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Le 11 oct 2013

Comment écrire la peur : les recettes qui ont marché

La peur, c'est quelque chose d'effroyable, une sensation atroce, comme une décomposition de l'âme, un spasme affreux de la pensée et du cœur, dont le souvenir seul donne des frissons d'angoisse… Cela a lieu dans certaines circonstances anormales, sous certaines influences mystérieuses en face de risques vagues. Pas d’accord, alors adressez-vous à Maupassant !

En littérature, l’horreur et la peur naissent, semble-t-il, autour du thème de l’inconnu. Tous les scenarii d’épouvante l’induisent.

Les contes sont les premiers récits d'horreur

Ceux-ci, largement remaniés (au XVIIe et XVIIIè siècle) par les conteurs Charles Perrault, les frères Grimm et quelques autres, se sont rendus accessibles aux enfants. Dans les contes, la lisière de l'angoisse est délimitée par la forêt, la caverne, la grotte : au-delà de cette frontière vous êtes en terrain hostile, inconnu. Mais la nature même de l’homme (et de l’enfant), c’est d’entrer dans ce nouvel espace pour se mesurer à sa peur. Le petit Poucet n’a pas d’alternative, il sauve ses frères en trompant l'ogre qui veut le dévorer et encourt le seul danger qui importe : être abandonné par ses parents. Hansel ne peut se résoudre à ne pas goûter la maison en pain d’épice, et Gretel canalise toute l’énergie de ses peurs pour pousser la sorcière dans le four.

Roman gothique et cosmique

Au XIXe, les romans gothiques illustrés par Bram Stocker (Dracula) et Mary Shelley (Frankenstein) prennent comme cadre des demeures reculées, des ruines, des souterrains mettant en scène des jeunes filles isolées en détresse, des fantômes. Ce genre va lancer le fantastique. Ce sont les origines de la littérature d’épouvante. Style consacré par Edgar Allan Poe avec ses Nouvelles histoires extraordinaires.

Au début du XXe siècle, le genre évolue. H. P. Lovecraft apporte une dimension cosmique à l'horreur en donnant souvent une origine extra-terrestre à ses monstres. La science-fiction est approchée. C’est une nouvelle relation à la littérature, on recherche des procédés pour susciter la peur.

Roman d'horreur

Plus tard, au début des années 1970, quelques livres vont renouveler le genre : Rosemary's baby d'Ira Levin, L'Exorciste de William Peter Blatty, L'Autre de Tom Tryon, Entretien avec un vampire d'Anne Rice.
Le point d’orgue arrive avec Carrie qui lance l'un des plus célèbres écrivains d'épouvante : Stephen King, avec notamment des romans comme The Shining ou Le Fléa». L’auteur y dépeint souvent la raison qui bascule lentement dans la paranoïa.

La peur n’existe pas à cause des craintes universelles de l’humanité mais par le désir et la nécessité, d’y être confronté, explique en substances Debbie Johannsen, écrivain américaine autoéditée. Les écrivains de l’épouvante posent des questions que d’autres ne poseraient jamais ou n’oseraient jamais poser. En abolissant la normalité, celle que nous construisons en tant qu’adultes, ils nous en offrent une nouvelle représentation « Leur mission c’est de refaire de nous des enfants » précise-t-elle.

En lisant, nous maîtrisons notre peur et nous sommes spectateurs « en sécurité » de la peur des autres. La quête effrénée de la peur « artificielle »  est une expérience imaginaire où nous sommes capables de dominer des phénomènes que nous ne dominons pas dans la vie réelle. Le paradoxe réside dans le fait que nous aimons nous faire peur à nous-mêmes... Plus précisément, nous cherchons à éprouver artificiellement des sensations proches de la peur réelle. Peut être simplement parce que nous sommes systématiquement  à la recherche d’émotions fortes par la menace, la  recherche de l’inconnu, le surnaturel voire même la mort ?

Christophe Lucius

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