
Des témoignages, cette fois.
Témoigner, c’est raconter ce que l’on a vécu. Mais c’est aussi retenir ce qui menace de s’effacer, rendre visible une réalité mal connue, transmettre ce que les chiffres et les dossiers ne peuvent pas dire — ou simplement attester qu’une vie a existé et que quelqu’un l’a vue.
Les quatre livres réunis ici accomplissent chacun ce geste à leur manière. Une enfance relue à la lumière d’un diagnostic tardif. Une mémoire qui lutte contre sa propre disparition. Un garçon placé qui raconte de l’intérieur ce qu’il a traversé. Une thérapeute qui conserve la trace de ceux qui lui ont confié leur part la plus secrète.

Une famille aimante, une meilleure amie, l’école et les jeux dans la campagne : en apparence, l’enfance de Prescillia ressemble à beaucoup d’autres.
Pourtant, un malaise persistant la sépare du monde. Les bruits, les repas, la fin des films, les relations avec les autres provoquent des peurs et des angoisses que personne ne sait expliquer. Derrière ce mur invisible grandissent aussi une hypersensibilité, une curiosité insatiable et une intense soif de comprendre.
Pendant un quart de siècle, Prescillia Marande avance sans savoir pourquoi elle se sent différente. Le diagnostic tardif ne répare pas l’enfance passée, mais il permet enfin de la relire. Le témoignage intime devient alors un appel à mieux voir ces enfants silencieux que l’on croit connaître parce qu’ils sont entourés, scolarisés, parfois même profondément aimés — mais que personne ne parvient réellement à comprendre.

Atteinte d’un trouble bipolaire sévère, Ella Maryan commence son récit alors qu’elle suit un traitement par électroconvulsivothérapie. Les soins apaisent peu à peu sa souffrance, mais altèrent sa mémoire immédiate.
Pour ne pas oublier, elle écrit.
Des fragments remontent : Paris, le Japon, les visages de ses grands-parents arméniens et juifs, les épisodes de dépression, les périodes d’euphorie, les pertes de contact avec le réel. Sa mémoire personnelle se mêle à celle des exils, du
génocide arménien et de la Shoah, comme si les blessures des générations passées continuaient de chercher une forme dans le présent.
Ici, le témoignage ne se contente pas de raconter l’effacement : il en épouse le mouvement. La narration fragmentée, faite de bribes, de reprises et d’absences, devient la forme même d’une conscience qui tente de rester présente à elle-même.
Il n’est pas question d’un retour triomphal à la normale. Ce qui est perdu demeure perdu. Mais quelque chose continue d’écrire.

Ruben a dix-sept ans lorsqu’il est placé à l’Aide sociale à l’enfance en raison des défaillances de sa famille. Foyers, éducateurs, règles qu’il ne parvient pas toujours à respecter, décrochage scolaire, drogue, colère, retours impossibles chez ses parents : il raconte ce qui lui est arrivé à partir du moment où son existence a basculé.
À l’approche du bac, Ruben essaie pourtant de tenir. Réviser. Résister à ce qui pourrait le faire chuter. Apprendre à dire non. Devenir un homme sans avoir reçu de modèle auquel se mesurer.
Joseph Nimcar donne à ce témoignage vécu le rythme, la tension et la force d’un roman. Il ne présente pas un dossier de l’enfance placée, mais un jeune homme avec sa rage, ses contradictions, ses rendez-vous manqués et ses efforts parfois minuscules pour ne pas reproduire ce qui lui a été transmis.
Son histoire personnelle rend sensible une réalité collective que les institutions connaissent surtout à travers des formulaires, des décisions et des statistiques. Elle rappelle ce que cela coûte d’essayer lorsque les repères les plus élémentaires n’ont pas été donnés.

Ici, le témoignage change de voix.
Ce n’est plus celui qui a traversé l’épreuve qui raconte, mais celle qui l’a entendu — et qui en a nécessairement été transformée.
Une thérapeute se souvient de neuf patients, de ce qu’ils montraient, de ce qu’ils cachaient et de ce que leurs blessures ont laissé entrevoir de la condition humaine. Une femme dévorée par sa propre chair, un patriarche que la mort semble refuser, des êtres enfermés dans la folie, le déni, la cruauté ou les faux-semblants…
Il ne s’agit pourtant ni de dossiers cliniques ni de récits de guérison. Il n’y a pas de morale, pas de partage simple entre le bien et le mal, pas de lumière artificiellement placée au bout de chaque tunnel.
La thérapeute observe, écoute, cherche ce qui se dissimule derrière les raisons officielles de consulter. Mais l’écrivaine prend ensuite le relais. Elle ne prétend pas raconter toute la vérité de ceux qu’elle a rencontrés ni parler à leur place. Elle conserve la trace de ce qui s’est révélé dans l’espace fragile d’une rencontre.
Témoigner pour les autres, ce n’est peut-être pas les expliquer. C’est refuser qu’ils partent sans que quelqu’un leur ait dit : je vous ai vu.

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…
"L'Orient perdu " d'Ella Maryan a été le coup de cœur hebdomadaire de la rédaction du journal "le progrès", région Rhône Alpes , qui lui a consacré une demi page le 20 juillet 2026. ( culture et loisir)
Après les succès répétés( plusieurs mises en valeur)sur mon best seller, le livre grâce au best libraire a rencontré son public
@aj.michel
Il existe certaines règles de communication qui valent ce que valent les règles.
Dans un fil de commentaire, on s'efforce de suivre le fil de la discussion.
Si l'on veut digresser, on contextualise.
NB : rappeler une règle n'est pas une marque de mépris. Ce n'est pas non plus une agression. Même si -imaginons cela un instant dans un contexte autre que celui de ce fil- le récepteur ressentait du mépris ou de l'agressivité.
C'est la base de toute thérapie : les émotions appartiennent à ceux qui les éprouvent.
En définitive, vous devriez lire "A nos plus belles blessures".
Je plaisante, il va sans dire.
Et je vous souhaite un excellent repos dominical.
"Je pense que le rôle d’un thérapeute n’est pas de toujours trouver une solution", écrivez-vous, @aj.michel.
Je dirais que vous êtes le seul à oser l'hypothèse, ici et ailleurs. Et je vous recommande de ne pas aborder cette thèse dans un apérif mondain.
Si, en vous exprimant ainsi, vous pensez faire allusion à mon livre "A nos plus belles blessures", c'est que vous n'en avez même pas lu le synopsis. Et pas une seule ligne, si vous attribuez votre phrase introductive : "Les publications ayant pour thème des sujets tristes ".
Les neufs patients de ce recueil sont tout sauf tristes : effrayants, bouleversants, peut-être, hallucinants, souvent, déconcertants, toujours, etc.
Il est humain d'avoir ses propres opinions, mais lassant de les voir ériger en système.
Je vais m'autoriser une consultation brève : il n'existe pas d'ouvrages déprimants, seulement des lecteurs déprimés ou en passe de l'être.
Les Rolling Stones ont pondu une chanson fort à propos. Paint in Black. En plus, la musique est entraînante.
Je vous l'ordonne au petit déjeuner, cela fera son office aussi bien qu'un mantra ou une prière à l'Improbable qui est aux improbables Cieux.
@aj.michel
Très bonne résolution ! De toute façon, mon confesseur jésuite me confirme que le roman feel good est la seule vraie littérature. Tout le reste est aux mains des déviationnistes nihilistes bretons, basques et catalans.
@Catarina Viti
Eh bien, il me semble qu'on pourrait s'entendre au moins sur les oxymores (j'adore les oxymores, car ils sont à mes yeux la preuve vivante que la langue est un vaste terrain de jeux). Si je dis cela, c'est pour la raison que votre titre, avec ses "plus belles blessures", m'en semble un exemple tout à fait réussi. D'ailleurs, je vous l'envie. Et je suis bien certain, sans même avoir besoin d'aller chercher très loin, que nous trouverions aisément d'autres points de concorde, ne serait-ce que dans notre amour partagé de la langue - et tant pis s'il ne s'exprime pas, chez vous et chez moi, de la même manière. Qu'en pensez-vous-t-il ?
@Cyrus Slapstick 2
Je nous imagine...
Vous, flottant comme un bébé, faisant la planche sur un océan de vocables très hospitalier.
Moi en dégueuli.
Quelles pourraient être nos conversations littéraires ?
Une seule est-elle seulement envisageable ?
Tout cela laisse songeurse, n'est-il pas ?
@Catarina Viti
Eh bien, je ne suis pas très sûr que "régurgité" soit un terme particulièrement affriolant. Cela vous a des airs de manducation, de déglution et de digestion difficile, le tout suivi de vomissements irrépressibles. On peut rêver mieux, il me semble.
Pour le reste, et pour ma part, je dirais que je flotte comme un bébé, que je fais la planche sur un océan de vocables très hospitalier. Je me sens loin de cette vision romantico-boule de gomme qui voudrait qu'un écrivain soit nécessairement une créature torturée, toujours en proie aux éléments vindicatifs, propulsée ou aspirée - deux choses qui évoquent pour moi une gymnastique qui m'est totalement étrangère et dont la seule pensée me couvre de chair de poule. Pour résumer, je suis très satisfait d'être un auteur capable d'écrire les plus belles choses comme les grossièretés les plus carabinées. Parce que la littérature est un jeu - quoi d'autre ?
@Cyrus Slapstick 2
Mais non, je ne pense pas que vous articuliez. En fait, il faut savoir ce qu'on cherche, mais ce n'est pas toujours évident. On peut être propulsé vers ou aspiré par l'écriture. Et rien que là, deux poids, deux mesures. Vous même, diriez-vous que vous vous sentez propulsé ou aspiré ? Moi, j'ai l'impression d'appartenir à une autre catégorie encore : celle qui a été régurgitée par l'écriture. Et pour être franche, j'aime bien ma catégorie. ça aurait pu être pire ! Ne pensez-vous pas ?
@Catarina Viti
C'est bien ce qu'il m'avait paru comprendre, mais je voulais m'en assurer. Et cela me confirme dans l'opinion que j'ai, qu'il faut noyer d'urgence toute envie de se faire éditer. Après tout, n'est-ce pas ? chacun son métier : un écrivain est censé écrire (sinon quoi ?), à d'autres de jouer les commis-voyageurs. Mais vous allez encore dire que j'articule des conneries...
@Sylvie de Tauriac
Si vous n'avez pas besoin des autres, que fabriquez-vous donc ici ?
@Cyrus Slapstick 2
Dear Cyrus, cela signifie simplement que si un auteur ne fait pas le taf, même et surtout s’il a un éditeur de compétition qui mise tout son pécule sur son numéro... il ne risque pas d’arriver grand-chose à son bouquin. En définitive, et de nos jours, c’est l’auteur qui signe l’avis de décès de son livre en ne s’impliquant pas comme un bourrin. Is it a little chouia plus clair ?
@Sylvie de Tauriac
Votre remarque m'a fait rire. Vous ne serez pas thérapeute, soyez-en assurée ! Cela dit, je partage votre point de vue : " il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions". Mais, en l'occurrence, les solutions sont infiniment plus douloureuses que le mal.
Je serais thérapeute, je dirais à mes patients : il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions, il vous suffit de les trouver. C'est la meilleure façon de ne pas s'apitoyer sur son sort. Ne pas avoir besoin des autres est une liberté. @Sylvie de Tauriac
@Catarina Viti
Excusez-moi de vous demander pardon, mais l'une de vos phrases, quelque peu sibylline, me percute la pendule. C'est celle-ci : "Un livre ne survit que le temps que lui accorde son auteur." Seriez-vous assez aimable pour me l'élucider ?
Si l'émission mBS "Entre les Lignes" m'a sortie de ma léthargie d'autrice et, me poussant dans mes derniers retranchements, m'a permis de trouver une nouvelle manière d'éclairer "Le Temps des Cerises", cette sélection en "Témoignages" me montre que ce texte fait aussi cela : saluer les gens avant qu'ils ne disparaissent totalement des radars. Saluer leurs combats, saluer leur humanité, saluer en eux les petites choses, saluer leurs rêves, leurs espérances, sublimer leurs défaites, utiliser la littérature pour leur offrir un dernier reflet.
Merci monBestLibraire et monBestSeller. Un livre ne survit que le temps que lui accorde son auteur.
Merci aussi à @Cyrus Slapstick 2 et sa bille de clown (un tantinet fatiguée, mais par les chaleurs présentes et à venir, on comprend, on compatit. Attention tout de même au make up, qu'il ne dégouline pas sur la fraise. Ce serait grand dommage). Au fait, que disais-je ? Ah oui, merci pour le soutien inoxidable. Comme on dit de nos jours : "ça me va droit au choeur" !
Je n'ai pas lu les autres, mais, assurément, Mme Viti en a sous la plume...