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Le 02 jui 2016

TANAGA d'Alice Quinn - Saison 2 - Chap 4 : Faiseur

Nouvel épisode de TANAGA, la série d'héroïc fantasy d'Alice Quinn à retrouver et à lire en ligne gratuitement tous les mercredis et samedis sur le site. Saison 2 : TORFED - Chapitre 4 : FAISEUR.
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Chapitre 4

Faiseur

Qu’est-ce que c’était que ce Nalyd ? se disait Théo. En y réfléchissant, son nom sonnait comme un nom ancien, un nom mystérieux.
– Nalyd, heu... Nalyd ?
– Yes, Théo ?
– Are you special ? Es-tu spécial ?
– How do you guess ? Qu'en penses-tu ? fut sa seule réponse, sur un ton modeste.
– Ben... Je pense que oui. Tu es magicien ?
Alors, comme il l'avait fait pour se présenter, il écrivit quelques lignes, moitié en français, moitié en anglais, pour lui expliquer qui il était.
Théo avait bien deviné, c’était une sorte de magicien. Enfin plus exactement un faiseur, comme il disait. Mais seulement un apprenti faiseur. Il avait été formé depuis plus de dix ans auprès d'un mage qu'il nommait le Clairvoyant. Il avait quatorze ans lorsque son père l’avait vendu au vieil homme qui était venu le chercher chez lui, attiré par une rumeur qui avait circulé dans la région.
Nalyd savait transcender la foudre. Il avait toujours fait ça, aussi loin qu’il s’en souvenait, c’était son jeu favori. Un jeu qui terrifiait sa mère quand il était petit.
Quand il y avait un orage, il se dressait au milieu des éléments déchaînés et la foudre se dirigeait sur lui, traversant son corps pour plonger dans les entrailles de la terre en le traversant.
Le Clairvoyant l’avait trouvé, guidé par sa renommée et il l’avait emmené loin de ses parents. À présent il était enfin parvenu à un degré où il devait faire ses preuves, mais aussi ses classes pratiques.
Le Clairvoyant, ayant la faculté de traverser les Mondes, avait pressenti la percussion des Univers par les Écorcheurs, la rencontre des Pèlerins et il avait fait passer Nalyd sur cette terre afin d'aider Théo dans sa quête.
– Alors pourquoi ne fais-tu aucun tour de magie pour régler tous ces problèmes ?
– I'm just learning. Je suis seulement en train d'apprendre.
– Mais comment ?
– Avec toi.
– Comment ça, avec moi ? Je n'enseigne rien, moi. Je ne sais rien...
– Oh, oui, tu sais m'enseigner. Mais tu crois non, car tu ne sais pas ce que je veux apprendre...
Un fracas à la porte les fit sursauter et deux surveillants pénétrèrent à la volée. Théo fut saisie et fouillée.
Les hommes voulaient récupérer le trousseau de clés qui, bêtement, se trouvait en effet dans la poche de son jeans. Puis ils l'emportèrent littéralement, la soulevant du sol, vers l'immense cuisine où normalement les élèves n'avaient pas le droit d'entrer.
Juste avant de quitter la bibliothèque, elle eut le temps de crier à Nalyd :
– Nalyd, prends-le, protège-le, je te le confie ?
Mais elle ne sut jamais s’il l'avait entendue. Ou s'il n'allait pas faire exactement le contraire, obéissant en cela à des ordres venus d'ailleurs. Car était-il vraiment son fidèle Nalyd ou le traître Nalyd ? Celui qui l'avait donnée au directeur ?
Elle passa la suite de l'après-midi à éplucher des patates dans son coin, avec un vieux couteau Économe rouillé qu'elle trouva au fond d'un tiroir et qui n'avait pas dû servir souvent.
Elle n'essaya même pas d'entamer une quelconque conversation avec les autres membres du personnel qui lui jetaient des regards obliques tout en continuant leur boulot qui consistait essentiellement à vider d'immenses boîtes de conserve dans de grands chaudrons.
Petits, rondouillards, les joues rouges et les yeux brillants, ils avaient tous un air de famille, pensa-t-elle. Ils paraissaient travailler comme des automates, mais il lui sembla une fois ou deux surprendre entre eux des fous rires vite réprimés, des échanges de regards plus vifs, entendus, comme si leur allure robotique n'était qu'un artifice.
Tout en travaillant la rage au cœur, Théo trouva en elle la ressource d'ironiser sur l'événement : heureusement que je suis punie, au moins aujourd'hui nous mangerons quelque chose de frais ? ricana-t-elle, maussade.
En effet, le soir au dîner, quand elle entra dans le réfectoire, elle fut acclamée par les autres.
Elle comprit vite pourquoi : les punis de corvée de patates étaient toujours, en quelque sorte, les héros du jour, car la corvée se transformait en frites pour tout le monde et les frites fraîches étaient le mets préféré des pensionnaires. Il n'y en avait jamais, sauf les jours de punition.
Théo se sentit revigorée par cet accueil et sa journée tristement commencée, poursuivie par des découvertes étonnantes, se termina sur des éclats de rire. Ainsi elle ne regretta pas trop le temps passé à éplucher des patates au lieu de déchiffrer son livre.
Eh oui, elle en était déjà à l'appeler SON livre. Elle considérait maintenant qu'il était sa possession et elle ne permettrait à personne de le détacher d'elle.
Malheureusement, elle ne put revoir Nalyd avant de se coucher, ni retourner à la bibliothèque, dont elle n'avait pas la clé de toute façon.
Elle ne savait pas quoi faire et, devant cette incertitude, elle décida de rattraper la nuit blanche de la veille de la veille et de dormir le plus rapidement possible afin de vite se retrouver au lendemain.
Un sommeil sans rêve cette fois et un réveil au son de la sonnerie, comme les autres. Bref, sa vie reprenait un cours normal.
Durant le cours d'anglais, elle tenta de diriger la leçon vers l'île et son histoire. Elle y parvint sans effort car c'était de toute façon au programme. La prof n'eut pas à se forcer beaucoup pour accepter d'orienter son cours dans le sens où le désirait Théo.
Elle apprit ainsi que les Romains avaient succédé aux Celtes et avaient fini par imposer le christianisme comme religion principale. Les Celtes avaient eu l'air de plier l'échine devant les exigences des Romains, puis des chrétiens, mais ils n'avaient jamais tout à fait abandonné leurs cultes païens.
Ils les avaient transformés, pour donner le change. Ainsi, ce fut sur les lieux sacrés celtes que les églises s'érigèrent, mais les habitants continuèrent longtemps à apporter dans ces endroits nourriture et offrandes à leurs dieux et déesses, prêtres et prêtresses et à ceux qu'ils appelaient le Petit Peuple.
Des êtres humains de petite taille, se confondant avec la nature elle-même, apparaissant ou disparaissant dans les entrelacs des broussailles, des eaux, des arbres et des marais, au gré de la profondeur des croyances à travers les siècles.
Bien sûr, cela faisait longtemps, des centaines d'années, que plus personne ne proclamait avoir vu un être issu du Petit Peuple. De même qu'il n'existait plus ni druides ni prêtresses de l'ancien culte. Pourtant il était des gens pour dire qu'il y avait des fantômes sur l'île de Wight.
Et certains prétendaient même que ces fantômes n'étaient rien d'autre que les émanations pitoyables des êtres du Petit Peuple qui cherchaient désespérément à survivre, glissant d'une légende à une superstition, ou autre croyance encore en cours de nos jours.
De même, les dates des anciennes fêtes ou sacrifices devinrent les dates des fêtes des saints de l'île.
Bien entendu, les temps modernes semblaient avoir eu raison, en fin de compte, de toutes les croyances confondues, apportant avec eux la société de consommation toute-puissante, les McDo et le Coca.
Théo posa particulièrement des questions sur leur langue. Depuis quand ne parlait-on plus le celte sur l'île ? Restait-il des locutions usitées ? Le celte était-il encore parlé par certains habitants ? D'où venait le vocable « Wight » ? Existait-il des livres écrits en celte, importants pour l'histoire de l'île ?
Il lui fut répondu que le celte était encore bien vivant en Irlande, Ecosse, pays de Galles et île de Man.
Mais sur l'île de Wight, il semblait ne plus être utilisé depuis longtemps.
Des livres existaient bien en celte, mais rares. Pour la plupart, ils avaient été écrits au Moyen Age. Aucun d'eux ne datait de l'époque des Celtes, car la culture se transmettait alors oralement, durant de longues années d'apprentissage où les disciples devaient apprendre par cœur tout le savoir.
L'alphabet runique, quant à lui, semblait n'avoir été utilisé que pour graver des maximes dans la pierre. Serait-ce possible que certains druides ou mages en aient laissé des traces écrites sur des parchemins ?
La prof était enchantée par l'animation provoquée dans le cours par les questions de Théo et elle la félicita lorsque celui-ci se termina.
Mais Théo, quant à elle, était déçue par les réponses qu'elle trouvait trop peu documentée.
À présent, elle ne pensait qu'à rejoindre la bibliothèque pour retrouver son livre. Ce qu'elle fit dès sa dernière saucisse avalée.
En entrant dans la grande pièce aux boiseries anciennes, elle sut que ses pires craintes étaient confirmées. Le livre avait disparu. Il n'était pas sur la table, ni sur les étagères.
Elle fouilla les meubles qui contenaient les fichiers, plongea sous les canapés, sans succès. Impossible de le retrouver. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence. Le livre n'était plus là. Il ne lui restait qu'un espoir : Nalyd.
Lui savait peut-être où était passé l'ouvrage mystérieux ? Après tout, elle l'avait chargé de cette mission. Et comme elle s'en était aperçue, le directeur ne pouvait pas toucher le livre. Il avait ressenti une douleur cuisante en le faisant. Alors qu'elle-même et Nalyd, non.
Elle hésita entre partir à la recherche de Nalyd ou l'attendre tranquillement dans la bibliothèque. Elle choisit la deuxième solution en se disant qu'au bout d'une demi-heure, elle changerait de plan.
Elle s'assit donc dans un profond fauteuil en étudiant le Gedder, un dico d'anciens mots celtes qui était sur la table.
Elle se familiarisait ainsi avec les vocables de la langue celte.
Elle apprit, en lisant laborieusement la préface du dico, écrite en anglais, que le celte avait des ramifications dans le monde entier. L'alphabet runique était un alphabet occulte, extrêmement difficile à déchiffrer par manque de textes originaux, puisque la civilisation celte avait basé sa culture sur la transmission orale. Certains chercheurs l’avaient comparé à l'alphabet touareg ancien, le tifinagh, encore utilisé dans le sable du désert par les femmes et les enfants.
Bref, son attente fut fébrile, impatiente, agacée et absolument pas tranquille comme elle l'aurait voulue.
Elle en fut néanmoins récompensée car, au bout d'un moment, la porte s'ouvrit doucement et Nalyd entra, plié en deux sous le poids du grand livre lumineux.
Il l'avait épousseté et fait reluire et la lumière qui émanait de lui était à présent presque aveuglante.
Il lui fit son sourire charmeur et, cette fois, elle faillit lui sauter au cou de joie.
– Nalyd ? Tu l'as ? C'est génial ! Je croyais que tu avais disparu à jamais et que le livre avait été volé ! Viens vite, pose-le là, on continue.
L'acharnement que Théo et Nalyd mirent à traduire la couverture du livre fut récompensé au-delà des espérances de Théo.
Enfin, pour la première fois depuis que les choses avaient commencé à virer de travers, il semblait à Théo qu'elle entrevoyait un début de clarté, d'explications aux phénomènes rencontrés.

Tout semblait prendre un sens précis, tout semblait s'emboîter, à commencer par les mots.
Les mots qu'elle rencontrait sur cette immense couverture, bien que gardant tout leur mystère, semblèrent pourtant familiers à Théo car ils étaient ceux-là mêmes employés par l'Inspirée pour l'aider. Les mêmes mots que ses amis Guerriers avaient recherchés sur Internet, ceux qui l'intriguaient tant, revenaient aussi sur la couverture du livre.
Sous forme de poème celtique, encadré de signes runiques, il y était résumé en plusieurs lignes ésotériques le contenu du livre, afin de prévenir le lecteur de ce qu'il allait trouver à l'intérieur.
Au fur et à mesure qu'ils avançaient dans la traduction, l'excitation montait et Nalyd et elle échangeaient des regards de plus en plus complices.
Le texte prenait son plein sens au bout d'une dizaine de lignes et Théo décida, pour ne rien perdre de ses découvertes, d'ouvrir son journal sous les yeux de Nalyd, afin d'y noter sa traduction.
Nalyd cependant ne lui posa aucune question sur son cahier et resta discret, semblant deviner qu'il s'agissait de son journal intime, qu'elle n'ouvrait habituellement que dans le plus grand secret. Finalement ils réussirent tant bien que mal à traduire la couverture du Livre de la Prophétie, sans toujours en comprendre, en tout cas pour ce qui était de Théo, le sens profond.

« Ici conté vous sera
Verbe Unique au Commencement
Sauvegardé par Clairvoyante Sagesse
Pentacle armé de Lumières Inspirées
Royaume de Tanaga, Reine du Zéphyr
Guerrière de Paix
Tout vous sera ici conté.

Ici conté vous sera
Le temps où l’objet dit son nom
Où le mot eut sa place
Fut Monde Perdu, Enfoui, Effacé, Suspendu
Sous couche d’oubli et d’absence et voile d’illusion.
Où sont les clés ?
Combien de temps ?
Tout vous sera ici conté.

Ici conté vous sera
Non mondes écorcheurs venus de l’obscur
Dévoreurs d’âmes et de pensées
Tanaga réduit à néant
Fut Monde Enfoui, Effacé, Suspendu, Perdu
Su Verbe Unique flambeau de protection s’enflamma
Caché sauvegardé par les Persistants
Lucidus Luminis, Lux equites et afflatae,
Ad vitam aeternam In Secula Seculorum,
De la Prophétie
Ainsi fut Monde Enfoui, Effacé, Suspendu, Perdu
Du Non Monde, de l’obscur, de Torfed
Lelongvregnum Crudelis Barbarum
Sacrifiée fut la Reine du Zéphyr
Bien aimée, émerite
Enrênée dans le cercle enchanté du Hors Temps
Tout ici vous sera conté.

Ici conté vous sera
In fine de la Prophétie
Lux Equites leurs forces unies
En poussière de temps
Regnum Crudelis Barbarum.
Tout ici vous sera conté.

En faction Visiteur du Temps
Si clé de Lumière ne possèdes
Du Monde Enfoui, Effacé, Suspendu, Perdu
Jamais ne sera approbé
Du Livre de la Prophétie. »

Cette fois, elle en était sûre, c'était bien LE Livre ! SON Livre ! Celui que le destin lui réservait. Impossible que ce soit une coïncidence. Il livrait tout ce qui la concernait.
Nalyd tourna alors son visage vers elle et après avoir fixé l'épée qu'elle portait autour du cou, il s'agenouilla devant elle à nouveau.
Théo avait soudain le cœur battant, elle avait envie de le relever, de se blottir contre lui. Mais elle sentait que ce n’était pas le geste qu’il attendait. Comme sa position s'éternisait un peu, elle posa gravement une main sur son épaule.
Radieux, il leva alors les yeux sur elle. Deux larmes coulaient le long de ses joues. Il prononça dans un français approximatif :
– Ça fait si longtemps que nous vous attendons. Notre salut est entre vos mains.
– Mais, Nalyd, qui es-tu exactement ? demanda Théo, troublée par la dévotion à son égard qu'elle lisait sur son visage.
– Je te l'ai dit. J'apprends de toi. Je suis ton fidèle écuyer, ton serviteur, ton mage s'il le faut, ma mie. I'm here to help you, for ever.
Théo ne savait comment interpréter l'attitude de Nalyd.
Certes, elle comprenait les mots. Il était là pour l'aider, il était son fidèle écuyer, OK, mais à quoi tout cela rimait-il exactement ? Où et comment pouvait-il en être ainsi ? Allait-elle devoir rentrer en France avec Nalyd ? Comment expliquerait-elle sa présence à son père ? Elle imaginait sa tête. Ainsi sa fille avait remplacé sa dépendance pour les jeux sur le Web par une attirance pour les jolis garçons anglais ?
Elle ne put s'empêcher de sourire à l'évocation de ce retour triomphal en France. Mais Nalyd lui dit alors :
– Don't worry. I always be there, now. Ne t'inquiète pas. Je serai toujours là pour toi maintenant.
Ce qui la fit frissonner. Ça recommençait. Ce n'était plus l'Inspirée qui lisait dans ses pensées, mais lui. Décidément, elle ne pouvait jamais rien garder secret ?
Mais elle ne s'attarda pas à se fâcher ou à bouder. Il fallait qu'elle communique aux autres ce qu'elle venait de découvrir. Il fallait aussi qu'elle continue de traduire le livre. Il fallait surtout qu'elle découvre comment se rendre dans la fameuse Galerie du Plenum.
Ce sujet particulier serait peut-être évoqué dans les pages du Livre ?
En effet, là seulement, elle pourrait vraiment voir les autres, ou en tout cas parler avec eux, échanger de vraies données, mettre leurs forces en commun et essayer de repousser les quelques Écorcheurs qui avaient réussi à franchir le Passage et qui se trouvaient dans le Monde Nouveau.
Pour la première fois, elle comprenait ce qu'était leur... sa mission. OK, les Écorcheurs étaient là. OK, ils avaient franchi la ligne et peut-être même grâce à elle, à eux.
À présent, il était temps de les repousser, de les faire rejoindre leur Monde, qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Le Monde de l'Obscur. Le Monde où l'énergie mentale manquait tellement qu'elle en devenait un festin divin.
Il fallait qu'ils s'en retournent chez eux et qu'ils les laissent tranquilles.
À présent, c'en était fini du Jeu. C'était la guerre. Il leur fallait, aux Guerriers et à elle, un lieu où se rencontrer, où ils pourraient mettre au point une stratégie, sans être sous la haute surveillance des Écorcheurs, comme cela avait été le cas jusqu'à présent, à leur insu, au sein même du Jeu où ils s'étaient rencontrés. Où ils s'étaient retrouvés ?
Car il y avait une chose que Théo venait de comprendre, en une fulgurante révélation : les cinq Guerriers se connaissaient depuis toujours.
Ils portaient en eux la flamme de la protection du Royaume du Zéphyr, de la délivrance de sa reine et de l'accès au Verbe Unique. Ils étaient les représentants de l'Armée des Lumières et leur rencontre dans le cadre du Jeu n'avait rien de fortuit.
Tout était maintenant très clair pour Théo.
Sauf qu'elle ne savait toujours pas ce qu'étaient exactement le royaume du Zéphyr, la Reine du même nom et le fameux Verbe Unique. Et si réellement ils étaient ces fameux Pèlerins, devaient-ils se déplacer à pied ou montés sur des chevaux, comme des Chevaliers ? Où étaient alors leurs montures ? Avait-t-on déjà vu Chevalier sans cheval ? D'ailleurs, quand ils avaient dévoilé leur véritable identité, à la source de la Cheminée du Diable de Bonchurch, ils avaient tous une sorte de destrier lumineux, aquatique.
Et qui diable pouvait bien être Belissama de Fortibus de Mormonde ?
Son regard se perdit sur Le Livre. À part le texte de la couverture, il leur était toujours impossible d’y pénétrer, d’en tourner les pages.
Elle réfléchissait à tous ces mystères, lorsque sous ses yeux ébahis, Nalyd approcha ses mains de la chaîne qu'elle portait autour du cou et, tout en l'interrogeant du regard, entreprit d'ouvrir le fermoir.
Théo, d'un geste brusque, l'en empêcha et finit elle-même son geste. Elle avait compris où il voulait en venir.
S'ils ne parvenaient pas à ouvrir le livre, peut-être l'épée, elle, serait-elle assez puissante pour le faire.
C'était en effet le seul objet ici présent qui venait du Monde Perdu. Du vrai Monde Perdu.
Elle écarta la chaîne d'un mouvement vif et elle saisit entre deux doigts l'épée scintillante, pour réaliser que les émanations luminescentes du bijou étaient semblables à celles du livre.
Elles provenaient d'éclats de pierres précieuses, de verre ou de miroir, de morceaux de poussière siliceuse d'étoiles ou des rayons ondoyants eux-mêmes. Bref, ils avaient la même origine qui semblait, aux yeux de simples Terriens, irréelle.
Elle commença par chercher sur le livre, ciselé et patiné de creux et de reliefs, au milieu des brillances et des signes, dans quelle niche parfaitement adéquate pourrait se blottir l'épée, comme elle l'avait fait dans le château lors de son incursion avec l'Inspirée.
Sans succès. Aucun creux, aucune niche, rien où glisser parfaitement l'objet.
Un mouvement à l'extérieur attira soudain leur attention. Ils tournèrent de concert leurs visages vers les hautes fenêtres en ogive pour y découvrir Zerda qui les observait tranquillement. Assis sur son train arrière, sa queue ramenée sur ses pattes avant, le petit renard derrière la fenêtre semblait attendre quelque chose de précis.
Le soleil, derrière lui, perça un lourd nuage et sa silhouette se découpa alors en contre-jour, transformant la vitre en une sorte de haut vitrail représentant un canidé aux longues oreilles pointues. Nalyd et Théo échangèrent un regard complice et rieur.
Zerda était trop mignon en sujet de vitrail !
Théo remarqua alors que l'atmosphère de la pièce avait changé. Était-ce la lumière ? Il lui paraissait se trouver dans une cathédrale. Son attention se reporta sur le parchemin. Il baignait soudain dans un halo lumineux qui folâtrait gaiement avec les reflets émanant du livre, comme si se jouait là une rencontre différée depuis des siècles.
C'est alors que Théo, sans savoir et sans chercher à comprendre d'où lui venait cette idée, saisit l'épée entre le pouce et l'index et se mit à jouer dans le rayon du soleil, dessinant avec l'ombre de l'épée sur la couverture du livre, dans le lacis de couleurs et de scintillement des pierres, jouant avec les écritures plus sombres.
Nalyd, fasciné, la regardait faire avec intensité.
Il y eut comme un claquement. Le bruit d'une clé qui débloque un verrou. Le cliquetis d'un gond qui s'ouvre.
Nalyd approcha la main du livre et lentement, précautionneusement, il entreprit de soulever la page de couverture.
Et le miracle s'accomplit, alors qu'un éclair de lumière fulgurant traversait la bibliothèque, jaillissement de la rencontre des rayons du soleil et des éclats du livre, exprimant une satisfaction triomphante, les obligeant à cligner des yeux pour ne pas être éblouis.
Nalyd avait réussi. Il avait ouvert le Livre.
Et sous les yeux émerveillés de Théo, alors qu'elle se penchait pour tenter de lire les lignes mêlées des arabesques qui composaient cette première page, les enluminures colorées et gracieuses se mirent, d'abord timidement, puis de plus en plus énergiquement, à se mouvoir.
Les arbres se mirent à s'agiter, les feuillages à bruisser, les oiseaux à voler et à chanter et même les écureuils à grignoter des noisettes. Et comme les images emplissaient le regard de Théo, les sons assourdissaient ses oreilles.
Le livre était vivant. Mouvant et sonore. Et Théo comprenait tout.
Elle n'avait pas besoin de lire, ou de percer une langue. Au fur et à mesure que les objets, les choses représentés dans les images animées se manifestaient, elle en percevait le nom, plus exactement le mot premier qui les avait désignés. Comme si les choses se nommaient d'elles-mêmes. Se présentaient à elle.
Car cette première image était celle d'un monde enchanté, un monde où la nature possédait tous les droits, où les animaux semblaient communiquer et se comprendre entre eux et communier dans une parfaite entente avec les plantes. Et où elles se présentaient à qui voulait bien les regarder et les entendre.
Les images étaient bucoliques, tracées avec des encres vert tendre ou bleu pervenche, avec des mauves irisant les ciels d'une douceur infinie.
Un parfum de sous-bois et de miel de thym sauta aux narines de Théo, renforçant, s'il l'eût fallu encore, le charme du moment.
Théo se frotta les yeux, ébahie. Elle se tourna vers Nalyd pour se rassurer, mais elle comprit vite, à son expression émerveillée, que lui aussi voyait ce qu'elle pouvait voir.
Le livre n'était pas écrit. Ni parlé. Le livre était animé. Comme le cinéma, ou la vidéo. Mais en mieux, puisqu'il y avait aussi le relief. Et les odeurs. C'était comme un monde miniature contenu dans une boîte.
Elle comprenait à présent le grand format du Livre. Toutes ces images auraient paru bien moins réelles dans un format trop petit. Alors que là, tandis qu'elles se déroulaient sous leurs yeux émerveillés, elles accaparaient tous leurs sens, toute leur attention. Ils avaient le sentiment d'en faire totalement partie.
Subjugués, Nalyd et elle ne parvenaient plus à détacher leur regard des images qui se déroulaient devant eux.
Une petite voix avertissait Théo de l'intérieur : Attention, tu vas être aspirée comme la dernière fois, ne touche rien dans l'image... mais rien ne pouvait la désunir du livre.
L'expression « plonger dans une histoire » s'appliquait littéralement à ce qu'elle ressentait.
Elle se sentait plongée en entier dans le livre et ses tentatives pour se secouer et s'éloigner n'y pouvaient rien.
Elle finit par abandonner la lutte et par accepter d'être entraînée dans l'aventure extraordinaire que Le Livre de la Prophétie recelait, lorsqu'elle vit apparaître, venant du fond du sous-bois, baignée d'une lumière translucide, vêtue de voiles de soie légère et vaporeuse, une dame jeune, jolie, fine et diaphane, dont la longue chevelure parsemée de petites fleurs sauvages voletait autour du visage, caressant les branchages en marchant.
La dame s'approcha de la clairière qui formait le premier plan de l'image et s'assit avec délicatesse dans l'herbe tendre. Puis elle regarda Théo droit dans les yeux, un peu à la manière d'une personne interviewée qui regarde la caméra pour répondre et elle se présenta.
Étrangement, bien que devinant qu'elle ne parlait ni français ni anglais, Théo comprenait tout ce qu'elle disait. Un bref regard vers Nalyd lui confirma ce qu'elle venait d'admettre : la jeune femme parlait dans une langue que tout le monde, n'importe qui et apparemment même les animaux, pouvait comprendre.
Et, en effet, quelques écureuils, quelques petites bêtes rongeuses et fouineuses et même quelques oiseaux, s'approchèrent doucement d'elle. Tous voulaient entendre l'histoire de la dame du sous-bois.

C’était Faiseur, le chapitre 4 de TANAGA - Saison 2 – Torfed
© Alice Quinn - tous droits réservés – 2016 

Rendez-vous mercredi pour le chapitre 5 de la Saison 2 de TANAGA !

 

J’ai voulu retrouver avec ce roman d’héroïc fantasy la joie de l’écriture de feuilletons, qui m’a toujours fascinée. J’espère que vous partagerez cette passion avec moi.
Dans un premier temps, 2 tomes seront donc ainsi déclinés chapitre par chapitre, gratuitement, en ligne, le temps qu’il faudra, à raison de 2 chapitres par semaine, les mercredis et les samedis, à 10 heures.
Si des fautes, des incohérences ou des coquilles se sont glissées à mon insu dans le texte, je vous serais reconnaissante de m’en informer.
Vous pourrez trouver la saison 1, Les écorcheurs, sur Amazon.fr le 27 juillet 2016
Pour la saison 2, Torfed, de sera le 15 Aout 2016.
Vos remarques et retours me permettront de corriger ces détails avant la sortie.
Merci de votre aide et participation.

Si vous êtes impatients et que vous préférez lire les saisons d’un seul tenant, vous avez accès au roman en pré-commande sur Amazon.
Vous le recevrez automatiquement dès sa publication dans un format numérique.
Merci

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Illustration couverture par Alex Tuis
Graphisme couverture réalisée par Kouvertures.com

Bonjour Alice et merci pour ce chapitre. Théo progresse dans ses recherches et je me demande où tout cela va la mener. J'ai bien aimé le début de relation entre Théo et Nalyd (pourquoi Dylan d'ailleurs ?^^). Les passages en anglais m'ont de nouveau fait grincer des dents (très fort). Je ne peux que vivement vous encourager à vous rapprocher de quelqu'un qui pourra les corriger et les rendre corrects et intelligibles. Même remarque que j'ai déjà faite sur l'usage abondant de qu' / que / qui et j'ai trouvé la "traduction" de la couverture assez indigeste.

Publié le 13 Juillet 2016

@Colette bacro, C'est noté...
Enjoy holidays...
à bientôt, Alice

Publié le 03 Juillet 2016

@Colette bacro
Bonjour Colette,
merci du commentaire pour un 2 juillet, les vacances et tout ça...
Je vois qu'il n'y a pas de corrections à faire?
alors la magie continue...
à mercredi
Alice

Publié le 02 Juillet 2016