Ecrire un roman, la variable temps est essentielle...L’écriture est-elle pour moi une thérapie, une passion ou un loisir ? Contrairement aux écrivains qui se sont déjà exprimés sur cette question, je suis bien incapable d’y répondre. En octobre de l’année dernière, je me suis fixé le challenge de réaliser la suite de mon roman en douze mois alors que le premier tome m’en avait demandé vingt-quatre. Depuis, mon écriture s’est faite astreinte, corvée et, comme une maîtresse possessive, m’a privé de tous mes autres passions. Chaque soir, durant chaque week-end, pendant le moindre de mes jours de congés, je me suis mis au clavier en m’imposant de réaliser un minimum d’un chapitre tous les deux semaines (cinq à sept pages Word). Plus de TV, de lecture ou de sortie photo ; assis sur une chaise inconfortable du salon, dans le brouhaha de la télévision que regardent ma femme et mes enfants, j’enchaîne les heures d’écriture et les tasses de café noir.
Alors si écrire se fait souffrance, pourquoi m’obstiné-je à le faire ? Comme beaucoup de romanciers, je me suis attaché à mes personnages et je ressens comme une obligation de mener à son terme leur histoire, de répondre à certaines questions laissées sans réponse. Sébastien prend le relais de Jean dans une course folle qui le mène d’Arles à Brooklyn en passant par Nuremberg ; au fil des pages, il résout les énigmes les unes après les autres mais fait aussi d’incroyables découvertes. Quand enfin, le dernier mot de ce deuxième opus naîtra sous les touches de mon clavier, je suis certain que je serai orphelin des héros de cette histoire. Pour les faire revivre à nouveau, peut-être me lancerai-je alors dans la rédaction d’une saga allant de Mateo, truand au grand cœur, à Javert, ripoux et collabo de la pire espèce.
Dessinateur, j’étais handicapé par ma maîtrise technique plutôt moyenne ; photographe, c’est l’impossibilité de courir le monde qui restreignait ma créativité. Par contre l’écriture ne connait que les limites de mon imagination. Le clavier de mon ordinateur a le pouvoir de tout rendre possible, comme cette rencontre avec Vivian Maier ou bien la découverte de l’appareil photographique de Gerda Taro. Alors que la réalisation d’un film à grand spectacle mobilise des milliers de collaborateurs et engloutit des millions de dollars ; l’écriture d’un roman ne nécessite qu’une paire de mains, un pc-portable, une machine à écrire antédiluvienne ou un simple cahier d’écolier. Tout est alors possible : faire revivre la Rome antique, tirer le Titanic des profondeurs qui l’ont englouti, coloniser Mars avec des singes savants ou des ours blancs.

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