

À six heures du matin, un homme quitte un hôtel sans regarder les cars de police ni le corps sous une bâche. A 6 h 30, le 21 mai 2005, sa vie bascule en enfer. Voilà comment ce roman nous attrape : par une scène nette, froide, presque clinique. Puis il nous emmène ailleurs, dans un square parisien où cet homme — Angelo D’Anni — réapprend à sentir le soleil, s’allonge sur un banc, se croit “presque heureux”, mais finit toujours par se faire rattraper par la prison restée collée à sa peau.
Angelo D’Anni est sorti de prison, après neuf ans. Et il ne se sent ni le cœur ni l’envie de “reprendre sa vie” comme on reprendrait une veste accrochée à un portemanteau. Il se terre à Paris, dans un hôtel, et choisit le silence. Même son avocat doit communiquer par mails, parce que parler, c’est déjà trop.
Autour de lui, la vieille histoire remonte : une famille qui s’est tue, un associé qui a continué “comme si”, des affaires qui se sont arrangées sans lui.
Puis Enzo, son filleul, le retrouve. Face à lui, Angelo ne joue pas : il laisse le regard de l’autre le traverser, accepte d’être vu tel qu’il est, fatigué, à vif.
Ils marchent, ils s’assoient, et les mots finissent par sortir. Enzo arrive avec sa honte, sa colère contre les “respectables” qui ont abandonné.
Angelo, lui, raconte enfin : l’arrestation absurde, la condamnation, le doute qui colle à la peau même après acquittement. Et la question la plus dure, au fond : comment on vit quand on est “libre”, mais pas complètement blanchi.
Ce roman a une force calme : il construit la tension dans le quotidien, dans les dialogues, dans l’embarras des corps. Les lieux ne décorent pas, ils protègent ou exposent. Et l’émotion vient sans grand effet : d’un rire sec, d’une cigarette, d’un “je suis là” répété trop doucement.

Aux confins de l’Empire romain, il arrive que le fracas des armes cède la place à un autre bruit : celui des mots que l’on pèse, des silences que l’on négocie, des gestes que l’on ajuste. C’est souvent là que tout se joue, quand la victoire n’est plus une évidence mais une hypothèse fragile. La grandeur de Rome, dans ce récit, tient moins à sa puissance qu’à sa capacité à retarder la violence.
Le roman suit une mission romaine envoyée aux marges du monde connu, là où l’autorité de Rome ne repose plus seulement sur la peur qu’elle inspire. Il ne s’agit plus seulement d’imposer, mais de comprendre, d’observer, parfois de séduire. Les personnages avancent avec ce qu’ils sont : leur loyauté, leur fatigue, leur intelligence aussi. À mesure que le récit progresse, la force brute cède du terrain à la ruse, à la stratégie, à l’art délicat de composer avec l’autre. La paix, ici, n’est jamais acquise ; elle se construit pas à pas, au prix de compromis rarement confortables.
On sent, à chaque page, que Denis Sol connaît profondément son sujet. Son roman ne projette pas nos obsessions modernes sur l’Antiquité, pas plus qu’il ne se réfugie dans une reconstitution figée. Il propose une Rome rendue intelligible, presque tangible, parce qu’écrite de l’intérieur : une Rome où la violence est une option parmi d’autres, où l’attente, la négociation et la ruse deviennent de véritables forces politiques. Ce n’est pas une Rome fantasmée, mais une Rome pensée — et c’est ce qui la rend si actuelle.
Les personnages ne sont jamais de simples figures historiques ni des pions de l’intrigue. Ils avancent avec leurs limites, leurs doutes, leurs contradictions — et c’est précisément là que le roman gagne en densité. Antoninus n’est pas un héros monolithique, mais un homme confronté trop tôt à des choix qui le dépassent. Autour de lui, chaque rencontre compte : soldats, espions, femmes, chefs ennemis — tous existent à la fois par leur fonction et par leur humanité. Le collectif a autant d’importance que l’individu, et c’est cette circulation constante entre destins singuliers et mouvement historique qui donne au récit sa respiration profonde.
Ce qui frappe, enfin, c’est la cohérence de l’univers : Rome n’est ni idéalisée ni condamnée. Elle agit, calcule, hésite parfois. Le rythme épouse celui de la mission : dense, précis, attentif à ces détails infimes capables de faire basculer une situation. Le texte prend le temps d’expliquer, non pour étaler un savoir, mais pour rendre lisibles les enjeux humains et politiques à l’œuvre.

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Félicitations et énormément de réussite pour vos carrières d'écrivains. Que cette étape constitue la première d’une longue et belle créativité littéraire.