Interview
Le 29 oct 2026

Quand un livre rencontre un auditoire

Le 20 octobre, Ella Maryan, autrice de L’Orient perdu chez monBestLibraire participait à une soirée de témoignages à la Ferme du Vinatier, à Bron, autour de la psychiatrie, du rétablissement et de la déstigmatisation. Une occasion de découvrir ce qui se passe lorsqu'un livre quitte les rayons pour devenir le point de départ d'une rencontre.
Interview d'Ella Maryan par monBestSellerInterview réalisée par l’équipe rédactionnelle monBestSeller

monBestLibraire : Lorsqu'on écrit et publie un livre, on n’imagine pas toujours où il va nous conduire et ce qu’il va nous permettre de vivre. Ella, comment avez-vous vécu cette soirée ?

>Ella Maryan :  Je voudrais d’abord remercier monBestLibraire de m’avoir permis d’éditer mon livre.

Atteinte d’une forme sévère de trouble bipolaire, j’avais depuis longtemps envie d’écrire. C’était avant tout un besoin personnel : mettre des mots sur mes émotions et sur ce que je traversais.

Pendant une longue hospitalisation, au cours de laquelle j’ai subi mes premières séances d’électroconvulsivothérapie (ECT), aussi appelées traitements par électrochocs, l’écriture m’a aidée à reprendre une activité intellectuelle plusieurs heures par jour.

Peu à peu, mes proches et certains lecteurs, notamment de monBestSeller où j’ai commencé à publier mon histoire, m’ont encouragée à poursuivre cette démarche. 

Je n’imaginais pourtant pas qu’un jour, je serais invitée à présenter mon livre au Vinatier, l’un des plus grands établissements psychiatriques de France, pour témoigner de mon parcours. 

J’ai été très touchée par cette invitation et fière de pouvoir partager mon expérience, d’autant plus que mon témoignage a été reconnu comme utile au sein de l’hôpital. Ce livre m’a aussi permis de trouver un travail de patient partenaire au sein du Vinatier.

Les patients partenaires contribuent, par leurs vécus et leurs expériences, à améliorer les conditions de prise en charge des personnes hospitalisées.

 

mBL : Y a-t-il eu une question, une réaction ou une rencontre qui vous a plus marquée ?

>Ella Maryan : Je suis intervenue en même temps que plusieurs créatrices de bandes dessinées reconnues sur l’autisme et la maladie psychique. Ce fut un moment très enrichissant. 

Après la présentation des différents ouvrages, une discussion ouverte a permis des échanges émouvants. Savoir que mon livre peut aider à mieux comprendre la maladie de l’intérieur, mais aussi donner une place à la parole des patients, me touche beaucoup. 

Une autrice de bande dessinée avait vécu un parcours similaire au mien, avec plusieurs hospitalisations et beaucoup de souffrance psychique. Découvrir cette proximité m’a marquée. J’étais heureuse de partager cette soirée avec des artistes reconnues dans le monde de la bande dessinée.

 

mBL : Écrire un livre est une chose ; se retrouver à en parler devant des inconnus en est une autre. Est-ce que cette expérience vous a fait découvrir une autre manière de partager votre histoire ?

>Ella Maryan : J'étais très impressionnée à l'idée de parler en public et j'ai dû surmonter ma timidité.

J’avais déjà partagé mon histoire lors du salon du livre de Vichy, où des personnes que je ne connaissais pas, et dont certaines avaient déjà lu mon livre, sont venues à ma rencontre.

J’ai également eu l’occasion de présenter mon livre à un journaliste, qui en a fait le coup de cœur de la rédaction du journal Le Progrès.

J’ai découvert à travers ces échanges un apport de ce livre : sa capacité à toucher chacun différemment. Certains sont sensibles à la description de la maladie, d’autres à mes souvenirs d’enfance ou à la mémoire de ma famille arménienne.

Ella Maryan photo Didier Debes pour Le Progrès

Ella Maryan photo Didier Debes pour Le Progrès

mBL : Quelques jours après, que retenez-vous en priorité de cette soirée ? A-t-elle changé quelque chose, même modestement, dans votre rapport au livre, ou simplement dans votre envie de poursuivre ce genre de rencontres ?

>Ella Maryan : Je retiens de cette soirée un moment fort d’émotion et de proximité, marqué par la lutte contre la stigmatisation et la volonté de mieux faire comprendre la maladie psychique. Face à un public respectueux et attentif, j’ai mesuré combien mon livre pouvait être utile, au-delà du témoignage personnel. Il prolonge aujourd’hui mon engagement et me donne envie de renouveler ce type de rencontre.

 

une phrase - page 73

« Dans la douceur des soirs de printemps, j’ai glissé vers l’insouciance dont j’avais la nostalgie, renoué avec le tourbillon de mes vingt ans. Rien ne justifiait que je renonce à la fête. J’avais des rapports non protégés puisque la vie est courte et que la mienne était déjà bien abîmée. Je suis parvenue à retrouver en partie les sensations de légèreté, les frissons que je recherchais. »

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