Actualité
Le 14 Sep 2026

Vous avez enfin un lecteur. Et vous vous prenez pour Marcel Proust ?

Petit rappel à l’usage des auteurs qui rêvent d’être lus par des milliers de personnes Vous avez publié un livre. Vous avez travaillé pendant des mois, parfois des années. Vous avez corrigé, ré-écrit, douté, recommencé. Vous avez probablement relu votre quatrième de couverture 147 fois. Et puis, miracle : quelqu’un vous lit.
Vous voulez des lecteurs, commençez par répondre à leurs commentairesVous voulez des lecteurs, commençez par répondre à leurs commentaires

Miracle, quelq'un vous lit

Pas un algorithme. Pas votre mère. Pas votre conjoint qui dit depuis trois ans qu’il va le lire « dès qu’il aura un moment ».
Un vrai lecteur. Quelqu’un qui a pris votre livre, l’a ouvert et a consacré deux, trois heures ou plus de sa vie à le lire.
Et le comble, ce lecteur prend même le temps de vous écrire. Il vous dit ce qu’il a aimé. Ce qui l’a touché. Ce qui l’a surpris. Parfois ce qui lui a déplu. Il vous donne ses remarques, ses suggestions.
Et vous ? : Silence radio.
Rien : Pas un « merci ». Pas un « votre remarque m’intéresse ». Pas même un petit « je vais y réfléchir ».
Vous avez reçu un lecteur et vous l’avez transformé en fantôme. En un mot, vous avez perdu un lecteur, votre lecteur.

Première erreur : décourager ceux qui vous lisent déjà

Il faut tout de même regarder la situation avec un minimum de lucidité. Un auteur débutant n’est généralement pas encombré de lecteurs.
Son problème est inverse: Il aimerait être lu, avoir des retours. Il aimerait que son livre circule, qu’on parle de lui.
Alors pourquoi décourager précisément les quelques personnes qui font la démarche de le lire ?
Un lecteur attentif est une denrée rare. Plus rare encore : un lecteur attentif qui prend le temps de vous écrire.
Si celui-ci reçoit en retour comme accueil : rien du tout. Il y a de fortes chances qu’il se dise qu’il a autre chose à faire de ses soirées.
Et il aura raison. Tout simplement parce que celui-ci a consacré deux, trois, cinq ou dix heures de son temps et qu'il ne vous doit rien.

C’est vous qui avez reçu quelque chose de précieux : son temps, son attention et son regard. 
Le temps d'un lecteur est probablement la chose la plus précieuse qu’un auteur puisse recevoir.

Deuxième erreur : confondre critique et agression

Un retour de lecteur n’est pas nécessairement un jugement dernier. Votre lecteur n’est pas venu frapper à votre porte avec une pancarte : « Votre livre est mauvais, veuillez changer de métier immédiatement. »
Il vous donne son avis. Vous en faites ce que vous voulez. Vous pouvez être d’accord. Vous pouvez ne pas l’être. Vous pouvez considérer qu’il n’a rien compris à votre génie. Vous pouvez même penser qu’il se trompe complètement... vous pouvez même tomber en dépression.

Mais surtout... vous pouvez répondre.

Dire merci ne signifie pas que vous acceptez toutes ses remarques. Répondre ne signifie pas que vous allez ré-écrire votre livre. Échanger ne signifie pas capituler.
Vous pouvez tout simplement répondre :
« Merci pour votre retour. Je comprends votre remarque, même si je ne la partage pas parce que... »
Et voilà. La littérature française survivra. Votre intégrité artistique également.

Troisième erreur : Se comporter comme une diva, avant d'avoir vendu un livre

Il y a parfois chez certains auteurs une curieuse inversion du calendrier.
Ils n’ont encore que quelques lecteurs, mais se comportent déjà comme s’ils recevaient quotidiennement 300 messages auxquels leur attaché de presse doit répondre.
Ils ont publié un premier roman, mais semblent avoir déjà adopté les usages de la diva internationale :« Je ne réponds pas directement aux lecteurs. Mon agent s’en charge. »
Calmons-nous. 
Le tapis rouge est encore chez Saint Maclou. Le champagne chez Nicolas. Et votre attaché de presse n'est pas encore née...

La popularité d’un auteur ne commence pas lorsqu’il a 100 000 lecteurs. Elle commence avec le premier. Puis le deuxième. Puis le dixième.
Et entre eux et vous, il y a la chose la plus fragile et la plus belle du monde qui se construit : une relation.

Un auteur se construit avec ses lecteurs

Un livre n’est pas seulement un objet. C’est une rencontre.
Vous écrivez quelque chose. Quelqu’un le lit. Et parfois, cette personne prend la peine de vous le dire. C’est là que commence la relation auteur-lecteur.
Elle se construit d'abord avec de petites choses : un merci, une réponse, une question, un échange, une discussion.

L’empathie ne tombe pas du ciel. Elle s'édifie.
Et ces échanges sont précisément ce qui peut transformer un lecteur occasionnel en lecteur fidèle. Puis en lecteur qui parle de vous. Puis en lecteur qui recommande votre livre. Puis en lecteur qui revient pour le suivant. Puis en acheteur. C’est ainsi que naît une communauté autour d’un auteur.
Pas en regardant son compteur de vues toutes les dix minutes.

Le syndrome du Goncourt avant le premier lecteur

Votre premier lecteur est peut-être votre meilleur ambassadeur. 
La prochaine fois qu’un lecteur prend le temps de lire votre livre et de vous écrire, essayez quelque chose d’extrêmement audacieux : Répondez !
Même brièvement, que vous soyez d'accord ou non. Même si son commentaire vous agace et qu’il n’a pas compris votre intention.
Même si vous êtes persuadé que votre prochain livre sera celui qui changera la littérature française.

Répondez !

Parce qu'avant d'être un grand écrivain entouré de milliers de lecteurs admiratifs, vous êtes simplement…un auteur avec quelques lecteurs qui ont fait l'effort de venir jusqu'à vous. Et ces quelques lecteurs-là méritent mieux que votre silence.

Si un jour vous avez 100 000 lecteurs, que votre téléphone explose sous les messages et qu’un éditeur vous interdit de répondre vous-même parce que votre agenda est devenu celui d’un chef d’État…on en reparlera. Mais pour l’instant ?
Votre lecteur vous a écrit. Répondez-lui. Votre future popularité commence peut-être avec ces quatre petits mots :

« Merci pour votre lecture. »

Christophe Lucius

 

Vous avez un livre dans votre tiroir ?

Publier gratuitement votre livre

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…

Merci pour cet article très intéressant et pertinent !

Publié le 18 septembre 2026

Merci pour cet article. Ça va sans dire. Mais c'est mieux en le disant.

Publié le 17 septembre 2026

Cette réflexion m'a fait sourire. Je l'ai prise au second degré ! Je ne me reconnais heureusement pas dans le portrait de l'auteur qui considère qu'un lecteur lui doit quelque chose.
Un lecteur qui prend le temps de lire un texte, puis de laisser un commentaire, même négatif, offre déjà beaucoup.
Être lu est un privilège. Être commenté, un luxe.
Ne pas réussir à répondre "merci", avec les chevilles qui gonflent, c'est un peu comme confondre son miroir avec son public, et prendre son reflet pour une standing ovation !

Publié le 15 septembre 2026

Bon conseil, la communication entre l'auteur et le lecteur est aussi une marque de respect mutuel. Pourtant, en tant qu'auteur, je m'enferme dans une bulle sans prêter attention aux autres, et je suis même surprise quand un lecteur apprécie une de mes nouvelles écrites sur mon blog. Ce n'est pas du mépris et je ne me prends pas pour une star, loin de là. Est-ce de la timidité ou de l'inattention ? Je pense que je suis habituée à vivre dans l'ombre. @Sylvie de Tauriac

Publié le 15 septembre 2026

@Christophe Lucius
Merci Christophe pour cette tribune qui nous rappelle combien est précieux le dialogue qui s'instaure entre l'auteur et son (ses ?) lecteur (s).
Si MBS m'est si cher c'est que je lui dois d'avoir connu ce coup au coeur si particulier ressenti en découvrant le premier commentaire d'un lecteur.
Coup au coeur qui se répète à chaque fois que je lis dans ma boîte mail "M. ou Mme X a déposé un commentaire sur votre livre".
Le lien tissé avec les lecteurs et auteurs présents sur le site est une des plus belles choses que puisse connaître un écrivain.
Encore merci @monBestSeller et longue vie à @monBestLibraire.

Publié le 15 septembre 2026

@Hugues Hugo Cayzac
Quel poète vous faites !

Publié le 15 septembre 2026

Excellent, merci! Je vous encourage à continuer à enfoncer ce clou! Que les lecteurs commentent (passant par-dessus une certaine gêne: allez-y, il n'y aura pas mort d'homme, alors, mon bouquin, qu'en dites-vous?) ! Que les auteurs leur répondent (si tu préfères monologuer, reste chez toi, laisse-nous tranquilles avec tes oeuvres de génie!)!
Maintenant, la question du million, que je pose autour de moi: Pourquoi tu ne commentes pas tes lectures sur mBs? Pourquoi tu ne réponds pas aux commentaires des lecteurs? Même réponse: s'exprimer c'est s'exposer à la diarrée verbale, médiocre et nauséabonde de mecs (plus rarements de nanas) qui se croient des génies littéraires mais qui dans leurs moments de lucidité n'ont plus rien d'autre à faire qu'à vomir ici la merde qu'ils ont dans la tête. Des jaloux! m'a commenté une lectrice. Des frustrés! m'a commenté un confrère.
Excellent que mBs commence à définir des critères pour virer ces cafards qui confondent une plateforme d'écrivains et de lecteurs avec un vulgaire réseau social, entre la bêtise se masturbant dans la fierté d'elle-même et un dégueuloire à haine.

Publié le 14 septembre 2026

Article/tribune très intéressant pour les auteurs débutants, bien qu'il soit utile de rappeler que répondre aux lecteurs est la moindre des choses. Force est de constater malheureusement que ce ne sont pas des cas isolés.
Merci @Christophe Lucius pour ce rappel.

Publié le 14 septembre 2026