LE PIS

159 pages de Emmanuel Bran
LE PIS Emmanuel Bran
Synopsis

L'éducation d'un enfant obsédé par les jambes de sa mère.

Publié le 03 Août 2026

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2.01
Il y a plusieurs contrastes dans ce récit assez incroyable. La vérité brute, sans complexe, sans faux-fuyant. Oedipe qui rode à chaque ligne. Et le style, ces phrases longues mais une lecture vive. Il y a effectivement une odeur tout du long, un bouquet de sensations permanent. Je n’ai pas aimé le sujet lui-même, mais ai apprécié la manière, le style, l’évocation.
Publié le 30 Août 2026
3
Ce qui saisit dès les premières pages, c'est l'odeur. La sueur des cuisses maternelles sur le canapé du salon, l'aigre-doux de mademoiselle Rousset, la levure des culottes remontées de la corbeille à linge. Vous écrivez d'abord avec le nez, et cette matière ne s'invente pas. Votre narrateur ne s'excuse de rien, ne s'explique de rien. Ni le fils repenti ni la victime en quête d'un thérapeute — un homme qui regarde son enfance et rend compte de ce qu'il a vu, senti, désiré, avec une honnêteté rare. Le roman-photo Satanik ramassé dans un box de grenier, la nuit à Belgrade où la main s'arrête in extremis, le matelas éventré à coups de ciseaux avec deux épluchures de banane — tout cela est écrit avec un sérieux qui ne cède ni à la provocation ni à la gêne. La phrase est longue, tendue, elle épouse le tempo obsessionnel du désir. Cela demande un lecteur qui accepte de respirer avec elle. Il m'est arrivé de me perdre en cours de phrase, avant qu'un détail concret ne me remette dedans — un bol de chocolat, une odeur de fond de teint un peu rance, un ronflement doux à côté de soi. La dernière page m'a laissée sans réponse, exactement là où vous vouliez me laisser. Le « à présent, je savais » du narrateur allongé près de sa mère avenue des Ternes, puis le matin, les croissants, le train pour l'Allemagne. Ce silence est courageux. On aurait pu attendre la scène ; vous nous la refusez, et l'absence pèse davantage. Si le cœur vous en dit, je serais curieuse d'avoir votre regard sur mon propre roman, Les gants blancs. Le style n'a rien à voir avec le vôtre — plusieurs voix, une écriture plus resserrée — mais nous remuons peut-être une matière proche : ce qui, dans une famille, se transmet sans se dire et finit par tout occuper.
Publié le 22 Août 2026