Les survivants ne font pas de bruit

137 pages de Philippe Signoret
Les survivants ne font pas de bruit Philippe Signoret
Synopsis

Certaines violences ne laissent ni traces visibles ni événements spectaculaires. Elles s’installent plus discrètement dans une réunion où certaines voix occupent tout l’espace, dans une compétence reconnue, mais jamais légitimée, dans une décision déjà prise avant le débat, dans un silence qui finit par déplacer quelqu’un vers les marges.
À travers des chroniques fictionnelles inspirées du réel, ce livre explore les mécanismes ordinaires par lesquels les groupes, les hiérarchies et les institutions fabriquent parfois de l’effacement sans même toujours le nommer.
On y croise des collectifs convaincus d’être horizontaux, des responsables qui confondent autorité et domination, des personnes devenues invisibles à force d’être utiles, des trajectoires freinées par des règles implicites,...

Publié le 30 juin 2026

Les statistiques du livre

  378 Classement
  56 Lectures 30 jours
  338 Lectures totales
  +55 Progression
  10 Téléchargement
  0 Bibliothèque
 

Ce livre est noté par

4 commentaires , 1 notes
Pour répondre à un membre, précédez d'un @ son nom d'utilisateur , et il sera prévenu de votre réponse !

Merci @Valérie Lafougère
Votre commentaire est d'une finesse de lecture qui m'a touché. Le passage du bureau de Noa est en effet l'un de ceux où j'ai cherché à rendre sensible quelque chose qui ne se dit pas d'ordinaire : comment un effacement prend corps (au sens propre) avant même d'être nommé mais se révèle à travers des détails. Que vous les reconnaissiez me conforte dans l'idée que la fiction rejoint très aisément la réalité.
Le dégenrage des prénoms, vous l'avez lu pour ce qu'il voudrait être : non pas un parti pris stylistique, mais une contrainte heuristique. Forcer le regard sur les dynamiques plutôt que sur les personnes. Quand on ne sait pas à qui attribuer d'avance les rôles, on commence à voir autre chose : des rapports, des positions, des mouvements. C'était le pari. Je ne sais pas s'il tient partout, mais qu'il fonctionne dans votre lecture me dit qu'il tient au moins une fois.
Le refrain, vous le soulignez à juste titre. La répétition est assumée, et elle demande de la patience. C 'est vrai. J'ai accepté ce risque parce que l'usure, par définition, ne se manifeste pas d'un seul coup. Elle s'installe, revient, s'enfonce, et finit par tenir. Si la forme fatigue parfois, c'est peut-être le coût d'essayer de rendre sensible ce qui s'use justement parce qu'il dure.
Calixte et Cyriel : je note. C'est dans ces passages que le livre trouve sa propre limite ou son succès. Si ces passages vous font poser poser le texte pour respirer, alors le livre a fait son travail. Pas le mien.
Et puis votre roman. Ce que vous dites : « comment aimer quand aimer signifie risquer d'être effacée une fois de plus ». C'est une autre face de ce que les chroniques tentent de nommer. Le lien amoureux, lui aussi, peut être un lieu (une interaction) où l'on s'efface, où la place se perd, où l'usure s'installe. Je trouve que le rapprochement est juste.
Je lirai Les gants blancs. Et je vous remercie d'avoir pris le temps de dire, avec une telle précision, ce que le livre a éveillé chez vous.

Publié le 01 septembre 2026

bonjour @margotlamarque
Nous avons souvent appris à évaluer un propos à partir de celui qui le prononce : son diplôme, sa fonction, son institution, son parcours. Mais cela en soulève une autre : qu'est-ce qui fait la crédibilité d'une idée ? L'identité de celui qui la formule, ou ce que le lecteur peut lui-même éprouver, comprendre, discuter et éventuellement contester dans le texte ?
Votre commentaire m'intéresse d'autant plus que cette question traverse le livre, notamment avec les réflexions de Claude : une parole peut être juste et rester inaudible ; une autre peut être entendue parce que celui qui la porte dispose déjà d'une forme d'autorité. Il y a peut-être là un paradoxe : nous demandons parfois à connaître l'auteur avant même d'avoir évalué ce qu'il écrit.
Ces interrogations rejoignent les figures du livre — survivant, protecteur, rouage, complice ou occupant de l'espace. Ces fonctions ne sont pas des identités figées ; nous pouvons circuler entre elles selon les situations et la place qui nous est accordée. Ce qui nous rend audible, là non plus, n'est pas simple à démêler.
Quant au livre, il est volontairement en accès libre. Une présentation de l'auteur est proposée en fin d'ouvrage. Mais peut-être est-ce l'occasion de laisser le texte rencontrer le lecteur avant de lui présenter l'auteur. Et si le texte ne convainc pas, la discussion n'en sera que plus intéressante.
Le débat reste ouvert.

Publié le 01 septembre 2026

Ceci explique cela

Publié le 09 août 2026

J’aurais aimé savoir qui vous êtes, votre métier, pour donner une caution à vos textes. Ils sont évidemment intéressants, à partir du moment où l’on ouvre votre livre, c’est que le sujet nous intéresse, mais savoir quelle est l’autorité de l’auteur, sa compétence, leur donnerait, je pense, plus de crédibilité.

Publié le 07 juillet 2026
3
Le passage sur le bureau de Noa m'a arrêtée. Ces cartons portant son nom, ouverts au retour, cette odeur qui n'est plus la même - j'ai reconnu là quelque chose que j'avais vu sans savoir le nommer. C'est sans doute la force de ces chroniques : donner des mots à des mécanismes qu'on subit ou qu'on produit à son insu. Dégenrer les prénoms fait plus qu'un effet de manche. Quand on tombe sur Léonce, Sydney, Cyriel ou Malou, on ne sait plus à qui attribuer d'avance les rôles, et on se retrouve à regarder les dynamiques plutôt que les personnes. Le refrain - « Les survivants ne font pas de bruit » - revient comme une basse continue et finit par tenir tout l'ensemble. La répétition assumée demande de la patience : mêmes ouvertures, tempo voisin d'une chronique à l'autre. C'est cohérent avec le propos, rendre sensible ce que l'usure fait durer. Certains passages, autour de Calixte et de Cyriel notamment, atteignent une justesse qui m'a fait poser le texte pour respirer. Si la question des places qu'on prend, qu'on laisse ou qu'on perd vous intéresse, je la travaille aussi dans mon roman Les gants blancs, sur un mode plus intime - une femme qui, dans un lien amoureux, se demande comment aimer quand aimer signifie risquer d'être effacée une fois de plus. Deux lectures voisines par certaines interrogations, très différentes par la forme.
Publié le 04 juillet 2026