Interview
Le 23 avr 2015

Droits d’auteur. Pas d’auteurs, pas de livres !

Valentin Goby interviewée sur monBestSeller.comValentine Goby, auteur et présidente du Conseil Permanent des Ecrivains

Le droit d’auteur préserve l’œuvre mais il est aussi censé faire vivre l’auteur. De Gutenberg à l’ère numérique, c’est de moins en moins le cas et pour de moins en moins d’auteurs. À l’occasion du Salon du Livre de Paris, le Conseil permanent des écrivains, regroupant les dix sept organisations représentant les auteurs du livre, a fait entendre sa voix sur ce thème en publiant une lettre ouverte dans la presse et en lançant la manifestation « Pas d’auteurs, pas de livres ». Quel est le message ? Que peuvent en espérer les auteurs ? Valentine Goby est présidente de cet organisme et auteur elle-même. Nous l’avons rencontrée pour en savoir plus.

Question: 

Qu’est ce que le Conseil permanent des écrivains ? Quel est le sens de son action à l’heure de la réforme du droit d’auteur en Europe ?

Réponse: 

Le CPE, c’est des années de militantisme, une action souterraine lente. Il regroupe des auteurs, des juristes, des avocats… qui ont a cœur de défendre les auteurs dans leur droit moral. Cela fait plus de deux ans que nous travaillons sur la réforme de la protection des auteurs et menons une réflexion sur leur statut alors qu’il les conduit aujourd’hui à ne pas pouvoir vivre de leur art.
Nous sommes face à une fragilité de l’auteur très patente au niveau de sa retraite, une négociation lente, des ministres de tutelle qui longtemps ne se sont pas parlé. Et par ailleurs, les revenus des auteurs sont très faibles : le revenu médian représente moins que le Smic !

Question: 

Le CPE a publié dans la presse une « lettre ouverte à ceux qui oublient qu’il faut des auteurs pour faire des livres ». Pourquoi cette alerte ?

Réponse: 

Dans cette réforme du droit d’auteur en Europe qui devrait aboutir dans les six prochains mois -mais on s’interroge…-, jusqu’à présent, tout s’est passé surtout sans les auteurs. Or, dans la chaîne du livre, il est le seul qui ne vit pas de son métier. Les écrivains doivent se rendre visibles et ils le sont très peu. Cela leur demande un effort plus important que les gens du spectacle vivant.
Nous avions donc l’espoir de fédérer, pas la certitude… Mais les grands noms du livre se sont associés et la lettre ouverte du CPE a recueilli près de 2 000 signatures d’auteurs Prix nationaux et internationaux qui font les têtes de gondole, et de tous les secteurs de la chaîne du livre, éditeurs, libraires, bibliothécaires...

Question: 

Pourquoi avoir choisi de manifester au Salon du Livre de Paris ?

Réponse: 

Les revenus à la baisse, les réformes sociales préoccupantes, le droit d’auteur fragilisé par la politique européenne mettent clairement les auteurs de livres en danger. À travers eux, c’est la création éditoriale qui est menacée, dans sa liberté et dans sa diversité. Défendre le droit d’auteur c’est aussi une façon de défendre la culture. Et la culture doit rester vivante. Nous avons voulu dire tout cela dans une ambiance joyeuse et conviviale.

Question: 

On a vu le slogan « pas d’auteurs, pas de livres » se transformer aussi en « Pas d’auteurs, pas de lecteurs ». Quel est le rôle des lecteurs dans la défense du droit d’auteur ?

Réponse: 

Nous avons voulu les sensibiliser au statut précaire de l’auteur. Dans l’avenir, on va les mobiliser, compter sur eux pour qu’ils défendent eux aussi ce qui les nourrit, ce qui leur fait plaisir. Notre message aux lecteurs, c’est clairement : achetez légalement. C’est une catastrophe de voir qu’il est si facile de pirater sans payer. C’est une façon d’assassiner la culture, c’est du vol. Surtout quand on voit qu’un auteur travaille 3, 4, 5 ans sur un livre… alors qu’il gagne 1 euro 50 sur chaque exemplaire vendu. Nous souhaitons que les lecteurs prennent conscience de la fragilité de notre travail et que le livre a un prix.

Question: 

Livre papier, livre numérique, même combat ? Que pensez-vous des DRM ?

Réponse: 

Le passage au livre numérique est très compliqué et nécessite un encadrement important. Oui, nous demandons pour le livre numérique une rémunération en valeur idem au papier.
Sur les DRM, nous sommes partagés. C’est  un moyen de confisquer le livre dans un format, mais cela protège aussi les droits d’auteur. Si on fait tout sauter, on assure une bonne diffusion du livre, mais qui contrôle ? Un fichier epub, n’importe qui peut le poster. On n’a pas trouvé encore le moyen de protéger des fichiers et de ne pas confisquer les formats. Il va falloir inventer d’autres choses.

Question: 

Un mot sur la démarche de monBestSeller.com ?

Réponse: 

Cela me paraît intéressant car l’auteur peut être lu, une façon de l’amener à un chemin d’écriture qui lui fait plaisir et peut le conduire à l’édition.

Propos recueillis par Isabelle de Gueltzl

Valentine Goby, Prix des libraires 2014 avec Kinderzimmer (Actes Sud) également prix littéraire des lycéens d’Ile-de-France décerné au Salon du Livre de Paris 2015, est maître de conférences à Sciences Po en littérature et ateliers d’écriture, administratrice de la Charte des auteurs et illustrateurs pour la Jeunesse et présidente du Conseil permanent des écrivains.

Cela dit, le metier d'auteur (je parle de romancier independant) est un metier a part. Les droits d'auteurs ne peuvent se concevoir que si un livre se vend. Or les auteurs qui vendent leurs livres recoivent ces droits d'auteurs, et certains en vivent parce qu'ils/elles vendent suffisamment de livre pour cela. On ne peut pas exiger de recevoir un salaire mensuel simplement parce qu'on ecrit sur son CV "auteur" dans la case "profession". Il n'y a aucun diplome, aucun concours qui mene au metier de "romancier". Et donc n'importe qui pourrait dire "je suis ecrivain donc j'ai droit a mes droits d'auteur meme si mes livres ne se vendent absolument pas". Je ne comprends pas trop ce qu'on puisse envisager les droits d'auteurs autrement. Certains prix Nobel de litterature ne vivaient pas de leurs livres. Ils/elles avaient un travail annexe. Pourquoi en serait-il autrement pour les autres?
Publié le 24 Avril 2015