
rassemble trois romans contemporains issus de l’édition indépendante et de l’autoédition exigeante telle que nous la pratiquons chez monBesLibraire : À propos d’Anna de Daniel Clément, Turpidité et sensibilité d’Albert H. Laul, et La vie troublée d’Angelo d’Anni d’Antonia Delpopolo.
Trois textes très différents, mais traversés par une même intuition : l’amour n’est plus un refuge narratif. Il est devenu un lieu de danger.
Longtemps, la fiction a fait de l’amour une promesse : promesse d’accomplissement, de rédemption, de dépassement de soi. Mais les trois romans que nous vous proposons regardent ailleurs. Ils observent ce que l’amour fait réellement aux corps, aux mémoires, aux structures familiales.
Dans ces textes, aimer ne signifie pas s’élever. Aimer signifie perdre pied. Ce sont des romans de déséquilibre. Des fictions sociales où l’intime devient politique, où les blessures privées révèlent des violences collectives, où le sentiment amoureux agit comme un révélateur chimique.
La table de cette semaine ne juxtapose pas trois histoires. Elle met en regard trois manières d’habiter l’amour toxique.

Dans À propos d’Anna, l’amour prend la forme du soupçon.
Christian croit découvrir l’infidélité de sa femme. À partir de là, tout vacille. Le roman n’avance pas par preuves, mais par dérives intérieures. Ce qui compte n’est pas la vérité objective, mais la contamination progressive de la pensée.
Le huis clos au bord du lac devient un laboratoire de paranoïa. Les souvenirs remontent, l’alcool délite les repères, les rancunes fraternelles ressurgissent. Le récit oscille sans cesse entre aveu et mensonge, lucidité et fantasme.
Ici, le poison n’est pas Anna. C’est le doute.
L’amour devient un espace mental saturé d’hypothèses, où chaque silence est interprété, chaque geste suspecté. Le roman montre avec une précision glaçante comment une relation intime peut devenir un système clos, auto-alimenté, où l’imaginaire fabrique sa propre réalité.

Avec Turbidité et sensibilité, on quitte la jalousie individuelle pour entrer dans une tragédie familiale.
Ici, l’amour est pris dans l’emprise. Celle d’un père violent, dominateur, dont la brutalité organise toute la vie autour de lui. Femme, enfants, ouvriers, paysages mêmes semblent soumis à cette force destructrice.
Le roman est choral, sensoriel, traversé de métaphores animales et marines. La Méditerranée devient un personnage à part entière. Les corps portent la mémoire des coups, du désir, de la peur. Alice protège son frère Toto. Arthur, contremaître hypersensible, tente de survivre à ses crises d’angoisse. Personne n’est indemne.
Famille, domination patriarcale, héritage générationnel : tout concourt à produire une violence diffuse, permanente et pourtant presque banale. Ce roman montre comment le lien affectif peut devenir une structure de pouvoir, comment le soin se mêle à la peur, comment l’attachement empêche parfois la fuite.

Dans La vie troublée d’Angelo d’Anni, l’amour appartient déjà au passé. Mais ses effets persistent.
Angelo sort de prison. Architecte italien, exilé, hanté par Venise, par sa famille, par ses trahisons anciennes, il erre dans des villes étrangères comme on traverse ses propres ruines. Les lieux qu’il imagine contrastent avec les fissures intérieures qu’il porte.
Ce roman est une méditation sur l’après.
Après l’amour. Après la chute. Après la honte.
Les maisons, les rues, les paysages deviennent des miroirs de l’âme. Chaque rencontre rouvre une plaie. Chaque tentative de reconstruction révèle la fragilité du présent. Il ne s’agit plus de passion, mais de mémoire. De culpabilité. De désir de rédemption.
Ici, l’amour agit comme une contamination longue durée. On survit en restant marqué.
Mis en regard, ces trois romans racontent une même histoire sous trois angles :
- l’amour peut devenir un poison mental
- l’amour peut devenir un poison structurel
- l’amour peut devenir un poison mémoriel
Du doute au corps, du corps à la mémoire.
Ils montrent que le roman contemporain ne traite plus l’amour comme une aventure sentimentale, mais comme une zone de risque. Une expérience qui expose à la perte de contrôle, à la domination, à la ruine intérieure.
Ce sont des fictions sociales autant que des romans « noirs ». Elles parlent de jalousie, de violences domestiques, d’exil, de transmission ratée, mais surtout d’une chose : la difficulté d’habiter l’intime sans s’y perdre.
Mettre les livres en relation. Faire apparaître des lignes de force. Lire des livres ensemble pour éclairer autrement ce qu’ils nous disent séparément.

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
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