux rendez-vous. On l'écoute.

Question: 

1-Patrick Ferrer, vous n’en êtes pas à votre premier livre. Racontez-nous votre itinéraire littéraire ?

Réponse: 

Bonjour. Non, j’ai deux romans complets à mon actif (le premier publié comme une trilogie) et un troisième dans les tuyaux ainsi qu’une trentaine de nouvelles publiées dans divers recueils, magazines, webzines, etc. Au bout d’un moment, à force de jeter des bouteilles à la mer, on perd un peu le fil. Les écrits voyagent.

J’ai débuté, comme la plupart des auteurs, en envoyant mon premier manuscrit aux maisons d’édition, mais j’ai rapidement déchanté. Les chances de percer ainsi sont vraiment très minces. Et quand un éditeur est intéressé, c’est lui qui dicte les conditions et peut vous demander de tout réécrire pour correspondre à ses besoins actuels. Ma découverte du site monBestSeller début 2013 a changé la donne parce que cela m’a permis un contact direct avec les lecteurs et c’est à partir de là que tout a basculé. Les retours positifs m’ont redonné du courage et l’envie de persévérer. Fort de ce premier succès, je me suis tourné vers l’autoédition numérique et mon roman a cartonné. L’accueil des lecteurs de monBestseller l’avait en quelque sorte annoncé. Le roman a été sélectionné comme l’un des dix meilleurs romans indépendants de 2015 par Amazon et, à partir de ce moment, trouver un éditeur et négocier les termes du contrat est devenu possible. 

Question: 

2-Ce qui vous caractérise, c’est que vous êtes l’un des militants de l’autoédition  par choix et non pas par résignation. Dites-nous en un peu plus ?

Réponse: 

Si vous vous aventurez dans un salon du livre, vous pourrez immédiatement différencier les auteurs indépendants des autres. Ils ont la banane, se claquent la bise entre auteurs, discutent avec leurs lecteurs comme avec de vieux amis et restent rarement assis à leur table. Les indés ont développé une dynamique de solidarité et de convivialité entre eux et de proximité avec leurs lecteurs qu’on trouve rarement dans l’édition traditionnelle. Ce n’est pas du tout la même ambiance, même si à la base nous pratiquons le même métier. Le monde des autoédités est plus libre, plus ouvert à l’autre, ce qui est indispensable parce que l’auteur indépendant travaille seul, il n’a pas une maison d’édition et tout son personnel derrière lui, donc il doit tisser des liens aussi bien avec ses lecteurs et lectrices qu’avec ses collègues et partenaires. C’est vraiment très agréable de travailler dans cette dynamique et le succès grandissant des indépendants montre bien que c’est la démarche gagnante.

Il existe une réelle solidarité parmi les auteurs indépendants et avec nos partenaires, que ce soit les blogs ou les plateformes qui relaient nos écrits. Nous avons créé des groupes d’entraide, de partage et de conseil et nous accueillons en permanence de nouveaux talents que nous nous efforçons dans la mesure du possible de guider vers le succès et un plus grand professionnalisme, parce que la réussite de chaque auteur indépendant rejaillit sur nous tous. Les initiatives dans ce sens se multiplient et on voit bien, d’année en année, que de plus en plus d’éditeurs et de médias s’intéressent à notre travail, ce qui est bénéfique à toute la communauté des auteurs autoédités.

Question: 

3-En quoi l’autoédition peut-elle libérer un auteur?

Réponse: 

L’autoédition a l’avantage de faire sauter certains des verrous de l’édition traditionnelle. C’est plus rapide, mieux rémunéré, vous êtes en contact direct avec vos lecteurs et vous pouvez publier autant de titres qu’il vous chante et dans les genres que vous voulez. Vous pouvez morceler vos romans en sagas ou en séries et les publier chacun à des prix défiant toute concurrence. Vous pouvez publier des histoires courtes, ce que la plupart des éditeurs ne font pas. Vous êtes totalement libre de gérer votre calendrier de sorties et choisir les meilleures dates ou attendre que les ventes d’un ouvrage s’épuisent pour sortir le prochain. Vous pouvez changer à tout moment de couverture, de description ou même de titre si vous le désirez. Vous gérez votre propre activité éditoriale et influez directement sur vos ventes, que vous pouvez suivre heure par heure si nécessaire. Tout cela vous rend beaucoup plus efficace et réactif que sous l’égide d’un éditeur où vos libertés sont bien moindres. Ce n’est pas pour rien que les auteurs autoédités se désignent eux-mêmes comme indépendants.

Question: 

4-Quels en sont les pièges. En quoi ce peut-être un handicap ?

Réponse: 

Un des pièges principaux est de ne pas comprendre que l’autoédition, c’est avant tout de l’édition et que l’édition est un métier. Les lecteurs ne vous accorderont pas forcément plus d’indulgence parce que vous êtes autoédité. Il n’est pas vrai que personne ne remarquera les erreurs et les fautes dans vos livres, qu’une couverture mal conçue ne découragera pas vos éventuels lecteurs, qu’un texte de présentation mal écrit ou, pire, bourré de fautes ne fera pas fuir le client. C’était peut-être partiellement vrai il y a quelques années mais ce n’est plus le cas. Les auteurs indépendants se professionnalisent et les lecteurs deviennent de plus en plus exigeants face à l’accroissement de l’offre. Si vous allez faire un tour sur les plateformes américaines, vous aurez le plus grand mal à séparer les livres autoédités des publications traditionnelles parce qu’elles sont du même niveau de qualité. Il faut donc apprendre en permanence à se perfectionner dans la recherche de professionnalisme. Bien évidemment, cela ne se fera pas en un jour mais l’auteur indépendant doit comprendre qu’il porte toutes les casquettes d’un éditeur professionnel et travailler constamment à améliorer son produit éditorial. 

Question: 

5-Vous avez dit un jour, monBestSeller m’a redonné espoir, soutenu dans ma démarche d’auteur, pouvez-vous préciser ?

Réponse: 

Ce qui est très évident dans l’autoédition est que ce sont les lecteurs qui vous confèrent votre légitimité en tant qu’auteur. C’est indéniable. En passant par une maison d’édition, on peut glaner pour soi un peu du prestige lié à la maison, on a plus facilement accès à la presse littéraire et aux médias, mais, en dernière analyse, c’est le soutien des lecteurs qui est la seule chose qui compte. J’ai découvert cela grâce à monBestseller et à sa communauté, parce que ce sont eux qui m’ont réellement encouragé à continuer et à me lancer dans cette aventure. L’écriture est un acte solitaire mais lorsque vous avez la chance de pouvoir aller à la rencontre de vrais lecteurs, à travers leurs commentaires, encouragements, notes ou simplement du fait qu’ils soient assez intéressés pour vous lire, ça change tout. Ça vous donne une énergie incroyable. Que des gens, quelque quatre ans plus tard, continuent à lire mes textes sur ce site et à mettre de temps en temps des commentaires d’appréciation, ça n’a pas de prix. C’est mon carburant, pour être honnête, pas par vanité mais parce que ça repaie au centuple toutes ces longues heures, ces années de recherche, d’écriture, de réécriture. J’aime ce que je fais et j’en tire un immense plaisir mais cela ne servirait strictement à rien s’il n’y avait personne à l’autre bout de la plume. MonBestseller est un des liens qui me permet de donner un sens à mon travail d’auteur, et ça a été le premier à le faire de manière vraiment significative, bien avant que j’aie publié mon premier roman. 

Question: 

6-De l’eau a coulé sous les ponts, vous avez été N°1 des ventes sur Amazon, sélectionné pour de nombreux concours, avec une reconnaissance du milieu. Vous êtes l’un de ceux qui prouvent qu’on peut écrire sans Maison d’édition …est-ce vrai ?

Réponse: 

Oui, comme je le dis plus haut, c’est le lecteur, pas la maison d’édition, qui fait l’auteur. Le travail de l’auteur, c’est de satisfaire ses lecteurs, pas son directeur de collection. Savez-vous que l’autoédition précède l’édition de plus de trois cents ans ? De l’invention de l’imprimerie jusqu’en 1830, le métier d’éditeur n’existait pas. Les auteurs travaillaient directement avec les imprimeurs qui s’occupaient de la diffusion en librairie. Montaigne, Ronsard, du Bellay ou Diderot n’ont jamais eu d’éditeur. Les maisons d’édition ne se sont constituées que bien plus tard, et ce afin de récupérer à leur profit l’engouement du public pour les livres. Les rôles se sont donc inversés pendant une courte période de 170 ans environ mais aujourd’hui, avec l’avènement du numérique, l’auteur, les points de vente et le public reprennent leurs droits naturels. Peut-être parce que la production littéraire officielle s’est quelque peu sclérosée et ne répond plus entièrement aux goûts du public.

Après, bien sûr, il faut savoir viser plus haut. Une maison d’édition vous ouvre les portes des librairies et autres points de ventes de livres. Ça n’est pas négligeable. Mais si vous n’avez pas la possibilité d’être édité à compte d’éditeur, cela ne doit pas vous empêcher d’aller chercher vous-même votre public comme l’ont fait les auteurs avant vous depuis plus d’un demi-millénaire. 

Question: 

7-Et pourtant, vous allez publier votre  premier livre chez Incartades avec Nicolas Faroux, groupe France Loisirs. Que s’est-il passé ?

Réponse: 

J’avoue que j’ai pris goût à l’autoédition mais elle a également ses limites, notamment en ce qui concerne le livre papier. Je pense que l’autoédition est avant tout numérique et peu d’auteurs indépendants réussissent à mettre des livres papier dans les librairies. C’est énormément de travail pour des résultats minimes. Aussi, quand les éditions Incartade(s) m’ont approché pour publier le roman sans faire de coupe ni de modification dans le texte et en me laissant le droit de poursuivre ma carrière d’indépendant comme je le désirais avec mes autres titres, je n’ai pas hésité. D’autant que c’est une équipe avec qui je me suis tout de suite très bien entendu et qui me permet de travailler avec eux à pied d’égalité. On n’est pas du tout dans le rapport dominant-dominé cher à nos maisons d’éditions parisiennes et ça me convient tout à fait.

Question: 

8-Vous mentionnez les plateformes et en particulier monBestSeller comme un tremplin qui permet d’accéder au monde de l’édition, psychologiquement et techniquement.

Réponse: 

Je pense que c’est assez évident dans mes réponses précédentes. MonBestseller a été le tremplin pour me jeter à l’eau. Quand j’ai découvert que je n’avais pas sombré au fond comme une pierre mais qu’au contraire mon livre grimpait rapidement les classements de popularité, ça m’a donné un boost énorme et j’ai ensuite pu envisager de l’autopublier. J’ai également bénéficié des conseils de toute l’équipe MBS, de leur soutien et de contacts avec des acteurs du livre, dont notamment mon éditeur actuel. Donc la boucle est bouclée, en quelque sorte.

Question: 

9-Voir son livre en librairie, un rêve d’enfant ?

Réponse: 

Enfant, je rêvais plutôt de m’évader dans les univers décrits par les livres. Si vous m’aviez demandé à l’époque, j’aurais répondu que je voulais devenir un Mohican, un pirate ou l’assistant du capitaine Nemo. Je ne crois pas qu’on puisse se rêver auteur étant enfant parce que c’est un métier particulièrement monotone en apparence. C’est comme la surface d’un lac. Tout semble calme, pas la moindre vague à la surface et pourtant, dans les profondeurs…

Non, je pense qu’il ne faut pas se voiler la face et qu’il faut un sens du réalisme pour s’attaquer à ce genre de projet. Écrire, ce sont de longues heures dévouées à la solitude la plus complète, c’est sans cesse être un peu ailleurs, la tête dans son roman en cours. Ce sont les doutes et le questionnement permanent de sa relevance, du message qu’on veut exprimer. Ce sont de longues années de travail parfois, sans toujours voir de récompense. C’est la possibilité toujours présente de l’échec, de devoir convaincre et séduire à nouveau avec chaque nouvel écrit. C’est s’exposer en permanence au jugement de chaque lecteur, critique ou commentateur. Ça peut être très violent, sachant que les auteurs ont parfois une sensibilité à fleur de peau, ce qui leur permet d’atteindre cette empathie avec le lecteur. Stephen King dit que l’écriture est une forme de télépathie, on implante des images dans la tête des gens à partir des images qui se forment dans notre tête. Il y a toujours un choc en retour.

J’espère que je n’ai découragé personne. Vous pouvez toujours écrire pour votre plaisir personnel, ça fonctionne très bien. J’ai grand plaisir à écrire, si ça devient une corvée je sais que je fais fausse route. Mais il faut également être conscient que, si l’on veut réussir en tant qu’auteur, il va falloir travailler et en suer un peu, peut-être même beaucoup, avant de voir son livre en librairie (et qu’il se vende). Pas un rêve d’enfant, non, mais un projet qui peut s’étaler sur des années ou des décennies et qu’il faut aborder avec tout le calme et toute la détermination possibles. 

Le Baiser de Pandore, Patrick Ferrer, chez "Incartade(s) éditions".

Longue vie, @ Patrick Ferrer! merci pour vos informations.

Publié le 11 Juillet 2017

Merci à vous, ce premier succès est aussi le vôtre, lecteurs et amis auteurs. Je me souviens des encouragements de Léna, tout au début, et ça m'a beaucoup aidé. Donc, lecteurs, n'hésitez pas à commenter et à exprimer votre appréciation, ou à gentiment nous corriger quand c'est nécessaire, c'est vraiment important et nous donne la force de continuer à nous améliorer, et à tenter de toujours faire mieux en tant que conteurs d'histoires.

Publié le 08 Juillet 2017

@Patrick Ferrer, merci pour cette tribune réconfortante qui souligne les points essentiels du parcours heureux d'un indé. Tout comme Lena, je me souviens avoir été atteinte d'un soudain complexe plumitif à vous lire et tout comme Philippe, je vante les mérites d'un site qui a su trouver la bonne formule pour coacher en douceur ses auteurs, leur permettre de se sentir moins seul et, par là, d'alléger la dose d'interrogations contradictoires et récurrentes vécues face à l'écran. Félicitations pour ce succès mérité, longue vie et multiplication exponentielle à "Le baiser de Pandore" version papier. Amicalement. Michèle

Publié le 08 Juillet 2017

@Patrick Ferrer, beaucoup, dont moi, se reconnaîtront dans ce que tu écris. Il y a ce truc bizarre qu'en tant qu'auteur indépendant - par résignation ou volonté - on se sent à la fois très seul devant notre écran et solidaire des autres indépendants, copains et copines que, pour la plupart, on ne connait finalement que très peu. On se sent proches parce qu'on passe par les mêmes hauts et bas, et leur réussite, comme la tienne, nous encourage. MonBestSeller a su créer ce lien, sans n'imposer aucune contrainte.

Publié le 08 Juillet 2017

@Patrick Ferrer, " Le Baiser de Pandore" a été le premier roman que j'ai découvert sur MBS, la barre était placée si haute que ça en devenait presque intimidant. Ce qui t'arrive maintenant en est la suite logique.

Publié le 07 Juillet 2017

@Patrick Ferrer, Un article fort enrichissant...Un Grand Merci à Patrick pour toutes ces infos utiles...

Publié le 07 Juillet 2017