
un roman qui expose, frontalement, ce que signifie changer de peau dans un monde qui classe et clive en permanence.
une fiction qui dérange parce qu’elle semble trop bien connaître l’histoire qu’elle raconte.
Dans cette rubrique, nous présentons les romans édités sur monBestLibraire. Des romans sélectionnés par les Editions50/50 qui révèlent les talents non encore édités et permettent à ces auteurs de rencontrer leurs lecteurs en dehors des circuits traditionnels.
monBestLibraire, c’est une nouvelle librairie dédiée aux seuls auteurs indépendants. Acheter leurs livres, c’est préférer les chemins de traverse, se fier à ses propres goûts, et non aux diktats des critiques littéraires.

On conseille souvent de se mettre à la place de l’autre pour faire l’expérience de l’altérité. Mais comment nommer l’expérience quand on vous y projette de force ?
François Bonnebeau est un homme Blanc sûr de lui, de sa place et de ses certitudes. Il avance dans le monde avec l’assurance tranquille de ceux qui ne doutent jamais d’appartenir au bon côté.
Envoyé à Madagascar pour une mission professionnelle, il pense d’abord maîtriser la situation. Le pays l’inquiète, l’agace, le déstabilise, mais il se croit encore observateur. Jusqu’au moment où tout bascule. Par envoûtement, Bonnebeau se réveille dans une autre peau. Noire. Le changement n’est ni symbolique ni intérieur : il est immédiat, corporel, social. Lui qui a tellement méprisé le Noir, se retrouve dans sa peau. Le regard des autres se transforme, les rapports de force s’inversent, et ce qui n’était jusque-là que des mots, des préjugés devient une expérience vécue.
C’est là que le titre prend toute sa force. Le syndrome du caméléon n’est pas une capacité d’adaptation, mais une métamorphose imposée. Bonnebeau ne choisit pas de changer de couleur : il subit. Le roman explore cette bascule avec une ironie grinçante, parfois violente, refusant toute consolation morale. Le rire est présent, mais il est grinçant, souvent gênant, tant il révèle les fantasmes, les peurs et les humiliations enfouies.
Christian Gros connaît trop bien Madagascar pour n’en faire qu’un décor. Le pays agit, regarde, répond comme un vrai protagoniste. Il devient l’espace où les certitudes d’un homme blanc se dissolvent, où le corps devient le premier lieu du choc. Le texte n’explique pas, ne justifie rien, ne corrige pas : il expose, frontalement, ce que signifie changer de peau dans un monde qui classe et clive en permanence.
Ce livre parlera à celles et ceux qui acceptent l’inconfort, la confrontation à ce qu’une culture transporte de moins reluisant.
« Ne soyez pas aussi catégorique, le consola Alexandra, j’ai passé assez de temps dans ce pays pour savoir qu’il y a souvent un fond de vérité dans les légendes et les histoires que l’on rapporte de la brousse, même les plus folles. Regardez-vous ! Qu’y a-t-il de plus incroyable que ce qui vous est arrivé. Quand vous raconterez que vous étiez blanc avant de devenir noir, personne ne vous croira.

Une fiction qui dérange parce qu’elle semble trop bien connaître l’histoire qu’elle raconte.
Dès les premières pages de ce livre, une voix s’impose et met mal à l’aise, non par provocation, mais par la précision de sa parole. Elle regarde le lecteur sans détour, l’oblige à occuper une place inconfortable, à hauteur de corps, de regard, là où l’on préférerait détourner les yeux.
Adélaïde Gondwana naît noire, naine et handicapée dans un village africain où la différence exclue, où elle s’endure. Très tôt, le rejet, la violence ordinaire et l’indifférence dessinent son quotidien. Ni la famille, ni l’école, ni la religion ne lui offrent spontanément d’abri. Il ne lui reste plus alors qu’à observer, apprendre, et encaisser. L’école devient un refuge fragile, puis l’éducation, une arme. De l’enfance humiliée aux études supérieures, du village à la France, du silence imposé à une parole affûtée, elle retrace son parcours sans jamais chercher à nous attendrir. Adélaïde n’attend rien, ne demande rien : elle avance.
Ce qui marque profondément la lecture, c’est la tenue de cette voix : une première personne tranchante, ironique, souvent féroce, et qui refuse toute complaisance. L’écriture est directe, mordante, traversée d’images fortes et d’un humour noir qui surprend, se relâche avant de rattraper le lecteur juste au moment où il espérait respirer. La violence sociale, le racisme, le regard porté sur le handicap ne sont jamais surlignés : ils s’imposent par la netteté du regard, laissant au lecteur peu d’espace pour se protéger.
Certaines fictions dérangent plus que d’autres. Parce qu’elles donnent l’impression de savoir exactement ce qu’elles racontent.
Ce livre parlera à celles et ceux qui supportent mal les récits édulcorés, à ceux qui savent que la dignité peut être rugueuse, et à tous les lecteurs pour qui une voix dérangeante est parfois la forme la plus juste de la littérature.
« En attendant, pour commencer, arrêtez de regarder le ciel. Le nez dans les étoiles, ça va bien cinq minutes. Baissez les yeux et revenons à la réalité. C’est en bas que ça se passe, sur le plancher des vaches. C’est seulement là qu’il vous sera permis de découvrir à quoi ressemble une naine noire.

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