RÉFLEXION SUR UNE PHILOSOPHIE DE LA GRÂCE ET DU RAVISSEMENT
Notez bien s’il vous plaît, ce recueil de textes constitue une ébauche de ma réflexion sur une pensée alternative à celle de la philosophie classique. Je poursuivrai son développement ultérieurement.
En réponse à mon interrogation, je vous propose une nouvelle romantique, la grâce de Sydney Singer.
Le texte de l’essai s’achève vers la 28e page. Il est relayé par la nouvelle romantique.
Il est mis à votre disposition pour une durée de sept jours.
Ce livre est noté par
@Michel Laurent
Tout ce que j’avais à dire sur Camus, je l’ai dit. Je n’y reviendrai pas. Je tiens à préciser, encore une fois, qu’il n’existe aucune condition humaine.
La fin de du mythe de Sisyphe est un exercice étonnant de sophisme. Camus utilise une rhétorique acrobatique pour expliquer que ce malheureux Sisyphe est heureux en répétant exactement le même geste. Il dit que c’est là un moyen de se révolter contre les dieux. Ça me fait vraiment sourire. Le meilleur moyen de se révolter contre les dieux consiste justement à abandonner ce rocher et aller ailleurs.
Ce sont Platon et Socrate que j’accuse d’être à l’origine des génocides. Je vous invite à relire le passage sur ce sujet.
Je ne dis pas que Benatar trouve son inspiration chez Camus. Je dis simplement que la situation de dépression engendrée par Camus, et pareillement par Orwell, ainsi que par d’autres, crée un terrain propice pour les futures théories d’extinction de l’humanité.
J’ai consacré plusieurs écrits ainsi que plusieurs vidéos sur la théorie de David Benatar. Je suis le seul à dire qu’il utilise pour son raisonnement les théories de l’utilitarisme.
En faisant un calcul mathématique, toujours basé sur l’utilitarisme, il conclut qu’il eût mieux valu pour l’homme qu’il n’existât jamais. Devrais-je préciser que David Benatar utilise ses références propres pour décider quelles sont les bonnes actions et quelles sont les mauvaises actions de l’humain. À incorporer dans ses calculs.
Voici l’un des aspects de la dangerosité philosophique que j’évoque.
Sur ce thème se greffent d’autres théories, en particulier ceux portés par Sophie Galabru.
Finalement, à défaut de rendre les humains meilleurs en changeant leurs conditions, on leur demande d’aller ailleurs. Ailleurs, c’est bien sûr l’au-delà. C’est navrant.
Honnêtement, lorsqu’un enfant de sept ans pose des questions sur le sens de la vie, on le rassure. On ne lui parle pas de Camus. C’est là le meilleur moyen de l’envoyer au suicide. Encore une fois, dangers de la philosophie.
Exemple de sophisme
« Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine, si à chaque pas l’espoir de réussir le soutenait ? L’ouvrier d’aujourd’hui travaille, tous les jours de sa vie, aux mêmes tâches et ce destin n’est pas moins absurde. Mais il n’est tragique qu’aux rares moments où il devient conscient. Sisyphe, prolétaire des dieux, impuissant et révolté, connaît toute l’étendue de sa misérable condition : c’est à elle qu’il pense pendant sa descente. La clairvoyance qui devait faire son tourment consomme du même coup sa victoire. Il n’est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris. »
Le terme prolétaire de Dieu tout est éloquent.
Je vous propose un autre passage
« Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. »
Je crois qu’ici, Camus utilise deux significations de "soulever les rochers". L’une en rapport avec la peine de Sisyphe, l’autre que nous connaissons tous. Quant à la phrase, Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers., c’est réellement de la rhétorique absurde.
En relisant le mythe de Sisyphe, je me rends compte que ce récit est non seulement retors, il est surtout risible.
Nous sommes dans des positions inconciliables. Personnellement, je ne croirai jamais à une condition humaine. Ainsi qu’à l’absurde de Camus. Aussi intelligemment exprimé qu’il puisse être.
@Haze Bine
Vous prêtez à Camus des idées qui sont précisément celles qu'il a combattues. L'absurde n'est pas, chez lui, une invitation au désespoir, mais le constat du silence du monde face à notre besoin de sens.
Toute la question du Mythe de Sisyphe est précisément de savoir ce qu'il convient de faire une fois ce constat établi. Or la réponse de Camus est exactement l'inverse de celle que vous lui attribuez. Il refuse aussi bien le suicide physique que le recours à une consolation métaphysique destinée à effacer artificiellement l'absurde. Son invitation consiste au contraire à vivre davantage, à aimer davantage, à créer davantage, tout en acceptant lucidement la condition humaine. Le dernier chapitre est sans ambiguïté. Sisyphe n'est pas présenté comme un homme vaincu, mais comme une figure de la liberté. « Il faut imaginer Sisyphe heureux » n'est pas une formule nihiliste ; c'est l'affirmation qu'un homme peut trouver sa dignité dans la révolte, la conscience et la fidélité à la vie, même privée de justification transcendante.
Quant au rapprochement avec David Benatar, il ne tient pas : Benatar conclut qu'il aurait mieux valu ne pas naître ; Camus affirme qu'il faut vivre malgré l'absurde. Enfin, faire de Camus un inspirateur indirect de théories génocidaires est particulièrement paradoxal : L'Homme révolté est précisément une critique des idéologies qui prétendent justifier le meurtre au nom d'une idée.
@Michel Laurent
Je tiens à vous remercier pour ne pas m’avoir insulté. Je voudrais rappeler que la philosophie ne constitue à aucun moment une culture générale. La philosophie utilise un langage abscons. Il est difficile de comprendre les traités de philosophie. D’autre part, la philosophie a créé des termes techniques voulus scientifiques tels que phénoménologie.
De ce fait la philosophie se tient à l’écart du public. C’est pour cette raison que la philosophie est indissociable des philosophes.
Ce que vous dîtes peut s’adapter à la démocratie. La démocratie est un principe général connu des gens communs. On peut dire que la démocratie en tant qu’idée est bonne, mais qu’elle a été dévoyée. D’une certaine manière on pourrait appliquer le même raisonnement pour l’utilitarisme, puisque l’idée de l’intérêt général est quelque chose de commun. Concernant la philosophie ce n’est pas le cas.
Vous dîtes que je n’étaye pas mes propos. Je pense avoir été très clair concernant Albert Camus et l’absurde dans le mythe de Sisyphe.
En revanche, je pourrais vous opposer votre argumentation. Vous dîtes que la philosophie est bien, mais qu’elle pourrait être un peu pervertie par quelques-uns. J’ai déjà entendu cette argumentation chez un fidèle d’une religion. Il me dit que telle religion est bien, mais que ce sont les gens qui ne l’ont pas comprise, ou alors qu’elle a été mal appliquée. J’avais beau rappeler à ce fidèle les absurdités qu’il y avait dans les textes, j’avais beau lui dire que l’échec de cette religion dure depuis plusieurs siècles. Rien n’y fait.
Examinons quelques absurdités de la philosophie. Demander à une personne de traîner un poisson pourri dans une place public comme un chien, c’est du coaching. Du très mauvais coaching. Ce qu’il aurait fallu c’est éduquer les gens pour qu’il n’y ait pas besoin de ce genre de coaching.
Je ne vois pas ce qu’il y a de glorieux à vivre dans une caverne comme Diogène. Ensuite, mépriser les gens. C’est de l’isolement facile.
Épictète, dans son manuel, dit à un père, à une mère, à chaque fois que tu tiens ton fils dans tes bras imagine qu’il peut mourir. Honnêtement je trouve cela abject ainsi que démoralisant.
Je pourrais multiplier à l’infini les exemples.
Je reprends le cas de l’humanisme qui, pour simplifier, consistait à replacer l’humain au centre des préoccupations. Parler de l’homme, le représenter dans des peintures tel qu’il est est une chose. Lui permet de s’exprimer par lui-même représente une autre. J’appelle ça empêcher les humains de s’épanouir.
Je voudrais rappeler que, durant cette période de l’humanisme, alors que les intellectuels bouillonnaient, existait une bataille des paysans qui a fait des dizaines de milliers de victimes. Tous occultés par les braves philosophes, entre autres.
Platon, avec son mythe de la caverne, introduit l’idée qu’il y a des gens qui vivent dans les obscurités, tandis que d’autres connaissent les lumières. Lorsque ces derniers voudraient éduquer les précédents, ils pourraient être agressés. Au cours de cette première étape, Platon met en place une catégorie d’humains ne possédant aucune connaissance, par rapport à ceux qui la possèdent. Je ne sais si vous en percevez la gravité. Dans le mythe de l’Atlantide, Platon affirme que, dans ce continent utopique, existaient les Atlantes qui étaient vertueux. Lorsqu’ils se sont écartés des vertus, ils ont été engloutis.
Si on rapproche le mythe de la grotte de celui de l’Atlantide on pourrait arriver facilement à cette conclusion. Il existe des personnes inférieures. Ces personnes inférieures pourraient nous pervertir. C’est-à-dire nous conduire à l’inondation. Par conséquent, pour ne pas sombrer comme l’Atlantide, il faut les détruire. C’est exactement ce qui se produit lors des génocides préventifs. Je ne dis pas que Socrate et Platon sont responsables de génocides. Ce que je dis est qu’ils sont dans l’incapacité de mesurer la profondeur de leurs propos. Je fais appel à votre conscience.
Albert Camus, par l’intermédiaire de son absurde, a désorienté et déprimé des millions de personnes. Il a préparé le terrain pour d’autres théories. Je rappelle qu’en ce moment, il existe des théories philosophiques de l’extinction de la race humaine. Que ce soit chez les Américains où l’on demande aux hommes une vasectomie à partir de 25 ans. Que ce soit chez le philosophe australien David Benatar et ses amis, qui, se basant sur une pensée dérivée de l’absurde de Camus et sur l’utilitarisme, affirment qu’il aurait mieux valu que l’homme existât à jamais. Imaginez un seul instant que ces philosophes gouvernent le monde. Quels génocides réservent-ils pour les récalcitrants. Ceux qui tiennent à la vie. Je ne voudrais même pas évoquer le sort des pays du tiers-monde.
En ce moment émerge une opinion philosophique selon laquelle nous créons des enfants sans leur consentement.
À propos d’Albert Camus et de son emprise sur les mentalités. Un enfant de sept ans s’interroge avec angoisse sur le sens de la vie. Marianne Chaillan, pour le rassurer, lui parle de l’absurdité de la vie d’Albert Camus. Lorsqu’une éminente philosophe arrive à cette bêtise, il est temps que la philosophie se remette en question.
Je ne tiens pas à vous convaincre. Je tiens uniquement à exprimer des pensées.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/les-p-tits-bateaux/les-p-tits-bateaux-du-mercredi-13-novembre-2024-8692989
@Haze Bine
Votre texte repose sur une erreur de méthode qui compromet d'emblée sa démonstration : il ne distingue jamais la philosophie des philosophes. Que certains philosophes aient pu se tromper, se compromettre avec des régimes ou faire preuve de vanité est une évidence historique. Mais en conclure que la philosophie elle-même constitue un obstacle à l'épanouissement humain relève d'un sophisme. C'est confondre une discipline avec les imperfections de ceux qui la pratiquent. On ne condamne pas la médecine parce que certains médecins ont été criminels, ni la science parce que des découvertes ont été détournées à des fins meurtrières.
Le texte procède ensuite par affirmations péremptoires, sans jamais les étayer. Il prétend que la philosophie aurait « annihilé notre conscience », détruit la bonté, la compassion ou la pitié. Rien n'est démontré. Bien au contraire, une large part de l'histoire de la philosophie, de Socrate aux stoïciens, de Spinoza à Levinas, n'a cessé de réfléchir aux conditions de la justice, de la responsabilité, de la liberté ou du respect d'autrui. Réduire vingt-cinq siècles de pensée à une entreprise de déshumanisation relève davantage du pamphlet que de l'analyse.
Le reproche selon lequel la philosophie aurait échoué parce qu'elle n'a pas empêché les guerres est tout aussi fragile. Aucune activité humaine - ni la religion, ni la politique, ni le droit, ni les sciences - n'a jamais réussi à abolir définitivement la violence. Exiger de la philosophie qu'elle transforme le monde à elle seule est une attente absurde. Sa vocation n'est pas de supprimer magiquement les conflits, mais de fournir les instruments intellectuels permettant de les comprendre, de les critiquer et parfois de les prévenir.
Vous construisez également un portrait caricatural du philosophe : un être prétentieux, persuadé de sa supériorité, incapable de supporter la critique et vivant au-dessus du commun des mortels. Une telle généralisation ignore précisément ce qui caractérise les plus grands philosophes : l'examen de soi, le doute, la remise en question permanente. Socrate ne prétendait savoir qu'une seule chose : qu'il ne savait rien. Montaigne a fait de l'incertitude la matière même de son œuvre. La philosophie authentique commence là où s'effondrent les certitudes, non là où elles s'imposent.
Enfin, le texte affirme paradoxalement que la philosophie empêcherait les individus de penser par eux-mêmes. C'est sans doute son contresens le plus profond. Depuis son origine, la philosophie n'a cessé d'inviter chacun à exercer son propre jugement, à soumettre les traditions, les croyances et les pouvoirs à l'examen critique. Si une discipline apprend précisément à se méfier des vérités toutes faites, c'est bien la philosophie. La dénoncer comme une entreprise de soumission revient à lui reprocher exactement ce qui constitue sa raison d'être.
Au fond, ce texte ne critique pas réellement la philosophie ; il lui substitue une autre doctrine, fondée sur des affirmations absolues, des amalgames constants et une absence presque totale de démonstration. Il reproche aux philosophes leur dogmatisme, tout en adoptant lui-même une posture infiniment plus dogmatique encore. La véritable pensée critique ne consiste pas à condamner indistinctement vingt-cinq siècles de réflexion, mais à distinguer, nuancer, argumenter et accepter la complexité du réel.
C'est précisément ce que la philosophie, lorsqu'elle est fidèle à elle-même, enseigne depuis son origine.